L. -G. Mondin, recteur de Saint-Broladre
P. S. — J'oubliais qu'on a encore pris de l'argent de l'église; 40 écus j)our le soldat envoyé à la fédération.
28 décembre 1790.
Le Directoire de Dol à Monsieur Mondin, curé de Saint-Broladre.
Les municipalités n'ont sur les revenus des fabriques que le droit de surveillance et non pas celui d'en disposer d'une manière arbitraire; les électeurs ne devaient rien en attendre et ils doivent rétablir ce qu'ils ont reçu. Si ailleurs [ainsi] que dans votre paroisse on s'est oublié jusqu'à ce point, c'est un abus qu'on ne doit pas tolérer et vous êtes très louable de vous y opposer. Votre municipalité s'en tiendra au projet de disposition, les dossiers de votre fabrique ne lui appartiennent pas, ils ont une autre destination ; quant aux 120 livres qui y ont été prises pour le fédéré, cette somme y sera rétablie. Il sera fait sur les contribuables de tout le district de Dol au dessus detroislivres une répartition au marc la livre de ce qu'ont coûté tous les fédérés, et la paroisse qui n'a pas député payera comme celle qui a député.
Ce qui était sacré il y a deux ans l'est encore aujourd'hui parce qu'il existe des lois qu'on ne peut transgresser impunément. Nous sommes fâchés, Monsieur, que vous n'ayez pas de confiance dans le nouvel ordre de choses ; des gens sages et éclairés comme vous devraient y donner des éloges et lui valoir des partisans ; pour nous, nous y sommes autant attachés par inclination que par devoir.
Saint-Broladre, 20 janvier 1791.
A Monsieur Gautier Rotonais, procureur syndic du district de Bol (1).
Monsieur, j'ai l'honneur de vous prévenir qu'il se prépare chez nous une espèce de révolte au sujet du serment à prononcer demain dimanche 30 du courant par nos prêtres. Le sieur Mondin, recteur de notre paroisse, a fait spécialement le serinent pour les ci-devant nobles et le haut clergé, et je suis presque certain qu'il ne le fera pas, mais il fait comme bien d'autres, il ameute un tas de bégueules, de bonnes dames qui se proposent d'attaquer la municipalité à coups de pierres et, à cet effet, je vous prie de vouloir bien nous indiquer la manière dont nous devons nous conduire. Nous nous attendons aussi que le sieur Mondin, recteur, prononcera un discours incendiaire. Devons-nous le laisser faire ou l'empêcher; j'ai à vous prier de vouloir bien nous honorer d'une réponse et de vouloir bien la remettre au sieur Lepinai, un de nos
(1) Arch. dép., LV, 1 R.
officiers municipaux, qui doit prendre les paquets, ou bien, s'il les avait pris, à mon commissionnaire, et, en ce f lisant, vous obligerez infiniment celui qui a l'honneur d'être avec un profond respect, votre très humble et très obéissant serviteur.
Arondel, procureur de la commune.
Directoire du District.
20 janvier 1791. — A donné lecture d'une lettre reçue de la part du sieur Arondel, proc. de la commune de Saint Broladre, par laquelle il annonce que le curé et vicaire de cette paroisse séduisent et ameutent une partie du peuple confié à leurs soins, qu'il craint les voies de fait qui pourraient se commettre à l'occasion du serment qu'ils ont annoncé d voir prêter demain, que le sieur Mondin, curé, se propose de prononcer à ce sujet un discours incendiaire et demande des instructions sur la conduite qu'il doit tenir. Le proc. syndic a répondu audit Arondel et lui observe que le sieur Mondin doit faire h1 serment comme il est décrété ou se taire, que si, malgré les représentations du directoire, il voulait parler au mépris de la loi, il serait indispensable d'en rapporter procèsverbal, qu'il convient d'user de modération et de sagesse el surtout d'éviter le scandale et les voies de fait; qu'au surplus, si le sieur Mondin est dans l'intention de prêter le serment tel que la loi l'ordonne, il aurait dû convoquer la municipalité par écrit et non verbalement, et le procureur-syndic requiert qu'il soit sur-le-champ écrit
au sieur Mondin pour le rappeler à l'ordre, 1' nviter à l'exécution de la loi et le prévenir que s'il se permet quelque sortie indiscrète il sera poursuivi suivant la rigueur des lois et qu'un ministre de paix doit s'en montrer ami et la prêcher pour l'exemple. — Le directoire a arrêté d'écrire au sieur Mondin dans l'esprit du susdit réquisitoire et de lui faire passer la lettre par voie sûre et prompte.
29 janvier 1791.
Le Directoire de Dol au procureur de la commune de Saint-Broladre.
Nous écrivons à votre curé pour le prier de s'abstenir du discours incendiaire que vous craignez qu'il fasse demain. Il n'y a pas de milieu, ou il faut jurer comme il est décrété ou se taire. Si, malgré nos prières, il voulait parler et qu'il ne parut pas soumis à la loi, vous pourriez, vous devriez même en rapporter procès-verbal. Quand la loi paraît rigoureuse, il faut la faire respecter avec modération et sagesse; il faut surtout éviter le scandale et les voies de fait.
Ce n'était pas verbalement que votre curé devait vous requérir, mais par écrit, et en le faisant de la sorte il eut dû non pas requérir votre présence pour l'entendre parler, mais pour recevoir le serment décrété par le décret du 27 novembre.
Saint-Broladro, 30 janvier 1791.
A Messieurs du district de Dol, Messieurs, j'ai reçu l'honneur de la vôtre en date du
jour d'hier, et je l'ai reçue assez à temps pour y déférer; comme en effet j'ai déféré à ce que vous m'y demandiez en me contentant de prévenir au prône mon peuple que sur ce que vous improuviez la marche que je m'étais imposée dimanche dernier d'en présenter après la grand'messe à la municipalité pour mon refus de serment; je ne m'y suis pas présenté ni M. le curé.
Je vous prie, Messieurs, très instamment d'être persuadés que je suis encore plus éloigné que vous ne pouvez le désirer d'exciter aucun trouble et de chercher à soulever en rien mon peuple contre l'autorité. Je ne perds pas un instant de vue que je suis ministre du Dieu de paix et de charité, ministre de Celui qui a blâmé son apôtre de s'être armé pour sa défense. Il est en conséquence décidé chez moi de ne jamais dire un mot, de ne pas faire un signe qui puisse démentir mes résolutions. Ainsi ni vous, Messieurs, ni personne n'avaient à cramdre de mes prétendues déclamations. Mais dans une affaire de cette conséquence, à la tête d'une paroisse, sur un objet qui intéresse chaque particulier, je ne pouvais tenir une conduite si contraire à l'opinion publique sans en rendre compte. Je l'eusse fait si votre lettre ne m'eut arrêté
Mais ce que je n'ai pas fait publiquement, je vous le déclare à vous, Messieurs, selon les principes de la religion catholique qui sont ceux que ma conscience a toujours eu pour guides, il m'est impossible de faire le serment qu'on exige de nous. Ce serment, en effet, renferme des choses si disparates, si étrangères à l'autorité civile, si contraires à la foi, que je m'estimerais apostat et schis-
matique si je le faisais; oui, Messieurs, voilà l'intérêt que je donne à ce serment. Ne soyez donc plus étonnés de ma décision. La constitution du clergé dans presque toutes ses dispositions ne tend qu'à nous séparer de l'Eglise romaine en nous soustraiant à l'autorité, à la juridiction du Pape et c'est particulièrement ce qu'on a en vue dans le serment qu'on veut nous faire faire, or ne plus tenir à l'Eglise romaine, ou n'y tenir que par une foi purement spéculative, ne plus reconnaître ni l'autorité ni la juridiction du Pape, c'est se retirer de l'Eglise de Jésus-Christ, c'est se séparer de son troupeau, c'est cesser d'être du nombre de ses agneaux et de ses brebis, puisque c'est Jésus-Christ lui même qui a confié son Eglise à saint Pierre et à ses successeurs en l'établissant son vicaire en terre et ses successeurs après lui, en lui disant : Vous êtes Pierre et c'est sur cette pierre que j'édifierai mon Eglise. Puisque c'est à lui et à ses successeurs après lui que Jésus- Christ a confié spécialement la garde et la direction de son troupeau en lui disant : Paissez agneaux, paissez mes brebis ; cela étant ainsi, comme le porte le texte exprès de l'Evangile, comment pourrais-je aller contre? Je sais ce que je dois aux hommes, je sais ce que je dois à Dieu, et dans la concurrence je sais à qui je dois la préférence. Je n'ignore pas à quoi me condamne ma détermination, ma peine est trop clairement énoncée, mais j'aime mieux perdre ma place que de perdre la foi, que de perdre le titre le plus authentique de mon union avec Jésus-Christ pour ce temps et pour l'éternité.
Voilà, Messieurs, en substance ce que j'eusse dit à mon peuple. Je ne crois pas que vous y trouviez rien qui res-
sente l'esprit de révolté. Malgré les terribles peines portées contre nous par les décrets, ne voyant pas qui puisse nous remplacer sitôt, nous resterons au milieu de notre peuple ponr satisfaire, quoique gratis, à ses besoins. Toujours prêts de désemparer au premier ordre que vous nous signifierez.
J'espère, Messieurs, que vous ne vous offenserez pas de la franchise avec laquelle je vous ouvre mes sentiments et vous en découvre les motifs, mais que cette franchise vous fera au contraire connaître ma bonne foi et servira à adoucir au moins les mauvaises impressions que je ne doute point qu'on ait tenté de vous donner sur notre compte. J'ai l'honneur d'être avec le plus grand respect et la charité la plus chrétienne, Messieurs, votre très humble et très obéissant serviteur.