‹ Le clergâe et le culte catholique en Bretagne pendant la râevolution: district de Dol (volume 4)Chapitre 19 sur 81 · SUPPLEMENT · texte numérisé non relu

SUPPLEMENT

AUX lre, 2e, 3e & 4e PARTIES

COMMUNE [>E BAGUEIHIORVAN

20 septembre 1790.

A Messieurs du Directoire séant à Dol.

Supplie humblement Julien Joudan, premier trésorier en charge de la paroisse de Baguer-Morvan pour la présente année 1790,

Disant qu'environ la fin de septembre 1789 il fut avec Bertrand Leport nommé trésorier de la paroisse de Baguer-Morvan pour commencer leur gestion le 1er janvier dernier. Jourdan et son confrère s'attendaient à gérer pendant la présente année les biens de la fabrique comme tous les autres trésoriers leurs prédécesseurs avaient fait. Mais ils ont été déçus de leurs espérances.

La municipalité de Baguer-Morvan s'est formée dans le courant du carême dernier. Aussitôt sa formation, les membres qui la composent ont affecté de se croire autorisés à gérer tous les biens de la fabrique et à anéantir le général, parce que, sans doute, cette municipalité voulait être seul corps dans la paroisse de Baguer-Morvan pour devenir plus puissants.

En effet, cette municipalité a commencé par s'emparer des trois clefs des archives de la paroisse sans en avoir donné de décharge à personne. Elle a affermé les biens dépendant de cette même fabrique dont les baux étaient sur le point de leur expiration et a sans doute fait comp-

ter les fermiers redevables sans y avoir appelé le général ni ses trésoriers.

( Jette même municipalité, non contente de ces empiétements, a nommé votre suppliant pour son trésorier sans son consentement ni sa participation; aussi ce dernier a-t-il jusqu'à présent refusé cette charge.

Que Ton demande aux membres de cette municipalité et notamment à Louis Pasquier, procureur de la commune, pourquoi ils en ont agi ainsi, ils répondront, suivant leur coutume, qu'ils y sont autorisés par les ordres de l'Assemblée Nationale; qu'on leur nie le fait, ils répondront avec fermeté per fas et nef as qu'ils n'ont aucun compte à rendre de leurs arrêtés ni de leur conduite, ce qui prouve bien qu'ils n'entendent pas plus les décrets que s'ils ne les avaient jamais vus, ni entendu parler.

Puisque cette municipalité se croit autorisée à effacer le général et gérer tous les biens quelconques de la fabrique deBaguer-Morvan, c'était donc aussi à elle de vendre cette année les fruits des arbres du cimetière de la même paroisse. Mais par une double inconséquence de sa conduite, elle s'est opiniâtrée à les faire vendre par les trésoriers. Votre suppliant s'est cru fondé à se refuser pendant près de 15 jours au commandement impérieux du procureur de la commune de vaquer à cette vente, vu que la municipalité Pavait dépouillé des droits lui confiés par le général; mais pour éviter la perte de ces fruits votre suppliant en publia la vente le jour d'hier dimanche 19 septembre et, attendu la célérité du fait, il compte en faire l'adjudication dimanche prochain aux risques et périls de qui il appartiendra.

Votre suppliant se trouve dans une autre perplexité embarrassante. Le temps approche qu'il faut que les trésoriers soient nommés, qu'il soit également nommé des nouveaux égailleurs, des collecteurs et autres officiers nécessaires pour le service de la paroisse; votre suppliant doit-il convoquer le général qui n'existe plus ou doit-il avertir la municipalité pour nommer des nouveaux trésoriers et les autres officiers nécessaires? Votre suppliant, loin d'avoir vu aucun décret qui anéantisse les généraux des paroisses, a au contraire connaissance que dans tous les lieux bien policés les généraux existent et gèrent comme au passé les biens des fabriques.

Julien Jourdan vous supplie donc, Messieurs, de lui indiquer la marche qu'il doit tenir sur tout le fidèle exposé en la présente pour le mettre en lieu de s'y conformer. Par là vous lui éviterez les tons injurieux de la municipalité et surtout du procureur de la commune, qui se croit si puissant depuis le nouveau régime qu'il n'a pas eu honte de borner sa contribution patriotique à huit livres payables au dernier terme, quoi qu'il ait au moins douze cent livres de rentes net et quitte et que cette fraude a induit plusieurs autres membres de la municipalité et autres propriétaires à faire de fausses déclarations et votre suppliant vous aura une éternelle obligation.

Julien Jourdan (1).

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