‹ Le clef des grands mystèresChapitre 4 sur 123 · PROBLÈMES A RÉSOUDRE · texte numérisé non relu

PROBLÈMES A RÉSOUDRE

I. Démontrer d'une manière certaine et absolue Texistence de Dieu et en donner une idée satisfaisante pour tous les esprits.

II. Établir l'existence d'une vraie religion de manière à la rendre incontestable.

!fr. Indiquer la portée et la raison d'être de tous les mystères de la religion seule, vraie et universelle.

IV. Tourner les objections de la philosophie en arguments favorables à la vraie religion.

V. Marquer la limite entre la religion et la sopflnl lion, et donner la raison des miracleBet dei pro^NP

CONSIDÉRATIONS PRÉLIMINAIRES-

Quand le comte Joseph de Maistre, cette grande logique passionnée, a dit avec désespoir : Le monde est sans religion, il a ressemblé à ceux qui disent témérairement : H n*y a pas de Dieu.

Le monde, en effet, est sans la religion du comte Joseph de Maistre, comme il est probable que Dieu, tel que le conçoivent la plupart des athées, n'existe pas.

La religion est une idée appuyée sur un fait constant et universel; l'humanité est religieuse : le mot religion a donc un sens nécessaire et absolu. La nature elle-même consacre l'idée que représente ce mot, et l'élève à la hauteur d'un principe.

Le besoin de croire se lie étroitement au besoin d'aimer : c'est pour cela que les âmes ont besoin de conmiunier aux mêmes espérances et au même amour. Les croyances isolées ne sont que des doutes : c'est le lien de la confiance mutuelle qui fait la religion en créant la foi.

La foi ne s'invente pas, ne s'impose pas, ne s'établit pas par convention politique; elle se manifeste, comme la vie, avec une sorte de fatalité. Le même pouvoir qui dirige les phénomènes de la nature étend et limite, en dehors de toutes les prévisions humaines, le domaine

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surnaturel de la foi. On n*imagine pas les révélations, on les subit et on y croit. L'esprit a beau protester contre les obscurités du dogme, il est subjugué par Tatlrail de ces obscurités mêmes, et souvent le plus indocile des raisonneurs rougirait d'accepter le titre d'homme sans religion.

La religion tient une plus grande place parmi les réalités de la vie que n'affectent de le croire ceux qui se passent de religion, ou qui ont la prétention de s*en passer. Tout ce qui élève Thomme au-dessus de Tanimal, Taniour moral, le dévouement, Thonneur, sont des sentiments essentiellement religieux. Le culte de la patrie et du foyer, la religion du serment et des souvenirs, sont des choses que Thumanité n'abjurera jamais sans se dégradencomplétement, et qui ne sauraient exister sans la croyance en quelque chose de plus grand que la vie mortelle, avec toutes ses vicissitudes, ses ignorances et ses misères.

Si la perte éternelle dans le néant devait être le résultat de toutes nos aspirations aux choses sublimes que nous sentons être éternelles, la jouissance du présent, Toubli du passé et I insouciance de lavenir seraient nos seuls devoirs, et il serait rigoureusement vrai de dire, avec un sophiste célèbre, que l'homme qui pense est un animal dégradé.

Aussi, de toutes les passions humaines, la passion religieuse est-elle la plus puissante et la plus vivaoe. Elle se produit soit par raffirmation, soit par la négation, avec un égal fanatisme, les uns aflirmant avec obstination le dieu qu'ils ont fait à leur image, les autres niant Dieu avec

k MYSTÈRES RELIGIEUX.

témérité, comme s'ils avaient pu comprendre et dévaster par une seule pensée tout Tinfini qui se rattache à son grand nom.

Les philosophes n'ont pas assez réfléchi au fait physiologique de la religion dans l'humanité : la religion, en effet, existe en dehors de toute discussion dogmatique. C'est une faculté de l'âme humaine, tout aussi bien que rintelligence et Tamour. Tant qu'il y aura des hommes, la religion existera. Considérée ainsi, elle n'est autre chose que le besoin d'un idéalisme infini, besoin qui justifie toutes les aspirations au progrès, qui inspire tous les dévouements, qui seul empêche la vertu et l'honneur d'être uniquement des mots servant à leurrer la vanité des faibles et des sots au profit des forts et des habiles.

C'est à ce besoin inné de croyance qu'on pourrait proprement donner le nom de religion naturelle, et tout ce qui tend à rapetisser et à limiter l'essor de ces croyances est, dans Tordre religieux, en opposition avec la nature. L'essence de l'objet religieux, c'est le mystère, puiscjue la foi commence à l'inconnu et abandonne tout le reste aux investigations de la science. Le doute est d'ailleurs mortel à la foi; elle sent que l'intervention de l'être divin est nécessaire pour combler l'abîme qui sépare le fini de l'infini, et elle affirme cette intervention avec tout l'élan de son cœur, avec toute la docilité de son intelligence. En dehors de cet acte de foi, le besoin religieux ne trouve pas de satisfaction, et se change en scepticisme et en désespoir. Mais pour que l'acte de foi ne soit pas un acte de folie, la raison veut qu'il soit dirigé et réglé. Par quoi? par la science? Nous avons vu que la science n'y peut

rien. P»r Tautorité civile.^ CWl aK<imU\ Kwlw A^h^ siinreiUer les prières |^r dts ^MKlaniies! , Reste donc laiaorité nionilt\ qui seuk' ihhU i^Hk4iliMHr le dogme et établir la ilisiHpIine du ailte« de iHuuvrt «"«^to fois avec Tautorité civile, nu\is utui trapivs st*s onlivo^i il faut, en un mot« que la foi donne au lH\'ioin reli^[ieu\ une satisfaction nVlk\ enticiv, {MMHimneute, UHluKilahk>« Pour cela, il faut ralVinnation absolue, iuvanablo« d'un dogme conservé |>ar une bicraivbie autoristHv II i\iul un culte efllc4ice, donnant, aviM» luu* foi absolue, uuo i^^ili» sation substantielle aux signes de la cntyauce.

Irréligion, ainsi comprise, iHi\n\ la seule qui miliMlliHiii) le besoin naturel de reli^rioii, doit iMn» nppcicc la HtMdi^ vraiment naturelle. Kt nous arrivons de nousiui^meK \\ cette double définition : la vraie rclifiion nalun^lle, e*eMl la religion révélée; la vraie relijiion n'véh'Ms cVhI la religion biérar(*lii(|ue et tr.MlitioinH*llc, i|ui M'alllrme uIiholument au-dessus des discussions liumnineH par la rom* munion à la foi, n res|N*r<uice et à la rliarili*.

Repnfsentant l'autorité niorair i*t la réalisant pur IVIII» cacité de son ministén», le saccidoci* i^nt saint i*t inlailliblii autant que riinrnanité (>l sojrttc an \irr H â l'i'rnMM'. \à^ prêtre, afrissiint comme pn'*tn% <*Kt tonjoiir^ le rrpiéwn. tant de Dieu. Peu inq^irti^nt le- iiiijtihoii iiirmi* IrMiiriirn de riionune. Lors<pi<* .\U'\:*\it\tf' Vj l;ii)-;iii nnr oïdina tîiiU.re n'était p:{^ rerii(*'Mv.fiiH u/ qm ifiip'i.-..il U - inun^. au\ év»"«pje>, < 'i't:jit li* p.;|''. 0| 1*' |:i;.« '.m .ifiilH \| n j

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jours et partout des hommes menteurs et criminels ; mais, dans rÉglise hiérarchique et divinement autorisée, il n'y a jamais eu et il n'y aura jamais ni mauvais papes ni mau» vais prêtres. Mauvais et prêtre sont deux mots qui ne s'accordent pas.

Nous avons parlé d'Alexandre VI, et nous croyoni^ que ce nom suffira, sans qu'on nous oppose d'autres souvenirs justement exécrés. De grands criminels ont pu se déshonorer doublement eux-mêmes, à cause du caractère sacré dont ils étaient revêtus ; mais il ne leur a pas été donné de déshonorer ce caractère, qui reste toujours rayonnant et splendide au-dessus de l'humanité qui tombe.

Nous avons dit qu'il n'y a pas de religion sans mystères ; ajoutons qu'il n'y a pas de mystères sans symboles. Le symbole étant la formule ou l'expression du mystère, n'en exprime la profondeur inconnue que par des images paradoxales empruntées au connu. La forme symbolique devant caractériser ce qui est au-dessus de la raison scientifique, doit nécessairement se trouver en dehors de cette raison : de là le mot célèbre et parfaitement juste d'un Père de l'Église : Je crois parce que c'est absurde, credo quia absurdum.

Si la science affirmait ce qu'elle ne sait pas, elle se détruirait elle-même. La science ne saurait donc faire l'œuvre de la foi, pas plus que la foi ne peut décider en matière de science. Une affirmation de foi dont la science a la témérité de s'occuper ne peut donc être qu'une absurdité pour elle, de même qu'une affirmation de science qu'on nous donnerait comme article de foi serait une

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absurdité dans Tordre religieux. Croire et savoir sont deux termes qui ne [leuvent jamais se confondre.

Ils ne sauraient non plus s'opposer Tun ^ Taulre dans un antagonisme quelconque. 11 est impossible, en e(Tet| de croire le contraire de ce qu'on sait sans cesser, pour cela même, de le savoir, et il est également impossible d'arriver à savoir le contraire de ce qu'on croit sans cesser immédiatement de croire.

Nier ou même contester les décisions de la Toi, et cela au nom de la science, c'est prouver qu'on ne comprend ni la science ifi la foi : en eiïet, le mystère d'un Dieu en trois personnes n'est pas un problème de mathématiques; l'incarnation du Verbe n'est pas un phénomène qui ap» partienne à la médecine; la rédemption échappe à la critique des historiens. La science est absolument impuissante à décider qu'on ait tort ou raison de croire ou de ne pas croire au dogme ; elle peut constater seulement les résultats de la croyance, et si la foi rend évidemment les hommes meilleurs, si d'ailleurs la foi en elle-même, considérée comme un fait physiologique , est évidemment une nécessité et une force, il faudra bien que la science Tadmette, et prenne le sage parti de compter toujours avec la foi.

Osons afBrmer maintenant qu'il existe un fait im« mense, également a()préciable et par la foi et par la science; un fait qui rend Dieu visible en quekpje sorte sur la terre; un fait incontestable et rPune [lortée universelle : ce fait, c'est la monifeslation dans le monde, à partir de l'époque où commen<:e la révélation chrétienne, d'un esprit inconnu aux anciens, d'un esprit évidemment

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divin plus positif que la science dans ses œuvres, plus magnifiquement idéal dans ses aspirations que la plus haute poésie, un esprit pour lequel il fallait créer un nom nouveau tout à fait inouï dans les sanctuaires de Tantiquité. Aussi ce nom fut-il créé, et nous démontrerons que ce nom, que ce mot est en religion, tant pour la science que pour la foi, lexpression de Tabsolu : le mot est charité, et Tesprit dont nous parlons s'appelle ïesprit de charité.

Devant la charité, la foi se prosterne et la science vaincue s'incline. 11 y a évidemment ici (Quelque chose de plus grand que l'humanité; la charité prouve par ses œuvres qu'elle n'est pas un rêve. Elle est plus forte que toutes les passions ; elle triomphe de la souffrance et de la mort; elle fait comprendre Dieu à tous les cœurs, et semble remplir déjà l'éternité parla réalisation commen* cée de ses légitimes espérances.

Devant la charité vivante et agissante, quel est le Proudhon qui osera blasphémer? Quel est le Voltaire qui osera rire?

Entassez les uns sur les autres les sophismes de Diderot» les arguments critiques de Strauss, les Ruines de Volney, si bien nommées, car cet homme ne pouvait faire que des ruines, les blasphèmes de cette révolution dont la voix s'est éteinte une fois dans le sang et une autre fois dans le silence du mépris; joignez-y ce que l'avenir peut nous garder de monstruosités et de rêveries; puis vienne la plus humble et la plus simple de toutes les sœurs de charité, le monde laissera là toutes ses sottises , tou s ses crimes , toutes ses rêveries mal-

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saines, pour sMneliner devant cette réalité sublime.

Charité! mot divin, mot qui seul fait comprendre Dieu, mot qui contient une révélation tout entière! Esprit de charité, alliance de deux mots qui sont toute une solution et tout un avenir! Ji quelle question, en effet, ces deux mots ne peuvent-ils pas répondre?

Qu'est-ce que Dieu pour nous, sinon l'esprit de charité? qu'est-ce que l'orthodoxie? n'est-ce pas l'esprit de charité qui ne discute pas sur la foi afm de ne pas altérer la confiance des petits et afm de ne pas troubler la paix de la communion universelle? Or TÉglise universelle est-elle autre chose qu'une communion en esprit de charité? C'est par l'esprit de charité que l'Église est infaillible. C'est Tesprit de charité qui est la vertu divine du sacerdoce.

Devoir des hommes, garantie de leurs droits, preuve de leur immortalité, éternité de bonheur commencée pour eux sur la terre, but glorieux donné à leur existence, fm et moyen de leurs efforts, perfection de leur morale individuelle, civile et religieuse, l'esprit decharité comprend tout, s'applique à tout, peut tout espérer, tout entreprendre et tout accomplir.

CVst par l'esprit de charité que Jésus expirant sur la croix donnait à sa mère un fils dans la personne de saint Jean, et, triomphant des angoisses du plus affreux supplice, (K)ussait un en do délivrance et de salut, en disant : « Mon père, je remets mon esprit entre tes mains.»

C est par la charité (jue douze artisans de Galilée ont conquis le monde; ils ont aimé la vérité plus que leur vie, et ils sont allés seuls la dire aux peuples et aux rois;

prouvés par les tortures, ils ont été trouvés fidèles. Ils ont montré aux multitudes l'immortalité vivante dans leur mort, et ils ont arrosé la terre d'un sang dont la chaleur ne pouvait s'éteindre parce qu'ils étaient tout brûlants des ardeurs de la charité.

C'est par la charité que les apôtres ont constitué leur symbole. Ils ont dit que croire ensemble vaut mieux que douter séparément; ils ont constitué la hiérarchie sur l'obéissance rendue si noble et si grande par l'esprit de charité que servir ainsi, c'est régner; ils ont formulé la foi de tous, el l'espérance de tous, et ils ont mis ce symbole sous la garde de la charité de tous. Malheur à l'égoïste qui s'approprie un seul mot de cet héritage du Verbe, car c'est un déicide qui veut démembrer le corps du Seigneur.

Le symbole , c'est l'arche sainte de la charité, quiconque y touche, est frappé de mort éternelle, car la charité se retire de lui. C'est l'héritage sacré de nos enfants, c'est le prix du sang de nos pères!

C'est par la charité que les martyrs se consolaient dans les prisons des césars et attiraient à leur croyance leurs gardiens mêmes et leurs bourreaux.

C'est au nom de la charité que saint Martin, de Tours, protestait contre le supplice des pricillianistes et se séparait de la communion du tyran qui voulait imposer la foi par le glaive.

C'est par la charité que tant de saints ont consolé le monde des crimes commis au nom de la religion même et des scandales du sanctuaire profané !

C'est par la charité que saint Vincent de Paul et Fé-

CONSIDÉR.VTIONS PRÉLIMINAIRES. il

liélon se sont imposés à Tadmiration des siècles, même les plus impies, et ont fait tomber d'avance le rire des enfants de Voltaire devant le sérieux imposant de leurs vertus.

Cest par la charité enfm que la folie de la croix est devenue la sagesse des nations, parce que tous les nobles cœurs ont compris qu'il est plus grand de croire avec ceux qui aiment et se dévouent, que de douter avec les égoïstes et les esclaves du plaisir!

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