‹ Le clergé à l'AcadémieChapitre 26 sur 30 · CHAPITRE XIX L'ÉVÊQUE D'ORLÉANS. - LE PÈRE LACORDAIRE · texte numérisé non relu

CHAPITRE XIX L'ÉVÊQUE D'ORLÉANS. - LE PÈRE LACORDAIRE

M. de Salvandy, recevant M^"" Dupanloup à TAcadémie française, lui adressait ces mots charmants : « Nous n'avons pas restitué la Savoie tout entière en i8i5, puisque nous vous avons gardé ». Et une telle phrase marque bien toute la considération, la déférence, l'estime dont jouissait le prélat parmi les hommes éclairés de son temps. Un académicien a écrit qu'il avait été « aussi peu évêque d'Orléans que possible » ; mais M. de Falloux, qui le connaissait mieux, a dit au contraire qu'il s'appellerait dans l'histoire Vévêque d'Orléans. C'est pourquoi nous lui avons conservé ce titre : il lui appartient bien, car, si la vie de M^' Dupanloup a été mêlée à des luttes retentissantes, si son activité s'est exercée parfois sur le terrain politique, c'est toujours l'Église qu'il défend ; c'est son chef qu'il exalte ; ce sont ses ennemis qu'il combat. Ecrivain, orateur, député, polémiste, ardent soutien des uns, adversaire irréductible des autres, il reste bien toujours le pontife vigilant et zélé, il

est avant tout prêtre et évêque. Ce serait mal le comprendre et mal le connaître que de chercher à l'envisager sous un autre aspect.

Né le 3 janvier 1802 dans les âpres montagnes de la Savoie, Félix-Antoine-Philibert Dupanloup, après avoir fait brillamment ses études au petit séminaire de Saint-Nicolas-du-Ghardonnet, dont il devait plus tard devenir le supérieur, entra à Saint-Sulpice*. Il s'y distingua par sa piété et ses talents. Chaque année, il allait passer ses vacances chez l'abbé de Rohan, le futur cardinal de Besançon, dans ce beau château de La Roche-Guyon dont Lamartine, qui en était souvent l'hôte, a écrit :

Ici viennent mourir les derniers bruits du monde : Nautonnier sans étoile, abordez, c'est le port!

Déjà, avant d'être prêtre, il fut chargé d'un catéchisme à Saint-Sulpice et, après son ordination, il eut la même charge à l'Assomption, puis devint

* Le père du jeune Féb'x était un gentilhomme de grande maison. C'est à cela qu'on attribue le fait singulier et contraire à l'usage reçu, qu'une fois évêque, Msr Dupanloup ne porta jamais d'armoiries et se contenta d'un sceau dans lequel on le voyait à genoux au pied d'une croix et en face de saint Aignan, premier évêque d'Orléans, Il aurait dit à ce propos : « Puisque je ne puis pas porter celles auxquelles j'aurais droit, je ne porterai pas d'armes. » C'est à cette naissance que Ms"" Dupanloup dut la protection des Rohan-Chabot et des Gontaut-Borghèse qui s'occupèrent de son éducation et lui obtinrent, tout jeune prêtre, la place très enviée de catéchiste des Enfants de France. M. le duc de Bordeaux et Mademoiselle.

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successivement vicaire à la Madeleine, catéchiste des enfants de France et des princes d'Orléans, aumônier de la duchesse d'Angouléme, premier vicaire à Saint-Roch et supérieur de Saint-Nicolasdu-Chardonnet. Orateur profond, panégyriste magnifique, il fut surtout apôtre et « convertisseur », et ce fut lui qui eut l'émotion et la joie de confesser à sa dernière heure le prince de Talleyrand.

Il nous a raconté lui-même, dans des pages toutes vibrantes de zèle et d'amour pour les âmes, ce mémorable épisode qui marque une date dans sa carrière. Nous savons ainsi la délicatesse, la mesure, la prudence qu'il apporta dans ses conversations avec le prince ; l'inspiration suprême qu'il eut de faire venir auprès du mourant, à six heures du matin, sa jeune nièce toute vêtue de blanc, car elle devait faire, ce jour-là même, sa première communion ; nous savons comment Talleyrand signa, quelques heures avant sa mort, sa rétractation solennelle, et comment, pour lui donner plus de force et d'autorité, il la data, par un prodige de volonté calme et d'à-propos, du jour où il avait prononcé, deux mois plus tôt, son remarquable discours à l'Académie des sciences morales et politiques*.

* Voir l'abbé La.grange, Vie de Monseigneur Dupanloup . Pour répondre ù la phrase perfide de Renan, disant que cette conversion était « une oeuvre de tact mondain où il fallait savoir duper à la fois le monde et le ciel », nous citerons les paroles, le cri par lesquels l'abbé Dupanloup terminait son récit : « Dieu voit le secret des cœurs; mais je

Bientôt après cet événement, l'abbé Dupanloup fut nommé vicaire général de Paris, professeur d'éloquence sacrée à la Sorbonne, chanoine de Notre-Dame. Sur ces entrefaites, le roi de Sardaigne, qui regrettait la perte d'un tel sujet pour son pays, lui fit offrir par son ambassadeur un évèché dans ses États. Mais l'abbé Dupanloup refusa de s'éloigner de Paris où « des liens de Providence » l'attachaient.

Lorsque le prince Louis-Napoléon offrit le ministère à M. de Falloux, Dupanloup fit les plus grands efforts pour vaincre les répugnances de celui-ci et réussit à emporter son acceptation : il comprenait que ce ministère assurait la liberté d'enseignement et le rétablissement de la souveraineté pontificale à Rome. Quelques mois plus tard, M. de Falloux devait à son tour triompher de la résistance de l'abbé Dupanloup et lui faire accepter l'évêché d'Orléans. Aussi a-t-il pu écrire plus tard cette jolie phrase : « Il m'a fait ministre malgré moi ; je Tai fait évoque malgré lui^ »

Mais, avant d'être élevé à l'épiscopat, l'abbé Dupanloup prit la part la plus active à la préparation de la loi sur la liberté d'enseignement : avec IMontalembert, M. Thiers et Falloux, il en est réellement Fauteur et mérite comme eux la recon-

lui demande de donner à ceux qui ont cru pouvoir douter de la sincérité de M. de Talleyrand, je demande pour eux, à l'heure de la mort, les sentiments que j'ai vus chez M. de Talleyrand mourant et dont le souvenir ne s'effacera jamais de ma mémoire. » * Mémoires d'un royaliste.

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