L EVEQUE D ORLEANS
naissance de la postérité pour cette grande œuvre de pacification religieuse que le P. Lacordaire a comparée à FÉdit de Nantes \
On ne dira rien ici de Tépiscopat de M^*^ Dupanloup. Chacun sait d'ailleurs parfaitement quel éclat jeta sur son siège le vaillant évêque : on connaît ses écrits retentissants contre l'athéisme et en faveur de toutes les bonnes causes ; son culte pour Jeanne d'Arc ; ses admirables discours ; ses luttes pour la souveraineté pontificale ; son action au Concile et son adhésion formelle aussitôt que le dogme fut proclamé. Aussi bien, ce que cherchent les lecteurs de ce livre, c'est M^"" Dupanloup académicien.
Le 20 avril i854, sur les instances du duc de Noailles, l'évêque d'Orléans posait sa candidature au fauteuil laissé vacant par M. Tissot ; le i8 mai, il était élu ; le 9 novembre, il était reçu et prononçait un admirable discours sur l'alliance de la Religion et des lettres. « La lumière est à nous, s'écriat-il, tous les siècles nous la doivent et nous l'envoient, et voilà pourquoi je ne Toutrage nulle part; je la recherche, je l'aime, je la célèbre partout où je la découvre ; je la recueille avec amour, ne fût-ce qu'une étincelle, une flamme égarée... Je suis le disciple d'un maître qui ne veut pas qu'on éteigne le flambeau qui fume encore ». Et
^ Cf. H. DE Lagombe. Les débais de la commission de 1849. — M. Thiers a écrit que l'avortement de celte loi eût été « un des grands malheui's du temps » [Lettre à V abbé Dupanloup).
arrivant plus loin à parler de M. Tissot, don tant de choses le séparaient, il dit ces paroles qui soulevèrent d'unanimes applaudissements : « J'ai fait avec lui ce que je fais avec toute âme qu'il plaît à Dieu de placer sur ma route : ce que je cherche d*abord, ce n'est pas ce qui sépare, mais ce qui rapproche ; ce n'est pas la querelle c'estl'accord ; ce sont les points de départ communs; puis j'aime alors à marcher de concert à la con quête d'un accord plus parfait dans la vérité \ »
Quelques années après, M^"" Dupanloup avait à combattre la candidature de Littré, non à cause de ^ l'homme « qui était honorable », mais à cause de ses doctrines. Il prévoyait que cette élection entraînerait celles de Renan et de Taine. Il multiplia les visites, les discussions, les lettres, toutes les manifestations de la plus prodigieuse activité. En fin de compte, l'athéisme n'entra pas à l'Académie : Tévêque d'Orléans, ce jour-là, lui barra le passage ^. ^
* La réponse de M. de Salvandy « égala, si elle ne le surpassa » le discours de l'évoque (Cf. abbé Lagrange. Vie de Monseigneur Dupanloup). « Vous avez été pendant vingt-cinq ans, lui dit-il, un corps enseignant à vous seul... L'enfance a été le premier amour de votre vie et en sera le dernier. »
* L'abbé Lagrange. Op. cit. Il nous faut citer ici quelques passages de la belle lettre que l'évéque d'Orléans écrivait à M. Littré au sortir de cette séance : « Monsieur, si vous me rendez justice, vous croirez à la sincérité du sentiment qui me porte à vous écrire. Je n'ai pas voulu que cette journée prît fin sans que je vous eusse exprimé quelle
tristesse il m'en reste et quels sentiments partagent mon âme Je
suis triste, monsieur, en pensant à vous, en me disant qu'il m'a fallu combattre un homme dont les qualités méritent mon hommage, blesser un homme que je voudrais toucher, augmenter l'affliction de