DE LA RELIGION AU POINT D£ VUE KABBALISTIQUE
Le sentiment religieux existe dans Thomme. La nature ne fait rien sans but et ne crée pas de besoins sans objet.
La religion est donc quelque chose de réel.
L*ATaE EST L*ÉTRE.*
Le mot Dieu exprime un idéal inconnu en lui-même, mais très connu par les diverses idées que s'en font les hommes. Au-dessus de toutes ces idées plus ou moins sages, domine celle d'une intelligonre su[)ivme et d'ime première puissance. L*idée abstraite des lois mathématiques qui gouvernent le mouvement universel, attriste le plus grand nombre des esprits qui, voyant la liberté humaine prise en quelque sorte dans une inuuense machine qui ser^it l'univers, Irouvi^nl celte m;icliine, quelque grande qu*eUe soil, iurérieuie :i I honune si elle n'a [MIS consciçnçe d'elle-nwme. Là s'arrête^ \r seniimeiii
universel et la fantaisie fait le reste. Les uns font Dieu unipersonnely les autres multipersonnel ; il n'en reste pas moins acquis à la science que Dieu, c'est Th^^thèse très probablement nécessaire d'une conscience suprême dans les mathématiques étemelles.
Nous disons très probablement nécessaire, pour respecter la liberté de conscience des athées de bonne foi; mais la kabbale, qui est la mère des sciences exactes, n'admet pas le doute lorsqu'elle autorise une hj'pothèse; et, parlant de rexislence même du sentiment religieux et du nom qui exprime pour toutes les nations et pour tous les hommes cet être invisible et infini; la kabbale, disons-nous, conclurait nettement à son existence nécessaire, parce que le Verbe atteste l'être comme le reflet atteste le cOrps.
L'homme ne peut concevoir Dieu que cx)mme un homme infini ou plutôt indéfini; car où prendrait-il des termes de comparaison pour une antre image de la divinité? II s'ensuit (pie tout ce qui tend à définir et à fiersonnifier Dieu retombe falf^lement dans Tanthropomorphisme, et \y.\r conséquent dans l'idolâtrie.
C'est pour cela que les kabbalistes ont distingué l'être réel de Dieu de son idée dans l'homme, et c'est à l'idée humaine seule qu'ils donnent un nom, celui de Jého\*a ou d'Adonaï. Quant à la réalité suprême, c'est pour eux le nofi ensy l'inappréciable, l'indicible, l'indéfini. Appréciant d'ailleurs, comme nous l'avons dit, les réalités divines par leur mirage ou par leur ombre dans l'esprit humain, ils pensent que cette ombre ou ce mirage nous présente toutes les notions divines en sens inverse, mais
que la science doit les redresser pour arriver à l'iiarmonie qui résulte de Tanalogie des contraires.
Ce jugement des choses vulgaires, par anlilhèse, est un des grands secrets de la kabbale et une des clefs occultes de rexégcse. Celte clef es( représentée par les deux triangles, Tun droit et Tautre renversé, qui forment Téloile à six pointes du sceau mystérieux de Salomon. Chacun de ces drux triangles, pris séparément, représente une idée incomplète, et par conséquent radicalement fausse de l'absolu; c'est la réunion des deux qui est la vërité.
Appliquons ceci à Tintelligence de la Bible. OuvtX)ns-la au premier chapitre de la Genèse, par exemple. Nous y trouverons Thistoire de la création du monde en six jours. Renversons le sens, prenons Tantithèsi^î ; nous aurons la création de Dieu en six nuits. Ceci a besoin d'être expliqué. Dieu, nous dit la Genèse, a fait Thomme ù son image, et la philosophie nous prouve que Thomme se fait aussi un Dieu à sa ressemblance. Eh bien, le fait philosophique a servi de base à TafTirmation théurgicpie en raison de Tanalogie des contraires. Le progrès observé dans Tesprit humain cherchant à formuler Dieu, a révélé à Moïse, par antithèse et par analogie des contraires, les périodes successives de la création. En deux mots, ne pouvant juger Dieu que par son miiiige dans rintelligence humaine, Moïse a suivi tous les contours de (?e mirage et Ta redressé mentalement. C'est apisi qu'il est arrivé à sa cosmogonie parTétudede la théogonie universelle.
Le premier chapitre de la Genèse, retourné kabbalistiquement; donne un résumé lumineux de la théogonie
èSà DE tA kABBALË.
universelle et de sdh enraritement progircfssir dans l'éspHt humain. Isolé, le résumé semblerait irréligieux et représenterait la divinité comme lilie fiction de rhomme. Le texte de Moïse, pris isolément, ressemble 3 une feble et inquiète la raison. Mais qu*on unisse les deux ooritraires, qu'on forme l'étoile avec les deux triajngles, et on sehi étonné de ce qu'on trouvera de vérité et de lumiél^. Chacun peut lire le texte dans la Bible, en voici Tinversibn, du moins quant au premier chapitre :
.LA GENÈSE OCCULTE. — Chapitre premier.
« Éternellement rimmensilé du ciel et l'étendue delà terre ont fait dans Thomme l'idée de Dieu.
» Mais cette idée était indéterminée et vagué, c'était un masque de ténèbres sur un immense fantôme; et Tespril de l'homme (lollait dans ses conceptions comme sur lés eaux.
» L'Iiomme dit alors : Qu'il y ail une intelligence suprême! et il y eut une intelligence suprême. Et l'homme vit que cette idée était belle et il distingua l'esprit de lumière de Tesprit des ténèbres; il appela Tesprit de lumière, Dieu; l'esprit de ténèbres, diable, et il se fit un royaume du bien et un royaume du mal. Ce fut la première nuit.
» L'homme dit aussi : Qu'il y ait une séparation infranchissable entre les rêves du ciel et les réalités de la terre! Et rhomme fit une séparation, et il divisa les choses d'en haut avec les choses d'en bas, et cela fut fait ainsi. Et l'homme appela sa séparation imaginaire le ciel ; et il se
t un soir et un ntâtin, ce Fut la seconde nuit.
» Et riiomnie dit : Séparons dans notre culte là
asse des nuages de retendue sèche du ciel: Il donna
i ciel sans eau le nom de père ; A la masse des nuages
nom de mère. Et l'homme vit que cela était beau,
il dit : Faisons germer dans le ciel toute la végéta-
m des symboles où les dogmes sortent les uns des
très, comme la semence de Therbe, et Therbe de la
mence.
» Plantons le pommier édcnicfue aux fruits mystérieux toujours renaissants. Et le ciel poussa les symboles mme Therbc et les arbres mystérieux naquirent. Et omme vit que cela était beau. Puis il se fit un soir, il fit un matin, et ce fut la troisième nuit. » L'homme dit aussi : Qu'il y ait des astres mystiques os mon ciel, et qu'ils se partagent la science et Tignoice, le jour et la nuit! Et il en fut ainsi; et l'homme deux divinités splendides : la grande pour les initiés, petite pour le vulgaire, et des petits dieux nombreux urne Jes étoiles. Et il les plaça dans l'exil de son ciel iir être les rois de la terre et créer une distinction Ire la science et Tignorance, entre le jour et la nuit. Et omme vit que cela était beau, et il se fit un soir et un itin Ce fut la quatrième nuit, n l/homme dit aussi : Que les nuages enfantent des igons volants et des animaux fantastiques. Et les iges produisirent des monstres pour épouvanter les ■ants, et des diables avec des ailes; et l'homme les lit en leur dis;mt : Croissez et miillipliez, e( remplisle ciel et la terre; cl l'homme plara tour à tour sur
les autels tous les animaux de la terre. Et il se fit un soir, il se fit un matin, et ce fut la cinquième nuit.
» L*homme donc adora les animaux et les reptiles de toute espèce; et ayant vu que cela lui réussissait, il dit : Faisons un Dieu à notre image et à notre ressemblance, et qu'il soit le roi des léviathans mythologiques, des monstres du ciel et des colosses de l'enfer. Et Thomme créa Dieu à son image et à sa ressemblance. H le fit à la ressemblance de l'homme, et il le bénit, et il lui dit : Crois et multiplie tes images; je te donne l'empire du ciel et le domaine de la terre. Et il en fut ainsi; et rhommc contempla ce qu'il avait créé, c'était magnifique. Et il se fit un soir, et il se fit un malin ; et ce fut la sixième nuit. »
Celle Genèse occuhe fut celle que Moïse pensa avant d'écrire la sienne, et voici comment il dut raisonner.
La matière est la forme extérieure de l'esprit. L'intelligence agit sur elle, et elle réagit sur l'intelligence. L'harmonie résulte de l'analogie de ces deux contraires.
Dans l'esprit de l'homme qui lutte contre la matière, les lois du progrès sont analogues à celles du mouvement et du progrès dans la matière même.
Donc la création du monde hors de Dieu doit être analogue à celle de l'idée de Dieu dans l'homme.
Kl c'est ainsi que, prenant pour base numérale le ternaire sacré et sa duplication qui en exprime le mirage, Moïse écrivit sa cosmogonie des six jours, analogues aux six grandes nuits de l'initiation humaine à tous les mj'slères religieux.
Cette clef de la révélation est aussi celle de toutes les
pratiques religieuses et de leur inllueiice sur les civilisations et sur les destinées humaines.
Nous allons nous faire comprendre :
Étant donnée Taclion de la pensée sur la foruie et la réaction analogique de la forme sur la pensée, on doit conclure que les objets extérieurs agissent sur Thomme ou réagissent sur lui autant qu'il peut agir sur eux. L'homme, d'après son idéal divin, bâtit un temple; puis il est impressionné par le temple qu'il a fait et ne peut y entrer sans se rappeler son Dieu. L'idéal vague a pris un corps, une forme, et il devient une ràdilé visible, palpable pour l'honune. l)ira-l-on qu'il se trompe lui-même? Oui, sans doute, en tout ce que la forme exprime de défauts dans son idéal, mais non en tout ce qu'elle réalise de perfections et de vérités.
C'est ainsi que la religion a lait des cultes, et que les cultes font la piété qui est la force de la religion.
I^es cérémonies religieuses sont des pratiques de haute kabbale, et la magie proscrite n'était si dangereuse que par la puissance dont elle pouvait s'emparer en les imitant.
Ijà pratique, c'est le Verbe en action. L'homme qui pniti(}ue est ac^quis bon gré, niai gré à la doctrine dont il accomplit les rites.
Si Julien a pu*abandoihier le christianisme, c'est qu'il ne lavait jamais pratiqué librement, et c'est aussi qu'il se livrait en se^Tct aux cérémonies de rhellénisme. I/Église a bien coi»science de cette force, et c'(»st pour cela qu'elle s'occupe moins en apparence des senlimcnls intérieurs que des pratiipies extérieures. Conlessez-vous, dit-
MS M LA iLAÈBkîM.
elle, et âUez à la messe ; le reste «rriveni tout seul.
Il est certain que les sectateurs de la magie noire évoquaient et voyaient le diable, donnant ainsi un corps et une réaHté à l'idéal niême de Tabsurde. Les actes authentiques des nombreux procès de magie ne nous permettent pas d'en douter.
L'exaltation que produit la vision est contagieuse et 8e communique avec la rapidité de Télectricité à tous ceux que la force de leur raison ne met pas en garde contre cette inQuence naturelle C'est ainsi que s'expliquent les [dmnomènes des soi-disant esprits d'Amérique. Aussi les théologiens sérieux sont-ils tous d'accord pour déi*larer qu'une vision ne prouve rien en matière de doctrine. Cette déclaration des maîtres devrait mettre le vulgaire en garde contre les révélations surnaturelles et les prophéties, fondées sur des visions.
Le grand et infortuné empereur Julien eut le malheur de croire sérieusement à ses dieux, sur la foi des visions que lui avaient procurées Jamblique et Maxime dËpbèâe. Cette crédulité toute juive ou chrétienne le mettait à h merci des enthousiasmes nouveaux, plus forts et plus universels que le sien : il fut entraîné et débordé par le courant.
On raconte du roi saint Louis une chose qui lui &it infiniment d'honneur. Un joui' on vient le chercher en grande hâte pour l'inviter à se rendre témoin d*uD miracle qui s'opérait dans sa chapelle. Le Christ s'était reudu visible dans 1 hostie, et y avait manifesté ainsi sa présence à une multitude de témoins. « Pourquoi irais-je?ditsaiot Louis. Je crois à la présence réelle de Jésus-Ctihst dans
DE Là kabbaus. â39
rbosiie, parce que je ne l'y vois pas; mais si je Vy voyais, je n'y croirais plus. »
lin mirtcle public est une preuve d'exaltation, et par 4X>nBéqueBl de déraison collective; il ne produit la foi que comme la peste produit la peste. La folie de la croix (ce oiot est de saint Paul ) n'a été qu'un remède homoeopathique aux folies orgiaques et luxurieuses du siècle des Caligula et des Néron. Les jeûnes des slylites n'étaient que la réaction rationnellement insensée des soupers de Claude et des festins de Trymaleion. Saint Antoine a proleBté contre Pétrone, et l'animal immonde qui lui servait de chien était la satyre vivante des mœurs romaines de la décadence.
Aussi Sénè(iue, auxfestins de Néron, louait-il et enviait-il outre mesure l'austérité de Diogène, et saint Antoine dans son désert rêvait-il des éjwpées d'ivresse et de débauche i faire pâlir les inventions de Tigellin. L'harmonie résulte de l'analogie des contraires.
L'exaltation se produit jiar des moyens physicfues, qui BODt : 1* la tension continue et périodique de l'esprit ; 2* le jeûne; 3* les représen talions et les images; fto la musique et les chants analogues à l'objet de l'enthousiaaine; 5* les fuAnigations et les parfums. Qu'on s'étonne maintenant si les personnes pieuses sont sujettes a des révélations et a des extases. Mais il est vrai (\v dire aussi qu*OD peut, par les mêmes moyens, arriver ù la vision intuitive de Kichatan, de Pim|KH*au ou de Parabavaslu, voire même du hideux iantôme qui résume tous h's faux dieux, Satan 1
3/iO DE L\ KABBALE.
H résulte de ceci que les cultes sont tous essentiellement magiques ;
Qu'ils opèrent par eux-mêmes l'œuvre religieuse, c'est-à-dire Texaltafion créatrice des intuitions de la foi des visions, soit célestes, soit infernales;
Qu'ils sont, suivant leur plus ou moins de moralité, une médecine ou un empoisonnement de l'esprit.
Il en résulte aussi :
Que les relierions sans cérémonies sont des cultes froids et iiiclficaci^s ;
Que le prolostantisnie, par exemple, ne peut produire qu'un enthousiasme rare et isolé;
Qu'il csi une néiiation plutôt qu'une afiinnation religieuse ;
Qu'il no possède ni la clef des prophéties, ni la source des inspirations, ni la baguette des miracles;
Qu'il est incapable de créer Dieu, et par conséquent (pril ne fera jamais de grands saints.
On voit par là combien se trompent ceux qui rêvent des rcliiiions rationnelles, sans mvstères, sans nnibologie et sans sacrilices.
Ils rcvenl d(»s n^ligions sans religion.
La n^ligion, c^cM la création magique'd'un monde fantastique rendu sensible à la foi.
(Tcsl lu rcalisaticni apparente des hypothèses ulfrar;Ui(»mirllos: c'csl la salisfaction d'un besoin merveilleux coiiimiin aux IcmuH^s. aux enfants et à tous ceux qui leur rcssciiibiciil.
Si la rcli.Liiou (^alholique est malade de quelque diose, c'est d'avoir fait troj) de concessions à la raison du
iviu* siècle, et elle ne vit plus que de ce qu'il lui reste encore d'intolérance.
Ceux qui veulent Thunianiser veulent la tuer, et elle le sent bien.
Si une autre religion doit lui succéder, ce sera nécessairement une religion plus déraisonnable, et par conséquent plus forte comme religion,
L'aflirmation religieuse est rantitliùse de raffîrmation raisonnable, et Tliarmonie philosophique résulle de Taoalogie de ces deux atlirmations contraires.
Le chrétien, qui prend le ciel pour sa seule patrie, marche moralement les pieds en haut et la tele en bas ; cl c'est ainsi que le ciel devient un mirage de la terre.
L'union de la religion et de la philosophie doit s'accomplir par leur distinction même, qui leur permet de s'allier comme les deux triangles de l'étoile de Salomon, 3omme le sabre avec le fourreau, comme le plein avec le vide.
C'est pour cela que le spirituel doit être la négation du :emporel, et que la royauté et la richesse seront toujours a mort du pouvoir sacerdotal , en détruisant le merveilleux de sa mission et en excitant la déiiance et la alousie des instincts matériels.
C'est pour cela aussi que le pouvoir temporel se couvre ie ridicule lorsqu'il veut s'immiscer au pouvoir spirituel, 3arce qu'il sera toujours suspect d'inspiration intéressée. 3n rira toujours d'un maître qui dira : Dieu veut que ^ous m'obéissiez. Mais qu'un homme vraiment indépeniant de César dise au monde : Obéissez, à César! on
croira cet lioinme, siirloiit s'il est évident ffu'il n^acœpte rien de C<*s;ir.
C'est [loiir la même raison que les prêtres ne peuvent pas rire mariés ei rester prêtres. Personne n'est prophète chez soi, et les femmes Jalouses demandemient compte à leurs maris de la confession de leurs voisines.
Les anciens mages étaient célibataires. Pjthagore et Apollonius se sont abstenus <le femmes. Le paganisme même av;»i! des vestales. Ce qu'il y a d'anormal et en quelque sorte de déraisonnable dans le célibat, te rend essenlicllcment religieux; le monde le sent bien, car il tléblalère contre le célibat des prêtres, mais il méprise les prêlres mariés.
Chost' riraiige! la religion est la plus humaine de tontes les institutions, et la philosophie est ce qu'il y a de vraimen! divin dans la vie intellectuelle de rhumanîté. La religion est la synthèse des (tassions : cupidité d'un bien inlini, ambition poussée jusf|u au délire d'une aspiration dt''illqui\ dt'scspoir de volupté blasée ou inassouvie qni se léliigic <lans Texlase, orgueil surtout, orgueil immense, qui croit s'humilier devant Dieul orgueil qui s'aceuse fl'avoir olTensé Dieti et troublé l'harmonie des mondes! La |»hiiosophie, au contraire, courageuse dans son doute, modeste dans sa fierté, ne croit qu'à l'expérience et ne veut rien devoir rpiau travail. Mais, nous Pavons déjà lait pressentir, la religion seule et la philosophie seule sont deux erreurs. Au fond de l'une, il y a le suicide ascétique et tous les crimes du fanatisme; an fond de Taulre, il y a le désespoir du scepticisme et TabrutissewkïèI de l'indifférence absolue. La religion et la phileach
DE LA KABBALE. 3ftft
phie, comme Yéras et Vanteras de la mythologie antique, sont faites pour se soutenir mutuellement en luttant Tune contre Tautre. Il fallait les sucras de Voltaire pour stimuler I orgueil de ("hateauhriand, et sans la Bible enfin expliq^iée, nous n^anrions jamais admiré le Génie du ekritiianiime,
\jb mouvement, c'est la vie, et la loi du mouvement pousse toujours Iqmiion vers les extrêmes; mais un pro* verbe dit que les extrêmes se touchent, et les exagérations du comte de Maistre diiîèrent peu de celles de Marat. On se (Mirtage encore entre Marat et le comte de Maistre, et Ton confond, entre les deux c;unps, dans une même estime et dans une mèuie inditVérenc^, Fénelon, Vincent de Paul et Volney. Les hommes trop bons et trop forts sont hors de combat. \js\ vérité est mise nu concours; mais tous ceux (|ui la trouvent sont condamnés au silence, autrement tout sei^ail fmi.
« C*est potu* cela, disait le Christ, (|ueje|Kirle en para* bdes, afin qu en voyant on ne voie pas, et qu'en entendant on ne compreime pas; autrement tous se converti* raient et seraient sauves. »
Il ne faut donc (»as (|ue tous se convertissent, ou, pour mieux tratluire, se détournent en même temps de leur voie. Il ne faut donc [tas cpie tous soient sauvés, c'està-dire soient mis par l'initiation hors de la hitte des contraires. Tous sont :ip|»elés cependant, mais les élus sont toujours en |»ctit nouihre ; c'est-à-dire que les conditions de l'initiation sont telles, qu'elles ne |KMivent être remplies que i»ar un petit nombre de concurrents sur •■1 kninense concours qui se renouv(*llc dàge en àce,
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ci (liironi juH(|irà rélcrrlion cl jusrju*au salut de tous.
(r. nVht ni hi reli$^'i(ui, ni la philosophie seule, qui font h's inilirs; ('*rKt ralliante de ces deux lumières réunies en unr. seule. Puis les initiés font à leur gré, pour IcMil- Kuire, la religion et la philosophie. Fablesd'un côté, rai- HonnenHMils léniéraires do Taulre, au milieu se trouvent lu seicMiee «le la loi vi la foi de la science qui s'embrassent t»l (pii s'unissent pour gouverner le monde, La religion (»si lenuni» , «M (»lle est souveraine par la poésie et par ramour. l.o progn^s sc^ienlificpie est homme, et il doit gouverner et défendre au besoin la femme par Ténerçie et par la raison.
(leu\ tpii se nuMleiU au jH>int de vue extrême et absolu de \ ollaiiv pour juger la n^igion, doivent s étonner et s indigner de la voir euiH^ro protégée et dominante. V leui^ \eu\. en etïel* ee nVst ({u'une abrutissante série lie nuM)songes inien^ssosel do prati4]tios imbéciles: mais ils en jugont aussi mal que Mario Alacoque^ si elle vivait oni\m\ |H>urnul jugxT dt^ o1k>>os do soieoce, de progrès et do lilHMio, Kn tiMiios oht>M>s il faut teoir eorople de ce
Oiîo le ptirîîî>ni>îi>e rifido d'un {«hiktsoftbe <v3il»laii« no *\Mn;»ivn:>o )Vi> or. roi î*S5io do< fiWfs «u\ «riants oa
la raison naissante de l'enfant. Tromper les peuples pour les exploiter, les asservir et retarder leur progrès, Tempêcher même si cela était possible : voilà le crime de la magie noire ; mais les instruire progressivement par les allégories du dogme et la poésie des mystères, élever leurs âmes psrr la grandeur des espérances, les gagner à la sagesse par de sublimes et ingénieuses folies, c'est Tart sacerdotal dans toute sa pureté, c'est la magie de luinière, c'est le secret kabbalistique de la vraie religion. Un grand malheur est arrivé dans le christianisme. La livulgation des mystères par les gnostiques ayant fait rejeter la gnose, les peuples ont choisi des ignorants pour les conduire ; on a proclamé Tégalité devant la foi, et les aveugles sont devenus les conducteurs des aveugles, comme avait bien raison de le redouter le Maître. Qu 'est-il arrivé? C'est que les vertus d'en bas étant presque impossibles en haut, les chefs du sacerdoce se sont trouvés sans la science et sans les vertus nécessaires a leur haute dignité. Us se sont alors constitués en caste, pour relever uniquement les uns des autres, et ont essayé de rétablir les anciennes épreuves, mais sans initiation progressive ; en sorte que pour soumettre à jamais la volonté du récipiendiaire, l'éducation cléricale dessèche les cœurs et engourdit l'intelligence. De là viennent tous les maux de la religion, et par suite ceux de la société. C'est pour cela que la parole des prédicateurs est si froide et si inefficace. Coaimenl voulez-vous qu'ils fassent aimer une loi qu'ils portent eux-mêmes comme un joug depuis leur enfance? Comment parleront-ils aux cœurs, eux dont le cœur s'est condamné à un silence étemel?
366 DE LA KARBALS.
Le sacerdoce actuel fait d'aiUeurà des efibrts désespérés pour maintenir tels qu'ils étaient autrefois des dogmes que le x^iii* àièele a dévoilés. On ne fait pas de reprises à la robe d'Isis, et les divinités en vêtements rapetassés n'attirent pas la confiance. Ce qu*îl faut, c'est un nouveau Voile, et déjà la poésie popakiire est à l'œuvre, car le monde ne reste pas longtemps sans reli* gion.
Nous avons dit que les pratiques religieuses sont un moyen de produire l'extase, et ce sont les [phénomènes naturels de l'extase que le vulgaire prend habituellement pour des miracles. Ces phénomènes sont :
l"" L'insensibilité à toute lésion et à toute douleur;
2^ La vision ou le somnambulisme plus ou moins lucide ;
S*" L'éloquence improvisée et la science infuse par su^ excitation et communication directe avec le milieu commun des pensées des autres;
4** Une surabondance fluidique capable d'opérer des effets extraordinaires, comme la communication immédiate de Textase et de tous ses phénomènes, la guérison instantanée de certaines affections, la suspension apparente de quelques lois de la nature, celle de la pesanteur par exemple, comme cela arrive journellement en Amérique et ailleurs, lorsqu'on voit des tables se soulever et rester suspendues sans que [)ersonne les louche. On sait que de semblables phénomènes se proiluisaient lors des convulsions du cimetière de Saint-Médard. Des femmes extatiques étaient enlevées de terre : \es ennemis même du jansénisme )e constatent, mais ils attribuent le miracle
DE LA KABBALB. Sjf?
tu démon y et en donnent pour preuves les indécences de ce8 ascensions aériennes , où les vétenients des femmes, obserVent-i)s (voir les controverses du temps) , se soulevaient et se relevaient deux-mêmes contre toutes les lois de la physique, pendïmt le mouvement ascensionnel do corps de la convulsionnaire. Celte complication du miracle ne proMve-t-elle pas la présence d*n!i agent naturel, d'une force motrice mise en jeu pnr la surexcitation nonseulement d*une personne, mais de tout un cercle d'en* thousiastes? Et si celte force motrice existe réellement, ai elle peut en certaines circonstances balancer les lois de la pesanteur, pourquoi les extati(|ues et les somnambules n'en arriveraient - ils pas ù marcher naturellement sin* reau7 C'est toujours la nature f|ui fait les miracles; le fanatisme les exploite, la science les explique. C'est à la sagesse de s'en servir pour le triomphe de la raison et du progrès.