‹ Le clergâe et le culte catholique en Bretagne pendant la râevolution: district de Dol (volume 4)Chapitre 24 sur 81 · Le conseil général de la commune de Eennes, le · texte numérisé non relu

Le conseil général de la commune de Eennes, le

3 septembre, demandait au département le transfert des vieillards et infirmes dans la maison du Calvaire de Cicé et, le lendemain, qu'on accorde un délai de huitaine aux

prêtres qui vont être déportés pour qu'ils puissent arranger leurs affaires et donner des procurations et pour que pendant ce délai ils puissent également, si cela leur convient, indiquer le lieu hors du royaume où ils désirent se retirer.

Un arrêté du directoire du département du 5, visant la loi du 26 août (1) et les désirs exprimés la veille par le conseil général de la commune, accorde ce que demande ce dernier, sauf qu'il fixe à la Trinité la résidence des vieillards et infirmes qui ne désirent pas sortir du royaume, puis, le 6, un nouvel arrêté ordonne le transfert, non au Mont Saint-Michel, mais au château de Saint-Malo, pour être de là déportés à la Guyane, de tous les prêtres qui tombent sous le coup de son arrêté des 12 et 20 août, et fixe au 8 leur départ de Eennes.

L'escorte de ce convoi fut composée d'un adjudant général lieutenant-colonel, un commandant de bataillon,

3 capitaines, un adjudant-major, 3 lieutenants, 6 souslieutenants, 6 sergents, 12 caporaux, 150 fusiliers, 4 tambours; de plus en cavalerie un maréchal des logis,

4 brigadiers, 16 cavaliers, un trompette et, pour faire le logement, un sous-lieutenant, un sergent, un caporal.

A Tinténiac, le 9, à trois heures du matin, 14 voitures à quatre chevaux, réquisitionnées à raison de 25 livres par voiture, servirent à effectuer la dernière étape, dont une voiture pour les prêtres, une pour les bagages et 12 pour les gardes nationaux (2).

(1) Qui ordonnait la déportation à la Guyane.

(2) Nous pensons qu'on réalité ces 12 voitures servirent au transport des ecclésiastiques et que les reçus des sommes payées portent à dessein cette fausse mention pour éviter aux autorités l'obligation de réclamer le remboursement de cette dépense aux déportés.

La liste dressée à Kennes des insermentés partant pour Saint-Malo s'élève à 192, mais deux s'étant évadés en route, deux ayant prêté serment, un ayant été mis à Saint-Méen et deux à l'hôpital, la municipalité de Saint- Malo n'en compta plus que 185 de déportables et donna le 10 un reçu de 186, la gendarmerie en ayant fait la remise d'un en cours de route.

Le 11, le conseil général de la commune de Saint- Malo prévint le directoire de Eennes que le transport à la Guyanne de ces prêtres coûterait au moins 1,200 livres par chacun d'eux, que tous demandant leur libre déportation conformément à la loi, « ils pourraient sans que cela coûte rien à l'Etat passer de suite à Jersey sur les bateaux anglais qui sont dans le port. »

Aussitôt le département s'empresse de déférer au désir de ces prêtres et de la municipalité de Saint-Malo.

Celle-ci lui récrit le 18 : « Conformément à votre arrêté du 13 courant, nous avons l'honneur de vous prévenir que vendredi soir 14 nous expédiâmes sur deux bateaux de Jersey 145 prêtres du nombre des 186 que vous nous avez envoyés; samedi matin, un des bateaux rentra après une nuit affreuse et sa cargaison fut reconduite au château, d'où elle est ressortie hier matin avec ceux qui y étaient restés, pour se rembarquer de nouveau, tant sur le bateau rentré que sur un autre; sur la totalité il ne nous en est resté au château qu'un seul qui est malade de la goutte; c'est un chartreux. Le numéraire trouvé sur eux et dans leurs malles après une visite minutieuse est de 10,109 livres 13 s. pour laquelle somme on leur a fourni ici des traites pour Jersey. »

Liste des ecclésiastiques (ceux de notre district seulement) détenus à Saint- Mélaine de Rennes et qui en sont partis le 8 septembre 1792 pour Saint-Malo (1).

Anger, Alloyer, Bricault, Bercegeay, Chalmel, Chartier, Coupé, Cogranne, Derbrée, Dupré, Gilbert, Guelé, Goret, Gervy, Gallée, Hervé, Jouanne, Jolly, Le Ban, Morel, Maréchal, Nicole, Ollivier, Plaine, Pithois f. g., Poussin, Begnault, Rocher, Sévin, Thomas Pierre.

Voici en quels termes le Bulletin de la Correspondance (2) annonçait à ses lecteurs l'exécution de cette mesure :

« Bennes, 13 septembre 1792. — Une partie des prêtres réfractaires enfermés dans la maison de la ci-devant abbaye de Saint-Melaine ont été conduits au château de Saint-Malo le samedi huit, pour de là être déportés. Ils étaient au nombre de 186. A peu près autant de sexagénaires et infirmes sont restés à Rennes. Toutes les vierges folles de notre ville se sont épuisées en largesses pour ces pèlerins et leur ont donné avec leurs regrets et leurs larmes des secours en argent, bijoux, montres, etc..»

Ces malheureux étaient déjà sur la terre étrangère quand le ministre de l'intérieur Roland écrivit le 15 septembre au directoire du département :

Police Paris, le 15 septembre 1792, l'an 4 e de la liberté (3).

« Je vois, Messieurs, par la pétition que vous ont adressée les sections de la commune de Rennes et par votre

(1) Arch. dép. L, 2 V 8. Les noms en italiques ne figurent pas sur la liste précédente des internés de Saint-Melaine au 14 août. (2)Bib. de Rennes, T. XVI, n° 296.

(3) Arch. dép., L, 2 V 5.

arrêté du 6 de ce mois, que tous les ecclésiastiques insermentés autres que les sexagénaires et les infirmes détenus dans la maison de Saint-Melaine seront très incessamment transférés au château de Saint-Malo où on les détiendra provisoirement jusqu'à ce que le conseil provisoire exécutif ait prononcé sur cette pétition de la commune tendant à ce que tous les prêtres insermentés sans exception soient déportés à la Guyane, afin de les mettre dans l'impossibilité de revenir. Il eut été à désirer que la loi qui ordonne la sortie des prêtres réfractaires hors de France eut rendu leur retour difficile, mais ce que la loi n'a pas fait, le pouvoir exécutif ne saurait le faire. La surveillance de l'exécution des lois est la mesure de son autorité. En conséquence, puisque, d'après la loi du 26 août, les fonctionnaires publics ecclésiastiques insermentés doivent seuls sortir de France, ceux qui n'étaient point fonctionnaires ne peuvent être forcés de quitter le royaume et ceux mêmes qui sont par la loi dans le cas d'être expatriés ne doivent être déportés qu'après qu'il serait constaté qu'ils n'ont point fait usage dans les délais prescrits du bénéfice de l'article deuxième, lequel leur accorde la faculté de choisir le lieu où ils voudront se rendre. Je ne puis donc, Messieurs, que vous inviter à prendre toutes les mesures nécessaires pour assurer à chacun de ces ecclésiastiques la tranquillité dont la loi a voulu qu'ils jouissent. Je compte sur votre civisme pour le choix des moyens propres à empêcher que par l'effet de suggestions perfides et d'une irritation d'hommes égarés, la loi qui doit être noire unique guide cesse un

instant d'être respectée. »

« Le ministre de l'intérieur, Eoland. »

Le directoire, en appliquant l'arrêté des autorités départementales, était allé au-delà de ce qu'exigeait la loi du 26 août. Il se trouva bien embarrassé au sujet de la situation de certains prêtres transportés hors de France et répondit au ministre en avouant sa trop grande précipitation mais en invoquant l'intérêt général :

« l'expression de la volonté d'un très grand nombre de citoyens et la nécessité de maintenir la tranquillité publique n'ont pas permis de se conformer exactement aux dispositions de la loi et plusieurs ecclésiastiques qu'elle exceptait de la déportation, ont été conduits au port de Saint-Mal o et contraints de s'embarquer... »

Sur les 107 prêtres réfractaires à tout serment, restés à Saint-Melaine de Eennes, selon l'état établi par l'administration de cet établissement, voici les noms de ceux du district de Dol :

Brard, Bodin, Butel, Baudour, Desmoitaux, Delaunay, Gendrot, ex-vicaire, Gillet, Guerry, Lefrançois, La Croix, Lecamus, Lemarié, Mainguy, Marie, Piloux, Perdriel, Perdriel Jacques, Pichon, Poupart, Pithoys aîné, Thomas Pierre-Julien, Oleron, Garnier.

La lettre suivante nous fait connaître comment les quelques insermentés qui auraient pu être encore en fonction et les autres prêtres non assujettis à des serments perdirent leur traitement ou pension :

Rennes, 18 septembre 1792.

Le Département aux Districts.

« La loi du 14 août, Messieurs, porte que tout Français

recevant traitement ou pension de l'état sera sensé y avoir irrévocablement renoncé s'il ne justifie que dans la huitaine de la publication de ce décret, il a prêté devant la municipalité du lieu de son domicile le serment suivant : « Je jure d'être fidèle à la nation et de maintenir la liberté et l'égalité ou de mourir en la défendant. » D'après ces dispositions, M. Eoland, ministre de l'intérieur, nous mande de ne faire payer aucun fonctionnaire ecclésiastique qu'il ne justifie du serment exigé par la loi dul4août»(l).

D'un autre côté, les déportés à Jersey ne paraissent pas avoir eu un sort plus enviable que ceux restés en France si les renseignements fournis par le Bulletin de la Correspondance (2) sont exacts, nous n'avons pu trouver trace des lettres de Jersey dont il est parlé.

« Saint-Malo, 24 octobre 1792. — Environ soixante prêtres écrivent de Jersey qu'ils désireraient rentrer en France en se conformant aux lois du pays. Leur demande n'a pas été accueillie, on a passé à l'ordre du jour. »

« 7 décembre 1792, Saint-Malo. — Des lettres de cette ville des deux et quatre décembre assurent positivement que les prêtres réfractaires en station à Jersey y sont dans la misère et sans ressources pour la plupart. Tandis qif ils ont eu de l'argent, ces insulaires leur ont fait bon accueil, mais maintenant qu'ils n'en ont plus, on veut les renvoyer à leur souverain pontife spirituel et tempo-

(1) Arch. dép., I,. V 2.

(2) Bib. de Rennes, T. XVII, p. 31 et 63.

rel. Quarante d'entre eux demandent à rentrer en France, douze ont écrit au district de Saint-Malo que si on voulait les recevoir en cette ville, ils feraient publiquement le serment requis et se conformeraient aux lois constitutionnelles. La réponse a été négative. »

En 1792, des élections de curés eurent encore lieu à Dol les 16, 17, 18 et 19 novembre, mais ce furent les dernières et, toujours faute de sujets, elles furent peu nombreuses; d'ailleurs, le directoire du district avait déjà pris la charge de ces nominations, si bien même que les élus ne sont proclamés dans le procès-verbal de cette élection qu'avec la mention « provisoirement sous le bon plaisir des autorités constituées. »

Furent élus :

A Saint-Léger, Gibouin, vicaire à Mareillé-Baoul; à Lourmais, Blanchard, vicaire à Meillac; à la Chapelleaux-Filsméen, Cardron, desservant de la paroisse de Cormerais, district d'Avranches (Manche); à Tremeheuc, Ch. Trincot, vicaire de Carnet (Manche); à Bomazy, Franc. Gosselin, vicaire provisoire de Bomazy; à Saint- Bemy-du-Plein, Anger, vicaire à Pontorson (Manche); à Vieuxviel, le père Joseph, ex -capucin, demeurant à Saint- Quentin, près Avranches (Manche) (1).

Les campagnes restaient toujours agitées par la pré-

(1) Contrairement à ce qui existait au district de Dol, celui d'Avranches avait plus de conformistes à placer que de cures à pourvoir.

sence de prêtres réfractaires qui y demeuraient cachés et ceux que le décret du 26 août n'avaient pas atteints. Pour atteindre les uns et les autres, le département prit l'arrêté du 26 décembre 1792 (1) en vertu duquel plusieurs prêtres furent saisis et allèrent rejoindre à Rennes les sexagénaires non expédiés à Jersey. La Convention, moins clémente, par ses décrets des 18 mars et 23 avril 1793, les punissait les uns de mort, les autres de la déportation (2). C'est en octobre de cette année 1793 que Carrier et Pocholle, d'accord avec le département, décidèrent d'interner au Mont Saint-Michel tous les prêtres enfermés à la maison de la Trinité et précédemment à Saint-» Melaine et dont voici les noms de ceux de notre district. L'arrêté du département du 9 octobre qui ordonne ce transfert porte que « ceux des détenus les plus gravement inculpés occuperont les lieux connus sous le nom d'Exil et Gouvernement-, ceux qui ne sont que prévenus et détenus pour précaution de sûreté occuperont les appartements qui l'étaient précédemment par les ci-devant Bénédictins. »

Liste des 191 ecclésiastiques détenus à la maison dite de la Trinité d'après V appel nominal /ait le 12 octobre 1793, à transférer dans la suite au Mont Saint-Michel (3) :

« Brard Jacques- Julien, 63 ans; Bodin Vincent-François, ex-curé de Saint-Helen, 60 ans; Butel Julien, 62 ans,

(2) T. El, p. 169.

(3) Arch. dép., 2 V 8.

Baudour Guy-Julien, 63 ans; Boutry André, 73 ans (1); Desmoitaux; Delaunay, ex-chanoine régulier, 68 ans; Fatigant Nicolas, 37 ans; Lecamus Mathurin, 65 ans; Lodin Gilles ; Lemercier, Marie, Morin Julien, ex-prêtre de Langouet; Morin Joseph, Oleron, ex-capucin; Ollivier, Piloux, ex-curé de Montaut ; Perdriel Joachim, Perdriel Jacques, Pitoys, Eoussel, Eoussel Julien, Sévin Julien-Marie, entré le 8 octobre; Sévin, Joseph, entré le 8 octobre. »

Ces ecclésiastiques, au nombre de 180, furent conduits au Mont Saint-Michel en plusieurs fois, du 15 au 20 octobre. Quand les Vendéens, 15 jours après leur internement, vinrent ouvrir les portes de leur prison, une vingtaine seulement se risquèrent à quitter l'abbaye.

Une fois le pays purgé des prêtres réfractaires, la Convention eut soin d'interdire toute violence contraire à la liberté des cultes (8 décembre 1793) (2) et cependant elle toléra et approuva les violences des députés en mission, et notamment celles de Lecarpentier contre les prêtres conformistes, pour les obliger à renoncer à leurs fonctions ; ceux qui refusèrent furent arrêtés et conduits au Mont Saint-Michel. Par crainte de la guillotine, quelques-uns même se marièrent.

A peu près tous, dans le district de Dol, renoncèrent au sacerdoce. En voici la liste arrêtée au 16 avril 1794 :

(1) Fut transféré à Saint-Méen.

(2) T. II, p. 177.

Tableau général des ecclésiastiques qui ont abdiqué leurs fonctions dans le département drille- et -Vilaine (1).

District de Saint-Malo :

Caron Charles, résidant à Paramé, marié.

Glé Jean, résidant à Plerguer, a été conduit au Mont Saint-Michel, ordre du représentant du peuple.

Portier Julien-François, résidant à Meillac, a été conduit au Mont Saint-Michel, ordre du représentant du peuple.

Gillet Louis, résidant à Pleugueneuc, a été conduit au Mont Saint-Michel, ordre du représentant du peuple.

Blanchard François, résidant à Meillac, a été conduit au Mont Saint-Michel, ordre du représentant du peuple.

Etc..

Noms.

istrict de Dol :

Date

Lien

Résidence.

de l'abdication.

de l'abdication.

Ridé Guillaume, Cherrueix, 13 vent, an II Cherrueix.

Penault François, Dol, 28 pi. an II Dol.

Gosselin François, Romazy, 25 pi. an II Rennes.

Galles François, Tremblay, 16 vent, an II Tremblay.

Fauvelais J.-Mich. Vieux-Vy, 26 vent, an II Vieux-Vy.

Gibouin Pierre, Saint-Léger, 23 vent, an II St-Léger.

Ducognet Jacques, Sens, 13 vent, an II Dol.

(1) Arch. dép. d'Ille-et-VilaneL, L, 2 V 10, 11.

Noms.

Résidence.

Date de l'abdication.

Lieu de l'abdication.

Bigarré,

Petitpain F.-Mich.

Deluarde Jean-L., ChardotL. -Michel, Duparc Thomas, Legallay P.-L.-T., Dufour H. -Jean, Lochet Guillaume, Bisson L.-Magl., Barbier Th. -Marie, Pitel L., ex-chan., Macé François., Guy Mathurin, Carton Claude, ex-bénédictin.

Epiniac, Gahard, Quebriac, S.-G.-de-G., Pl.-Foug.,vic.

Baz.-la-P., — Vieux-Viel, — La Fresn., — E.-s.-C, — Le Vivier, — Dol, —

Eimou, — Sens, —

Pl.-Foug., —

18 g. an II 29 vent, an II 8 vent, an II 15 vent, an II 22 g. (llavr.) 24 fl. (13 mai) 20 g.

12 ventôse 5 g., 25 mars 11 ventôse 11 ventôse

13 ventôse 18 germinal

Dol {a).

Eennes.

Quebriac (b),

S.-G.-de-G.

Pl.-Foug.

Bazouges.

(9 av.) Vieux-Viel,

Roz-s.-Coues.

Merdrignac,

comm.deDol.

dist. de Dol.

Sens.

Pl.-Foug.

a) Le représentant di peuple l'avait fait conduire au Mont Saint-Michel depuis son abdication et le fit élargir par arrêté émané de son autorité qui a été communiqué au département.

6) Deluarde a remis ses lettres à la municipalité de Qnédillac pour les faire passer au commissaire Mahé, envoyé par le représentant du peuple à Tinténiac (1).

(1) Ces notes sont dans l'original.

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