‹ Le clef des grands mystèresChapitre 56 sur 123 · CHAPITRE IU- LES INFLUENCES MYSTÉRIEUSES · texte numérisé non relu

CHAPITRE IU- LES INFLUENCES MYSTÉRIEUSES

Il n*y a pas de milieu possible. Tout homme est bon ou mauvais. Les indifférents, les tièdes ne sont pas bons, ils sont donc mauvais, et les pires de tous les mauvais, car ils sont imbéciles et lâches. Le combat de la vie ressemble à une guerre civile, ceux qui restent neutres Irahissent également les deux partis et renoncent au droit d être comptés parmi les enfants de la patrie.

Nous respirons tous la vie des autres et nous leur insuiïlons en quelque sorte une partie de notre existence. Les honunes intelligents et bons sont à leur insu les iiiédecins de Thumanité, les hommes sots et mauvais sont des empoisonneurs publics.

Il est des personnes près desquelles on se sent meilleur. Voyez cette jeune dame du grand monde, elle clause, elle rit, elle se pare comme toutes les autres, pourquoi donc en elle tout est -il mieux et plus parfait? Rien de plus naturel (jue sa distinction, rien de plus franc et de plus noblement abandonné que sa causerie. Près d'elle tout doit se trouver à Taise excepté les mauvais sentiments, mais ils sont impossibles près d'elle. Elle ne trouble pas les cœurs, elle les attache et les élève, die n'enivre pas, elle enchante. Ce que prêche toute sa per-

LES INFLL'ENGES MYSTÉRIEUSES. 265

80iHie semble être une perfection plus aimable que la verlu même ; elle est plus gracieuse que la grâce, ses actions sont faciles et inimitables connue la belle musique et les beaux vers. C'est d'elle qu'une charmante mondaine trop amie pour être rivale disait après un bal : Il m'a sen)blé voir la sainte Bible se trémousser. Voyez au contraire cette autre fennne, celle-ci affecte la dévotion la plus rigide et se scandaliserait d'entendre chanter les anges, mais sa parole est nialveillante, son regard liautaiii et méprisant, lorsciu'elle parle de vertu elle ferait aimer le vice. Dieu pour elle est un mari jaloux qu'elle se fait un grand mérite de ne i>as tromper; ses maximes sont désolantes, ses actions plus vaines que charitables, et l'on pourrait dire après l'avoir rencontrée a l'église : J'ai vu le diable prier Dieu.

En quittant la première on se sent plein d'amour |M)ur tout ce qui est beau, pour tout ce qui est bon et généreux. On est heureux de lui avoir bien dit tout ce qu'elle vous a inspiré de bien et d'avoir été approuvé par elle ; on se dit que la vie est bonne, puis(|ue Dieu l'a donnée à de |yareiiles unies, on est plein de courage (»t d'espoir. L'autre vous laisse affaibli, rebuté ou peut-être, ce qui est pire, excité à mai entixîprendre ; elle vous fait douter de l'honneur, de la piété et du devoir; près d'elle on n'a (Vliappé i i*ennui que par la porte des mauvais désirs. On a médît pour lui plaire, on s'est amoindri pour tiatter son orgueil, on reste mécontent d'elle et d(* soi-même.

Le sentiment vif et certain de ces diverses inniiences est le propre des esprits justes et des consciences délicates, et c'est précisément ce (pie les anciens écrivains

ascétiques appelaient la grâce du discernement des esprits.

Vous ctes de cruels consolateurs, disait Job â ses prétendus amis. C'est qu'en effet les eircs vicieux affligent toujours au lieu de consoler. Ils ont un tact prodigieux pour trouver et choisir les banalités les plus désesiiérantes. Vous pleurez une affection brisée, que vous êtes simple! On se jouait de vous, on ne vous aimait pas. Vous avouez avec douleur (|uc votre enfant est boiteux, on vous fiiil rcmanjucr amicalement qu'il est bossu. Il tousse et (»ela vous incpiiiMe, on vous conjure tendrement (Vv [)rendrc garde, c.u' il est peut-être poitrinaire. Votre lemme est malade depuis longtcmf)s, consolez- vous, elle en mourra.

Es[)cre et travaille, voilà ce que nous dit le ciel parla voix de toutes les bonnes amcs ; désespère et meurs, voilà (M» que nous crie Tenfer par toutes les paroles, par tous les mouvements, par touteîs les amitiés mêmes et toutes les caresses des êtres imparfaits ou dégradés.

Quelle que soit la réputation d'une personne et quels que soient les témoignages d'amitié qu'elle vous donne, si en la quittant vous vous sentez moins ami du bien et moins fort, elle est pernicieuse pour vous : évitez-la.

Notre double aimantation produit en nous deux sortes de sympathies. Nous avons besoin tour à tour d'absorber et de rayonner. Notre cuMir aime les contrastes, et il esl peu d'exemples de femmes qui aient aifné successivement deux hommes de génie.

On se repose par la [)rotection des lassitudes de l'admiration, c'est la loi de Téquilibre; mais parfois aussi k5

Page 1