DEPUIS LA FONDATION DU PAYS JUSQU'A
Dans aucun pays la religion catholique n'a été aussi intimement liée à l'histoire d'un peuple que dans le Canada et nulle part elle s'est manifestée d'une manière plus éclatante, par des œuvres plus admirables.
Elle a été l'âme, la puissance créatrice et motrice de notre nationalité; on la trouve au fond de toutes les pensées, de tous les sentiments, de tous les héroismes qui inspirèrent les fondateurs de ce pays, nos immortels ancêtres.
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Elle plane sur notre berceau et l'entoure d'une auréole lumineuse.
Le prêtre a été l'ami, le frère, le compagnon d'armes de nos pères, il a partagé leurs dangers, leurs joies et leurs souffrances, il a pleuré et il s’est réjoui avec eux, il les a suivis sur le champ de bataille, dans leurs courses héroiques à travers le continent américain, toujours à côté d'eux pour les encourager, les aider et les consoler, pour planter la croix où ils arboraient le drapeau de la France.
Il atout fait, tout sacrifié, tout souffert pour les aider à fonder sur les bords du Saint Laurent une nation française et catholique. Il a construit sur le roc immuable de la foi et de la vertu ces assises puissantes capables de porter les destinées d'un grand peuple. Les églises nombreuses dont les clochers brillent sur les bofds de nos fleuves, sur les sommets de nos montagnes, les maisons de charité et d'éducation, tous les asiles ouverts à l'infortune attestent son dévouement religieux et patriotique. C'est à lui qn'on doit ces familles
morales et religieuses, ces hommes de foi et de cœur, ces générations de chrétiens et de héros qui ont immortalisé l'histoire de la Nouvelle France.
Et, après, lorsque le drapeau français mouillé des larmes et du sang de nos ancêtres eût repassé les mers, entraînant à sa suite ce que les balles et les boulets avaient laissé de nobles dans le pays, lorsque le peuple canadien ne savait plus de quel coté tourner la tête pour trouver des amis, des protecteurs, le prêtre, lui, ne l'abandonna pas, il resta avec lui pour l'aider à rester français et catholique. On lui doit ces collèges, ces écoles où nos pères, les Papineau, les Bédard, les Panet, les Parent et les Bourdages acquirent les connaissances dont ils avaient besoin pour défendre par la plume et la parole dans les parlements et la presse, les droits religieux et nationaux de nos ancêtres. Ila été le guide, le protecteur d'un grand nombre de citoyens marquants, de prêtres distingués qui sans
sa charité seraient restés ignorants et ignorés.
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On a reproché à Mgr Briand et à Mer Plessis d'avoir poussé trop loin le respect de l'autorité sous le nouveau régime, d'avoir trop sacrifié au besoin d'affirmer leur loyauté au gouvernement anglais.
Mais il ne faut pas juger trop sévèrement ce qu'ils ont fait, à cette époque de luttes et de dangers, dans le but d'inspirer confiance au gouvernement et d'en obtenir des concessions.
Examinons froidement la question.
En 1776 comme en 1812 les sentiments du clergé étaient ceux dela population.
Les Canadiens-Français étaient naturellement et légitimement portés à tout taire pour ne pas tomber sous le joug de ceux qui de tout temps s'étaient montrés leurs plus mortels ennemis. Ils étaient maltraités, il est vrai, par les représentants du Bureau Colonial, mais que pouvaient ils espérer des Américains qui reprochaient à l'Angleterre de ne pas les traiter comme des esclaves.
Non, depuis l'établissement du pays jusqu'en 1837 le clergé canadien a noblement
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fait son devoir, il a mérité la confiance du peuple en rendant à Dieu ce qui est à Dieu et à César ce qui est à César, en ne séparant pas dans son cœur la cause de la religion de celle de la patrie.
Date fatale qui marque le commencement de l'intervention du clergé dans la politique et de la diminution de son prestige.
Sans doute, il faut tenir compte des motifs qui ont inspiré sa conduite et ses paroles en 1837, on doit reconnaître qu'il a cru obéir au sentiment du devoir, à la voix de sa conscience, mais on croit qu'il aurait pu agir de manière à convaincre les patriotes que si son devoir l'obligeait de les désapprouver, ses sympathies n'étaient pas avec les oppresseurs de leur pays. Malheureusement, les patriotes étaient inquiets, nerveux depuis Île banquet donné à l'évêché de Montréal, à l'occasion du sacre de Mgr Bourget. Six évêques et cent quarante prêtres assistaient à ce banquet, Mgr Lartigue avait profité de l'occasion pour conseiller au clergé de
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prêcher qu'il nest jamais permis de se révolter contre l'autorité lévitime el qu'ils ne doivent point ahsoudre quiconque enseigne que l'on peut se révolter contre le gouvernement sous lequel nous avons le bonheur de vivre,
La Minerve avait protesté, dansles termes les plus véhéments, contre les paroles de Mer Lartigue et les patriotes en général avaient dénoncé ses sympathies pour le gouvernement tyrannique sous lequel il se disait heureux de vivre.
Aussi, lorsque le 24 octobre suivant, Megr Lartigue fit lire, dans toutes les églises, du diocèse de Montréal, un mandement pour engager la population à rester tranquille, les patriotes sortirent des églises, dans un bon nombre de paroisses, et se prononcèrent énergiquement contre l'intervention du clergé.
Pourtant ce mandement était convenable sous le rapport de la forme et du fond.
Mais que dire de l'autre, de celui publié, le 8 janvier 1838 ?
C'était après St-Denis, St-Charles et St-
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Eustache. Les patriotes étaient écrasés, le feu et le fer avaient jonché le sol de ruines et de cadavres. Ceux que la mort avait épargnés encombraient les prisons, et attendaient leurs procès.
Certes, ce n'était pas le temps de les dénoncer, de les flétrir, de les dénoncer à la vengeance des bureaucrates. (C’est dans de semblables circonstances que la voix de la charité, de la miséricorde et de la consolation, doit tomber des lèvres du pasteur.
Eh bien ! voici ce fameux mandement ou au moins en voici les principales parties :
‘“ Quelle misère, Nos Très-Chers Frères, “ quelle désolation s'est répandue dans plu- “ sieurs de vos campagnes, depuis que le ‘“ fléau de la guerre civile a ravagé cet heu- “ reux et beau pays, ou régnait l'abondance ‘et la joie, avec l’ordre et la sûreté avant “ que des érigands et des rebelles eussent, à “force de sophismes et de mensonges, ‘“ égaré une partie de la population de notre ‘ Diocèse ! Que vous reste-t-il de leurs ‘ belles promesses, sinon l'incendie de vos “ maisons et de vos églises, la mort de ‘ quelques-uns de vos amis et de vos pro- “ ches, la plus extrême indigence pour un
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“ grand nombre d’entre vous ? Mais sur- “tout, pour plusieurs, la honte d’avoir for- ‘“ fait à la fidélité dûe au Souverain, laquelle “avait caractérisé de tout temps votre “pays, d'avoir méconnu la Religion Sainte, “ qui vous défendait avec tant d'énergie de “ pareils attentats ; d'avoir été sourds à la ‘“ voix de la conscience qui, malgré l’étour- ‘“ dissement des passions réclame toujours “ contre le désordre : ah ! voilà principale- ‘“ ment tout ce qui doit répandre l’amertume ‘“ dans vos âmes ; voilà ce que vous devez “ déplorer encore bien plus que la perte des “ biens matériels. Il est vrai que les temples “ de Dieu les objets les plus saints, ont été ‘“ profanés ; et vos cœurs se soulèvent avec “raison contre ces sacrilèges ; mais outre “que le plus vaillant capitaine, quelque “humain et quelque généreux qu'il soit ne “ peut toujours, dans ces occasions, maî- ‘“triser la fougue du soldat, à qui doit-on “attribuer la première cause de ces mal- ‘“heurs ? N'est-ce pas à ceux qui y ont “ plongé la province par leur propagande “ de rébellion ? N'est-ce pas à ces weneurs ‘“ de révolles, qui ont osé s'emparer eux- ‘ mêmes de la Maison de Dieu, afin de ‘s’en servir comme de fort et de redoute ‘“ pour différer le châtiment qui les menacat?
“ Mais il vous est aisé maintenant de “ distinguer vos véritables amis, les vrais “ patriotes, ceux qui vous veulent du bien, “ d'avec ceux qui ne visaient qu'à s'élever, “ à dominer dans un nouvel état chimé- “ rique, et à prendre la place de ceux qu'ils pourraient dépouiller ; car c'est, en dernière analyse, le résultat de toutes les révolutions. Que devez-vous penser aujourd’hui de votre Clergé, qui a fait tous ses efforts pour vous prémunir contre les doctrines perverses, qui a même encouru “ Ja haine de plusieurs, parce qu'il ne vous “parlait pas dans les sens des coryphées “ d'une faction, dont malheureusement quel- “ ques-uns d'entre vous étaient alors en- “ goués ? Des hommes trompeurs vous ont “ dit qu'il ne fallait pas écouter vos prêtres, “ quand ils vous parleraient de ce que, dans “ Jeur langage, ces sophisies dangereux “ appelaient purement politique ; comme si « Ja recommandation de l’obéissance envers | “tous nos supérieurs, entr'autres à l'égard | “ de ceux que la Providence a placés sur | | ‘ nous pour le gouvernement civil, ne faisait “ pas partie intégrante du dépôt sacré de la “ foi, qui nous a été confié pour en faire “ part à toutes nos ouailles, sans en omettre ‘aucun article.”
Il terminait en disant :
“Ils (les patriotes) savent les ordres que “ nous avons donnés à nos co-opérateurs “ dans le saint ministère de n'admettre aux ‘“ sacrements de l Eglise, même à l'heure de “la mort, sans une réparation préalable, “ aucun de ceux qui se sont montrés rebel- “ les et de refuser la sépulture ecclésiasti- ‘que à ceux qui mourront sans s'être ‘acquittés de cette juste réparation.
Ces paroles terribles tombèrent comme du plomb fondu sur le cœur de ces pauvres patriotes, résonnèrent à leurs oreilles comme le glas de la mort, brisèrent leurs espérances. Se faire traiter de bandits par leur pasteur, eux les meilleurs citoyens du pays, pour avoir eu trop de courage et de patriotisme, et dans un moment où ils avaient tant besoin de sympathie. C'était, avouonsle, cruel, désespérant. Disons en passant que quelques-uns de ces bandits devinrent plus tard les chefs du parti conservateur et les idoles du clergé devant lesquelles on fit un devoir au peuple de se prosterner.
Mgr Lartigue n'aurait pas dû oublier que les révoltés étaient les bureaucrates qui depuis si longtemps violaient la constitution,
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que la population était en état de légitime défense et que, après tout, la cause du peuple était celle du clergé.
Il aurait dû penser qu'il ne se trouvait pas en face d'une révolution inspirée par de mauvaises passions ou des théories antisociales, mais en présence des meilleurs citoyens du pays soulevés par un demi siècle d'oppression.
Ce n'était pas une révolution sociale ...
C'était une lutte nationale.
Si l'Eglise était obligée de lancer ses foudres contre toutes les insurrections sans distinction, elle aurait souvent failli à son devoir.
A-t-elle jamais songé à excommunier les Vendéens qui après tout luttaient contre l'autorité établie.
Et les Carlistes qui ont si souvent couvert l'Espagne de sang et de ruines ont-ils été exclus de la terre sainte. Et quand les Américains de l'état du Massachusetts arborèrent le drapeau de l'indépendance et que les catholiques de Baltimore répondant à leur appel, prirent les armes, leurs évêques
et leurs prêtres songèrent-ils à les condamner ?
Non, au contraire, plusieurs membres du clergé firent des appels ‘loquents en faveur du soulèvement populaire.
Que serait-il arrivé si les catholiques, mal conseillés par leurs prêtres, avaient déserté le drapeau des patriotes ou s'étaient abstenus ?
Ou la cause de l'indépendance aurait triomphé ou elle aurait échoué ; dans les deux cas, les catholiques des Etats-Unis auraient été humiliés et jugés indignes de la liberté.
L'Eglise catholique est trop sage, ses grands théologiens lui offrent trop de ressources pour qu'on puisse prétendre sérieusement que le clergé était obligé, pour faire son devoir, de froisser le sentiment national et populaire. Elle ne condamne pas plus que le protestantisme tous les soulèvements, toutes les résistances. Saint Thomas d'Aquin, Suarez et les plus illustres docteurs de notre temps établissent clairement qu'on peut être catholique et avoir recours à la force pour se défendre contre un gouvernement injuste et tyrannique.
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“ Dans les circonstances extrêmes, dit
Balmès, la non-résistance n'est pas une "prescription dogmatique. L'Eglise n'a ‘“ Jamais enseigné une telle doctrine; si “ quelqu'un affirme le contraire. mettez-le “ en demeure de produire une décision d'un “ concile où d'un Souverain Pontife à cet HO
Mer Ireland, l'éloquent évêque de Saint- Paul, n’a pas eu peur de s'écrier au concile de Baltimore dans une assemblée d'évêques et de prêtres Américains :
“ Lorsque le despotisme appesantit sa “ main lourde sur les privilèves d’un peuple ‘et que les protestations, les prières et les “ conseils ne réussissent pas à le fléchir, ‘ alors nous disent les théologiens, la nation ‘ plutôt que de laisser la liberté mourir à ‘ jamais peut se soulever de toute sa hau- ‘teur, et dans un suprême effort pour la “vie entonner contre le despotisme un ‘ hymne foudroyant de guerre.”
Ces paroles vibrantes ont électrisé toutes les âmes, elles ont démontré que le catholicisme bien compris est compatible avec les grandes aspirations, les mouvements généreux, l'amour de la patrie et dela li-
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Il est d'ailleurs des circonstances où l’esprit n'a pas besoin de raisonnements si subtils, lorsque le cœur parle, lorsque l'âme est sous l'empire d'une noble et généreuse passion, lorsqu'elle voit en danger de périr ce qu'elle aime, famille, patrie, liberté, religion.
Les indifférents, les sceptiques auront beau avoir recours à toutes les ressources de la casuistique et de la philosophie pour expliquer leur froideur et leur abstention, l'enthousiasme de l’humanité réduira en poussière leurs vaines arguties et donnera raison au dévouement, au sacrifice.
Exige-t-on que la mère qui voit son enfant près de périr consulte les autorités et réfléchisse pour savoir si elle doit exposer sa vie pour sauver celle de son enfant ?
Le soldat doit-il, avant de se ruer sur les ennemis de sa patrie, se demander si la guerre qu'on lui fait est juste ou injuste.
Le moins que l'on doive faire, lorsqu'on voit les siens, ses frères, ses compatriotes engagés dans une lutte noble, pour une cause religieuse ou nationale ou pour la
conquête de la liberté, c'est de les avertir si on croit qu'ils se trompent, et ensuite de se taire, de s'abstenir, mais jamais de les combattre, de fournir des armes à leurs adversaires ou de s’exposer à porter la responsabilité de leur échec.
La conduite du clergé donne à l'historien le droit de faire des suppositions accablantes.
Sans la croisade du clergé contre les patriotes, toute la population aurait, peut-être, donné dans le mouvement, le gouvernement aurait été moins sûr de triompher et plus enclin à faire des concessions, les Américains plus confiants dans le succès des patriotes, auraient moins craint de les aider et les insurgés auraient, peut-être, triomphé ou, au moins, obtenu les réformes qu'ils demandaient.
Enfin la prison, l'exil et l'échafaud n'auraient pas, peut-être, jeté dans le deuil et les larmes un si grand nombre de bonnes et respectables familles.
Une dernière question.
Suivant les théories de Mgr Lartigue et
de ses admirateurs, si les Américains eussent été catholiques en 1776, ils n’auraient pu prendre les armes pour obtenir leur indépendance !
Ce serait trop humiliant pour que ce soit vrai. [l y a heureusement aux Etats-Unis de grands évêques qui savent démontrer que les doctrines de l'Eglise catholique ne sont pas incompatibles avec les sentiments les plus nobles du cœur humain, avec les grands mouvements populaires qui honorent l’humanité et assurent souvent la grandeur d'une nation.
Malheureusement les patriotes de 1837- 1838 nont pas encore trouvé grâce auprès d'un certain nombre de membres du clergé et de leurs dangereux amis et conseillers. L'héroisme de leur mort, la jouissance des libertés que nous devons à leur dévouement ne les a pas sauvés de l'ingratitude humaine.
On a même été jusqu'à refuser l'entrée des restes de Chénier, du brave Chéñnier, dans le cimetière de la Côte des Neiges.
Vingt-cinq à trente mille hommes réunis
dans ce cimetière pour rendre hommage aux martyrs de nos libertés politiques, ont baissé la tête devant cet affront pour ne pas causer de scandale. |
Pourquoi cet affront ?
Parce que Chénier était mort, les armes à la main, en combattant contre les ennemis de sa religion et de sa nationalité, pour faire respecter les droits et les sentiments de ses compatriotes.
On dit qu'il est mort sans se reconnaître, sans faire la réparation exigée par Mgr Lartigue !
Alors déterrons et jetons à la voirie Îles restes de Charles-Ovide Perrault tué à St.
Denis, de R. Fabre, le premier oncle et le second père de Sa Grandeur l'archevêque de Montréal, de sir George Etienne Cartier et de plusieurs autres chefs patriotes qui sont morts sans faire aucune réparation, sans reconnaître qu'ils avaient eu tort de combattre pour la liberté de leur pays.
Une autre considération.
Depuis son érection le monument des victimes de 1837-1838 porte une inscrip-
tion faisant croire que les cendres de Chénier étaient ou devaient être déposées dans le caveau de ce monument. N'était-il pas aussi mal de laisser croire qu’elles y étaient que de les y mettre ?
Cette inscription acceptée et tolérée pendant quarante ans par les autorités religieuses est une condamnation de l'injure faite aux cendres de Chénier.
On devrait au moins faire disparaître l'inscription.
Que d'anomalies et de contradictions étranges dans l’histoire politique du clergé !
Parce que Chénier est mort à Saint-Eustache, sa mémoire est flétrie, ses cendres outragées ; s’il s'était fait tuer à Saint- Charles, il aurait reçu avant le combat la bénédiction du curé de cette paroisse devenu plus tard évêque de Nesqualy en Orégon.
En effet, on sait que le matin de la bataille de Saint-Charles, M. Blanchet donna sa bénédiction aux patriotes agenouillés devant l’église.
Je me contenterai de poser aux détracteurs des patriotes une dernière question.
Quel intérêt avons-nous à faire croire que pour être bon catholique il faut manquer de cœur, de courage, de virilité et souffrir toutes les injures, les avanies, les humiliations plutôt que d’avoir jamais recours à la force ?
Quel intérêt avons-nous à calomrier ainsi notre religion et notre race, à nous faire passer pour un peuple de lâches ?
Les orangistes ne nous ont-ils pas assez crié, dans le mouvement Riel, que nous n'étions pas à craindre et les faits ne leur ont-ils pas assez donné raison ?
Un peuple qu'on ne craint pas, que lon croit incapable, par principe ou autrement, de se défendre, est un peuple voué à la déchéance, à l’infériorité.