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CONCLUSION

De ce qui précède faut-il conclure que le clergé canadien ne mérite plus notre estime, notre respect et notre dévouement et qu'on doive nier la valeur de ses services et la grandeur de sa mission dans notre pays ?

Non. Ce serait une conclusion injuste illogique et fatale à la société.

S'en suit-il que la religion elle-même doit porter la responsabilité des abus commis par ses ministres ?

Non, mille fois non.

L'Eglise catholique n'est pas plus responsable des erreurs et des fautes de ses ministres, que son divin fondateur Jésus- Christ ne l’est de la trahison de Judas et de la faiblesse de Saint-Pierre. Le Christ a voulu, il semble, À l'origine même de son église, indiquer clairement que ses ministres seraient des hommes sujets aux passions et aux erreurs humaines.

Les exagérations politiques des membres

du clergé ne justifient pas plus un homme de rejeter les enseignements de l'Eglise que leurs mauvaises actions ne l’excusent de violer les lois de la morale.

Le mérite d'un vrai chrétien est d’être assez sage pour distinguer entre le principe et l'abus, assez fort pour ne pas confondre le prêtre et la religion.

Malheureusement ils ne sont pas nombreux ceux qui peuvent ou veulent faire ces distinctions.

Si les chefs de l'Eglise entendaient les propos et les commentaires auxquels ces abus donnent lieu, s'ils savaient ce que de bons catholiques, des pères de famille irréprochables répètent librement, ils seraient effrayés. Malheureusement, la vérité leur arrive péniblement à travers les fumées de l'encens qui les enveloppe ; ie respect et la crainte de leur déplaire ou de leur faire de la peine ferment trop souvent la bouche des hommes de bien quiles entourent. Trop souvent aussi l'intrigue et l'esprit de parti abusent de leur bonne foi et leur font considérer comme des catholiques suspects, des

hommes de bien que la crainte d'être importuns éloigne d'eux.

Plus certains hommes sont compromis, plus ils veulent être libres dans leurs actions privées ou publiques, plus ils cherchent à se racheter par la chaleur des déclarations, la ferveur des effusions et la sévérité des principes.

Il faut du courage pour s'exposer à nuire à sa réputation et à déplaire à des hommes qu'on aime et respecte en leur disant des vérités toujours plus ou moins désagréables, en leur donnant des conseils ennuyeux.

Pourtant, c’est un devoir d’avertir ses amis du danger qui les menace, de leur montrer s'élevant à l'horizon les nuages précurseurs de la tempête.

C'est en leur cachant la vérité qu'on perd les grands du monde et de l'Eglise, en les laissant dormir dans une fausse sécurité,

Or le danger qui menace l'influence du clergé et de la religion elle-même est grand, sérieux, incontestable.

L'histoire se répète éternellement, parceque les hommes sont toujours les mêmes,

susceptibles des mêmes sentiments, sujets aux mêmes influences, aux mêmes réactions.

Malgré tout, je n’en persiste pas moins à dire que le clergé est de tous nos corps publics, le plus moral, le plus sobre, le plus désintéressé, le plus charitable, le plus digne de confiance er de respect, le plus religieux, le mieux constitué pour faire le bien sur la terre, que la perte de son influence serait un malheur pour la religion, la nationalité et le salut des âmes.

Il doit conserver son influence non-seulement pour le salut des âmes, dans l'intérêt de la religion et de la morale, les biens suprêmes de l'humanité, mais encore pour l'honneur et la conservation de notre nationalité. La scène où il peut exercer son zèle et son dévouement est assez vaste, assez belle, pour qu'il laisse aux hommes du monde le champ poudreux de la politique.

Cela veut-il dire que le clergé ne doit Jamais s'occuper de politique, pour ne pas s'exposer à créer des mécontentements ?

D'abord personne ne refuse au prêtre le droit de voter, de parler et d'agir comme

citoyen, et même beaucoup voudraient que le clergé fût représenté dans nos parlements. Il. :xercerait une influence salutaire et y acquerrait une expérience précieuse qui l'empêcherait de commettre, de bonne foi, des erreurs et des injustice:

Personne ne nie aux autorités religieuses le droit d'élever la voix, dans certains cas, Pour condamner des Principes faux et funestes à la religion et à la société. Mais ce qu'on refuse au clergé, c'est le droit de chasser de l'Eglise des hommes qui veulent exercer librement leurs droits de citoyens et remplir leurs devoirs de catholiques et de patriotes suivant leur Jugement et leur Conscience, et se croient plus en état que les membres du clergé de choisir le meilleur mode de faire triompher un grand principe religieux et national et de juger de l'effet et de la portée d’une loi,

On demande que lorsque les autorités ecclésiastiques interviendront, elles soient unies, que l’enseignement soit le même partout, que cette intervention soit faite suivant

toutes les règles de la sagesse et de la charité.

J'ai dit qu'on ferait difficilement accepter et respecter en Amérique une religion interprétée par des hommes qui en feraient un épouvantail pour la liberté, le progrès et la civilisation.

J'ajoute que la charité et la science sont plus que jamais nécessaires à ceux qui sont chargés d'enseigner aux hommes les vérités religieuses. À une époque de progrès, de liberté, d'indépendance et de raisonnement comme la nôtre, l'ignorance et la violence ne peuvent produire rien de bon.

Avec la violence on fait des protestants :

preuve le schisme déplorable de Maskinongé, dans le diocèse des Trois-Rivières.

J'invite tous ceux qui, dans notre pays, prêtres ou laïques sont toujours prêts à lancer les foudres de l'Eglise contre leurs adversaires, à méditer les reproches que le Grand Newman adressait aux catholiques d'Angleterre à propos de Gladstone.

‘“ Je regrette profondément d’être forcé de

‘“ déclarer que les catholiques doivent se

SA MISSION, SON ŒUVRE. 119 TEE D nt TT €

“ reprocher d’avoir enlevé à leur religion les “ sympathies d'un esprit si religieux. I] y en ‘a parmi nous, avouons-le, qui depuis plu- ‘sieurs années se sont conduits comme s'ils “ n'attachaient aucune responsabilité à leur “ langage violent et à leurs actes irréflé- OMS En er et qui après avoir mis le feu À “la maison laissent À d'autres le soin de ‘Fétéindre, 5..."

On aurait bien Je droit de faire la même remontrance aux catholiques du Canada, de leur reprocher d'avoir agi et parlé de manière à éloigner de l'Église un homme heureusement trop sage, trop juste Pour subir les influences de la rancune. Maïs combien d’autres depuis 1848 n'ont pas eu la même énergie, la même patience !

Combien de protestants ont eu peur de se rapprocher d'une religion si mal interprétée et combien de catholiques s'en sont plus où moins éloignés par dépit.

À quoi Léon XIII doit-il la grande influence qu'il exerce dans le monde entier ?

À sa science et à sa bienveillance, à son respect de toutes les convictions religieuses et politiques, à la libéralité de ses idées, à

son intelligence des besoins et des exigences des hommes de son temps.

Le clergé n'a qu'à imiter l'exemple de son illustre chef pour continuer de remplir dignement sa mission au Canada. Outre les questions de morale et de religion ayant rapport au salut des âmes, l'éducation, l’agriculture, la colonisation, l’industrie domestique et la tempérance offrent un champ immense au zèle, à l’activité et au patriotisme du clergé.

On lui reprochera toujours de faire trop de politique de parti, mais jamais de s’occuper trop de ces grandes questions morales et nationales.

Au contraire, plus il fera pour le développement de ces sources de grandeur et de prospérité pour notre pays, plus il sera béni par les générations futures.

Autant l’on critiquera les sermons politiques de Mer Laflèche, autant l'on fera l'éloge de la lettre qu'il vient d'écrire au sujet de l’industrie domestique et que toute la presse canadienne a publiée.

La voici :

Trois-Rivières, P.Q. 11 Août 1806.

M.S.c. STEVENSON,

Gérant et Secrétaire de Ja Compagnie d'Exposition de Montréal,

Monsieur Le Secrétaire,

‘: Je porte en effet un grand intérêt au “ développement de l'industrie domestique “ en notre pays, car Je suis convaincu que “là se trouve le principal et le plus solide “élément de sa prospérité. Une famille qui ” trouve sur sa ferme le logement, la nour- ‘riture et le vêtement, et la femme forte “ qui sait ramasser la laine et le lin et les ‘“ mettre en œuvre, est le trésor de la “ maison et la plus sûre Sauvegarde de la “ Tiberté et de l'indépendance de la famille, “ En effet, plus le travail est Organisé dans “ d'immenses usines, moins le travailleur ” perçoit sur la valeur et le produit de “Son travail. Je vois donc avec plaisir “que vous comprenez ces vérités élé- “ mentaires et que vous voulez les mettre “en lumière dans votre grande exposi- “tion provinciale, Je ne manquerai pas “d'y concourir dans la mesure possible, “ comme j'ai déjà commencé à le faire ici

“pour notre exhibition régionale des T rois- « Rivières.

Je prie donc le Seigneur de couronner “ vos efforts pour cette œuvre excellente et ‘ de vous accorder un succès complet.

Votre dévoué serviteur,

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