LV, 3 R
COMMUNE DE ROMAZY
Au Moulinet, en Romazy, 27 janvier 1791.
Messieurs,
Si nos méchants prêtres de Bennes et de Fougères ont eu la mauvaise foi de fabriquer et de répandre dans notre département deux prétendus brefs du Pape dont les versions diffèrent l'une de l'autre, décèlent absolument la fausseté, les mêmes individus ont parmi leurs confrères du canton que j'habite de dignes agents qui colportent et exaltent une pièce qui ne mérite pas plus de confiance. C'est une adhésion de 214 tant curés que vicaires à la protestation de M. Bareau; y ayant vu les noms de plusieurs prêtres qui, jusqu'à présent, m'avaient paru être patriotes, je leur en ai témoigné ma surprise devant plusieurs personnes; ils m'ont eux-mêmes paru étonnés de voir leurs noms figurer dans cette lytanie diabolique et ils m'ont assuré qu'on les y a insérés sans leur participation. Comme cette pièce, sans doute remplie de bien d'autres faux, si on en juge par ce que j'ai découvert, pourrait en imposer aux âmes simples et timorées, je m'empresse, messieurs, de vous la dénoncer, persuadé
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que vous vous déterminerez à prévenir le public qu'il ne saurait être trop en garde contre les embûches sacerdotales.
Veuillez, etc.
Eusèbe Chauvin, maire (1).
(1) Arch. dép., L, 2 V 0. — Cette adresse, en date du 24 déeembre 1790, du clergé de Rennes à son évêque qui avait adhéré. ainsi que 112 évoques, à 1' « Exposé des principes par les êvêques de l'Assemblée Nationale, » fut d'abord signé par 214 prêtres auxquels vinrent s'en adjoindre 71 autres. Nous ne voyons svir cette liste des 214 que Thomas, curé de Romazy, qui fut insermenté, et Giffard, de Chauvigné, assermenté pendant peu de temps, auxquels E. Chauvin puisse faire allusion. L, 2 V 8.
Ce 5 juin 1701.
A Monsieur Mari, avoué au district de Bol, a Baguer -Pic an.
Monsieur,
C'est l'effet des disputes, surtout des disputes violentes, d'y avoir des torts réciproques; j'en ai eu, j'en conviens; veuillez convenir des vôtres et pour une parfaite réconciliation oublions-les réciproquement; la constitution nous divise, qu'il n'en soit plus question, et j'espère que nous viverons en paix. Veuillez ne pas prendre le parti violent de quitter la maison paternelle, je quitterai plutôt moi-même d'ici si je pouvais soupçonner un seul instant que je fusse la seule cause qui vous força d'en venir à cette cruelle extrémité. Vous êtes chez vous et moi, je suis sensé n'y être pas; oui, Monsieur Mari, s'il en est un à quitter, je suis prêt de le faire; quant à vous, restez, n'affligez pas par une brusque sortie une mère et des frères et sœurs qui vous sont attachés; je serais au dernier désespoir de semer la discorde parmi vous, ce n'a jamais été mon dessein. Je vous aime tous sincèrement, quelque chose qu'il en soit, je vous suis attaché; veuillezvous laisser convaincre de la sincérité de mes sentiments
à cet égard et ne cessez de me croire avec amitié, Monsieur, votre très humble et très obéissant serviteur.
Capran, curé de Baguer-Pican.
16 avril 1792. — Nous maire et secrétaire-greffier de la municipalité de Baguer-Pican, etc., certifions à qui il appartiendra que le sieur Armand Capran, prêtre, âgé de 34 ans, a desservi comme vicaire cette paroisse pendant plus de cinq années avec la plus grande exactitude, y a exercé les fonctions de son ministère de manière à s'acquérir l'estime et le respect de ses concitoyens et qu'il s'y est toujours comporté avec décence jusqu'au 15 de ce mois, moment où il s'est retiré de cette paroisse, en foi de
quoi, etc , prions en conséquence tous ceux qui sont
ce prier de le laisser librement passer, même de lui prêter tout secours et assistance en cas de besoin, ce pour lui servir ou être bon.
Délivré, etc
Pigeon, maire; Marie, secrétaire-greffier.
18 août 1792.
A Monsieur Marie, à Baguer-Pican.
J'arrive, mon cher ami, de chez M. Gaudrillon et je profite de l'occasion de M. Poulain pour vous écrire deux mots ; on ne veut plus me souffrir nulle part; le département vient de prononcer un arrêté foudroyant contre nous, les têtes dans mon pays sont montées à leur comble de scélératesse, on n'y parle plus que
de tuer, massacrer, égorger, etc., et ce publiquement (1). En conséquence, je suis déterminé à passer avec un ami à moi; si vous voulez, comme vous me l'avez mandé, en augmenter le nombre, ce serait un grand plaisir pour moi. J'ai écrit à M. Desile pour les moyens de passage; je l'ai prié de vous communiquer ma lettre afin que vous puissiez vous intéresser tous deux pour moi pour passer surle-champ coûte que coûte, je suis pressé. Je ne puis entrer en plus longs détails; donnez-moi réponse et vous décidez à venir avec moi, ce ne sera pas pour longtemps. Adieu, mon ami, je vous embrasse et vous prie de le faire à Madame votre mère et Mesdemoiselles vos sœurs. Ami pour la vie.
Votre (2)
Saint-Germain, 9 septembre 1792.
A Monsieur Marie, secrétaire-greffier de la Municipalité de Baguer-Pican.
Monsieur, Il s'agit ici de me rendre un service d'ami, c'est de me procurer de la municipalité de Baguer-Pican un passeport en règle, observant en ce moment critique de ne m'y donner d'autre qualité que celle de mathématicien expert en toutes choses. Vous observerez d'y mettre mon nom, mon âge, mon signalement, mon temps de domicile, qui est de six années, ajoutant même que je n'y ai jamais troublé l'ordre public. Vous le daterez du
(1) Il s'était retiré à Pontorson, son pays natal; il n'y a donc pas qu'à Paris que des idées de massacres hantaient les esprits à cette époque.
(2) Lettre sans signature, saisie chez Marie, notaire à Baguer-Pican, et reconnue par lui comme étant de son ancien recteur Forget.
15 du mois d'août, me donnerez permission de voyager à Paris et autres villes de l'intérieur du royaume. Le passeport fait, vous me l'adresserez à Saint- Germainen-Laye, département de Seine-et-Oise, à Mme Lecoq, vis-à-vis la geôle n° 723, c'est l'endroit où je suis actuellement retiré. On m'y promet sûreté et protection, mais je ne puis aller plus loin que je n'aie ce que je vous demande. Je vous prie donc de faire le plus de diligence possible pour me le procurer. Je suis plus mort que vif de toutes les malheureuses affaires qui se passent et continuellement exposé entre la vie et la mort. N'ayez pourtant point d'inquiétude, je sens que le Seigneur veille à ma sûreté et j'espère qu'il ne m'arrivera rien de fâcheux. La vie est ici extrêmement chère et beaucoup plus qu'à Paris. Le pays est charmant, mais ses agréments me touchent bien peu, je ne puis même en jouir en ce moment, étant obligé de me tenir renfermé jusqu'à ce que je n'aie ce que je vous demande. A l'aide de ce passeport, je saurai m'en procurer un autre ici pour aller plus loin. Attestez, s'il est possible, en même temps que j'ai payé mon imposition; cela ne peut faire que très bon effet. Vous obligerez celui que vous connaissez, qui se recommande à vous et à tous ceux qui veulent bien prendre intérêt à lui. Bien des choses de ma part à tous nos amis, je vous en laisse le détail. Koquet, Toullier, Mancel et Guillot sont encore à Paris, je les ai quittés vendredi dernier en parfaite santé, à l'inquiétude près, cela ne pjeut guère être autrement (1).
(1) Lettre non signée, mais reconnue par Marie pour être du prêtre Capran. Ces documents font partie d'une liasse, fonds district de Dol, archives du Palais de Justice de Kennes.
A Messieurs les Maire, Officiers municipaux et Procureur de la commune de la ville de Bol.
Messieurs,
Je soussigné Pierre-François Guillot, curé de la ville de Dol, vous expose que m'étant transporté samedi dernier 1er octobre dans l'après-midi avec le sieur Josseaume, commis au bureau du directoire, et le nommé Ollivry pour veiller au transport des objets de l'église ci-devant paroissiale de l'abbaye conformément à l'art. 19 du titre I de la loi du 24 août 1790, à peine fûmes-nous entrés dans l'église qu'il se présenta pour entrer une femme de moyen âge, laquelle avait la main cachée sous son tablier et tenant, à ce que nous crûmes, une pierre. L'entrée lui ayant été interdite et la porte fermée, elle se mit à vomir des injures et à frapper à la porte avec sa pierre à grands coups redoublés. Sur la menace de la faire se retirer, elle s'en fut et, la porte ouverte de nouveau, nous aperçûmes tous trois une femme demeurant à la maison du coin appartenant à Mme Lecarlatte, laquelle faisait des signes avec la main comme pour exciter les habitants de ce faubourg à la révolte; effectivement, il s'attroupa auprès des croix 12 à 15 femmes. La porte fermée, elles se portèrent pour l'enfoncer à coups de pieds, de pierres et de bâtons et nous menaçant de la mort et vomissant des impréca-
tions contre le directoire et contre moi. Voyant qu'elles avaient dessein d'enfoncer les portes de l'église, nous la barricadâmes et je dépêchai Ollivry par le derrière du jardin qui était encore libre pour demander du secours. La porte résista à leurs efforts ; alors ces forcenées voyant que leurs tentatives de ce côté étaient inutiles, par l'avis d'une, se proposèrent de nous tourner par le jardin; effectivement y ayant entré après avoir inutilement tenté de venir à leur secours 4 hommes occupés à battre et à vanner du blé noir, elles se présentèrent encore à la porte qui donne sur le jardin et où s'apposent ordinairement les scellés; elles y frappèrent à grands coups redoublés, toujours vomissant des injures et nous menaçant, moi surtout, des plus cruels traitements. La porte résista à leurs efforts; pour nous, nous observions à travers les vitres et entendions ce qu'elles disaient. Enfin, après plus d'une heure d'attaque, craignant, ainsi qu'elles le dirent, l'arrivée de la garde nationale, d'autres nous croyant partis, elles se retirèrent, toujours en menaçant le directoire, ainsi que moi. La gendarmerie nationale arriva, l'émeute était déjà finie. Comme les 4 hommes occupés à battre avaient tout vu et entendu, on les somma de donner leurs noms. Ils firent quelque difficulté, toujours en assurant contre toute vraisemblance qu'ils n'avaient rien vu. Ils s'appelaient Dominique Lemercier, Pierre Lemonnier, Pierre Carmoischer, Pierre Oger, demeurant tous trois à l'abbaye, et Julien Essirard, demeurant à Baguer-Morvan ; nous avons reconnu et on nous a indiqué Charlotte Pothier, Rose Regnault, la fille de Blémus et la veuve Leroy pour avoir été à la tête de cette émeute. La veuve
Samson pourra en indiquer d'autres; la veuve Besnard est depuis longtemps désignée par la voix publique comme une des plus forcenées; le nommé Verrier Maréchal m'avait la veille accablé d'injures sur la route de Dinan en présence de Mme de l'Espinaye-Chantelou. Le nommé Blémus, comme nous partions, voulut s'emparer du fusil d'Ollivry et il fallut que la gendarmerie le convainquit de s'en dessaisir. Voilà, Messieurs
Qu'il est pénible pour moi d'être obligé de vous exposer de pareils faits; devais-je m'attendre qu'un peuple auquel je n'ai jamais fait que du bien pût se porter à mon égard à de pareils excès; c'est moins son crime que celui des fanatiques et des factieux qui l'agitent et qui i'égarent. Les infortunés disent que la prison n'est plus faite que pour les honnêtes gens ; il est temps qu'enfin la loi reprenne toute sa force, sans quoi je vous déclare, Messieurs, que je serais obligé de renoncer à des fonctions que je n'ai voulu continuer après tant de sacrifices et au milieu d'une si grande division des esprits que dans la seule vue du bien public.
A Dol, ce 3 octobre 1791.
P.-S. Guillot, curé de Dol (1).
Sans doute vous êtes déjà instruit de la rétractation de M. Guillot, recteur de Dol, il la fit dimanche dernier à la grande messe qui fut célébrée par M. l'abbé Mancel et il la fit de la manière la plus touchante et la plus expressive. Près de deux mille personnes qui y assistaient fondirent en larmes, sachant que sa vie était dans le plus
(1) Arch, du Palais de Justice, fonds district de Dol.
grand danger comme il en avait reçu divers avis. Il avait précédé cette belle action, dans laquelle il a montré le plus grand courage, de quinze jours de retraite et d'une confession générale entre les mains de M. le recteur de Carfantain qu'il avait le plus cruellement persécuté. Sa rétractation fut suivie immédiatement de celle d'un autre prêtre de la ville qu'il avait séduit et entraîné dans l'erreur et qu'il a ramené aux bons principes, ce qui a produit la plus grande sensation. Sept autres recteurs des environs, nommément celui de Mont-Dol, se disposent à suivre un si bel exemple.
J'ai reçu hier une lettre de cet illustre pénitent, sa lecture suffirait pour convertir les cœurs les plus endurcis ; il nage dans la joie; son seul regret actuellement est de n'avoir pas été trouvé digne de recevoir la couronne du martyr : au sortir de l'église, une troupe d'enragés cherchèrent à lui enlever la vie, il se jeta à genoux, attendant le coup de la mort, et il bénissait Dieu, quand une grosse pierre lancée contre lui fut détournée par une main qui veillait à sa conservation.
Il remercie Dieu de cette dernière faveur, affligé de ne pouvoir souffrir davantage pour le meilleur de tous les pères; on l'a forcé de se retirer pour un temps dans un lieu de sûreté.
Sa famille est au comble de la joie et ne cesse de bénir le ciel; ses sœurs, qui sont mes amies, et moi, nous avons versé des larmes de satisfaction, une d'entre elles a été sur le point d'en mourir de joie.
L'intrus de Saint-Servan partant pour Dol bien armé, afin d'empêcher le recteur de se rétracter fut à peu de
distance de chez lui terrassé par son cheval et en reçut un coup de pied dans la poitrine; deux de ses côtes ont été enfoncées, surtout une par les pistolets qu'il portait à sa ceinture, un de ses bras est cassé, sa figure es1 meurtrie. Dieu veuille qu'il trouve son salut dans sa chute comme saint Paul dans celle qu'il fit sur le chemin de Damas. Mais, malheureusement, il ne paraît y songer que dans les moments de délire.
Or aie pro democratias.
24 avril 1792.
Le Directoire du district à M. Vadet, secrétaire du général
de Dol.
Vous savez sûrement, Monsieur, que les opérations des généraux de paroisse sont actuellement sous la surveillance des corps administratifs; nous vous invitons en conséquence à nous représenter sans délai le registre de délibérations du général de cette paroisse dont vous êtes saisi en qualité de secrétaire; nous aimons nous persuader que, docile à une loi dont l'exécution ne présente aucun prétexte plausible d'alarme pour votre conscience, vous déférerez sans balancer à la réquisition que nous croyons devoir vous faire.
Délibérations du Conseil Général de la commune de Dol.
20 nivôse an II (9 janvier 1794). — Copie de l'arrêté des commissaires de la municipalité et de la société populaire pour régler l'ordre à observer lors de la célébration de la fête de la Raison et du décadi du 20 nivôse-
Liberté, Egalité, Fraternité. — Commune de Dol.
Ordre de la marche de la fête qui aura lieu le décadi 20 nivôse an II en mémoire des victoires des armées françaises et notamment à l'occasion de la reprise de Toulon.
Elle aura lieu dans la nef du temple servant ci- devant de cathédrale.
Ordre de la marche :
A neuf heures du matin, la garde nationale sous les armes se réunira sur la cour de la maison commune. Là, les membres de l'administration, de la municipalité, du comité de surveillance, du tribunal, de la société populaire, s'assembleront pour de suite et au milieu de la force armée se rendre en masse au lieu de la célébration de la fête.
L'acte constitutionnel posé sur un brancard sera porté en triomphe par 4 vétérans et quatre autres portant une pique à la main les escorteront immédiatement, ayant à leur tête un drapeau tricolore, porté également par un vétéran. Ils seront suivis d'un bataillon d'enfants, espoir de la patrie, qui marcheront au centre. Le cortège marchera au bruit du canon, accompagné de la musique, répétant des airs patriotiques et, rendu au Temple de la Eaison, l'acte constitutionnel sera déposé sur l'autel de la Patrie et appuyé du faisceau qui, du milieu de l'autel, s'élèvera surmonté d'une pique et du bonnet de la liberté. Le temple sera décoré d'inscriptions analogues à la fête. Après quoi, le maire ou celui qui le représentera donnera lecture du préambule de la Constitution, et il la fera suivre d'un discours dans lequel il développera combien le
peuple français est heureux d'avoir secoué les chaînes de l'ancien régime et de s'être donné un gouvernement qui a pour hase la nature et pour but le bonheur commun. Ensuite, la municipalité et tous les corps constitués entretiendront la fête par des discours patriotiques, par le récit des traits d'héroïsme qui ont illustré les grands hommes dans notre glorieuse Eévolution et par la peinture des faits les plus remarquables qui se seront passés pendant la dernière Décade.
Les discours seront entremêlés de chants patriotiques.
L'allégresse célébrée dans le Temple de la Raison, on se rendra en ordre au pied de l'arbre saint de la Liberté, où, par un discours, on rappellera énergiquement aux Français que cet arbre est le symbole de leur liberté, qui leur rappelle à chaque instant leurs devoirs. Après ce discours, on entonnera un hymne à la liberté; il sera terminé par une distribution du pain de l'égalité que verra généralement tous les assistants, pour tenir lieu du banquet civique. Une danse, accompagnée de l'accolade fraternelle, aura lieu autour de l'arbre de la Liberté; après quoi on se rendra devant la maison commune. Là, les titres de la ci- devant féodalité seront apportés et livrés aux flammes et pendant qu'elles les réduiront à Leur juste valeur, on chantera autour de i'auto-da-fé le couplet Amour sacré de la Patrie qui terminera la cérémonie.
Arrêté par nous commissaires de la société populaire et de la municipalité. A Dol, 17 nivôse an second de la République Française une et indivisible; signé Villalard, Lair, officier municipal et commissaire.
Nota. — Observation est faite que la fête a été célébrée conforme à l'arrêté ci-dessus, niais qu'elle n'a commencé qu'à deux heures de l'après-midi, attendu que l'autel de la Patrie n'était pas en état.
Municipalité de Dol.
17 prairial an II (5 juin 1794). — Le conseil voulant prévenir ses concitoyens que la fête dédiée à l'Etre Suprême approche et qu'il convient pour la célébrer d'une manière digne de lui de tenir un extérieur propre et décent, a arrêté, après avoir entendu l'agent national, que demain matin il sera fait une proclamation à son de caisse pour avertir tous les habitants de cette commune de balayer leurs pavés, porches et déports de leurs maisons pour le 21 prairial, jour de la fête de l'Etre Suprême, d'orner leurs maisons, portes et fenêtres, de branches de chêne, de banderolles aux trois couleurs, soit rubans, bandes d'étoffe, papiers, bouquets, fleurs, etc., enfin de décorer leurs habitations d'une manière digne de l'auteur de la nature et comme il est enjoint par le décret de la Convention Nationale.
Qu'il sera par la même bannie ordonné à tous cabare tiers, maîtres de jeux, cafetiers et autres tenant maison publique de fermer leurs boutiques, cafés, maisons de jeu, et à tous les habitants en général, militaires et autres, à l'exception des rjassants et voyageurs, sous peine de 50 livres d'amende et huit jours de détention, tant pour les buveurs, joueurs, que pour ceux qui donnent à boire et à jouer.
Arrêté du département du 29 thermidor an VI
(16 août 1798).
Vu le procès- verbal d'interrogatoire subi devant le
juge de paix de Dol le 28 prairial dernier par J.-G. h. Toullier, ex-chanoine de Dol, l'ordonnance au pied portant traduction du dénommé comme inscrit sur la liste des émigrés devant la Commission militaire, arrêtent que attendu que J.-G. h. Toullier n'est âgé que de 42 ans, qu'il est prêtre réfractaire, fanatique et dangereux, que, d'après l'art. 10 de la loi du 24 juillet 1790, il était apte à recevoir un traitement public, comme pourvu de titres dans un chapitre supprimé et que sous ce rapport il était tenu au serment du 14 août 1792 (le serment de liberté et d'égalité) ;
Qu'au reste son inscription sur la liste des émigrés ne paraît pas devoir le soumettre à une peine plus rigoureuse que celle de la déportation, parce que cette inscription ne portant date que de l'an second de la République, elle peut être considérée comme l'exécution de la loi du 17 septembre 1793 qui assimile les prêtres déportables aux émigrés.
Arrêtent que ledit J.-G. h. Toullier sera conduit sous bonne escorte pour être déporté à l'île de Ré (1).
[Il arriva à la citadelle le 31 août et s'en évada le 27 juin 1800.]
(1) I., 3H9 (0, 1, 75). — Voir T. HT, p. 240, les véritables raisons de cet arrêté de déportation.