DEPUIS L'UNION JUSQU'A LA CONFÉDÉRATION
Après l'union des deux Canadas, le clergé favorisa la politique de Lafontaine et de
Morin avec modération, mais lorsque Papineau revint de l'exil et se sépara de M. La-
fontaine, lorsque le parti libéral s'organisa et que l'Avenir et le Pays firent connaître son but et son programme, les prêtres lui déclarèrent une guerre acharnée.
Ce n'est pas étonnant.
Le nouveau parti était composé, en grande partie de jeunes gens de talent dont les idées trop libérales, trop avancées, devaient nécessairement effrayer une société profondément conservatrice et religieuse.
Le souffle de liberté qui passait à travers le monde, secouant tous les pouvoirs, tous les trônes, avait pénétré sur nos rivages et agitait les esprits.
Le clergé eut peur, il se serra autour du parti conservateur et condamna énergiquement le parti libéral et ses chefs. (Ceux-ci lui répondirent sur le même ton, la lutte s'engagea et, comme dans toutes les luttes, il y eut des deux côtés des exagérations, des imprudences et des excès de langage.
L'abolition de la dîme, le vote des chefs du parti libéral en faveur des écoles mixtes, leur alliance avec George Brown, l'ennemi le plus acharné de nos institutions reli-
gieuses et nationales, les discours échevelés prononcés à l’Institut Canadien et les écrits de la presse libérale en faveur de l'abolition du pouvoir temporel du Pape et du triomphe des idées nouvelles, donnaient au clergé raison de croire qu'en détruisant le parti libéral, il sauvait la religion et la société.
La lutte était inégale.
Le parti libéral fut partout repoussé, et maleré les efforts qu'il fit plus tard pour donner autant de garanties, sous le rapport religieux, que le parti conservateur, le clergé resta son ennemi acharné.
L'alliance de Cartier avec George Brown, pour faire la confédération, n'eut pas même l'effet d'ébranler sa confiance dans le parti conservateur, et plus tard il donna son appui aux chefs des orangistes et des sociétés secrètes plutôt que de s'exposer à tomber entre les mains des libéraux.
On ne peut reprocher au clergé d’avoir voulu se protéger et défendre les grands intérêts confiés à ses soins en combattant de 1848 à 1860 le parti libéral, mais la charité aurait dû amortir ses coups et l'em-
pêcher de persister dans sa défiance, lorsque les chefs de ce parti, revenus à des idées plus saines, furent remplacés par des hommes aussi catholiques et souvent plus moraux que leurs adversaires.
Longtemps on a fait croire au peuple qu'un catholique ne pouvait combattre le parti conservateur sans être un libéral plus ou moins dangereux. Toutes les questions politiques, toutes les fautes du parti au pouvoir étaient releguées en dernier plan, il fallait tout accepter, tout souffrir, pour ne pas donner une chance aux libéraux d’arriver au pouvoir.
T ute une génération a été ostracisée pour des idées exagérées qu'on aurait pu faire disparaître sans briser l'avenir et les espérances d'hommes ‘dont les connaissances, les études et le patriotisme auraient pu rendre de grands services à notre société.