‹ Le clergâe et le culte catholique en Bretagne pendant la râevolution: district de Dol (volume 3)Chapitre 47 sur 130 · LOS · texte numérisé non relu

LOS

17 juillet 1791.

La municipalité assemblée au lieu ordinaire de ses délibéralions. M. le maire ayant demandé la parole a dit :

« Messieurs, les prêtres parjures, les prêtres refractaires à la loi n'ont aucun frein; partout ils répandent leur venin, partout ils débitent soit en confessant soit en conversant avec les âmes faibles et crédules les sopbismes et les propos les plus incendiaires; partout ils cherchent a corrompre les femmes et les domestiques, personne n'est a l'abri de leur malveillance. 11 y en a un ici (et. celui-là est mon neveu), je l'avais reçu chez moi, il s'y est introduit sous des dehors trompeurs, il m'avait promis de garderie silence, je l'ai cru jusqu'à présent; mais hier je l'ai entendu chercher a séduire ma femme de chambre et ma cuisinière, je l'ai entendu leur dire que les pasteurs qui avaient fait le serment n'étaient pas de vrais pasteurs; sans doute il a été chassé de son pays pour ses mauvais propos. Si nous voulons conserver le civisme du notre, il est temps d'y remédier : une trahison insigne mérite une punition éclatante. »

La municipalité après avoir oui Mr le maire et M1' le procureur de la commune, considérant que le sieur Jean Le Mercier, prêtre \ est un homme dangereux qui a trahi sa patrie et ses serments qui a même violé les droits de l'hospitalité en cherchant à "égarer les femmes et les domestiques de chez son oncle, qu'il ne peut s'empêcher d'exhaler le poison du fanatisme et de la guerre civile, considérant qu'il est intéressant de ne souffrir dans l'étendue de cette municipalité aucuns prêtres non assermentés, qu'ils doivent être regardés comme des vagabonds et des hommes dangereux, en conséquence qu'ils doivent être chassés hors des limites de cette municipalité, même hors du district, soit par la gendarmerie ou la garde nationale qui serait requis à cette effet, notamment le sieur Jean Le Mercier prêtre et que les corps administratifs et jndi-

! rean-Baptiste ^ Mercier de Montigny, guillotiné à Rennes le 2 janvier im voir la notice que lu. a consacrée M. Guillotin de Gorson dans Les Confesseurs de la Fol.

ciaires seront invités à veiller sur leur conduite et particulièrement sur la sienne.

Ont signé : Poinçon maire, etc.

(<e jour 13 avril 1792, l'an quatrième de la liberté.

Nous offic. etc. M'* le Maire prenant la parole dit :

« Messieurs j'ai déjà eu l'honneur de vous prévenir que M1 Berel était promu a cette cure. Toute cette commune nous a témoigné l'envie de le posséder; il m'a promis de se rendre à nos vœux dimanche prochain quinze du courant. Tous désirent aller le chercher pour le conduire ici; je vous ai convoqué pour délibérer sur la manière et pour vous inviter de vous trouver tous dimanche a son installation. »

La municipalité délibérant arrête que M. le maire et deux officiers municipaux se rendront demain à Gahard accompagnés de cinquante gardes nationales avec leurs officiers et tambours et qu'on s'assemblera demain à 9 heures précises chez M. le Maire...

Ce jour 14 avril la municipalité et la garde assemblées, l'on est parti, et l'on s'est rendu à Gahard; arrivés près du calvaire environ onze heures. M1' le maire a été chargé de complimenter Mr Berel. de lui témoigner le désir que toute notre paroisse avait de le posséder. De la place du calvaire la troupe s'est rendue tambours battants, monsieur le maire à la tête, au presbytère de Gahard où nous avons trouvé Mr Berel. Mr le maire après avoir manifesté à M1' Berel le désire de la commune dans un compliment analogue à la circonstance, Mr Berel après avoir répondu a la députation des choses les plus obligeantes s'est empressé de se rendre à son vœu et a prié la municipalité et la garde nationale de se rafraîchir. Sur les deux heures la députation rassemblée, nous sommes partis de Gahard tambours battants et après avoir fait plusieurs décharges de mousqueterie nous sommes partis pour nous rendre à Chauvigné chez Mr le maire ou nous avons laissé Mr Berel.

M1' le maire après avoir fait rafraichir la troupe l'a prié de se rassembler demain quinze a neuf heures du matin...

Ce jour 15 avril 1792 l'an 4e de la liberté a 9 heures du matin

• la municipalité et la commune et la garde nationale rassemblées, tambour battant, drapeau déployé nous sommes entrés chez M' le maire où nous avons trouvé Mr Julien Jean Berel vicaire de Gahard

M1' le maire Fa complimenté de nouveau, nos trésoriers lui ont envoyé ses habits sacerdotaux, sont aussi venus le chercher avec la croix et la bannière suivis d'une multitude de peuple tant de cette paroisse que des circonvoisines

La garde nationale rangée sur deux liayes tambour battant drapeau déployé, M1 Berel précédé de la croix et de la bannière et accompagnée de Mrs les officiers et notables, se sont rendus a l'église de Chauvigné ; la marche était fermée par une grande aflluence de peuple. Tous arrivés a l'église au son des cloches et des instruments militaires, Mr Berel a monté en chaire et a prononcé un discours patriotique analogue a la circonstance.

M1' le maire a répondu en faisant la notice des vertus de M1' Galon son prédécesseur, le premier conformiste de ce district et en félicitant la commune de ce que messieurs les électeurs lui avaient choisi un homme digne de le remplacer.

M1* Berel a de suite présenté à Mr le maire son institution canonique dont il a donné sur le champ lecture au peuple. Mr Morcel faisant fonction de procureur de la commune a requis qu'inscription fut faite sur le registre aussitôt que Mr Berel aurait prononcé le serment décrété par la loi et a signé Mohcel.

Pour lois Mr Julien Jean Berel ayant monté a l'autel a prononcé a haute et intelligible voix, la main levée, le serment d'être fidèle à la nation à la loi et au roi, de remplir fidèlement les fonctions qui lui sont confiées et de veiller avec zèle sur le troupeau qu'il recevait de la providence, de tout quoi il a requis acte cl a signé

Berel curé de Chauvigné.

Pour lors on a entonné le Veni crealor, de suite Mr le curé

de Chauvigné a fait l'eau bénite sa procession, et célébré

la grandmesse après laquelle on a chanté le ledeum au son de toutes les cloches: toutes les cérémonies, l'installation, la pro-

clamation et tout ce <|ui est prescrit par la loi étant finies. M1' le curé de Chauvigné a été conduit à son presbytère dans le même ordre qu'il était venu. On lui en a remis les clefs ainsi que de l'église et de la sacristie.

De là il a été reconduit chez M1' le maire ; un repas champêtre l'attendait et où étaient invités messieurs les officiers municipaux, notables, les trésoriers, officiers et soldats de la garde nationale.

A 3 heures le son des cloches ayant annonce les vêpres toute la compagnie s'est rendue à l'église dans le même ordre qu'elle était à la grand messe; les vêpres chantées et finies tous ont encore accompagné Mr le curé chez M. le maire.

M'* le curé retiré dans son appartement a remercié la municipalité et la garde nationale. M1' le maire a engagé tous les jeunes gens et tous les spectateurs à s'égayer, la musique a joué ca ira et d'autres airs propres à inspirer la gaité et la liberté; tous se sont retirés vers les 7 heures du soir.

« Claude Lecoz, par la Providence divine et dans la commu- « nion du S* Siège apostolique, évêque métropolitain du Nordce Ouest et a tous ceux que ces présentes verront salut et « bénédiction en notre Seigneur. »

« La Nation française ayant rétabli par un décret solennel du « roi le droit de l'élection aux évêchés et aux cures pour être « exercé par les corps électoraux, comme l'ordre immuable qui « serait exercé dans le royaume ; ce même décret constitutionnel « nous ayant aussi confirmé dans le droit d'accorder l'institution « canonique aux élus ; après nous être assuré de la bonne con- « duite, de l'intégrité des mœurs et de la science du sieur Julien « Jean Berel prêtre vicaire de la paroisse de Gahard originaire « de ce diocèse, nommé également le premier avril présent mois « par les électeurs de Dol a la cure de Chauvigné ; par l'examen « que nous lui avons fait subir et par le procès verbal de son « élection, nous lui avons accordé et nous lui accordons l'insti- « tution canonique; nous l'avons envoyé et nous l'envoyons au « nom de N. S. Jésus Christ prendre le gouvernement et la « direction de la paroisse de Chauvigné dépendant de notre « diocèse et y exercer toutes les fonctions ecclésiastiques et

„ curiales pour la plus grande gloire de Dieu et le salut des « âmes qui lui sonl confiées.

« Donné à lionnes en notre maison épiscopale sons notre « sceau, le sein- de notre vicaire et le contre seing de notre

« secrétaire.

Rennes le 6 avril 1792.

Deri vicaire épiscopal du département d'Ille et Vilaine par Monseigneur l'êvêque, Guillemot

vicaire prêtre pre.

Poinçon maire.

Séance du 17 mai 1792.

Mr le maire prenant la parole a dit : je vous ai convoqués Messieurs pour délibérer sur plusieurs objets de la plus haute importance. 1° a l'égard de notre ci devant vicaire Mr Giffard ; vous savez Mrs que cet homme, ce rétractaire a abusé de notre confiance : les héritiers dé feu Mr Galon lui confièrent différentes sommes d'argent trouvé chez M' le curé; il fut chargé de celai des pauvres, il paraît qu'il a fait de celui la l'emploi que vous lui aviez indiqué.

Mais il y avait un grand sac où il y avait vingt deux autres petits, le tout contenant une somme de quinze cent et quelques livres qui étaient ou de L'argent de testaments ou appartenant a la bourse des défunts. Je crois que cette dernière somme allait environ a 800 livres ; quant a l'argent pour les testaments et messes nous ne pouvons que lui demander qu'il en justifie l'emploi, et il eut die nous laisser un dcal à la sacristie et nous prouver qu'elles sont acquittées.

Mais l'argent qui était dans la bourse des défunts, toutou partie était le produit de plusieurs constituts nouvellement rembourses qui eussent du être replacés sur le champ. En conséquence j'ai pris sur moi d'arrêter les malles qu'on m'a dit être a lui à Komazy tant pour faire face a la dite bourse qu'à son imposition qui n'est point payée.

La municipalité délibérant a été d'avis do faire saisir par un huissier la malle appartenant au s1' Giffard et a chargé M1' Jean G. d'appeler le sr Giffard devanl le tribunal de conciliation près le district de Rennes afin qu'il nous rende compte des sommes par lui perçues ainsi qu'aux héritiers de feu Mr Galon et qu'il représente le deal qui devait exister à la sacristie.

4 novembre 1702 Tan premier de la république, la municipalité assemblée, avons procédé a l'inventaire des meubles effets en argent appartenant à la fabrique et a été reconnu qu'il n'existait antérieurement dans cette église aucun vase d'or et d'argent que les ciboire et calice et ostensoir, exceplés parle décret, avant 1785. que plusieurs citoyens se réunirent pour donner une croix et un encensoir qui contèrent une somme de 1130 livres; que la croix coûtait 350 livres de façon, et l'encensoir 160, de plus 24 livres de contrôle ce qui réduisait l'argent effectif dans la croix et encensoir à la somme de 580 livres sur le pied de 52 livres le marc; en effet après avoir démonté la dite croix et en avoir pesé le tout ensemble nous les avons trouvé peser 11 marcs une once un demi gros, ce qui fait sur le pied de 55 livres, qu'il vaut aujourd'hui, la somme de 612 livres 3 sols 5 deniers. Sur ce qu'il s'est présenté un particulier de cette paroisse qui veut rester inconnu, qui propose de faire l'avance de cette somme et laisser à la paroisse la dite croix et encensoir jusqu'à ce que la paroisse ait le moyen de la rembourser.

Nous off. municipaux sachant le désir des habitants de cette commune de conserver la dite croix et encensoir désirant ménager la façon et le contrôle jusqu'à un temps pins prospère, voulant aussi que la nation ne soit pas privée d'une somme que les besoins de la patrie nécessitent :

Avons chargé le citoyen François Poinçon maire de porter au district de Dol la somme de 612 livr. 3 sols 5 deniers pour la valeur de la dite croix et encensoir, d'en retirer quittance pour qu'ainsi la dite croix et encensoir restent à la dite paroisse pour caution et hypothèque de la somme nous avancée jusqu'à ce que les paroissiens aient le moyen de rembourser le citoyen

qui a la bonté d'en faire l'avance, sauf aux habitants de cette commune a s'arranger comme ils verront devoir le faire avec le citoyen généreux qui a fait l'avance. Copie de la présente scia remise au citoyen maire avec la dite somme ci-dessus exprimée, le dit joui' et an que devant 1.

Du dimanche 4 novembre 171)2 de Tan 1er de la république française, la municipalité assemblée devant tout le peuple, etc. Desuite s'est présenté devant nous le citoyen Julien Jean Berel curé constitutionnel qui nous a requis de recevoir son serment individuel: aussitôt le dit citoyen a juré d'être fidèle à la nation, à la loi et de maintenir la liberté et l'égalité ou de mourir à son poste en les défendant, il a levé la main et a

Poinçon maire. Behkl curé.

20 pluviôse an deux.

Délibérant sur le premier arrêté, considérant qu'une nation libre doit mettre en œuvre tous les moyens possibles pour le maintien de sa liberté, en imposer aux despotes coalisés et déjouer leurs projets liberticides, arrêtent que dans le cours de cette décade il sera descendu deux cloches sur les trois que nous avons conformément à la loi qui porte qu'il restera une (doclie par commune, que d'ailleurs nous n'avons pas d'autre moyen de convoquer qu'avec la cloche, arrête de plus qu'elle seront conduites a Rennes 2.

[Rien n'est plus inscrit sur ce registre depuis le 26 pluviôse an 3 jusquau 21 novembre 1816.]

1. Le 19 décembre L792. Le directoire du district arrête qu'on contraindra La commune de < Ihâuvigné à faire L'envoi de pièces d'argenterie de son église si eile persiste à vouloir les conserver.

2. Deux cloches pesant chacune 200 livres et provenant de l'ancienne église de Saint-Georges, supprimée depuis longtemps, furent vendues pendant la Révolution. (Bureau de l'enregistremenl d'Antrain.)

6 mars 1793.

Le Dire de Do/ aux Mutés de S^Léonard, RozTLandrieux , La Fresnaye, Roz-sur-Couesnon, Trans, Vieuxviel, Chauvigné, Dingé, La Chapelle-auœ-Filsifiéen, Lourmais, Bonnetnnin et C u g uen.

11 est étonnant citoyens que vous aviez différé si longtemps a exécuter la loi du 10 septembre dernier concernant les inventaires et Tenvoi des argenteries de votre église au district. Soyez persuadés que si nous avons bien voulu ne" pas vous faire des frais jusqu'à ce jour, ce n'est que parce que nous nous persuadions que de moment a autre vous vous seriez fait un devoir de reconnaître votre activité et que vous vous seriez prêté a la rétablir. Ne différez donc plus.

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