‹ Le clergé à l'AcadémieChapitre 23 sur 30 · LES ABBÉS VILLAR ET SICARD · texte numérisé non relu

LES ABBÉS VILLAR ET SICARD

L'Académie était une aristocratie intellectuelle ; elle réunissait des hommes distingués dont l'esprit planait bien haut au-dessus des aspirations ambiantes : elle ne pouvait trouver grâce devant les hommes de la Révolution. Par un décret du 8 août 1793, la Convention la supprima*. Déjà d'ailleurs avant ce temps elle se trouvait fort désorganisée ; depuis l'élection de l'abbé Barthélémy (1789), on avait cessé d'y remplacer les membres morts ; l'émigration contribuait aussi à créer des vides dans la Compagnie et, lors de sa dernière réunion, cinq membres seulement étaient présents.

Deux ans plus tard, la Convention sembla re-

* En prévision de cette mesure imminente, une dernière réunion avait été tenue le 5 août, à la fin de laquelle les rares académiciens présents avaient confié à Morellet, qui faisait fonctions de secrétaire perpétuel en remplacement de Marmontel, le soin de mettre en lieu sûr les Archives de l'Académie.

3ao LE CLERGÉ A l'aCADKMIE

gretter le coup porté par la Révolution aux sciences et aux lettres ; elle décida la création de Flnstitut \ dont la troisième classe, dite de Littérature et Beaux-Arts^ plus tard modifiée par un décret du premier consul et appelée Classe de la Langue et de la Littérature françaises^ constituait à peu près la restauration de Tancienne Académie dont elle comprit la plupart des membres survivants, et « ces noms, surnageant comme des épaves épargnées par la violence des mauvais jours, établissent, pour ainsi dire, la continuité de l'institution^ ». Nous n'y voyons cependant revenir aucun académicien ecclésiastique, car Boisgelin et Maury avaient émigré, Roquelaure etLoméniede Brienne étaient en prison, les cardinaux de Rohan et de Bernis, ce dernier mort d'ailleurs dès 1795, se trouvaient retenus hors de France. Tous, d'ailleurs, ils rappelaient l'ancien régime et ne représentaient plus aucune des idées, aucune des tendances du jour. En revanche, deux prêtres furent élus sous ce régime, bien différents l'un de Tautre, et montrant pourtant l'un et l'autre les nouvelles façons de concevoir les choses qui hantaient alors les esprits.

Avant de les étudier, une chose mérite d'être

* « L'Institut est une des créations les plus glorieuses de la Révolution. » E. Renan. VInstitut.

' G. DE LA. JoNQUiJÎRE. L'armée à VAcadémie. « Il faut le dire à l'honneur des lettres, cette incomparable école de sentiments généreux et doux, l'Académie française n'eut pas la douleur de compter un seul de ses membres dans le parti des bourreaux! (Paul Mesnard, Histoire de VAcadémie.)

3ai

signalée ici. Ils vécurent Tun et l'autre sous Napoléon, et c'est sous Napoléon que l'Institut prit possession du Collège des Quatre-Nations qu'avait fondé Mazarin en 1661. L'architecte Vaudoyer en métamorphosa la chapelle et la rendit propre à sa nouvelle destination. Les séances solennelles se tinrent désormais sous sa coupole, et c'est de ce jour que naquit l'expression siéger sous la coupole qui s'applique tout d'abord aux deux prêtres dont il va être ici question.

Le premier, qui se nommait Gabriel-Luce Villar, naquit à Toulouse en décembre 1748. Son père était chirurgien. Il plaça l'enfant chez les Pères de la Doctrine chrétienne pour y faire ses études, et, comme il arrive quelquefois, le jeune élève s'engagea ensuite dans la congrégation de ses maîtres. Après qu'il y eut professé quelques années, on le fit supérieur du collège de La Flèche en remplacement du P. Gorbin qui avait été choisi pour être sous-précepteur de Louis XVI.

Villar adopta peu à peu les principes de la Révolution, quoique d'une façon conforme à sa timidité naturelle, ce qui le fit nommer, en 1791, évêque constitutionnel de la Mayenne \ La nouvelle de sa

* On sait que les prêtres et les évoques appelés constitutionnels étaient ceux qui avaient adhéré à la constitution civile du clergé décrétée en 1790 par l'Assemblée constituante, M. Thiers nous a

3ai LE CLERGE A L ACADEMIE

nomination l'ut accueillie avec joie par les Doctrinaires et les habitants de La Flèche \ Il eut le tort d'accepter cette charge qui, le rendant suspect aux gens de bien, le faisait condamner par l'Eglise, sans lui épargner pour cela l'hostilité que réserve toujours la foule au clergé dans les jours de soulèvement populaire. C'est ainsi qu'il fut, à plusieurs reprises, insulté par les gens du peuple quand il sortait dans les rues de Laval.

Mais les sentiments de piété sincère qui ranimaient se manifestent dans la lettre qu'il écrivit au Pape pour lui faire part de son acceptation : « ... L'Assemblée du département de la Mayenne, dit-il, ... a jeté sur moi un regard de bienveillance. Mon cœur s'y est d'abord refusé. Je l'ai sondé de près, et m'étant convaincu que la voix du peuple était, comme on le dit ordinairement, la voix de Dieu, je me suis rendu au vœu des électeurs. Mon but unique était de consacrer, avec le secours d'enhaut, au bien de la chose publique, la médiocrité de mes forces unies à mon zèle pour la Religion ^. »

En 1792, Villar fut élu comme député de la Mayenne à la Convention. Il parut rarement à la tribune et, au moment du procès de Louis XVI,

appris que « le premier consul estimait peu les évêques constitutionnels )j, et Pie VI déclarait leurs actes de juridiction illégitimes, sacrilèges et de nul effet. (Bref du 10 mars 1791.)

* Quernau-Lamerie . Les conventionnels du département de la Mayenne.

* Mémoires ecclésiastiques concernant la fille de Laval et ses enct-^ rons pendant la Révolution.

Page 1