‹ Le clef des grands mystèresChapitre 70 sur 123 · ARTICLES SUR LA KABBALE · texte numérisé non relu

ARTICLES SUR LA KABBALE

QUI ONT ÉTÉ PUBLIÉS db DEVAIENT ÊTRE PUBLIÉS DANS LA REVUE PHILOSOPHIQUE ET RELIGIEUSE.

Vers le milieu du wir siècle, il y avait à Scville un nvant médecin nommé Don Balthasnr Orobio. C'était un homme consciencieux et d*nne logi(|ue inflexible; à force (|*entendre prêcher contre les helvétiques et de n^fléchir Bur l'argument principal des controversistes catholiques : uuité de la révélation, Tautorité de Tancieiuie foi, la té-

irité sacrilège des iiovat«w«, U vré liii i

oser que le judaîame p

lîquer i waa proftf

il pensa à tant de juifs que le moyen âge avait dépouillés, torluiés, massacrés, brûlés, 11 se sentit subjugué et attendri par la persévérance et le courage de ce peuple laborieux et invincible; il ne sut pas cacher des sentiments dont sa conscience s'honorait ; il fut dénoncé à l'inquisition et rigoureusement emprisonné. Les tortures qu'il éprouva pendant trois ans de prévention furent lelles, que sa mémoire en était ébranlée et qu'il se demandait parfois à lui-même : Suis-je bien DoaBalthasar Orobio? 11 conserva pourtant assez de force de volonté pour se rcnferrner dans un silence absolu quant à ses convictions religieuses : « Je suis né dans la religion catholique, disait-il, et j'en ai toujours rempli les devoirs. Je n'ai rien de plus a vous dire. » 11 sortit enfin de prison, malade, brisé; mais jin'f de cœur, juif avec une conviction calme et profonde, juif comrne un prophète et un martyr de l'ancMCimc loi. Dès qu'il put tromper la surveillance de ses persécuteurs, il se rendit à Amsterdam, où il reçut, avec la eireoncMsion, le nom d'Isaac ; puis il écrivit avec beaucouf) de mesure et de convenance les motifs de a conversion a la religion de nos pèreS.

L'ouvrage d'Orobio est un des plus curieux que puissent consulter ceux (pii s'occupent de rehgion autrement ([u'avee un parti pris ou pour des motifs intéressés; ilJ été publié en latin en 1687, avec une réfutation théologi(pie (le Phili[)pe de Limborch sous ce titre : Philippin Limborcli arnica collatio cutn erudito Judœo ; — une induction française, sous le titre d'Israël vengé^ en a clé faite pnr un juif nommé Henriquez (le texte primitif était espagnol), et a été publiée à Paris il y a dix ans. Lesar-

DE Là kabbale. 317

guments d'Orobio sont d'une grande force. « Comment, dit-il, le Dieu de Moïse, qui sur toutes choses a prévenu son peuple contre Tidolâtrie, et ne permettait pas aux Hébreux de sculpter des figures humaines, comment ce Dieu peut-il les rendre responsables de ne l'avoir pas adoré lorsqu'il s'est montré sous la figure et avec toutes les infirmités de Thomme? Moïse avait bien dit : Il viendra un prophète semblable à moi ; mais n'eiit-il pas été convaincu de blasphémer sa propre loi s'il avait dit : Il viendra un prophète, non-seulement semblable a moi, mais semblable à Dieu? Un homme qui sera Dieu! — Dieu seul est Dieu, eût répondu Israël tout d'une voix, et personne n'est semblable à lui ! Comment la sagesse suprême s'abaisserait-elle à des jeux de mots et à des promesses énigmatiques pour les réaliser dans un sens tout contraire à la signification naturelle de ses paroles ? Quoi ! le roi Sauveur promis à notre nation serait un repris de justice, mis à mort pour avoir contredit les préceptes que Moïse nous donnait comme invariables et éternels? Le Sauveur promis à Israël serait celui au nom duquel Israël devait être dispersé et livré parmi les nations à une agonie de dix-sept ou dix-huit siècles, et cela parce qu'Israël n'aurait pas deviné ce que sa religion tout entière semblait faite pour lui cacher? Ce Messie devait nous délivrer de nos ennemis, et c'est au nom de celui que vous appelez le Sauveur que nous avons été abandonnés à des persécutions qui révolteront tôt ou tard/Thumanilé tout entière. Mais vous-mêmes, avez-vous^é délivrés par lui, qudnd, pour l'interprétation de sa loi, que vous rendez de plus en plus inintelligible , vous vous êtes égorgés les uns les

51 H l>E LA KABALLC.

aiJtrcK? ViMjs (iites (|n<* Ip Clirisl est venu détruire Teni- |iii-(* du (Iniioii et éUibiir sur la terre le règne spirituel de la rliaritr^; e'esleii ce sens que vous interprétez les vieloires (*l la royauté pniiiiiscs à votre Messie [lar les |mth plirlPM. Mais qui donr a établi l'empire <1u liémony sire n'esl vous? KiH-il |KiHé dans tout Moïse de ce fantôme inipii*, tyiaiiniqur et blaspliématenr? Satan qui est nommé dans W. iivrtî de Job, y apparaît dans le cercle même des (ils d(* UitMi, vi voxn\{ dr Dieu même la mission d*éproiivrr MHi serviteur, (hi tmnven*z-vous ailleurs que dans U' cbrisliaiiisuH' iv do^que épunvant;d)le d'un immense ro\auiiir des ténôbrrs o( (hi mal, d*un enfer qui engloulirii (vrtaintMiMM)t, d'aprrs 1rs rimditions que vous leur liiili*s, riiuuuMise niajorih' des bommes? Quelle est donc |mriui viKis, c\\ iWvuunv anaiyso, la n'Iigion de la majoril(\ r'('>t-A-din' la religion dominante, c est-à-dire la xmrel uiiiqno n*lijrit»n? IVmandez-le a IVvbo désespérant et rli'nirl ilo \<itrc rnirr plein île {irineenienis de ilenis et dr lanui^s! Quoi! i*'est ainsi que votre Sauveur a dêiruii rein|iir<* du dcmon! Il (mniit que. selon vous, d ou e>t du M'us dos mois dans votn' tbik^loszie iNtmnie d:ms nos |»i^»pliclies l<«iNipii» vims los interpivles. et que iiV/i'«#i»v >i^nuio ivolleuhMil tVciWinui rrrer ittinme Murer \rut duv fVïiry, o<*nnno ^vir;/ii»|f»^r v\ aimer siffnifiHit run Mr^ ei Av;.M.feY lîî. ('ùrher, IV tvitc manière, nous uc otMjS onîriiJi>-us^^;»n:;ii>. * fiî nous <4T\anl des menies îr.ois 1^ u> uc uiiK us uS-:«'!)îOi î p S h nWNiie biunie.

l\ Ui t f .^. /. t>; À.. ïvjî^ hv i,-» t itiknié. i-ù e?t-îl sur \a :t-ViV s\^: t*-' ih i;> '■; :■.:•. ^ijîiv. K.>î-il ?• R^Mine. if^m |ar- ^{'-i-: .K ûS '«> .t^.r> à:i% -\ tx^xHi^inAmicMAiMs ti d'an»-

DE LA KABBALE. St9

thèmes? lîlait-il dans les rainps opposés des orthodoxes

M des sectaires pendant les longues horreurs de vos

guerres de religion ? Etait-il dans le cœur de ces croisés,

t|iû, avant de partir pour la Terre-Sainte, apportaient

dans les maisons des Israélites le meurtre, la dévastation

M le pillage? Est- il dans les cachots de Tinquisilion ? La

^-diarité! Mais où trouverez-vous dans votre histoire une

^ phce pour en inscrire le nom entre les taches de sang

^ dont vous en avez (^ouvert les pages? car ce n'est pas

^Contre nous seuls, que vous avez été assassins et bour-

•leaux : jmuvres insensés! vous vous êtes égorgés et bnMés

!lfi6 uns les autres au nom d'un Dieu de paix, et sous |)rc -

/texte d'une i^eligion toute irindulgeiH^e et d'amour! Oh!

Jhe raisonnez plus sur nos prophéties! Dites hanliment

^*il vous plaît de i*roire sans raison ce «pie vous voulez

«anoire, cl <jue vous tuerez ou c|ue vous jeUerez en prison

%iea\ qui croin>nt autreuuMif que vous. Soyez conséijuents

"^Él tH>nrormes à vous-mêmes, pn>pagez ou délendez voire

"^logme d excommunication et d Vnter par la crainte ; mais

"lie liriez plus de charilé. »

Philippe de Limhorrh répond ou croit répondre aux

^^AV^ii^^^'i'l^ jwssioimésd'Orohio par lesérernels lieux com-

tniiiis de la théologie s(*(»laslique : rVs! assez dire qu'il

-tel ennuyeux el ru* prouve rien. Pour réfuliM* irt ardrnl

M trop UVitime advei*s:uiv (hi christiaiiisnie, il tallait en-

trer dans sa larlique i*t W hutirc avrc ses propres armes.

En quoi les langues de tcu du nMinrle sont-rllts moins

rroyahles que les fomlres du Sinaï? Knqiioi les lourinni-

teurs lie juifs ont-ils éli» plus cruels (pie res l:q»i(l:»hMii\<

de piMphctes* Ir lKiph'»me chrétien n'i'st-il pas prélérable

à votre douloureuse et ridicule circoncision? El si nous avons à déplorer parmi nous bien des infractions à la charité, nos fautes vous rendent-elles meilleure? — Voilà ce qu'on [)0uvait répondre aux juifs en généi*al ; mais à Orobio en particulier, on pouvait dire : Etes-vous bien sur d'être remonté à la vraie religion mùixî, a celle croyance qui concilie pour jamais la raison avec la foi? Le dogme de Moïse est-il aussi simple (pie vous le croyez, et ne cache-t-il ni absurdités, ni mvstcrcs? êtes- vous sur, du moins, d'en [)énétrer toute la profondeur? Quel esl donc ce Schéma incommunicable et indicible (jui esl l;i clef de voiile de votre sanctuaire? Que veulent dire ces vases étranges, ces lan)pes bizarres, ces nioristrueases figures de chérubs ou de sphinx à corps de taureaux el à tclesaquilines ou humaines? Quelle philosojihie se cache sous le conle oriental de la Genèse? Qu'est-ce donc que celte femme attirée vers un arbn^ [)ar les séductions (l'un seri>enl ? Les hiérogly[)hes de l'Egypteet les peintures symboliques de l'Inde ne nous en apprendront-ils pas quelque chose? Le pro[)hète du Sinaï n'était-il pas un initié de Alemphis? Et si par hasard votre suprême docteur n'était qu'un transfuge des anciens temples et un sectaire détaclié d'une antique et primitive religion universelle, que deviendraient votre Schemang^ vos Théphilim^ voire Mésousah et voire Schéma? Que deviendrait surtout vott signe prétendu sacré, votre déplorable et sanglante ci^ concision? Voilà, certes, des questions qui eussent tnoblé dans sa paisible profession du judaïsme la conscieDDe d'Orol)io ; mais le temps n'était pas encore venu d'oier les faire et de les comprendre.

Un siècle déjà avant Orobio, un lionune d*une foi exaltée et d*une puissante érudition avait trouvé la clef de tous les mystères religieux, et publiait un i)etit livre intitulé : Clavis absconditorum a constitutione mundi, La clef des choses cachées depuis r origine du monde. Cet homme était un illuminé hébraïsant et kabbaliste; on le nommait Guillaume Postel. Il crut avoir trouvé la vraie signification du tétragramme dans un livre hiéroglyphique antérieur a la Bible ^ el qu'il nomme la Genèse d' Enoch ^ pour en cacher sans doute le vrai nom aux profanes ; car sur Taimeau de la clef symbolique, dont il donne la figure comme une explication occulte de son singulier ouvrage, il trae^î ainsi son quaternaire mystérieux :

fi>riiiaiit Ririsi un molquit In doguuiJie i\ droite en comnicnrant par le bas, fait rwa, m commençant par le haut, fait tahu, el même tarni^ gî, jiour mieux marquer le eercle, on répète i\ la fin la lisllre dit commencement, cl qui, tu de droite i puclR% cVst^Hlirc «^onune dfiU *itî r* In rhébreu, i'ail toua, le mm ^Jrmrneiil**! f|tîr

riwieiil à leur livre gaeré.

tlappixidicins de celto^

â2!2 DE LA KABBALfi.

observations faites par Court de Gebelin, dans le sixième volume de son Monde primitifs sur un livre des anciens Égyptiens, conservé jusqu a nos jours sous le futile prétexte d'un jeu de caries : examinons les ligures mystérieuses de ces cartes, dont les vingt-deux premières sont évidemment un alphabet hiéroglyphique où des symboles s'expliquent par des nombres, dont le jeu entier se divise en quatre dizaines, accompagnées chacune de quatre figures avec quatre couleurs et quatre symboles différents, et nous aurons le droit de nous demander î>i le tarot des Bohémiens ne serait pas la Genèse d'Enoch, le taro^ ou rota^ ou tora de Guillaume Postel et de ses initiateurs les vrais kabbalisles hébreux! SI, dans ce doute, nous abordons les obscurités savantes du Zobar, le grand livie sacré de la haute Kabbale, nos conjectiu'es se changeront bientôt en certitude, quand nous apprendrons (juc le jod, la dixième et la principale lettre de l'alphabet hébreux, a toujours été regardé par les sages kabbalisles connue la figure du principe des choses, figuré par le phallus égyptien et par la verge de Moïse; que le hé, seconde lettre du nom de mn> et la cinquième de l'alphabet, signifie la forme passive et démonstrative du prin(^i[)e a(!til\ et correspond à la coupe ou au <1eïs lies anciens hiéroglyphes sacrés; que le vau, troisième lettre du tétragramme et la sixième de Talphabel, signifie crochet, enehcvctrement, attraction, et corres- ■ pond aux signes hiéroglyphiques de l'épée, de la croix et du lingam ; enfin que le hé, répété à la fin du télngramnic, [)outclre figuré par le cercle qui résiilteraii dé la superposition de diMix coupes, l'une droite, ràiiU

DE LA KABBALK. 323

renversée lï). Nous avons alors la clef (loscjuahT symboles (lénairestlo notre larol, dont le premier r(*i)résenlc wn hâlon venloyant, le second une coupe royale, le Iroî- RÎème une é|)L'e traversant une couronne, et le quatrième enfin un ccrch» renfermant une (leur de lotus.

Il noiis n^sle, pour être pleinement initiés aux mystères tle la genèse de Poslel, de bien connaître et de bien comprendre la série iriilées tliéologiques et pbilosopliiques absolues que les anciens attacliaienl aux dix première nombres. Ici Pytluifrore s'entend avec les dépositaires du secret de Moïse, car ils ont i)uisé aux mêmes sources; et nous avons trouvé (pie dans le quaternaire les sifines séchais de la bauti* Kabbale ex|)rimcnt cxaclemcnt la même doctrine que les biérojzlypbes d(* TK^^ple (*t I»»ssymbi»les sacrés de Tlndc. — Le i)ballus, le ctcïs. le liniram cl la vie, le si'cpli'e d'Osiris, la coupe ou la fleur d'Isis, le lingam d'Horus et le cycle d'IIermcs, la verjjje fleurie tKAaron, le gomonpii reiderme la manne, le plaive des siicri fiées et la palùredes offrandes, — le balon pontifical, - le calice de la communion, la croix et la divine hostie, tous les lignes reli^'ieux (correspondent aux quatre signes hiérollyphlques du tarot, qui sont rexplicallon hiératique des f|ualre lettres du grand tétrajiniTnme divin.

Ce qui attira le plusTiitlenlinn de Court deCebelîn lors de sa di'fouverte du tarot, ce furent les hiéroiîtyplK»$ d(i fingt el unième feuillet, qui porte ponr litre h Monde.

(I) Toir le Kabbaladenudaià, t voL ml, 1684. ^ U Sâ^, illribiié au patrUrehe Abraham i)ui i« trouve diinf fa caUofsM lÉea de l*istoriut, et dans rintrtktuctîon au tirre dé tnUÊr^-i pdt an tetragramme.

Cette carte, qui n*est autre chose que la clef même de Guillaume Postel, représente la vérité nue et triomphante au milieu d'une couronne divisée en quatre parties par quatre Heurs de lotus. Aux quatre coins de la carte, on voit les (jualre animaux symboliques qui sont Tanalysedu sphinx,' et (|ue saint Jean emprunta au prophète Ézcchiel, comme Ézécliiel lui-même les avait empruntés aux sphinx bucéphales ou autres de TÉgypte et de l'Assyrie. Ces quatre figures, qu'une tradition incomprise par l'Église même, donne encore pour attributs à nos quatre évangélistes, représentent les quatre formes élémentaires de h kabbale, les quatre saisons, les quatre métaux, et enfin aussi les quatre lettres mystérieuses du tora des juifs, de la roue d'Ézéchiel, rota, et du tarot qui, suivant Postel, est la clef des choses cachées depuis l'origine du monde. II faut remaniuer aussi que le mot tarot se compose des lettres sacrées du monogramme de Constantin : un rho grec croisé par un tau entre l'alpha et l'oméga qui expriment le commencement et la fin. Disposé de la sorte, c'est un mot analogue à Tinri des francs-maçons, dont les deux I expriment également le commencement et la fin, puis4]u'en kabbale le jod et tous ses dérivés sont le symbole du phallus et de la création ; le commencement et la lin exprimés ainsi (var la même lettre, donnent Tidée d'un oi>mmencement éternel du cycle divin, et en cela l'iNRi est plus signilieatif et d'une plus haute inidation

C|Ue le TAROT.

Si Ton rappi^rte à ces découvertes la forme hiéroglyphique des croix de la primitive Église, on sera frappé de bien d'autres analogies. Les premiers chrétîeiis com*

posaient volontiers la croix de quatre segmenis de cercle : j'en ai vu une.qui avait dix branches sortant les unes des autres, et quatre fleuves à sa racine ; on en trouve une copie dans Touvrage latin de Bosius sur le triomphe de la croix. Les premières croix étaient sans Christ, et portaient quelquefois une colombe avec l'inscription wri, pour faire entendre qu'il y a un sens caché dans cette inscription, et que c'est au Saint-Esprit de nous la faire comprendre. Souvent aussi les quatre animaux kabbalistiques sont aux quatre bras de la croix, devenue ainsi un emblème philosophique du quaternaire. On appelait alors gnose la connaissance de tous les mystères, mais le secret devait être inviolablement gardé, et les profanations de quelques gnostiques dissidents firent perdre à l'Église officielle les clefs kabbalistiques de son propre sanctuaire.

Ceux qui douteraient de ce que nous avançons ici, peuvent lire les écrits gnosti(]ues et orthodoxes encore de saint Denys l'Aréopagite, de saint Irénée, de Synésius et de* Clément d'Alexandrie. Mais, sans sortir du canon même des livres saints, ils trouveront dans V Apocalypse une clavicule magique et kabbalistique complète, qni semble avoir été calculée sur les nombres, les symboles et les figures hiéroglj'phiques du tarot.

On y retrouve en effet les sceptres, les coupes, les épées et les couronnes disposés par nombre précis et correspondant les uns aux autres par le dénaire et le septénaire sacré; on y retrouve les quatre rois des quatre parties du monde et les quatre cavaliers qui figurent dans

326 DE U mBBALK.

nos cartes ; on y voit la femme ^ilée, )e y&fhfi en habits (l'empereur, puis en costume de poqtife ay^ plusieurs diadèmes sur sa thiare Enfin la clefcl? Vjâpoçalypiet qui est la vision du ciel, est identique avep le nopibre >iqgt^ un du tarot et nous présente un trône epfenné dfinç uo double arc-en-cieh et aux quatre coins de c^tte courpoBe les quatre animaux sacramentels de I4 kabbale. Ces coïncidences sont au moins des plus singulières, et donnant beaucoup à penser.

Enthousiasmé de sa trouvaille, Poste) cftit naïvement avoir découvert la paix universelle des religions et la future tranquillité du monde. Ce fut alors qu'il écrivit son Traité de la concorde universelle, son livre des Raisons d'être du Saint-Esprit, et qu'il dédia aux pèfes du concile de Trente alors assemblés, la Clef des choses car chées depuis le commencement du monde. L'épître qu'il leur adresse est curieuse : il se pose franchement en prophète, et déclare à ces évèques et à ces docteurs que leurs anathèmes ne sont plus de saison, puisque tous les hommes doivent être sauvés ( car c'est la conséquence qu'il tire de Tunité et de la perpétuité de la révélatioD analogique el rationnelle dans le monde).

« Je vous écris, dit-il, cette vérité, mes pèrçs, afip que vous cessiez de perdre par l'anathème ceux pour lesquels le Christ est mort ; c^r lui-même agit en tous et eq chacun, les enseignant par la lumière d^ leur conscience, en sorte qu'en glorifiant la vérité, ils se se^rvent à eux-mêmes de loi. Ouvrez les yeux, mes pères, mes frères, ines enfants ; et voyez comment, par votre imprudence, vous transformez la rédemption du Sauveur ep une tiQiiçberie

bL LA KABBALE. 327

de la nntnre luimaiiie(l ,1 La sainte Kcrilurc n*a jamais lulininc (ranatlirines vm\{\v. «eux (|iii resleiit éloignés dello. Klle promot, il ('st vrai, riiiitialion à tous, mais elle dit aussi : Dans toute nation, celui (|ui tait le bien est agréable à Dieu. Ne voyez- vous donc |)as que vous rendez la rondilionNlu rhrisiianisuie pins intolérable que n*était celli^ (lu judaïsme.' »

Les pères du roueile ne tirent pas même à Postel Thonneui' de sj'vir l'onlre lui. Son livre et sa lettre furent eonsidén'^s eonune ToMivre d'un Ibu, et restèrent sans ri'pnnse. IMus tard seulement, Ir docteur ayant avancé quelipies pnipusitions sur la rédemption du };enre humain qui parurent bctéiiKloxcs, on le renlerma (hms un moiiaslcn*. Poslcl mourut avec la conviction qu'il ressusciterait pour t*air(M'(»m|trcndre aux bonunes sa^n*ande découverte des clefs du niondc c^rculte et ili':î mystères du tctra^Tanuue; car il lui stinblait iuqios.Nible qu'une telle ri'vélation tut entièrement |ht(1u(* pour l'avenir.

Pi^slel fut heureux de n'expier pas sa découverte comme un |ilus grand que lui avait cxpit'* la sicime seize siècles plus tùt. Il est certain (pie les secrets de la haute kabbale étuienl jierdus pom* la Synagogue, lorsque Jésus-dhrist les retrouva, conune Tavoue d'ailleurs l'auteur lH'*breu du ^epher Toldos Jeschu. Le dogme catholique est sorti tout DPlîçr 4c la litbb^i tuais sûus combien de voiles et avec ^■dtay^nge^ moi)ifu^^ljp|||! {4 j^uralit^ des ponton nes^ ^H^^milé lit* Uiey, est sort^^fi trois preinièret» letti es

hé ^lour le

,1. Piiiii'i

ràiBiMtet]

p. m. tdit.

tils, afin (le ne pas déifier la mère qui devait i^sfer humaine, et qui plus lard, suivant les prévisions de Postel (1), a semble absorber en elle tout Thonneur des autres personnes. Dans le Zohar^ nous voyons la mère divine, la seconde conception des Ëloïm, coopérant à la création , qui eût été impossible sans elle. C'est elle qui c^lme et qui tempère les rigueurs du jod paternel; c'est elle qui oppose l'eau au feu, et la miséricorde à la colère : — « Le feu, disent les auleui^ du ZohaVy s'était élancé du jod divin comme un serpent, et il allait consiinior la terre dans ses étreintes, lorsque la mère divine ((|uc son nom soit béni) amena les eaux et fit niamber les vagues libératrices sur la tcte brûlante du serpent. » Ici, nous rai)pelant que Marie, en hébreu, signifie la mer, ou le sel de la mer, nous comprenons pourquoi on la représente avec un croissant sous les pieds; car les kabbalistes disent <pie la lune est Timage du cteïs divin du hc tétragrammatique, de la puissance maternelle dos Eloïm, et nous ne nous étonnons plus de cette gloire immeiis*^ attribuée à une simple mortelle qui, par sa conception innnaculée, remonte au delà de l'origine des temps. Le fils a rendu Thonneur de sa naissance à sa mère, et II mère du Kils éternel doit être éternelle comme lui. Tout dans notre culte rappelle les nombres de Pythagore, le ternaire des persoimes divines, le quaternaire des évangiles, le septénaire des dons du Saint-Esprit et des sacrements, la décade sacrée du Déealogue. Le duodénaire des l)atriarches et des apôtres, la création aiîreuse et mani-

(I ) Voir \cClavis al'SCon<fi7ottiw/passim.

l'iiéoiinode Toiifor fins.int contre-poids au riol, n*est qu'nno réalisation exajréree du hiuain» (.Mpiilibrant do Zoroaslro, figure dans la kabbale du Zohar |)arh\s deux vieillanls, dont Tun est eommc Tonibre dr l'autre, le Macroiito» sope et le Mtcroprosope(i)^ Tombre de rinnnanité voilant Dieu, et la lumière de Dieu illuminant rhumanitr, en sorte <|ue Dieu semble être pour nous Tbomme du eiel, tandis que l'iiomnie rsl commt^ le di(Hi tle la terre. Ainsi, toutes les absiuMiiti's apparentes des <lo{rmes eaelient les hautes et anti(pies révélations de la sajresse de tous les siéelrs, et e'isi pour eela que le ehristianisme, enrirbi de ta[it de dé[»ouillcs o|mnes, a pn^valu sur le judaïsme dcsséebé et appauvri, qui ne comprenait plus même les ' allépiriesde son arche et <le son cband(*li(M* d*or. >lais, autant sont belb^s et précieuses l(»s ricliesses intimes du dn^mc u[iiversel et kabbalistique, autant sont déplorables les inti*rprétatinus niatéiialisirs qu'on donne de nos joints îi ces mystères. Nier le dnjru)i» anrien (*st qucl(|ue chose lie facile; mais il n'^fute la négation par le fait même de snii existence. (Juc faut -il donc l'aire |)our vainiTC et» spliinxdes tem|)smodcrn(*s? Il faut expliquer s(U) énipuK» el le n'véler à lui-même; il faut mmener tous les es|)rits â la st- ieni't* (|ui rend raison des aberrations même <lc la foi, et revenir au sentiment d'une révélation unique, permanente et univei*selle dans l'humanité. — Cette révélation, c'est Tanalofoe expliquée par le Verbe, c'est la

nature |»arlant sans cesse à la raiioti « e*cit rhirrooiliÊ

(1) Voirie rrontispice du Mnifie, par fJiphaK l>vi.

liTre intitulé i

830 OB LA KABBiLB.

mathématique des choses, nous démontrant que la partie est proportionnelle au tout, et que le tout, nécessairement indéfmi dans Tabsolu, nécessite, sans Texpliquer, l'hypothèse de rinfini.

C'est dans le champ immense de cette hi'pothèse, que rhumanité agrandit sans cesse le cercle de ses connaissances et recule, par les conquêtes du savoir, les limites du royaume de la loi. Or, que devient la foi devant cette audace toujours envahissante? La foi, c*est cette confiance qui poussait Christophe Colomb en avant, quand TAmcrique fuyait devant lui, — c'est la croyance aux parties inconnues du grand tout dont rexistencc noiLS est démontrée par les [)arlies connues ; on voit bien que ce ne saurait êlre une ncgalion de la raison; on voit bien aussi que Tobjet de la foi étant nécessairement hypothétique dans sa forme, puisque c'est la science seule qui formule, les définitions de la foi sont une confusion de la science et de la foi. Le véritable acte de foi consiste donc seulement dans l'adhésion de notre intelligence à la raison immuable et universelle qui exclut de Tempire des premières causes toute monstruosité et tout mensonge. L'être raisonnable suppose nécessairement ta raison d'être, c'est l'absolu, c'est la loi; elle est, parce qu'elle est. Dieu lui-même, de quelque manière qu'on le suppose, ne peut exister sans raison d'être, il n*y a que la folie qui puisse donner pour cause à la loi immuable une autocratie personnelle, arbitraire et inexplicable. La suprématie impassible, imméritée et irresponsable de Dieu, serait la plus haute des injustices et la plus révoltante des absurdités ; qu'est-ce donc que Dieu pour nous?

D^ LA KABBALE. â3i

Dieu, c'est la conception indéfinie d*une pei^onnalité suprême. Pour les religions ilogniatiques, c est autre chose : pour elles, Dieu est le premier et le dernier défini du inonde hypothétique : mais chaque lois qu'un Dieu est défini, il est fini, et au-dessus de son culte et de ses autels apparaissent, toujours pour les aspirations infatigables de rhumanité, Tautel sans formes encore du culte à venir, et Tinscription sans nom que les Athéniens avaient placée sur le plus divin et le plus philosophique des temples : Igvoto Dec.

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