Arch. dép., L. V. 1. R
ïl est faux premièrement que j'aye refusé de lire absolument tous les décrets de l'Assemblée nationale: il est à la connaissance du public que j'en ai lu la plus grande partie, que j'en ai beaucoup plus lu que M. le recteur; si pourtant je refuse d'en lire quelquefois, ce que je ne puis nier, c'est qu'alors j'en renvoyais la lecture à M. le recteur; n'était-il pas juste qu'au moins il m'eût secondé, qu'il se fut lui-même empressé à me décharger de temps en temps d'un office pénible qui, à bien le prendre, lui incombait directement en première instance. Après tout, qu'aurait-il eu à dire quand, à l'exemple de bien d'autres curés, je me fusse refusé à en lire aucune? Je ne suis que son suppléant et. comme tel, ne suffisait-il pas que je m'y fusse prêté dans les circonstances seulement où il pouvait être, à raison de maladie, absence ou autre empêchement légitime quelconque, hors d'état de le faire lui-même? N'est-il pas inouï qu'on n'ait jamais songé à n'inquiéter que moi seul sur cet objet, et que M. le recteur, vers qui devaient naturellement être dirigées les sommations, ait toujours été épargné? Quant aux injures et critiques amères qu'on me reproche avoir prodiguées contre l'Assemblée nationale, même en chaire, jamais il ne m'est arrivé rien de semblable, non. jamais je ne m'y suis déchaîné contre l'Assemblée nationale ; loin de là. le public est dans le cas d'attester que je n'y ai jamais rien tant recommandé que le maintien du bon ordre, l'obligation de rendre à César ce qui appartient à César et l'obéissance aux puissances qui nous gouvernent, et je défie mes délateurs de prouver le contraire.
Quant au second chef d'accusation, qui porte en substance que j'ai traité d'hérétiques et de schismatiques ceux qui lisent ou entendent lire les décrets, il est si dénué de vraisemblance, que je ne m'arrêterai pas même à le réfuter; il serait, en effet, surprenant que je me fusse traité moi-même de la sorte, qui tant de fois ai lu et entendu lire la plupart de ces décrets.
Le troisième, qui m'inculpe d'avoir jette par terre les décrets. il est d'une fausseté inouïe et c'est ici où l'on voit dans tout son jour le fond de la malignité qui règne dans tout cet écrit;
puisqu'il ne tend à rien moins qu'à échauffer les esprits pour les porter aux derniers excès contre moi. en interprétant malicieusement et en chargeant des couleurs les plus noires, jusqu'aux événements les plus imprévus, et par eux-mêmes les plus innocents; quoi, parce que dans le temps qu'on m'a quelquefois présenté des décrets pour les lire, il est arrivé par mégarde (mégarde qui quelquefois est aussi bien venue de la part de celui qui me les présentait que de la mienne), qu'il en est tombé quelques-uns par terre, on prétendra m'en faire un crime, m'inculper moi seul et pousser l'effronterie jusqu'à me soutenir que c'est un fait exprès, c'est avoir grande envie de nuire aux gens et de les trouver coupables, pour avoir occasion de les perdre, si l'on en avait le pouvoir. Pitoyables et minutieuses chicanes de la part de mes délateurs qui. à le bien prendre, ne valaient pas la peine qu'on y fit une réponse.
Le quatrième chef est sans doute le plus grave, mais aussi il est celui sur lequel il m'est plus facile de me justifier pleinement; quoi, je refuse, m'y dit-on, d'entendre en confession ceux qui se sont fait inscrire sur le registre des citoyens actifs, et comment se fait-il donc que j'en confesse encore actuellement un si grand nombre? un seul citoyen actif inscrit, que je confesserais, suffirait pour faire tomber d'elle-même cette accusation, puisqu'il est constant que la même raison existerait, alors, pour exclure celui-ci aussi bien que ceux-là; mais, il est à la connaissance du public que François Martin, officier municipal, Mathurin Papail et Mathurin Rouault. notables, me viennent encore à confesse, et sûrement ceux-ci soi.t incontestablement et notoirement inscrits sur le rôle des citoyens actifs : il en est de même de François Cuguen, Jean Bertrand, Jean Guiller. Fiacre Maufrais. Joseph Huet, Jean Jacquet et bien d'autres. Tous les ci-dessus dénommés sont dans le cas d'attester que je les confesse habituellement, et j'ose assurer qu'ils n'éprouvent et n'ont jamais éprouvé de ma part aucune difficulté à cet égard. La chose est si palpable que ceux qui ont formé un projet de requête contre moi, n'ont jamais osé le soumettre à la municipalité assemblée, ils sen-
taient bien que l'officier municipal et les deux notables que je confesse habituellement auraient formellement démenti ce dernier chef d'accusation et auraient fait échouer par leur refus de signer ladite requête ; ils ont donc employé le moyen de séduction en portant à signer dans les maisons ce cahier de leur plainte, qui peut-être même n'a pas été connu de ceux qui y ont souscrits, et quand il l'eut été, quel est l'homme qui puisse se flatter de réunir en sa faveur l'amitié de tous les habitants d'une paroisse et qui en faisant même son devoir n'a pu s'attirer des ennemis?
Puisque les auteurs de la requête se trouvent en contradiction avec moi sur tous les chefs qu'ils allèguent, j'espère. Messieurs, que vous voudrez bien ne pas ajouter foi à son contenu sans avoir pesé et approfondi les raisons légitimes que je viens d'apporter; il m'importe d'employer tous les moyens honnêtes qui sont en moi pour mériter votre estime qui ne peut m'êlre que très précieuse à tous égards ; comme je ne le puis faire sans doute qu'en me justifiant pleinement et en convaincant de fausseté mes accusateurs, je me flatte que pour me faciliter tous les moyens d'en venir à ce point, vous ne refuserez pas de me procurer un autant de cette requête, de m'en faire délivrer une copie avec signatures et certifiée ; j'ose, Messieurs, solliciter auprès de vous cette faveur qui me mettra à lieu de me pourvoir au besoin contre ceux à la sollicitation desquels on a eu la faiblesse de souscrire un crédit, qui. comme vous le voyez, ne fut jamais l'ouvrage de la municipalité assemblée, mais une cabale de quelques membres seulement qui, bien qu'ils n'eussent aucun sujet de se plaindre de moi, ne s'en sont pas moins laissés séduire par quelques-uns qui n'auraient jamais dû employer de tels moyens contre un ecclésiastique sans reproche et qui à tous égards a lieu de prouver qu'il a rempli ses devoirs, loin de cabaler contre lui et d'en être venu jusqu'à ce point de méchanceté de faire usage de manœuvres si basses et si odieuses pour tenter de le perdre dans l'esprit de tous les honnêtes gens. Tels sont en substance mes moyens de défense, veuillez les agréer et vous laisser
convaincre du profond respect avec lequel j'ai l'honneur d'être, Messieurs, votre très humble et très obéissant serviteur.
Signé : Caperan, curé de Baguer-Pican.
Baguer-Pican, le * janvier 1791 ».
14 janvier 1791.
Le directoire de Dol à la municipalité de Baguer-Pican.
Messieurs.
Voilà la réponse de M. Caperan à la lettre que nous lui avions écrite d'après votre réponse, dont nous lui transmîmes les principaux objets. — Quand un corps respectable comme une municipalité avance des faits, on y doit ajouter beaucoup de foi; mais quand ils deviennent contestés, ce même corps est comme les individus assujettis à la preuve.
M. Caperan prétend n'être pas coupable ; il ne se borne pas à se défendre des inculpations qui lui sont inculpées, il les qualifie de calomnies et se dispose à en tirer vengeance. Il nous demande que nous lui fassions passer une copie certifiée de votre requête. Notre compétence finit où celle de la justice contentieuse commence. Nous ne devons pas, sans votre avis formel, donner autrement connaissance de votre requête à M. Caperan. En cherchant à concilier les personnes qui nous témoignent de la confiance, nous ne devons pas leur fournir les moyens de se livrer à des contestations judiciaires et toujours trop éclatantes.
Directoire du district.
10 août 1191. — Sur le rapport qui en a été fait que dans le bourg de Baguer-Pican, il existe actuellement quatre ci-devant