‹ Le clergé canadien [microforme]Chapitre 8 sur 12 · BIEN CHER MONSIEUR · texte numérisé non relu

BIEN CHER MONSIEUR

‘“ Dans ce temps si critique, pour la ques- “tion des écoles de Manitoba, permettez à

“un vieux missionnaire, aujourd'hui Le re- “présentant des évêques de notre pays, dans “ cette cause, qui nous préoccupe tous, per- ” mettez-moi, dis-je, de faire appel à votre “foi, à votre patriotisme et à votre esprit “de justice, pour vous supplier de vous “rendre à notre demande. C’est au nom “des évêques de la hiérarchie et des “ Canadiens catholiques que nous deman- ‘dons à votre parti, dont vous êtes le si “ digne chef, de nous aider à régler cette ‘fameuse question, et cela en votant avec ‘nous la loi remédiatrice, de concert avec “ le gouvernement.

Nous ne vous demandons pas de voter “pour le gouvernement mais pour le bill, “ qui doit nous rendre nos droits, ainsi que ‘“ cela va être présenté, dans quelques jours “à la Chambre,

Je considère, ou plutôt tous nous con- ‘“ sidérons que cet acte de courage, de “bonne volonté et de sincérité de votre “ part et de ceux qui suivent votre poli- ‘tique, sera grandement dans l'intérêt de “ votre parti, surtout au temps des élec- ‘“ tions générales.

‘* Je dois ajouter que nous ne pouvons ‘pas accepter votre proposition d'enquête, ‘ pour aucune raison et nous ferons l’im- “ possible pour la combattre. (Et cependant

“* Mgr Taché la demandait le 7 mai 1804 !)

“Si, ce qu'à Dieu ne plaise, vous ne “croyez pas devoir vous rendre À notre ‘Juste demande et que le gouvernement, ‘qui veut nous donner la loi promise, soit “ battu et renversé, tout en tenant bon jus- “qu'à la fin de la lutte, 7e vous informe avec “ regret, que tout l'épiscopat comme un seul “homme, uni au clergé, se lèvera pour sou- “tenir ceux qui auront succombé, en nous “ défendant.

“ Veuillez me pardonner ma franchise, “qui me fait vous parler ainsi. Quoique ‘Je ne sois pas votre amiintime, cependant “Je puis dire que nous avons été en bons “termes. Toujours je vous ai regardé “comme un gentilhomme, un citoyen res- “ pectable et un homme habile pour être à ‘ Ja tête d'un parti politique.

“ Je fais des vœux pour que la divine “ Providence conserve votre courage et “ votre énergie, pour le bien de notre com- ‘“ mune patrie,

“ Je demeure avec respect et très sin- ‘ cèrement,

Honorable Monsieur, Votre très dévoué et humble serviteur

(Signé) À. Lacomue, O. M. I.

“ P. S.—Certains de votre parti me re- “ prochent de n'éloigner de vous et de “ vous ignorer. Vous avez trop de jugement, pour ne pas comprendre ma posi- “tion. N'ayant aucun parti politique, je m'adresse à ceux qui sont placés par le “ peuple à la tête des affaires. Si, un jour, la voix de la nation vous appelle à la conduite de la chose publique, je vous serai loyal et confiant, comme je le suis aujourd'hui avec ceux que vous oppo- “"S02, “Si vous désirez me voir et avoir des explications plus détaillées, je serai à votre service, quand cela vous plaira, à l'Université d'Ottawa ou à votre chambre privée, pourvu que vous m'informiez de “ l'heure choisie par vous.

‘ Je serai à Ottawa le 23 prochain pour “y séjourner plusieurs jours.”

(Signé) A. L, O. M.I.

Le trois mars suivant, sir Charles Tupper mettait devant la Chambre le fameux bill depuis si longtemps promis et attendu.

Dans la discussion intéressante que cette loi provoqua, l’hon. M. Laurier ayant pris

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la parole, se crut obligé de faire allusion à l'ultimatum du P. Lacombe.

Il le fit dans les termes suivants :

“ Je ne saurais oublier, dans le moment ‘M. l'Orateur, que la politique que j'ai pré- ‘* conisée et appuyée du commencement à “ la fin, n’a pas été favorablement accueillie “partout. Il n'y a pas très 'ongtemps on “ma dit en haut lieu, dans l'Eglise à la- “ quelle j'appartiens, à moins que je n’ap- ‘ puie le bill relatif aux écoles, que le gou- ” vernement préparait alors, et qui nous est ‘aujourd'hui soumis, j'encourrais l'hostilité “d'un corps imposant et puissant. Ceci “est une phase trop grave de la question “ Pour que je la passe sous silence. Je n'ai “que ceci à dire : quand bien même des ‘ menaces venant, comme on me le dit, de “hauts dignitaires de l'Eglise à laquelle “J'appartiens me seraient faites, je ne pro- ‘noncerai jamais de paroles d'amertume ‘ contre cette Eglise. Je la respecte et je “l'aime. Je ne fais pas partie de cette “* école qui a longtemps dominé en France “et dans d’autres pays de l'Europe conti- “ nentale, qui refuse aux ecclésiastiques le “ droit de se mêler des affaires publiques.

“Non, je suis un libéral de l'école anglaise. “ Je crois en cette école, qui a toujours

Ca

prétendu que c’est le privilège de tous les sujets, grands ou petits, riches où pauvres, ecclésiastiques ou laïques, de participer à l'administration des affaires publiques, de discuter, d'influencer, de persuader, de convaincre, mais qui a toujours refusé, fût-ce au plus grand, le droit de

dicter même au plus petit la ligne de con-

duite qu'il doit suivre. Je représente ici non-seulement les catholiques, mais les protestants, et je dois rendre compte de mon administration à toutes les classes.

Catholique et français d’origine, je suis ici chargé par la confiance des hommes qui m'entourent, de grands et importants devoirs en vertu de notre système de gouvernement constitutionnel. Je suis ici le chef reconnu d'un grand parti composé de catholiques et de protestants, dont la majorité est formée de ces derniers, car ils doivent être la majorité dans toutes les parties du Canada. Va-t-il être dit qu'occupant une position de cette nature, l'on me dictera la ligne de conduite que je dois suivre en cette Chambre, pour des raisons qui peuvent s'adresser aux consciences de mes collègues catholiques, mais qui ne s'adressent pas de même aux consciences de mes collègues protestants?

Non. 7ant que j'occuperai un siège dans

‘cette Chambre, tant que j'occuperai Le poste “que 7 occupe, chaque fois qu'il sera de mon “devoir de prendre une position sur une “question quelconque, celle position je la “prendrai non pas au point de vue du ca- “ {holicisme, non pas au point de vue du “ Prolestantisme, mais je la prendrai pour “des motifs qui peuvent s'adresser aux consciences de tous Les hommes, indéperdamment de leur foi, pour des motifs “qui peuvent animer tous Les hommes aï- “mant la justice, la liberté et la tolé:

rance.

Je vous fais connaître mes opinions en “ ce qui concerne ce bill. Je sais, je l'ad- ‘mets, que ce gouvernement possède le “pouvoir d'intervenir, mais ce pouvoir ne devrait être exercé que lorsque tous “les faits se rapportaat à la question auront été examinés par voie d'enquête, et “ que l'on aura épuisé tous les moyens de “conciliation. Nourissant ces opinions, Je ” propose que le bill ne soit pas lu mainte- “nant, une deuxième fois, mais que Ja “ deuxième lecture en soit renvoyée à six ‘ mois.

C'étaient de belles et nobles paroles, dignes d’un homme d'Etat blessé dans ses sentiments de dignité et d'indépendance.

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[ne faut pas oublier que M. Laurier parlait à une Chambre composée de 153 protestants et 60 catholiques, comme chef d'un parti où les catholiques sont en grande minorité :

il a voulu dire simplement que lorsqu'il voudrait convaincre les députés, il tâcherait de le faire par des raisonnements qui, au lieu de soulever les animosités religieuses, s'adresseraient à leur raison, à leur esprit de justice. C'est ce qu'il a fait, dans des circonstances mémorables, où il ne craignit pas d'aller dans Ontario même, au cœur du fanatisme protestant, plaider la cause nationale et catholique.

Où est le mal pour un homme d'Etat parlant sur un sujet qui soulève les passions religieuses, de dire qu'il ne se placera pas au point de vue du catholicisme ou du protestantisme pour les convaincre, mais qu'il tirera ses arguments seulement de la loi et de la justice ? Cela veut-il dire que pour former son opinion personnelle et diriger ses actions dans la vie privée ou publique, il ne tiendra pas compte des enseignements de l'Eglise ?

Evidemment non,

C'était une superbe péroraison qu'il fallait prendre dans son ensemble pour la juger justement.

Que fait Mor Laflèche ?

Il oublie le langage provocateur du P.

Lacombe, véritable ultimatum, détache de cette péroraison le passage que nous avons souligné et le condamne en ces termes.

“Dans les circonstances, un catholique ‘“ ne saurait sous peine de pécher en matière “ grave, voter pour le chef du parti qui a “ formulé aussi publiquement une pareille “erreur et les partisans qui l’appuient dans “ cette erreur, tant qu'ils n'auront pas désa- “ voué publiquement cette erreur et pris * l'engagement formel de voter pour une loi : réparatrice acceptée par les évêques.”

Les trois quarts de la population ayant voté pour M. Laurier, sans le forcer à désavouer ses paroles, se trouvent en état de péché grave |

Le seul effet des condamnations portées par Mgr Laflèche contre M. Laurier a été de provoquer parmi les catholiques comme parmi les protestants des commentaires déplorables mais mérités.

On disait partout : — comment se fait-il donc que les évêques, dans leur mandement collectif, n'aient pas fait connaître au peuple la faute grave qu’ils commettraient en votant pour M. Laurier ? La vérité et la doctrine catholiques doivent être les mêmes dans tous les diocèses.

Les paroles de M. Laurier étaient connues, lorsque le mandement collectif à été préparé, s'il est vrai, comme le dit Mgr Laflèche, que les catholiques ne pouvaient voter pour M. Laurier sans commettre une faute grave, les évêques ont dû manquer à leur devoir en ne signalant pas le danger qui menagçait la population.

Que dire maintenant des prêtres qui nonseulement n'ont pas dénoncé M. Laurier mais ont engagé les électeurs à voter pour lui ?

Que dire du juge qui en rendant Jugement en faveur de l'évêque de Montréal, dans une cause fameuse, disait, cependant, comme M. Laurier, qu'il devait se placer pour juger cette question exclusivement sur le terrain de la légalité.

Avant de porter une condamnation si grave contre le chef d'un grand parti et contre ses partisans, n’aurait-il pas fallu privément ou publiquement le mettre en demeure d'expliquer ses paroles ?

Mgr Latlèche et les autres évêques du pays se sont-ils montrés aussi sévères et intransigeants envers les chefs conservateurs, qui, en maintes circonstances, ont fait des déclarations d'indépendance beaucoup plus accentuées vis-à-vis de l'Eglise.

Voilà ce que l’on disait partout et autre chose que je n'ose répéter.

Ce n’est pas tout.

Les libéraux disaient que les évêques avaient bien le droit de les obliger à se prononcer en faveur du rétablissement des écoles catholiques du Manitoba, mais qu'ils ne pouvaient les forcer à accepter comme remède une loi inefficace, inexécutable ; que c'était non-seulement leur droit mais leur devoir de repousser une loi que leur jugement et leur conscience condamnaient, qu'enfin ils étaient libres de choisir le moyen

le plus propre À donner un effet pratique au principe établi par les évêques.

Ils prétendaient, en un mot, que des hommes comme M. Laurier, des avocats habiles comme M. Geaffrion et vingt autres, étaient pour le moins aussi capables de Juger de l'effet légal et de la portée d'une loi qu'un prêtre ou un évêque, et que voter pour cette loi contrairement à leur jugement et à leur conscience, était une lâcheté.

Mgr Lafèche s'élève contre cette doctrine, dans son sermon, et lénonce, comme une erreur grave et condamnée par l'Eglise, l'opinion d’un député qui aurait dit :

“ Mgr Langevin à parfaitement le droit “d'être satisfait du bill sous son aspect ‘“ religieux ; mais moi comme Canadien- * Français j'ai droit de différer d'opinion avec lui quand il s’agit de discuter le côté national et constitutionnel de la question.

“ Il n'appartient pas à Mer Langevin de “me dicter ses vues et de me dire ce que

‘ J'ai à faire sous l'aspect national, politique ‘et constitutionnel du bill.”

Ainsi, d’après Mer Laflèche, un député pour être bon catholique devrait voter pour

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