FEVRIER
passeports qu'il a pu leur délivrer et leur date et leurs fonctions ainsi que le lieu de leur naissance; nous a fait réponse avoir donné trois passeports aux personnes cidessous, le premier à Jean Jossiaume, prêtre, natif de cette paroisse, y faisant les fonctions en cette église, le passeport délivré par ledit Certain dans le courant de l'année dernière pour vaquer à ses affaires et déclare qu'il est émigré à Jersey.
Le second passeport fut délivré la même année à Joseph Gervy, de Pleurtuit, district de Saint-Malo, ci-devant curé de cette paroisse, pour aller à Eennes, a été exporté pour Jersey.
Le troisième, Joseph Aumont, abbé, tenant le coffre et assistant à toutes les cérémonies de l'église en surplis sans dire messe, originaire de cette paroisse et tonsuré, ignorant sa résidence actuelle, lui ayant aussi délivré un passeport pour vaquer à ses affaires, et qu'il ne se souvient pas les dates des trois passeports qu'il avait oubliés d'enregistrer sur le registre à ce destiné, lequel citoyen
Certain a signé après la lecture.
Certain, ancien maire.
Nous susdits et soussignés certifions que les trois cidessus dénommés ont quitté cette paroisse dans les mois de juin et juillet dernier, que Jossiaume et Aumont sont natifs de cette paroisse, que le premier est âgé d'environ 35 à 36 ans et Gervy d'environ 61 à 62 ans, et Aumont, âgé d'environ 28 à 29 ans, ce que nous avons signé après
lecture.
Jean Lemarié, Gênée, maire (1);
Ferron, greffier, etc.
( 1 ) Dossier Robidou.
Nous soussignés, administrateurs du canton du Vivier, département d'Ille-et- Vilaine, certifions à tous qu'il appartiendra que le citoyen Joseph-Marie Aumont, prêtre natif de la commune et canton du Vivier, n'a, à notre connaissance, exercé aucune fonction dans sa prédite qualité ni entendu dire qu'il en eut jamais exercé depuis le sept brumaire an quatre de la République.
En foi de quoi nous délivrons le présent certificat pour lui valoir et servir ce que de droit.
En administration municipale du Vivier le 14 nivôse an huitième de la République française une et indivisible (4 janvier 1800). Fristel et Pépin, adjoints; Sorre, président; Lebigot, Pointel, Cornillet, Turmel, Letournoux(l).
(1) Arch. dép., L, 2 V 7.
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NOTICE
Population en 1792 350 h.
Cette paroisse fut érigée en commune par la loi du 30 janvier 1790. Supprimée en 1793, son église fut démolie, son cimetière et son presbytère vendus et son territoire réuni à la commune de Hirel. En 1790, elle avait comme recteur Guillaume-François Josseaume qui refusa le serment et tout probablement s' 'exila à Jersey avec ses deux frères, le diacre de la cathédrale et le vicaire de Lanvallay, décédé recteur de Meillac le 23 décembre 1834, âgé de 85 ans.
Un autre prêtre insermenté de Vildé-la- Marine, François Sollier, vicaire à Saint-Jacut, mourut à Londres en 1798, âgé de 40 ans, dit M. Guillotin de Cor son.
La dernière signature de M. Josseaume sur le registre paroissial est du 7 juillet 1792. A partir de cette date jusqu'au 30 juin 1793 figure celle de M. Asséré, curé de Hirel. D'après la déclaration de son recteur en 1790, le produit net de ce bénéfice était de 75 liv. 6 s. 6 d.
DOCUMENTS
Dol, 25 juin 1791. ■
Le Directoire de Dol à la Municipalité de Vildé-la- Marine.
Nous sommes informés que votre curé et monsieur son frère, ci-devant vicaire de Lanvallais, prêchent l'indocilité à la loi. Forts du moment où le départ d'un roi adoré de son peuple répand l'alarme dans l'empire, ils croient tout renverser; ils se trompent. Les grands événements demandent les grands remèdes; vous avez parmi vos décrets d'aujourd'hui l'arrêté du département du 16 courant que nous vous prions de mettre à exécution vis-à-vis l'ancien vicaire de Lanvallais sur-le-champ et sans attendre aucun délai. Benvoyez-le au lieu de sa naissance; s'il ne s'y rend pas, il faut l'y contraindre, la force doit être employée contre les ennemis de la chose publique et il n'en est pas de plus grand qu'un prêtre qui abuse de son ministère pour tromper un peuple bon et facile.
En n'éloignant d'abord que le vicaire de Lanvallais, nous ne perdons pas de vue les agissements de votre curé, nous le livrerons à la justice contentieuse et si nous ne voulions pas vous priver de la messe, nous vous dirions de l'éloigner sur-le-champ comme son frère. Voulez-vous bien le surveiller de près, constater par des procès-ver-
baux tous ceux de ses procédés qui sont contraires à la loi; faites-lui connaître cette lettre et aussi au imblic si vous voulez.
[Le 1er août 1792, le procureur syndic écrit aux recteur et curé de Vildé que M. Le Coz ayant réuni leur paroisse, quant au spirituel, à celle voisine, il leur ordonnait d'avoir à obéir d'ici trois jours à l'arrêté du département du 15 avril et de se rendre à Eennes.
Le 11, dépôt au secrétariat du district par M. Plainfossé des vases sacrés et ornements de l'église à la fermeture de laquelle il a procédé.]
Vildé-la-Marine, 17 janvier 1793.
Citoyens,
En réponse à la lettre à nous adressée par le citoyen syndic par laquelle il nous marque de faire passer au directoire du district la ? touchant l'époque de l'émigration des prêtres non assermentés et des certificats à eux délivrés par la municipalité de cette paroisse ; avons jamais eu qu'un prêtre dans cette paroisse, nommé Guillaume Josseaume, natif du Vivier, émigré sans certificat.
L'ancienne municipalité a délivré un certificat et passeport à François Sollier, prêtre, le 28 avril 1792. Quant à la publication des décrets, le portier chargé de cette besogne ne nous en fait quasi jamais passer. J'y ai été samedi dernier sans en pouvoir avoir.
Je suis, citoyens
Symon, maire.
146 COMMUNE DE V1LDÉ-LAMARINE
L'ancien curé de cette paroisse étant fermier des terres de l'obiterie et ne les ayant point ensemencées pour cette année, je vous prie de me dire que faire à cet égard et vous obligerez votre humble serviteur Symon, maire.
Population en 1792 1,313 h.
— on 1902 2,080 h.
NOTICE
Le recteur de La Fresnaye, Julien Duval, décédé à Dinan le 25 juillet 1790, eut comme successeur Joseph-Marie Roquet (1), qui prit possession de son bénéfice le leT septembre. Ses vicaires étaient MM. Haye, de Treverien, en Tinténiac et Joseph- Marie Morel, de Carfantain. « M. Haye, de mœurs dissolues, prêta serment et dut mourir assassiné, » dit Vabbé Lécarlatte (2). MM. Roquet et Morel étant insermentés furent obligés de quitter la paroisse dès le mois de juin 1791 et M. Morel, le 20 avril 1792, de quitter Bol où il avait établi sa résidence-, puis on cfroit quHl émigra, mais pendant très peu de temps.
Le mercredi 20 novembre 1793, après le passage de V armée vendéenne qui, la veille, revenant de Granville, avait atteint Dol dans la soirée, poursuivie jusqu'aux portes de cette ville par V avant- garde des troupes de Marigny et de W est ermann, plusieurs personnes virent surlaroute près du bourg de Baguer- Pican, vers Pontorson, trois cadavres
(1) Son père, « enregistrateur au bureau de Dol, » mourut en prison en vend, an III.
(2) Presbytère de La Fresnaye. Manuscrit de l'abbé Lécarlatte, recteur de cette paroisse, de 1833 à 1839.
d'hommes tombés sous les balles des Mayençais et dont Vun était celui de Vabbé Morel. Enterrés dans un champ voisin le dimanche suivant 24 novembre, ces restes furent solennellement exhumés le 12 juin 1821 et portés dans le cimetière de la paroisse, tout contre le mur de V église. Aucun monument n'y fut érigé. En 1832, quand on reconstruisit V église, on les exhuma de nouveau pour les placer sous le soc ruiné d'une ancienne croix de cimetière qui sert de pierre au publicateur. Là se trouvent donc les restes de Vabbé Morel et de ses deux compagnons .
Le curé assermenté de la Fresnaye fut un ancien professeur du collège de Bol, Guillaume Lochet, alors recteur à Bobital, près Dinan. Il remit ses lettres de prêtrises aux mains mêmes de Lecarp entier avant le 24 germinal an II et se maria le 14 prairial suivant (2 juin 1794). Son acte de mariage le dit âgé de 57 ans, étant né à La Fresnaye le 29 mai 1737 de Toussaint Lochet, laboureur, et de Guyonne Gallon, et sa femme Yvonne- Geneviève Juhel, domestique, âgée de 32 ans, native de Vildé- Guingaland (Côtes -du- Nord).
Voici comment lui-même a libellé Pacte de naissance de son enfant : « Le 24 vend, an IV, déclaration par Guillaume Lochet, officier public d curé de cette commune, que « Yvonne Juhel, son épouse, est accouchée aujourd'hui dans « la chambre de la Fricanière d'un enfant mâle auquel il a « donné les prénoms de Yves- Guillaume. » Vingt jours après, Guillaume Lochet mourut martyrisé par les chouans « dans la nuit du 14 au 15 brumaire » (5 au 6 novembre 1795), dit son acte de décès. Concernant cet infortuné, voici
ce qu'on lit dans le manuscrit du presbytère : « Il poussa « le scandale jusqu'à épouser Juhel, sa servante. Cette per- « sonne eut un enfant que Lochet nia constamment lui apu partenir. Il ajoutait qu'il n'avait jamais rien fait qui eut « pu donner naissance à un enfant. Il vivait avec cetteper- « sonne au bourg de La Fresnaye, exerçant les fonctions « du Saint Ministère et faisait V école aux enfants.
« Il fut tué dans la nuit par des personnes qui sont res- « tées inconnues ; il fut fusillé après avoir eu les deux poi- « gnets coupés (1). On assure qu'il fut traîné du haut en bas « de l'escalier de sa maison qu'il ensanglanta et on l'enten- « dit dire : « Mon Dieu ! miséricorde ! » Jusqu'à la « Révolution, il n'avait point fait parler de lui. »
Un sieur François- Louis- Bonaventure Dupré, de Paris, clerc tonsuré résidant à La Fresnaye en octobre 1792, prêta serment à Dot.
En 1803, fut recteur concordataire Joseph-Marie Hamon, puis François-Pierre Goret, le vicaire inser mente de Cuguen, de 1803 à 1833, année de sa mort.
(1) Sur la place do l'église, près de la maison de la poste, existe encore la misérable chambre et l'escalier de pierres où ce crime fut commis; en-dessous est un cellier. Ce serait au village du Boiscleret où il allait dire la messe en cachettedes chouans, à un kilomètre du bourg, que tout mutilé on l'aurait conduit pour le fusiller.
DOCUMENTS
Directoire du District.
30 mars 1791. — Le procureur syndic a la jjarole et dit : Dès le neuf de ce mois, le maire de la municipalité de La Fresnaye m'écrivit pour m'informer de la conduite de ses prêtres et des procédés des femmes de sa paroisse envers M. Ogier, appelé pour y prêcher la quarantaine. Quelques jours après sa lettre, le sieur Sorre vint me parler des troubles qui agitaient sa paroisse et me demanda s'il ne conviendrait pas qu'il priât M. Ogier de revenir à La Fresnaye. Il me pria de ne rien faire jusqu'à ce qu'il ne m'eut rendu ultérieurement compte du succès de sa négociation avec M. Ogier.
Loin de rien obtenir, celui-ci vint me retrouver, me remit des attestations très avantageuses des curés des paroisses où il avait prêché les années dernières et me pressa de dénoncer l'affront scandaleux qu'il avait essuyé à La Fresnaye le jour des Cendres; il réalisa d'une manière plus spéciale l'intention où il était d'en obtenir vengeance par la requeste qu'il vous présenta le lendemain. Il m'a laissé cette requeste avec le certificat de son serment civique le 6 février dernier. Le jour même qu'il me remit cette pièce, i] se I rouva chez moi avec le maire et le curé de La Fresnaye (1); je représentai à ce dernier le
(1 ) Joseph Roquet.
danger auquel était exposé sa paroisse en se livrant à des voies de fait, dans tons les temps et dans tous les cas repréhensibles ; je le priai d'y retourner et d'y rétablir le calme et la paix. Le maire lui fit la même invitation et nous osâmes l'assurer tous les deux qu'il ne dépendait que de lui d'y être bien vu; j'ai appris avec plaisir qu'il était effectivement retourné à sa cure.
Le maire, qui m'avait paru très disposé à oublier ce qui s'était passé entre lui et son curé relativement au désir qu'il avait témoigné de faire sonner en signe de joie de la nomination de M. Coz à l'évêché de Bennes les cloches de la paroisse, ne m'avait pas paru éloigné d'oublier de même la scène scandaleuse du jour des Cendres. J'avais mal conçu ses dispositions à cet égard. L'un des jours de la semaine dernière, il revint me trouver et me témoigna quelques mécontentements de ce que je laissais sans suite la lettre et la requête du sieur Ogier et se porta jusqu'à me menacer du district de Saint-Malo, enfin, il me donna une liste de témoins que je joindrai à ce réquisitoire.
Ils doivent déposer des faits contenus dans la lettre et dans la requête du sieur Ogier; ils diront surtout qu'ayant tenté par deux fois de monter en chaire à l'issue de la cérémonie des Cendres, il en fut constamment empêché par deux femmes nommées la Avril et Jeanne Davy, domestique du curé; ils doivent attester qu'ayant fait encore une troisième tentative, le nommé Guillaume Bousnel, l'un des notables, dit aux femmes de l'approcher toutes et que si on ne les eut pas mis hors de l'église, ils eussent empêché le sermon et auraient fait de plus gran-
des voies de fait que celles que les deux bonnes sœurs commirent sur la personne et les vêtements du sieur Ogier. Il était, parce qu'il avait prêté serment, apostat et impie; ce qui devait le faire considérer était précisément ce qui le rendait désagréable et l'exposait à des affronts immérités (1).
D'un côté, c'est un notable qui, loin de soutenir et protéger ceux qui sont dociles à la loi, ne se sert de sa place que pour la faire outrager; de l'autre, ce sont des femmes fanatiques et mal inspirées qui tyrannisent un prêtre qui les avait édifiées l'année dernière par ses prédications.
Quand la loi parle «Te demande donc que vous me
décerniez acte du présent réquisitoire contre Guillaume Bouesnel, notable de la municipalité de La Fresnaye, et contre tous les factieux et complices du trouble causé en l'église de la paroisse le jour des Cendres dernier et notamment contre les nommés Avril et Jeanne Davy, me confiant dans l'avis que vous allez prendre pour soutenir et appuyer ledit réquisitoire.
[Suit la liste de huit témoins indiqués par le maire de La Fresnaye.]
Acte est donné au procureur syndic de son réquisitoire qui sera adressé au département en faisant observer à celui-ci que le curé est retourné dans sa paroisse après
(1) « Un matin de frimaire an IV, on trouva sur la place de l'église de La Gouesnière deux soldats assassines: an troisième cadavre, celui du prêtre constitutionnel Ogier François, ancien vicaire de cette paroisse, fut trouvé sur Le chemin de la Chaussée-Mignon. Le prêtre était en civil : culotte brune, jaquette méine couleur, ;.nlet blanc el bonne! rouge. » (Jules I laize : Une Commune bretonne pendant la Révolution, page 250, Paris, Champion, 11*07.)
une très vive exhortation et que le calme et la paix paraissent régner aujourd'hui dans cette commune, qu'au surplus, sur la moindre agitation, il ne manquera pas de l'en instruire.
Arrêté du Directoire du District de Dol, 30 mars 1791 ( 1 ).
Vu la requête présentée par le sieur Ogier, prêtre [conformiste] et procureur de la commune de La Gouesnière, tendant à faire ordonner la poursuite des injures et oppositions qu'il a éprouvées en se présentant pour remplir la station du Carême dans l'église- et paroisse de La Fresnaye, ensemble les pièces et attestations attachées à la requête et une lettre de M. Sorre, maire de ladite paroisse, datée du 9 mars présent mois,
Les administrateurs composant le directoire du district de Dol faisant droit sur la requête du procureur7lui ont décerné acte et arrêtent qu'il en sera envoyé une expédition avec la requête et pièces y jointes au département en lui observant que les événements qui donnent lieu à la plainte portée contre les perturbateurs du repos public à La Fresnaye se sont passés depuis trois semaines, que depuis cet intervalle le calme paraît s'y être rétabli et que si la recherche des délits devient nécessaire dans des temps d'agitations, elle peut devenir dangereuse et doit être réservée ou employée avec de grands ménagements lorsque ces agitations ne paraissent plus exister et qu'il n'en est résulté aucun inconvénient grave, arrêtent
(1) Arch.déin, LV, 1 R.
néanmoins que le zèle du maire de La Fresnaye sera encouragé et qu'il sera prévenu de continuer ses soins et sa vigilance pour le maintien de l'ordre et de la paix et sur le tout s'en référant à la sagesse du département.
La Fresnaye, 22 mars 1791.
Messieurs (1),
Après avoir regardé les curés comme la portion vraiment utile et intéressante du clergé, la portion la plus laborieuse et la moins récompensée, après avoir décrété en conséquence que le traitement d'un vicaire serait de 700 livres, n'est-ce pas dérision que depuis quinze mois que j'exerce mon ministère dans la paroisse de La Fresnaye, l'une des plus difficiles à desservir dans le département entier de Pille- et- Vilaine par l'ingratitude du local et le mauvais air qu'on y respire, dont la seule vue en hiver est capable d'attendrir les moins sensibles sur le sort des prêtres qui sont obligés d'y travailler; n'est-ce pas une cruelle dérision, dis- je, qu'au lieu de recevoir le traitement qu'on m'a assigné par un décret, je sois obligé de payer ma j)ension pour travailler au service des paroissiens; mes quittances sont au soutien. Quelle peut donc être la raison d'une telle dureté? Serait-ce mon refus du serment exigé en 1790"? Mais, selon la Constitution même, les décrets ne doivent point avoir un effet rétroactif; veuillez donc, je vous prie, jeter les yeux sur cette écriture qui vous dit en saint Paul : « NonalligaMs nos trituranti et dignus est operarius mercede sua » ci ne
(1) Arch. (iéj).. LV, 1 R. — Lettre adressée au directoire du district.
vous abaissez pas à me chercher dans la fable d'Esope qui fait dire à un vil animal :
« ... Car quoi? rien d'assuré, point de franche lipée? »
Si vous ne daignez pas m'entendre, le seul parti qui me reste est d'abandonner cette paroisse après m'y être épuisé pendant deux hivers rigoureux; c'est ce dont je m'occupe maintenant, car puisqu'il faut vivre de mon petit revenu, j'aime mieux le consommer dans un lieu plus sûr et plus commode.
La politique et les basses flatteries n'ont jamais été mon refuge, la justice seule de mes plaintes pourra intéresser votre humanité et votre droiture et mériter auprès de vous la compassion et l'estime d'un ecclésiastique qui, malgré son triste sort, a toujours donné des marques d'un bon citoyen par la paix et la tranquillité qu'il n'a cessé de prêcher fort à propos dans une paroisse agitée depuis longtemps.
J'ai l'honneur d'être avec un profond respect, Messieurs, votre humble et très obéissant serviteur,
Morel, vicaire de La Fresnaye.
Dol, 31 mars 1791.
Monsieur,
Suivant la loi dont vous réclamez aujourd'hui l'effet, vous devez nous adresser un état du traitement que vous prétendez ; votre façon de le réclamer ne nous éclaire pas sur celui qui vous est dû, vous ne nous dîtes pas l'époque à laquelle M. Du val est décédé et nous n'avons pu le connaître parce qu'il n'est pas mort à La Fresnaye. 11 est pourtant intéressant d'en être assuré.
Nous avons pu vous expédier sans que vous nous Payiez demandé un mandat de 120 livres à valoir sur votre traitement de l'année courante, voilà tout ce que nous sommes autorisés à faire pour les fonctionnaires publics ecclésiastiques qui n'ont pas fait le serment du 27 novembre 1790. Il est possible que ce mandat revienne de Kennes avant votre réponse et il dépendra de vous d'en toucher le montant. Nous vous en expédierons un autre pour le complément de votre traitement de 1790 sur le pied de 350 livres aussitôt que vous nous aurez répondu.
Au surplus, il était inutile de chercher dans l'écriture et la fable les moyens de votre demande; si vous nous connaissiez mieux, vous ne douteriez pas de notre empressement à l'accueillir quand elle sera justifiée. Nul autre motif que celui de la justice ne nous fera agir lors même qu'on voudrait nous outrager.
Nous sommes avec respect vos très humbles et respectueux serviteurs.
Les Administrateurs du directoire du district de Dol.
16 mai 17«.»1
Messieurs les Administrateurs du district de Dol,
J'étais sur le point de répondre à l'honneur de votre dernière en date du 31 mais lorsque j'appris que vous veniez de recevoir l'ordre de payer incessamment, indistinctement et en entier, tous les fonctionnaires publics; c'est pourquoi je souffre depuis plusieurs semaines de vous voir manquer \mv promesse dont vous m'avez honoré il y a plus d'un mois. En vain, prétexteriez- vous
mai 1791 157
encore que vous ignorez l'époque du décès de M. Duval, puisque ses héritiers, dès le mois de juillet, renonçant au maniement des dîmes, les vendirent conjointement avec notre municipalité et qu'ils n'en ont encore rien perçu et ne peuvent percevoir sans dresser un compte. Vous devez savoir d'ailleurs que le traitement qui leur revient ainsi qu'à M. le recteur est indépendant du mien et que, par conséquent, c'est à moi de payer la pension qu'eux et M. Roquet ont bien voulu me donner l'année dernière sur la somme de 700 livres accordée séparément aux vicaires. On m'a déjà parlé plusieurs fois de ces dettes, de ma capitation, etc., mais soyez persuadés que si on m'envoie des cédules en exécution, je ne manquerai pas de vous les renvoyer.
Jeudi dernier, je fis voir à M. Macé, votre secrétaire, ma lettre de vicaire datée du 7 janvier, je suis encore prêt à vous la représenter s'il le faut, afin que vous ne confondiez pas 1790 avec 1789.
Si, avec la somme que je vous demande, qui m'est très nécessaire pour acquitter des dettes urgentes, vous m'avancez trois mois suivant les décrets, je serai alors convaincu que la simplicité a auprès de vous un meilleur effet que récriture sainte et la fable que vous avez blâmés dans ma première.
J'ai l'honneur d'être avec respect, Messieurs, votre très humble et très obéissant serviteur.
Morel, vicaire de la paroisse de La Fresnaye ( 1 ).
(1) Arch. dép., LV, 3 R.
20 avril 1792.
Le Directoire de Bol à M. Mord, vicaire de La Fresnaye.
Nous avons connaissance, Monsieur, qu'au mépris de l'arrêté du département d'IUe- et- Vilaine du 14 décembre dernier qui vous enjoint de vous éloigner de trois lieues de distance de la paroisse dont, comme réfractaire à la loi, vous avez été déplacé, vous conserverez encore un domicile à Dol; nous vous recommandons expressément de vous conformer librement à cet arrêté dans vingtquatre heures si vous voulez nous éviter la disgrâce de mettre en action la force publique pour vous contraindre à l'exécuter (1).
Registre de la Municipalité de Dol.
10 octobre 1792. — A comparu François-Louis-Bonaventure Dupré, ci-devant clerc tonsuré, natif de Paris, originaire de famille de ce pays et domicilié de fait actuellement de la paroisse de La Fresnaye, lequel se présente en cette municipalité pour prêter le serment prescrit par la loi du 14 août dernier, attendu que son inclination le porte à le prêter plutôt en cette résidence qu'en la paroisse de La Fresnaye, son domicile ordinaire.
En conséquence, etc.. [Suit la prestation de serment.]
Citoyens,
En conséquence de votre lettre du 11 janvier 1793,
(1) Dossier Robidou.
an 2 de la République, concernant les ecclésiastiques non assermentés,
On vous dit que le sieur Roquet, ci-devant notre curé, est parti de notre paroisse le 23 juin 1791 et le sieur Morel, son vicaire, est parti deux ou trois jours avant, tous les deux sans certificat, sans savoir où ils sont actuellement.
Ils sont âgés d'environ 30 ans.
En foi de quoi nous avons signé le présent à La Fresnaye le 20 janvier 1793.
Jean Sorre, maire; Jean Cornillet, procureur de la commune; Joseph Bertrand, Joseph Gallon, Jean Dos, P. Balé.
29 brumaire an III (19 novembre 1794). — [M. Stervan s'est transporté au domicile de M. Roquet, prêtre émigré, où il a trouvé 752 volumes qu'il a inventoriés.]
27 floréal an III (15 mai 1795). — [Pierre Miniac et Nicolas Laudelles louent l'église de La Fresnaye pour y exercer le culte catholique.]
Dol, 22 vend, an IV (14 octobre 1795).
Le District de Dol au Département (1).
... Baguer-Morvan, Lillemer, Hirel, La Fresnaye, Mont- Dol, Epiniac ne présentent depuis que les prêtres insermentés y ont pénétré qu'un volcan d'où il s'élance de temps en temps des étincelles, présage funeste d'une prochaine explosion. Il ne faut plus dans ces hommes y
(1) Arch. dép., L, 9 M 6.
chercher Pespril républicain; ceux qui le sont le cachent ou se réfugient à Dol; la garnison de Dol est de beaucoup trop faible pour contenir tant de communes. Salut et fraternité.
17 brumaire an TV (S nov. 1795).
Le Directoire de Vol au Département.
C'est dans le moment, citoyens, de l'organisation des nouvelles autorités constituées que les chouans redoublent dans ce district leurs vols et leurs assassinats; la nuit du 10 au 11 de ce mois (du 1er au 2 novembre), le nommé Meslier, demeurant à Songeai, ci- devant prêtre sermen té, vient de tomber sous le fer de ces scélérats ainsi que le citoyen Lochet, prêtre, excellent républicain de la commune de La Fresnaye.
Hejjistre des certificats de résidence ( 1 ).
Nous soussignés, président et membres de l'administration municipale du canton de Dol, département d'Illeet-Vilaine, certifions l'attestation des citoyens Jacques Delanoë père, François Surlesve, Jean Rouelle, Jean Pichon fils Joseph, demeurant séparément commune de Baguer-Morvan, Pierre Bonière et François Billot, demeurant commune de Saint-Léonard, réunie à Epiniac, Mathurin Ozanne et François Favrou, demeurant commune de Dol, section de Carfanfain, et Julien Ballan, demeurant commune de Mont-Dol, et les tous dans ce canton, que Joseph-Marie Morel, prêtre insermenté,
(1) Mairie de Dol.
âgé de 33 ans, taille de viron cinq pieds deux pouces, cheveux et sourcils châtains, les yeux noirs, nez et bouche moyens, menton rond, figure ovale et vermeille, n'a point quitté le territoire de la République française depuis le 9 mai 1792 (v. s.) jusqu'aux virons du 20 du mois de brumaire an IV et qu'il a résidé sans interruption et s'est constamment tenu caché dans différentes communes des environs de Dol depuis ledit jour 9 mai 1792 jusqu'aux environs du 20 brumaire an IV (11 novembre 1795).
Certifions en outre que les citoyens attestants ne sont, à notre connaissance et d'après leur affirmation, ni parents, alliés, agents, fermiers, créanciers, ni débiteurs du certifié ou employé à son service.
Fait en administration municipale à Dol le 12 vend, an V (3 octobre 1796) de la Eépublique française une et indivisible, en l'absence du certifié qu'on a déclaré être décédé et en présence des attestants, lesquels ont signé avec nous (1). [Suivent les signatures.]
(1) Formalité nécessaire pour la levée du séquestre mis sur les biens des personnes inscrites sur la liste des émigrés. Il fallait justifier de la résidence ininterrompue desdites personnes sur le territoire de la République depuis le 9 mai 1792 par un certificat établi conformément à la loi du 25 brum. an III, section 2 du titre II.
Il est à remarquer que les attestants qui déclarent que Morel s'est tenu constamment caché dans différentes communes jusqu'au 11 novembre 1795 et âgé de 33 ans, tandis qu'il mourut à l'âge de 30 ans, le 19 novembre 1793, doivent être habitants de ces communes où il exerçait son culte clandestinement et que sa famille, qui rechercha ces témoins et ces témoins eux-mêmes, ou bien ignoraient le 30 oct. 1796, date de la rédaction du présent certificat, que Joseph Morel s'était trouvé à Baguer-Pican au passage de l'armée vendéenne et la façon dont il périt, ou bien qu'ils voulaient cacher sa participation à l'invasion des rebelles. Et ce qui me porte à adopter la seconde hypothèse, c'est qu'on a eu bien soin de ne faire paraître aucun témoin des communes de Saint-Marcan et de Baguer-Pican
Dol, 17 vend, an VI (8 octobre 1797).
Uagent fructidorisê de la corn m nue de Bol an citoyen
du Couedic.
Ami constant du vrai, j'aime aussi, je vous l'avoue, à le trouver dans les autres. Pourquoi ce caractère si désirable ne m'a-t-il pas semblé briller dans toutes les réponses de notre administration centrale à la circulaire du ministre de l'intérieur du 15 fructidor?
Pourquoi, par exemple, voudrait-elle insinuer que dans le canton de Dol est comprise la commune de La Fresnaye où deux défenseurs de la patrie ont été assassinés il y a viron trois mois pendant les vêpres d'un bon prêtre, par des chouans originaires ou domiciliés de cette commune, tandis qu'il est notoire qu'elle fait partie du Bon canton du Vivier, dont l'administration municipale organisée à la 18 a si complaisamment accordé naguère un certificat de résidence à Guillaume Morel, porté à bon droit sur une liste d'émigrés arrêtée par le directoire de ce département le 12 therm. an II et rentré impudemment depuis peu, à l'aide de pareils faux, sur un sol qu'il n'eut jamais dû souiller. Mais grâce au 18 fructidor les bons services de vos bons amis sont restés sans effet.
Je désirerais aussi bien savoir pourquoi l'administration centrale, tout en s'occupant de Dol, a si modestement passé sous silence deux assassinats commis dans le canton de Trans depuis les brillantes opérations de germinal, dont le dernier sur un militaire isolé. Ce meurtre s'est effectué dans un village où une bande de prêtres nouvellement débarqués faisaient fréquemment leurs
orgies. On assure même que ce fut un de ces monstres qui trempa ses mains sacrilèges dans le sang de sa victime (l'insigne Dory), qui, légalement saisi et conduit devant M. Séquainville, directeur du Jury à Solidor, fut sur-le- champ mis en liberté au mépris de la loi du 7 vendémiaire an IV, que l'indulgent directeur laissait dormir pour y substituer le texte pervers de l'infâme Cochon (1).
Pénétrons-nous bien des dispositions de l'art. 189 de la Constitution de l'an (?) et nous chanterons de concert et avec courage : Vive la République !
Salut et fraternité.
Macé (2).
[Le commissaire du directoire exécutif près l'administration municipale du canton de Dol, Le Poitevin, écrit le 8 floréal an VII (27 avril 1799) au sujet de Guillaume Morel : « il a émigré avec son frère Joseph Morel, prêtre, et Véron, ci-devant recteur de Carfantain » (3).]
[Une veuve Moubèche, désirant se remarier, provoqua un jugement du tribunal civil de Saint-Malo en date du 17 brumaire an XIV (8 novembre 1805) lequel, sur la déposition de quatre témoins, « ordonne que le décès de Joseph-Etienne Moubèche, mari de Jeanne-Marie, domicilié de Saint-Marcan, arrivé à Baguer-Pican vers la minovembre 1793, sera constaté sur les registres courants de l'état civil de Baguer-Pican... » (4).
(1) V. T. I, page 193.
(2)Arch. dép.,L, 311.
(3) Arch. dép.,L, 311.
(4) Registres de l'état civil de Baguer-Pican : Document que nous devons aux obligeantes et patientes recherches de M. Lecomte, de Dol.
Voici intégralement les dépositions des quatre témoins, lesquels sont dits demeurer à Baguer- Pican.]
« François Marie dépose qu'autant qu'il peut se rappeler, vers la mi-novembre 1793, ayant été dit dedans le bourg que J.-E. Moubèche avait été tué par les troupes républicaines dans le temps du passage des Vendéens sur la grande route de Pontorson à Dol, auprès du bourg, avec deux autres, il se transporta à l'endroit où étaient les cadavres et en vit trois dont il reconnut parfaitement celui de J.-E. Moubèche, que ces cadavres furent enterrés dans le creux d'un fossé d'une pièce de terre appartenant à la veuve Richard Vaudrais. »
Marie-Anne du Margarot dépose n'avoir autre connaissance des faits de la pétition, si ce n'est qu'au mois de novembre 1793, étant alors résidente à Dol, lors du passage des Vendéens, sa domestique, quelques jours après ce passage, vint lui dire que J.-E. Moubèche avait été fusillé avec deux autres, dont un prêtre, sur la route de Pontorson à Dol, près le bourg de Baguer-Pican, et qu'elle avait reconnu le cadavre de Moubèche.
Charlotte Pigeon dépose qu'autant qu'elle se rappelle, le dimanche d'après le passage des Vendéens du côté de Dol, il fut dit que J.-E. Moubèche avait été tué par les troupes de la République sur la route de Pontorson à Dol, près le bourg de Baguer-Pican, que la déposante et plusieurs autres furent à l'endroit où se trouvaient trois cadavres cl qu'elle en reconnut un parfaitement pour et re celui de J.-E. Moubèche et de deux autres.
juin 1821 165
Charlotte Pelé dépose n'avoir autre connaissance des faits de la pétition, si ce n'est que le mercredi d'après le passage des Vendéens elle apprit que J.-E. Moubèche avait été tué ainsi que plusieurs autres près le bourg de Baguer-Pican par des soldats de l'armée de Mayence et que les cadavres étaient sur le lieu, qu'elle ne fut pas en l'endroit où ils se trouvaient, mais que presque tous les habitants de la commune de Baguer-Pican qui y furent dirent avoir reconnu le cadavre de J.-E. Moubèche ainsi que celui du sieur Morel, prêtre, qui avait été aussi fusillé par les troupes républicaines et que, le dimanche suivant, les cadavres avaient été enterrés près d'un fossé d'une pièce de terre de la veuve Richard Vaudrais (1).
Registre des décès du presbytère de Bayuer-Pican.
Le 12 juin 1821, les os de Messire Joseph-Marie Morel, né à Carfantain, vicaire de La Fresnaye, massacré par les républicains, en haine de la religion, au mois de novembre 1793, sur la paroisse de Baguer-Pican, ont été exhumés d'une pièce de terre dite la Jaunais et transportés au cimetière de Baguer-Pican où ils ont reçu la sépulture ecclésiastique conjointement avec les restes de Joseph-Etienne Moubèche et de François Gomelé (2), qui l'accompagnaient et qui furent massacrés avec lui. M. Morel était âgé de 30 ans. La cérémonie a été laite
(1 ) Archives du greffe du Tribunal civil de Saint-Malo. (2) François Gomelé, et non pas Françoise, comme l'écrit par erreur M. Guillotin de Corson dans ses Confesseurs de la Foi, p. 39.
par M. Bigot, curé de Dol et vicaire général du diocèse de Rennes, en présence de M. Lemaire, recteur de Baguer-Pican, et des soussignés :
Lemaire.
Buet, rect. de P. -Fougères* Gouillaud, curé du Vivier.
Blanchard, curé de M. -Dol.
Samson, curé de S.-Brolad.
Desmot, curé de Hirel.
Levêque, c. de Cherrueix.
Pinel, recteur de S.-Marcan Cosson, c. de Carfantain.
Graingoire, c. de S.-Méen.
Hervot, vicaire. Gillouaye, vie. de Hirel.
Lesguer, v. de B.-Morvan.
Soleil, vie. de Cancale.
Gendrot, curé de Trans.
Sarrazin, vie. de S.-Brol.