LES INFLUENCES MYSTÉRIEUSES
natures sublimes se surprennent dans des caprices de vulgarité. L'homme, a dil Tabbé Gerbet, est l'ombre d'un Dieu dans le corps d'un animal : il y a les amis de l'ange et les complaisants de ranimai. L'ange nous attire, mais si nous n'y prenons garde, c'est la bête qui nous emporte : elle doit même fatalement ijous emporter, quand il s'agit de bêtises, c'est-à-dire des satisfactions de cette vie nourrice de la mort, que dans le langage des bêtes on appelle la vie réelle. En religion, l'Évangile est un guide sûr, il n'en est pas de même en affaire, et bien des gens, loi'squ'il s'agirait de régler la succession temporelle de Jésus-Christ, » entendraient |)lus volontiers avec Judas Iscariote qu'avec saint Pierre.
On admire la probité, a dit Juvénal, et on la laisse se morfondre. Si tel homme célèbre, par exemple, n'avait pas mendié scandaleusement la richesse, eût-on jamais songé à doter sa vieille muse? lui fùl-il tombé des héritages? La vertu prend notre admiration, notre bourse ne lui doit donc rien, cette grande dame est assez riche sans nous. On aime mieux donner au vice, il est si pauvre!
Je n'aime pas les mendiants et je ne donne qu'aux {lauvres honteux, disîiit un jour un homme d'esprit. — Mais que leur donnez-vous, puis(iuc vous ne les connaissez pas? — Je leur donne mon admiration et mon estime, et je n'ai pas besoin de les connaître pour cela. — Comment aveï-vous besoin de tant d'argent, demandait-on ù un autre, vous êtes sans enfants et sans charges? — J'ai mes pauvres honteux auxquels je ne puis m'empêcher de donner beauc-oup. — Faites les-moi connaître, je leur donnerai peut-être aussi. — Oh! vous en connaissez
sans doute déjà quelques-uns. J'en ai sept qui mangeai énormément, et un huitième qui mange plus que les sept autres : les sept sont les sept péchés capitaux; le huitième, c'est le jeu.
— Monsieur, donnez-moi cinq francs , je meurs de faim. — Imbécile! tu meurs de faim, et tu veux que je t'encourage dans une aussi mauvaise voie ! Tu meurs de faim, et tu as Timpudence de l'avouer! Tu veux me rendre le complice de ton incapacité, le nourricier de ton suicide! Tu veux une prime pour la misère? Pour qui me i»rcnds-tu? Suis-je une canaille de ton espèce?...
— Mon ami, j'ai besoin d'un millier d'écus pour séduire une femme honnête. — Ah! c'est mal; mais je ne sais rien refuser à un ami. Tiens , et quand tu auras réussi, tu me donneras l'adresse de cette personne. Voilà ce qu'on appelle, en Angleterre et ailleurs, agir en parfait gentilhomme.
« L'homme d'honneur sans travail vole, et ne mendie pas : » répondait un jour Cartouche à un passant qui lui demandait l'aumône . C'est emphatique comme le mot prêté à Cambrone ; et peut-être le célèbre voleur et le grand général ont-ils en réalité répondu tous les deux de la même manière.
(y est ce même Carlouche qui offrit une autre fois, de lui-même et sons qu'on les lui demandât, \ingt mille livres à un ban^pieroutier. Entre frères, il faut savoir vivre.
I/assistanre mutuelle est une loi de nature. Aider nos pareils, c'est nous aider nous-mêmes. Mais au-dessus de l'assistance mutuelle s'élève une loi plus sainte et plus