‹ Le clergé à l'AcadémieChapitre 12 sur 30 · EUSÈBE RENAUDOT · texte numérisé non relu

EUSÈBE RENAUDOT

A la mort de Séguier, Tarchevêque de Paris, de Harlay, alla prier Louis XIV, au nom de l'Académie, d'agréer le titre de Protecteur. Il déploya dans cette mission une grande éloquence, si bien que le roi, se tournant vers Golbert, lui dit : « Vous me ferez savoir ce que je puis faire pour ces Messieurs. »

L'Académie devant quitter l'hôtel Séguier, le premier acte de Louis XIV fut de lui offrir un logement au Louvre pour qu'elle pût régulièrement s'assembler. Il lui accorda dans la suite divers autres privilèges, ce On peut dire que l'Académie changea de face à ce moment ; de peu connue qu'elle était, elle devint si célèbre, qu'elle faisait le sujet des conversations ordinaires ^ »

' Ch. Perrault. Mémoires.

C'est l'époque où les assemblées devinrent régulières, où les jetons de présence furent créés, où la bibliothèque de l'Académie fut fondée. C'est aussi l'époque où l'Académie compta le plus de prélats et d'abbés : et le premier nom que nous rencontrons maintenant est celui de Fléchier.

C'est à Pernes, près de Carpentras, que vint au monde, en 1682, dans une famille obscure (car nous savons, par une de ses réparties, que son père tenait un commerce de chandelles), le panégyriste superbe qui devait prendre rang après BossuetetBourdaloue \ A seize ans, il entra dans la Congrégation des Pères de la Doctrine chrétienne, dont son oncle était général, et celui-ci s'appliqua à cultiver le goût de son jeune neveu pour l'éloquence et pour l'étude des Belles-Lettres. Etant venu à Paris, Fléchier s'y fit bientôt connaître par une description du Carrousel, le Cursus Regius en vers latins^ Il était déjà prêtre alors et ses sermons augmentèrent sa réputation ; ses oraisons funèbres la portèrent au plus haut degré et il y

* « Bossuet nous effraye, Bourdaloue nous convainc, Fléchier nous charme », c'est ainsi que s'exprime Larousse. Et M. Labouderie dit que les oraisons funèbres de Fléchier « le plus beau fleuron de sa couronne » ont rendu son nom immortel et lui ont assuré, parmi les orateurs chrétiens, la première place après Bossuet « dont il n'est pourtant pas le rival. »

* Cette pièce lui valut d'ailleurs une pension annuelle de 3oo livres.

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apporta ce talent ^singulier que toute la France a reconnu en lui.

« L'Oraison funèbre était, avant M. Fléchier, l'art

d'arranger de beaux mensonges Mais le sage

Fléchier ne songea, dans l'éloge des morts, qu'à faire des leçons aux vivants et qu'à déplorer les grandeurs humaines par la vanité qui les accompagne ou par la mort qui les détruit Pour ne

point trahir la vérité, il n'a loué que la vertu et

tous ses héros sont des modèles, comme toutes ses pièces sont des chefs-d'œuvre La séduction est si forte qu'on croit voir tout ce qu'on ne

fait que lire ou qu'entendre C'est l'orateur qui

vous charme, et vous n'êtes occupé que du héros ; c'est Fléchier qui parle et vous ne voyez que Turenne^ »

L'Oraison funèbre de Turenne est en effet considérée comme son chef-d'œuvre. Il écrivit aussi une Vie de Théodose pour le grand Dauphin et fut reçu à l'Académie française en 1673^. Il succédait à Godeau. Le roi lui donna bientôt l'abbaye de Saint-Séverin, la charge d'aumônier de madame la Dauphine, puis l'évêché de Lavaur en i685. « Je vous ai fait un peu attendre, lui dit-il, une place que vous méritiez depuis longtemps, mais je ne voulais pas me priver si tôt du plaisir de vous

* M. MOMGiti. Discours à F Académie.

' En même temps que lui fut reçu Jean Racine. Mais le discours de Racine n'eut pas beaucoup de succès : celui de Fléchier au contraire suscita l'universelle admiration.

entendre. » Paroles gracieuses et charmantes qui relèvent la valeur du don. Il fut transféré en 1687 à Févêché de Nîmes. C'était alors un poste très difficile à cause des calvinistes dont ce diocèse était rempli et du désordre qu'y avait apporté la révocation de FÉdit de Nantes, en poussant un grand nombre à simuler une conversion pour éviter de graves inconvénients. La prudence, le zèle, la charité de Févêque lui fournirent les moyens d'empêcher les maux qui eussent pu en résulter. Son caractère principal était d'ailleurs la mansuétude ^ Il avait fondé à Nîmes une Académie dont il fut le président et s'entourait, dans son évêché, de prêtres instruits et studieux chez lesquels il développait les dons de la parole.

Fléchier mourut à Montpellier en 171 o, à Vàge de soixante-dix-huit ans, entre les larmes de ses diocésains et l'estime de ses adversaires ^

« L'amour de la politesse et de la justesse du style l'avait saisi dès ses premières études. Il ne sortait rien de sa plume, de sa bouche, même de sa conversation, qui ne fût ou qui ne parût travaillé. Ses lettres et ses moindres billets avaient du nombre et de l'art ^. Les Beaux-Arts ayant été sa première

1 C'est elle et non l'égoïsme qui a dicté à Fléchier cette phrase qu'on lui a souvent reprochée : « Je ne conseillerai jamais à un homme de se marier : je ne lui conseillerai jamais de se faire un ami. On a assez de ses chagrins sans en chercher ailleurs et de nouveaux. »

* « Nous avons perdu notre maître », dit Fénelon en apprenant cette mort.

^ G*est ainsi qu'il écrivait à un ami qu'il n'avait pas trouvé chex

occupation, principalement la poésie, il s'était fait une habitude et presque une nécessité de compasser toutes ses paroles et de les lier en cadence... et sa prononciation traînante... favorisant par sa lenteur la fidélité de sa mémoire, donnait à l'auditeur tout le loisir de suivre aisément la délicatesse de ses pensées et de sentir le plaisir d'en être charmé ^ »

Le savant Jean Gallois naquit à Paris le i4 juin i632. De bonne heure il s'engagea dans les ordres, devint prêtre et poussa fort loin ses études sur la théologie, l'écriture sainte, les Pères, sans pour cela négliger l'histoire, les langues vivantes, les mathématiques, la physique, et jusqu'à la médecine ; car son ardeur de savoir embrassait tout et il apprit même l'hébreu pour pouvoir lire dans les originaux les livres saints. « S'il est vrai, nous dit Fontenelle, qu'une érudition si partagée soit moins propre à faire une réputation singulière, elle l'est du moins beaucoup plus à étendre l'esprit en tous sens et à l'éclairer de tous côtés ^. »

Il traduisit d'abord en latin le Traité des Pyrénées, puis s'associa à la fondation du Journal des

lui : « Je vous écris de votre cabinet et peut-être de votre plume : combien en sortirait>il de jolies choses si elle était conduite de votre main I »

* Le P. DE LA Rue. Préface des Sermons.

• Éloge de M. l'abbé Gallois (Histoire de V Académie royale des Sciences, 1707).

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Savants dont il fut bientôt seul directeur et qui illustra son nom. Il en modifia Fallure agressive, car ce journal avait pris dès sa naissance ce un ton trop hardi » et censurait « trop librement » la plupart des ouvrages qui paraissaient. Gela lui valut Tamitié deColbert, qui en i663, lui donna une place à TAcadémie des sciences dont il devint géomètrepensionnaire et où il entreprit son travail sur la Géométrie des Anciens ^ Plus tard Golbert le prit même chez lui et lui donna toujours une place à sa table et dans son carrosse.

En 1676, l'abbé Gallois entra à l'Académie française où il remplaçait Fabbé de Bourzéis et où il fut reçu le même jour que Fléchier et Racine. Ce fut la seule fois que trois nouveaux membres avaient été reçus dans une même séance, jusqu'en 1807, où le même fait se reproduisit à la réception de MM. Reynouard, Picart et Laujon ^ « Quoique l'Eloquence et la Poésie soient les principaux talents qu'elle demande, elle admet aussi l'Erudition qui n'est pas barbare, et peut-être ne lui manque-t-il que de se parer davantage de l'usage qu'elle en fait et même du besoin qu'elle en a. »

L'abbé Gallois fut garde de la Bibliothèque du roi. Professeur de grec au collège royal, il avait même une pension du roi outre ses divers traitements. Il n'était pas ami du nouveau, et son seul divertissement était d'acheter des livres. Il se

* Il en fut même secrétaire en l'absence du titulaire du Hamel.

* Archives du Secrétaire perpétuel de V Académie française.

lia LE CLERGE A L ACADEMIE

composa ainsi une magnifique bibliothèque de 12.000 volumes, qu'il augmentait tous les jours. Il mourut à Paris le 19 avril 1699. « La charité chrétienne donnait à son désintéressement naturel sa dernière perfection. Il ne s'était réservé sur l'abbaye de Saint-Martin des Cores qu'une pension de 600 livres et il les laissait à son successeur pour être distribuées aux pauvres ^ »

Huet était un érudit célèbre qui naquit à Gaen en i63o. Déjà savant à vingt ans, il fonda dans sa ville natale l'Académie des Sciences de Gaen. Là, il fréquentait le monde et n'était point l'ennemi des honnêtes distractions ; il avait soin de se bien mettre et cherchait à plaire : « Véritablement, dit Tabbé d'Olivet, il n'avait pas de grâce à danser ; mais il primait à la course, il était le meilleur homme de cheval, il faisait mieux des armes ; il sautait mieux, il nageait mieux que pas un de ses égaux. » Voilà bien des qualités pour un savant !

Cependant Huet ne tarda pas à se rendre à Paris, y devint l'un des assidus de l'hôtel de Rambouillet et fut nommé, en 1670, sous-précepteur du Dauphin, fils de Louis XIV, alors que Bossuet en était le précepteur. Il garda cette charge jusqu'en 1680, puis il alla en Suède, où la reine lui témoigna

* Éloge de M. l'abbé Gallois {Histoire de l' Académie royale des Sciences^ 1707).

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sa bienveillance au point qu'elle voulut l'attacher à sa personne. Mais Huet déclina cette offre et revint en Normandie, où il resta seize ans dans la solitude, traduisant Origène.

Ses travaux attirèrent bientôt sur lui l'attention de l'Académie : bien que ne voulant pas en être, il y fut reçu « presque malgré lui* » en 1674, grâce surtout aux instances de Bossuet. « Enfin, messieurs, dit-il à ses collègues dans son discours de réception, cette couronne de laurier qui couvre votre tête commence d'étendre ses branches sur la mienne : et cette immortalité à laquelle vous aspirez et que vous méritez, fait aujourd'hui ma prétention et mes désirs comme les vôtres. » Puis, jetant un regard sur son temps et rappelant ses travaux passés : « A quoi me suis-je occupé jusqu'ici? ajoute-t-il : pourquoi me suis-je arrêté si longtemps à'admirer dans l'antiquité des exemples de vertus que je croyais sans égales ? Notre siècles les a toutes ramassées. » Il fut du reste un académicien de grande activité ^

La lecture des livres saints et la méditation des plus grandes vérités de la religion réveillèrent en lui les sentiments de piété qu'il avait eus dans sa

^ L'abbé Flottes. Étude sur Daniel Huet.

* La Liste de MM. de l'Académie française en 1684 de Benserade le désigne ainsi :

Le sous-précepteur Huet Dont, fameux Gaen, tu te vantes Que les oreilles savantes Perdraient s'il était muet t

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jeunesse. Il entra donc dans les ordres et dès lors oubliant les madrigaux et les romances qu'il avait souvent mêlés à ses écrits il mena une vie grave et conforme à sa nouvelle profession. Huet avait d'ailleurs déjà quarante-six ans. Nommé abbé d'Aunay en Normandie, il passait Tété dans son abbaye et se livrait en paix à ses travaux favoris. Mais il fut nommé, en i685, à Tévêché de Soissons qu'il permuta bientôt, avec l'agrément du roi, contre celui d'Avranches où venait d'être nommé Sillery. Les obligations de sa charge et ses devoirs de pasteur, qu'il tenait à consciencieusement remplir, s'alliaient mal avec son ardeur pour la science. Il quittait le moins possible son bureau où ses diocésains, lorsqu'ils avaient affaire à lui, le trouvaient sans cesse à travailler, ce qui fit dire à l'un d'eux qu'il était bien fâcheux que le roi ne leur donnât pas un évêque ayant fini ses études !

En 1699, il se démit de son évêché et fut nommé abbé de Fontenay, près de Gaen. Il acquit alors une maison dans cette ville et des prairies autour. « Sa patrie lui avait paru agréable tant qu'il n'y avait eu que des amis ; mais du m^oment qu'il y posséda des terres, les procès l'assaillirent de tous côtés et l'en chassèrent, quoiqu'il eût aussi, grâce à son air natal, quelque ouverture pour le jargon et la chicane ^ »

Il s'en fut donc un jour s'installer à Paris dans

* NiGÉRON. Mémoires pour servir à l'histoire des hommes illustres.

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un logement que lui donnèrent les jésuites à leur maison professe, pour y jouir à son aise de leur belle bibliothèque et de la conversation de leurs savants \ 11 n'en sortit plus guère, car il avait quatrevingt-huit ans « avec la tète encore entière et travaillant toujours ». 11 y mourut quatre ans plus tard, en 1721. Outre son volume Huetianay où il a réuni des anecdotes de tout genre, il a énormément écrit et la liste de ses ouvrages occupe presque une colonne entière des grands dictionnaires. C'était avant toute chose un érudit et un humaniste de premier ordre ^. Une phrase de sa Démonstration évangélique : « Pour croire il est bon de ne pas croire », l'a fait accuser de scepticisme théologique, mais somme toute on estime et on respecte universellement l'homme qui écrivit la Démonstration évangélique et commenta Origène, « qui fut assez homme du monde pour être le centre d'une pléiade de comtesses, de duchesses et de marquises, assez courtisan pour devenir le sous-précepteur d'un Dauphin de France, assez pieux pour obtenir la réputation d'un vertueux ecclésiastique ^ ».

* « M. d'Avranches, dit l'abbé d'Olivet, est peut-être, de tous les hommes qu'il y eut jamais, celui qui a le plus étudié. »

* Christian Bartholmess. Huet, évêque d'Avranches, ou le scepticisme théologique.

' G. Henry. Un érudit homme du monde, homme d'église homme de cour.

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Jacques-Nicolas Golbert, le fils du grand ministre, fut élu membre de TAcadémie, quand il n'était encore âgé que de vingt-quatre ans \ Aussi y prend-il place avec toute la discrétion et la modestie désirables. « Jusqu'à présent, dit-il à ses illustres collègues, vous n'avez choisi que des grands maîtres ; leur profond savoir les mettait en état de concourir avec vous à ces grands projets que vous avez formés. Vous n'avez plus besoin que de disciples et je puis vous assurer que j'en ai les qualités ; c'est-à-dire une grande docilité et une parfaite soumission. »

C'est Jean Racine qui avait à lui répondre. Il le fit avec toute la grâce qu'on pouvait attendre de lui : « L'Académie a pris part à tous vos honneurs, lui dit-il; elle applaudissait à vos brillants succès. Mais, depuis qu'elle vous a entendu prêcher les vérités de l'Évangile avec toute la force de l'éloquence, alors elle ne s'est pas contentée de vous admirer, elle a jugé que vous lui étiez nécessaire. »

Peut-on faire un plus magnifique compliment à un jeune homme de vingt-quatre ans ? Il est vrai que celui-ci ne s'arrêta pas en si beau chemin. Après avoir été quelque temps coadjuteur de Rouen, il devint lui-même archevêque de cette

* Il y fut reçu le 29 octobre 1678 et était né en 1654.

ville et occupa ce poste jusqu'à sa mort, survenue en 1707, quand il n'avait que cinquante-quatre ans.

Ayant appris qu'il se proposait de faire reconstruire son palais épiscopal et le château de Gaillon, villégiature des archevêques de Rouen, Fénelon lui adressa une lettre où il peint avec force, grâce et vérité, les suites déplorables de la facilité avec laquelle on s'abandonnait en ce temps-là à ces ruineuses fantaisies : « On se passionne, écrivait-il, au bâtiment comme au jeu; une maison devient comme une maîtresse. Les pasteurs chargés du salut de tant d'âmes ne doivent pas avoir le temps d'embellir des maisons... Ces deux maisons, qui ont paru si belles à tant de cardinaux et de princes, même du sang, ne vous peuvent-elles pas suffire ? N'avez-vous point d'emploi de votre argent plus pressé à faire ? Souvenez-vous, Monseigneur, que vos revenus ecclésiastiques sont le patrimoine des pauvres... Pardon, Monseigneur, de mes libertés. Je les condamne si elles vous déplaisent... »

Golbert était digne d'entendre ce langage, bien qu'il ne l'ait pas provoqué; il en sentit la justesse et renonça à ses projets. La ville de Rouen y a gagné des fondations charitables.

Ce fut l'archevêque qui harangua Louis XIV à la tête du clergé de France en faveur des protestants. On était au plus fort des querelles jansénistes et Col" bert ne cachait pas sa sympathie pour les doctrines

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incriminées, sans aller toutefois à des extrémités qui l'eussent rendu condamnable*.

Ses qualités littéraires étaient relevées et même sanctifiées chez lui par toutes les vertus épiscopales, par la vie la plus exemplaire malgré sa magnificence, par la plus tendre bienfaisance pour les malheureux.

Il fut également Tun des premiers membres de l'Académie des Inscriptions.

Un an après Colbert, nous rencontrons le nom de l'abbé Louis-Irland de Lavau. Celui-ci fut d'abord diplomate et sévit, en cette qualité, chargé d'une mission en Allemagne, puis à Rome et à son retour se fit prêtre « pour jouir, dit l'abbé d'Olivet, d'une vie paisible et réglée ». Il fut trésorier de l'église Saint-Hilaire de Poitiers, puis garde des livres du cabinet du roi au Louvre en 1671, enfin élu à l'Académie française en 1679, sur la demande de Colbert, en remplacement d'Hubert de Montmor, le dernier survivant des quarante premiers académiciens ^ « Ses confrères,

* Cf. Mémoires de Vabbé Legendre, ch. vi. « Le plaisant jansénisme que celui de cet archevêque ! Il tonnait dans ses mandements contre la morale relâchée, et il avait une musique entretenue, et les meubles les plus somptueux ne Tétaient pas assez pour lui. 11 criait après les ecclésiastiques qui étaient trop du monde, et il aimait passionnément le jeu, la conversation des dames et la bonne chère. Pour l'avoir faite trop bonne, il mourut jeune d'un cancer. ».

* Ce fut la récompense qu'il eut pour avoir réussi le mariage d'une fille de Colbert avec le duc de Mortemart.

nous dit d'Alembert, reconnurent que la supériorité des talents pouvait être utilement compensée par la douceur des mœurs et par le secret de se rendre agréable. »

Encore ne doit-on pas prendre trop à la lettre ^ette phrase assez peu flatteuse sous une apparence aimable. Lorsque l'abbé de Caumartin succéda à Tabbé de Lavau, il put en effet dire à ses éminents collègues : « Mon prédécesseur avait beaucoup, et je vous apporte peu. » Et Perrault, en lui répondant, débuta par ces paroles : « Monsieur, vous avez loué avec justice l'illustre académicien que nous regrettons. Il est vrai que son amour pour cette Compagnie lui a fait préférer à toutes choses l'honneur d'y avoir place, et que la Compagnie de sa part lui a donné toutes les marques d'estime qu'elle devait à son mérite ^ » On peut donc en conclure que l'abbé de Lavau n'était point indigne de figurer parmi les immortels^.

Il se montra d'ailleurs exact et zélé dans la Compagnie dont il devint directeur : c'est à ce titre qu'il rendit à ses frais les honneurs funèbres à Corneille. Ce privilège lui fut disputé par Racine, directeur pour le mois d'octobre, tandis que Lavau Tétait en septembre. Or Corneille mourut dans la

* Recueil de plusieurs pièces d'éloquence^ etc., t. X.

* Nous avons déjà cité la Liste de MM. de V Académie française de Benserade : sur l'abbé de Lavau elle dit :

Lavau qui raisonne juste

Et n'est point de sang auguste :

Mais ce qu'il dit porte coup.

nuit du 3o septembre au i" octobre. Le différend fut soumis à l'arbitrage des académiciens qui donnèrent raison à Fabbé de Lavau. L'un d'eux dit alors à Racine : a II n'y avait personne qui pût prétendre mieux que vous à enterrer Corneille : cependant vous ne l'avez pas fait. »

L'abbé de Lavau mourut à Poitiers le 4 février 1694.

Connu avant sa conversion sous le nom de marquis de Courcillon, Fabbé de Dangeau, frère puîné de Fauteur du Journal, était issu d'une famille protestante, étant fils du marquis de Dangeau et petit-fils de du Plessis-Mornay. Né en janvier i643, il employa sa jeunesse à visiter les plus beaux pays de l'Europe ; il rapporta de ses voyages une grande connaissance de l'histoire et une aisance appréciable à parler plusieurs langues étrangères K

Malgré ses préventions héréditaires contre l'Eglise romaine, il se convertit en 1668 à la suite de la lecture de V Exposition de la Doctrine Catholique et de ses conférences avec Bossuet, ainsi qu'il l'a lui-même appris au public dans ses Dialogues sur la Religion. « Non seulement l'abbé de Dangeau avoua généreusement sa défaite, mais il voulut s'honorer lui-même en faisant son abjura-

* Il avait été un moment envoyé extraordinaire en Pologne.

PROTECTORAT DE LOUIS XIV lai

tion entre les mains de son vainqueur. Ce témoignage de sa reconnaissance pour celui qui l'avait désabusé de ses erreurs est aussi la preuve la moins suspecte de sa candeur et de sa bonne foi\ )> Et telle fut l'ardeur de sa conversion qu'elle le conduisit au sacerdoce ; mais, plein de passion pour l'étude, il ne voulut jamais accepter de charges qui l'en eussent détourné. Un instant cependant il faillit être nommé précepteur du duc de Bourgogne, charge qui fut finalement donnée à Fénelon, « le seul homme, dit Michaud, qu'il fût permis de préférer à Tabbé de Dangeau ».

Louis XIV se l'attacha néanmoins en le nomment son lecteur et « il s'acquitta constamment du devoir si honorable à tous deux de faire connaître les hommes illustres de la France à celui dont la gloire était de les protéger ». Dans ce but il écrivit un État des grâces^ resté inédit, et qui révèle la délicatesse de ses pensées et la sûreté de son jugement. « Il lui en coûtait tous les ans 3oo livres pour se faire tous les ans une centaine d'ennemis. » Il divisait son travail en quatre parties : grâces ecclésiastiques, bienfaits militaires, bienfaits pour la Robe, bienfaits pour la Marine et il offrait ce petit volume à Louis XIV pour ses étrennes.

Le i6 février 1682, il entra à l'Académie, succédant à l'abbé Gotin. Il fut, dit Voltaire, un excellent

Cardinal de Bausset. Histoire de Bossuet.

académicien, publia des écrits sur la grammaire, sur les Voyelles, sur les Consonnes^ un Catalogue raisonné des sons delalangue^ V Examen de Vortho^ graphe^ etc. Son ouvi^age principal a pour titre : Entretiens sur la Religion, C'est à propos de ce livre qu'il dit un jour, parlant d'un récent converti : a A peine ai-je prouvé à cet étourdi l'existence de Dieu, que je l'ai vu tout prêt à croire au baptême des cloches^ ! ».

Abbé de Fontaine-Daniel, dans le diocèse du Mans, et camérier d'honneur du Pape, il mourut le i^*" janvier 1727, âgé de quatre-vingts ans. Il mourut au milieu de la société choisie qu'il recevait chez lui et qui était une sorte de petite Académie, comme nous l'avons vu faire à M^'" Godeau et à l'abbé de Boisrobert. Ainsi il s'éteignit « dans le sein des Lettres et pour ainsi dire au lit d'honneur, pleuré de tous ceux qui l'environnaient" ». C'était d'ailleurs un bon ami, homme commnunicatif et serviable et dont « l'indifférence pour les biens et les honneurs est la seule raison qui l'a éloigné des principales dignités de l'Église'*».

Le duc de Saint-Aignan étant mort en 1687,

* Il publia aussi un Jeu historique des rois de France^ à l'usage des enfants, qui se joue comme le jeu de l'oie.

' Cf. NicÉRON. Mémoires pour servir à C histoire des hommes illustres.

' D'Alembert. Histoire des membres de T Académie française.

jetant, selon l'expression de l'abbé d'Olivet, « un deuil universel sur le Parnasse », les académiciens lui donnèrent pour successeur l'abbé de Ghoisy. Ce type parfait de Tabbé de cour, alors fort répandu, était né à Paris en 1644 ^1 appartenait à une famille de robe. Sa mère, l'arrière petite-fille du chancelier de l'Hôpital, était une femme spirituelle et légère qui avait joué un rôle dans les précieuses de l'époque : il reçut d'elle une éducation efféminée et elle aimait, dit-on, à l'habiller en fille, à cause de sa gentillesse et de son charmant visage. Funeste influence d'une habitude d'enfance ! l'abbé revint souvent dans la suite à ce costume plus que suspect pour lui et ne le quittait, nous apprend-il lui-même, que lorsque de trop grandes pertes d'argent l'empêchaient de faire face aux dépenses qu'il lui occasionnait^ On sera peu surpris d'apprendre que cela donna lieu à des scandales ; l'un de ceux-ci fut même suivi d'une verte réprimande de Louis XIV.

Aussi ce prédécesseur du chevalier d'Eon s'en fut-il à Rome où, pour changer de manière, il

* Mémoires manuscrits (Bibliothèque de l'Arsenal, 3 1 88-36 1 A, F.). On trouve dans cet écrit de curieux détails sur la jeunesse de l'abbé de Choisy. Un jour par exemple il alla voir M. le curé « qui loua fort sa robe ». Un dimanche on le pria de présenter le pain bénit. « Je fis la chose avec magnificence », nous dit-il. Il alla même un autre jour chez le cardinal de Noailles qui « après l'avoir bien examiné » loua fort sa charité et dit ensuite qu'il l'avait vu habillé a fort modestement et qu'il était content », mais qu'il avait oublié de le remercier de toutes les charités qu'il faisait dans la paroisse. « Au moins, lui dit-il, si vous êtes coquette, vous êtes modeste. L'un passera pour l'autre. »

ia4 LE CLERGE A L ACADEMIE

s'adonna sans retenue au jeu. Là, il fut néanmoins remarqué par le cardinal de Bouillon qui le prit comme conclaviste lors de l'élection d'Innocent XI. Cette circonstance, et surtout une grave maladie qu'il fit ensuite, et où il entendit les médecins lui donner deux heures à vivre, décidèrent sa conversion. L'abbé revint à Paris, fréquenta la cour, devint même un parfait courtisan et se donna tout entier aux lettres. Il écrivit des Dialogues sur des sujets religieux, ce qui acheva de le faire rentrer en grâce et lui rendit l'estime de tous. Il fut alors envoyé au Siam pour accompagner l'ambassadeur M. de Ghaumont. Chose bizarre : c'est dans ce pays qu'il fut ordonné prêtre et il dit sa première messe sur le bateau qui le ramena en France.

Réinstallé à Paris, il écrivit beaucoup, et ses ouvrages furent très prisés, notamment les Histoires de piété et de morale édifiantes. Engagé par les succès qu'il rencontrait dans cette voie, et trouvant trop austère l'histoire ecclésiastique de Fleury, il écrivit, sur le conseil de Bossuet, une Histoire de l'Église en quatre volumes \ L'évêque de Meaux avait jugé en effet qu'une imagination aussi vive et aussi légère avait besoin d'être fixée par une occupation forte et grave, et « si le travail

* C'est après avoir écrit cet ouvrage qu'il aurait dit : « A présent que j'ai achevé l'histoire de l'Église, je vais me mettre à l'étudier! » 11 était difficile que la frivolité française se refusât le jeu de mots que lui offraient les noms de Choisy et de Fleury en ces deux Histoires dont l'une est si grave et l'autre si légère. « On disait donc que l'abbé Fleury était choisi dans son ouvrage et que l'abbé de Choisy était fleuri dans le sien. »

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de Fabbé de Ghoisy ne devait pas être très utile au public, il suffisait qu'il le devînt à lui-même * ». Le principal mérite de ses œuvres, a dit un critique, est l'agrément, la vivacité de la narration. « Pas de profondeur ni trop d'exactitude. » On doit néanmoins lui reconnaître une louable franchise. Le duc de Bourgogne lui ayant demandé un jour comment il ferait pour dire que Charles VI était fou : « Monseigneur, répondit-il, je dirai qu'il était fou. »

Cependant son Histoire de l'Église avait décidé l'Académie à l'agréer au nombre de ses membres : ce fut lui qui prononça, en séance publique, l'éloge de Bossuet en recevant à son tour le cardinal de Polignac^. Plus tard il fit un recueil pour le Dictionnaire, mais l'Académie n'en permit pas l'impression (( parce qu'il l'avait écrit de ce style gai, libre, dont il a écrit son Voyage de Siam ». Bien loin qu'en cela il fût à blâmer, ajoute Tabbé d'Olivet, « la plupart des lecteurs lui auraient su gré, si je ne me trompe, d'avoir corrigé par un peu de badinage la sécheresse des questions grammaticales ». L'abbé de Choisy justifia au moins toujours cet

* Cardinal de Bausset. Histoire de Bossuet.

* On voit qu'il était dès lors tout à fait rangé ; aussi ne doit-on accepter que sous bénéfice d'inventaire l'anecdote suivante que tous ses biographes cependant ont recueillie comme exacte. Passant un jour devant une terre que ses désordres l'avaient autrefois obligé à vendre, comme il se montrait rêveur et triste, un ami qui l'accompagnait crut devoir le consoler et le féliciter de sa conversion. Mais l'abbé reprit : « Ah ! je voudrais bien avoir cette tei're, pour pouvoir la manger encore ! »

lie LE CLERGÉ A l'aCADÉMIE

éloge que lui adresse d'Alembert et qui, rarement mérité, n'en revêt que plus d'importance : « Si l'abbé de Ghoisy n'était pas savant, il était au moins très éloigné de vouloir le paraître. »

Les dernières années de l'abbé-académicien se passèrent dans l'étude, le calme, les sociétés choisies, les occupations édifiantes. Sa vie avait été trop peu sévère pour qu'il pût ni désirer ni espérer les dignités de l'Église, que lui réservaient d'ailleurs ses talents, son esprit, ses relations, son milieu. Il s'en consola, non pas seulement avec philosophie, selon le sens qu'on accorde à ce mot, mais avec une sagesse véritablement chrétienne et dit dans ses Mémoires : « Dieu ne l'a pas permis. Je me serais perdu dans les grandes places : et d'ailleurs à la mort j'aurais eu un plus grand compte à rendre; je n'aurai à répondre que de moi ! » Il mourut en 1720.

Jean Testu de Mauroy, qui était né à Paris en 1626, fut instituteur des filles de Monsieur, frère de Louis XIV. « Il s'acquitta sans doute de cet emploi, dit d'Alembert, d'une manière très agréable aux princesses et à leur père, car, une place d'académicien étant venue à vaquer, et (ce qu'il ne faut oublier de dire) une place que Fontenelle sollicitait. Monsieur la demanda et l'obtint pour l'abbé de Mauroy. » Il succédait au président de Mesmes.

On peut croire qu'il ne s'illusionna pas d'ailleurs sur ses mérites, puisqu'après avoir commencé avec emphase son discours de réception en disant : « Voici le jour heureux où il m'est permis d'entrer dans le temple de Minerve, de participer aux mystères des Muses et de me voir dans le sanctuaire de l'Eloquence!... » il ajouta: « Que cet honneur doive s'attribuer purement à votre grâce, Messieurs, et non pas à mon mérite, ce sera toujours le sentiment de ceux qui sçauront connoistre la grandeur de vostre bienfait et celle de mes deffauts^ »

Malgré l'honneur dont il était revêtu, il n'échappa pas aux traits de Boileau qui ne l'épargna pas dans sa YP satire. Mais « ne voulant pas se brouiller avec les Princes, celui-ci substitua ensuite le nom duPradon à celui de Mauroy ».

On comprend par là que l'abbé Testu de Mauroy faisait des vers, selon Tusage du temps. On ne connaît d'ailleurs à peu près rien de lui et il mourut fort vieux à Paris, la même année que son spirituel confrère l'abbé Têtu.

Il était protonotaire du Saint-Siège (sic) et prieur de Dammartin^.

* Il s'effraye plus loin d'être environné « du génie du grand Armand et du sage Séguier, ces deux personnages presque divins ». M. Dancour lui répondit : « Plus l'Académie française regrette feu M. de Mesmes, plus aussi elle marque la considération qu'elle a pour vous en vous recevant à la place d'une personne qui lui était si chère... Il m'est impossible d'exprimer les sentiments extraordinaires que l'Académie a conçus pour vous. »

* Archives du secrétaire perpétuel de V Académie française»

Fils du premier médecin de Madame la Dauphine et petit-fils du fondateur de la presse périodique, Eusèbe Renaudot naquit à Paris en 1646. Il était Tainé d'une famille de quatorze enfants. De bonne heure il se livra sans contrainte au travail, s'engagea dans l'état ecclésiastique et à Tétude de ia théologie joignit celles des langues orientales qui devaient lui être utiles pour rechercher les origines de l'histoire de l'Eglise. Il traduisit d'abord les attestations des Églises d'Orient pour l'ouvrage que préparait Arnaud sur la Perpétuité de la Foi et l'Eucharistie, puis écrivit bientôt lui-même, pour répondre aux ouvrages d'un prêtre apostat hollandais, la Deffense de la Perpétuité de la Foy,

La place que son père occupait à la cour lui donna d'illustres protecteurs , et comme ses premiers travaux l'avaient déjà fait connaître, Louis XIV permit plusieurs fois à ses ministres de lire dans son conseil des mémoires rédigés par le savant abbé^ Dès 1689 l'Académie française l'admit parmi ses membres à la suite de son Panégyrique de Louis XIV ^ et deux ans plus tard il succéda à Quinault à TAcadémie des Inscriptions, ce qui était sa vraie place, car on lui doit surtout des ouvrages d'érudition ^

' De Boze. Éloge de M. l'abbe Renaudot (Histoire de l'Académie royale des Inscriptions).

Charpentier, le recevant à l'Académie française, lui dit: «Vous avez

Un mémoire qu'il fit sur les Affaires de Rome attira sur lui l'attention du cardinal de Noailles, qui le choisit pour être son conclaviste après la mort d'Innocent XIII. On était alors en 1700. S'étant attiré les bonnes grâces du nouveau pape, Clément XI, l'abbé Renaudot reçut de ce pontife le prieuré de Frossay, en Bretagne. Lors de son retour, il fut reçu avec honneurs à Florence par le grand duc de Toscane, et l'Académie de la Grusca lui décerna le titre d'associé.

Il avait reçu de la Providence le don des langues, écrivit une histoire en latin sur Les Patriarches d'Alexandrie et, également en latin, un Recueil des liturgies orientales , « recueil le plus complet que Ton possède sur l'histoire ecclésiastique de l'Egypte et de la nation copte* », traduisit de l'arabe des Anciennes relations des Indes et de la Chine^ de deux voyageurs mahométans qui y allèrent dans le IX^ siècle et composa d'autres savants ouvrages. Il jouit d'une grande réputation : Bossuet, Colbert, le prince de Gondé, les princes de Gonti avaient pour lui la plus haute estime ^.

Il était d'une grande austérité de mœurs, d'une grande piété et se retirait tous les samedis à l'abbaye

donné un second au panégyi'ique de Pline qui n'en avait point eu encore, soit pour l'étendue, soit pour la splendeur du discours... G*est cette pièce d'éloquence si universellement estimée... qui vous a fait, s'il faut ainsi dire, recevoir académicien par acclamation. »

* MicHAUD. Biographie universelle. Bossuet qualifiait plaisamment Renaudot un rabbin (Cf. A. Floquet. Études sur la vie de Bossuet).

* Boileau a dédié à l'abbé Renaudot son Epître sur l'Amour de Dieu.

i3o LE CLERGE A L ACADEMIE

de Saint-Germain-des-Prés, où il avait un appartement et où il assistait aux offices de nuit avec les religieux. C'est à cette abbaye qu'il laissa, lorsqu'il mourut (i" septembre 1720), sa remarquable bibliothèque de huit mille volumes et sa précieuse collection de manuscrits orientaux.

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