‹ Le clergé canadien [microforme]Chapitre 9 sur 12 · Ÿ É& Ÿ # PS · texte numérisé non relu

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une loi qu'il croirait mauvaise au point de vue national ou constitutionnel, du moment qu'un évêque la trouverait bonne. C'est la négation de toute liberté politique, le renversement des principes fondamentaux de la constitution, c'est une hérésie dangereuse pour l'Eglise comme pour l'Etat.

Emettre une pareille doctrine dans un pays comme le nôtre peuplé en grande majorité d'hommes profondément jaloux de leurs droits politiques, c'était jeter sur notre religion et notre nationalité un discrédit et un ridicule funestes. C'était leur donner le droit de dire qu'on ne peut être catholique et jouir des bienfaits du gouvernement constitutionnel, c'était marquer la province de Québec au front d’un signe indélibile d'infériorité et exclure ses citoyens distinvués des plus hautes positions dans la polique, la magistrature et l'administration.

C'était décréter l'infaillibilité d'un évêque ou d'un prêtre non-seulement dans les domaines du dogme et de la doctrine théologiane, mais même dans les questions politiques et légales. C'était proclamer qu'ils

ont les grâces d'état pour apprécier un texte de loi d'une manière plus exacte que des hommes politiques ayant une expérience de 25 à 30 ans ou des avocats qui ont passé leur vie dans l'étude de la loi.

Pourtant, l'expérience prouve qu'en dehors du domaine religieux, leur bonne foi et leur inexpérience leur font commettre bien des fautes, l’histoire des démêlés de Mgr Taché avec le gouvernement relativement aux écoles et aux Métis, le prouve clairement.

Et n'a-t-on pas le droit de dire que nos troubles religieux sont le résultat de la facilité avec laquelle le clergé a accepté les clauses de l'Acte du Manitoba relatives aux écoles, renoncé au désaveu des lois iniques et consenti aux atermoiements ?

N'a-t-on pas le droit de dire aujourd'hui qu'ils ont eu tort de forcer le peuple à accepter, les yeux fermés, une législation si pleine de dangers, et que les hommes politiques qui n'ont pas eu le courage de leur résister, ont manqué à leur devoir ?

Eh bien! Si M. Laurier et ses amis avaient accepté, eux aussi, les yeux fermés, le bill réparateur, les catholiques du Manitoba auraient eu le droit de leur reprocher leur faiblesse, lorsqu'ils se seraient aperçu que ce bill ne leur donnait rien en réalité.

D'ailleurs les évêques s'étaient chargés de désavouer d'avance leur opinion sur cette question.

En 1872, dans la célèbre discussion provoquée par la question des écoles du Nouveau- Brunswick, plusieurs évêques proclamaient que les catholiques étaient obligés d'accepter le principe, mais qu'ils étaient libres de choisir le moyen de le mettre en pratique, qu'en un mot le remède était une question libre.

Voici la preuve de cette assertion.

Tout catholique est, sans aucun doute, “tenu de désapprouver le principe de l'acte “des écoles du Nouveau-Brunswick, et ‘même d'apporter remède à ce triste état “ de choses, selon sa position, dans la me- “ sure de ses forces et en observant les “ règles de la prudence ;

“2. Un tel catholique est cependant

en

“libre de choisir pour parvenir à ce but si “ désirable, le moyen qu'il Juge, au meilleur “ de sa connaissance, le plus propre à at- ‘“teindre cette fin, avec le moins de dan- “ ger possible pour la paix religieuse du ‘pays ;

“3. La constitutionalité du dit acte et “ l'a-propos de provoquer l'intervention du “ parlement impérial, ou du gouvernement “fédéral, sont du nombre des questions ‘“ libres au point de vue de la conscience, et “ nos législateurs catholiques pouvaient, ” sans blesser les principes religieux, voter “ dans un sens ou dans l’autre.”

* E. À, ARCH. DE QuÉBEc.

Ainsi, en 1872, les catholiques étaient libres de choisir le moyen qu'ils croyaient le plus propre à assurer le triomphe des écoles séparées. En 1896, ils devaient accepter, les yeux fermés, le moyen adopté par Mgr Langevin, réclamer le droit d'examen à ce sujet est devenu une faute grave.

— Crois où meurs.

Et le sermon de Mgr Laflèche, approuvé par plusieurs évêques, devient le syllabus électoral du parti conservateur.

Bien plus, Mgr Bégin, archevêque de Québec, un homme de talent pourtant, un savant même, adressa à “ l'Electeur ” une lettre pour le censurer et lui reprocher d'avoir discuté et critiqué les opinions exprimées par l'évêque des Trois-Rivières du haut de la chaire.

Or, ce sermon, véritable discours politique, était devenu une arme, un engin de guerre entre les mains des conservateurs qui s'en servaient sur les hustings et dans la presse et le colportaient partout dans leur bagage électoral.

Quand a-t-on vu refuser à un accusé le droit de se défendre devant ceux qui doivent le juger ? Le principe posé par Mgr Bégin était aussi exagéré et contraire à la raison et à la constitution que les opinions de Mer Laflèche.

Non-seulement on aurait le droit de ruiner la réputation et l'avenir politique d’un homme, non-seulement on pourrait écraser tout un parti travaillant, sous l'égide de la constitution, à faire triompher une cause nationale, mais cet homme, ce parti n'au-

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raient pas le droit de se plaindre et de démontrer qu'on les accuse injustement ?

[ne serait pas permis de prouver que les mêmes évêques ont émis une doctrine contraire quelques années auparavant !

Et on s'étonne d'entendre des protestants et des catholiques s'écrier qu'un homme ne peut être catholique et être l'égal des protestants dans un pays libre !

Et on est surpris qu'en face de contradictions aussi déplorables, des Journalistes s'écrient :

“En 1872, il s'agissait de sauver les députés conservateurs qui avaient voté contre la réparation immédiate à la session qui se tenait alors. Et en 1806 il sagit de perdre les libéraux qui auront fait moitié moins que les conservateurs en 1672,"

Le langage est sévère, mais que peuvent répondre les amis du clergé à cette grave accusation ?

On a essayé de dire qu'il y avait une différence entre les deux situations de 1872

et 1896, mais les subtilités en pareille matière sont déplacées.

Non, le clergé a assumé, aux dernières élections, des responsabilités écrasantes, celle d'empêcher le triomphe d'un sentiment national et celle de prêter à la religion des doctrines propres à la discréditer, à la ridiculiser même.

Ce sont deux blessures craves infligées à la patrie et à la religion.

Ce n'est pas tout pourtant. On ne peut se faire une idée de la violence de la croi.

sade prêchée contre le parti libéral par la plupart des prêtres encouragés par l'exemple de leurs évêques.

On ne s'est pas gêné de dire, dans un grand nombre de paroisses, que les électeurs étaient tenus en conscience de voter contre le parti libéral sous peine de péché mortel et pour éviter la colère du Ciel.

Pourquoi se seraient-ils gênés, quand Monsignor Marois écrivait la lettre suivante que tous les journaux du pays ont publiée.

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Archevêché de Québec, 4 Juin, 1806, RÉVÉREND ]. E. ROULEAU, PTRE, Curé de St Ubalde.

Monsieur LE C URÉ,

“ En réponse à votre lettre demandant “sil y a péché mortel Pour quiconque ne “suivra pas la direction donnée par les “ Évêques dans leur mandement collectif, “ touchant le règlement de la question ma- “ nitobaine, lorsque son attention aura été ‘attirée sur le fait que cette direction oblige "en conscience, je suis chargé par Mon- “ seigneur l'administrateur de vous dire “qu'il y a faute grave—péché mortel de ne “point suivre la direction des premiers ” pasteurs, et que les paroles que vous citez “de la page 7 du mandement signifient ” exactement que ce sera une faute grave et ” mortelle d'agir ainsi, c'est-à-dire de ne pas “obéir aux Evêques. Si quelqu'un vous “ dit :—En dépit de vos raisonnements, j'ai “ plus de confiance en M. Laurieret Je vote “ Pour son candidat, cet électeur à moins d'avoir perdu le sens commun, sera cou- “ pable de faute grave et mortelle. Les “ bons catholiques, les fils soumis de l'Eglise “ marcheront dans la voie indiquée par

“leurs Evêques, les autres seraient des ‘“ fils rebelles et suivant la voie de l'iniquité “et du péché grave qui sépare de Dieu et “ nous livre aux puissances des ténèbres.”

Votre très humble et dévoué,

G. À. Maroïs, V.G.

Les commentaires sont inutiles, ils seraient dangereux même, car il est difficile de lire cette lettre sans perdre son sangfroid.

Je ne veux citer et dire que juste ce qu'il faut pour établir que les évêques et le clergé se sont servis des armes spirituelles, que Dieu a mises entre leurs mains, pour empêcher M. Laurier d'arriver au pouvoir et qu’en agissant ainsi ils ont transgressé les ordonnances de Rome, ve leurs propres prescriptions, porté atteinte à l'esprit de la constitution et donné raison de dire et de proclamer que le triomphe de M. Laurier était la défaite du clergé, la preuve de la déchéance de son autorité.

On se trompe,

La population n'a pas voulu humilier le clergé, ni rejeter son influence et son autorité, elle n’a pas voté contre le clergé, mais elle a voté, malgré lui, suivant son propre Jugement et sa conscience, elle a eu l'énergie et l'esprit de faire la distinction entre le principe et l'abus, entre la religion et la politique.

Elle a réconforté, consolé et encouragé les patriotes qui se demandaient si elle était encore capable de faire un acte sérieux de patriotisme, si on pouvait compter sur elle Pour sauver la patrie en danger. Elle a grandi de cent coudées dans l'esprit de ses ennemis comme de ses amis, elle a fait tomber bien des préjugés, des antipathies injustes ; elle a prouvé qu'elle sait, dans certaines circonstances, concilier son respect pour le clergé avec l'honneur, la raison, et le sentiment national ; elle a donné aux hommes politiques et au clergé une leçon dont ils sauront profiter, nous l’espérons.

On lui a tant crié au loup à propos de

tout et de rien qu'elle ne veut plus rien croire sans voir et comprendre.

Il est temps de déclarer que je ne reproche pas aux conservateurs qui désapprouvent les idées politiqies et le programme de M. Laurier, soit sur la question des écoles ou le tarif, d'avoir voté contre lui, mon seul but est de démontrer que le clergé en le combattant au nom de la religion, en violentant la conscience des électeurs, a commis une faute regrettable,

Inutile de dire que les abus commis dans l'intérêt des libéraux sont aussi condamnables que ceux commis au profit des conservateurs, mais ils sont rares, on pourrait difficilement citer des cas où on aurait menacé des foudres de l'Eglise des électeurs qui votéraieni pour le parti conservateur.

Ce qui se passe depuis les élections est bien de nature à démontrer que les libéraux avaient raison d’implorer le clergé de ne pas les dénoncer au profit d'un parti qui n'avait jamais voulu et ne pourrait jamais régler la question des écoles.

L'un des hommes les plus importants du

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es mn

parti conservateur, M. Taylor, le whip de ce parti, vient de faire la déclaration suivante : |

Maintenant que nous sommes dans l'opposition, tous les membres du parti sont libres de prendre sur cette question l'attitude qu'ils voudront. Une réconciliation entre les différents groupes du parti conservateur a été opérée sur cette base.”

Au moment ou j'écris ces lignes, l'un des membres du nouveau gouvernement, "bon.

M. Paterson, se présente dans le comte de North Grey. Toutes les forces du parti conservateur sont coalisées contre lui et à la tête on voit luttant pour le candidat conserva.

teur les adversaires les plus acharnés des catholiques du Manitoba, les chefs du parti orangiste. Ils disent pour entrainer les électeurs que le seul moyen de sauver leur cause et d'empêcher le rétablissement des écoles catholiques du Manitoba, est de voter contre le gouvernement Laurier. Voici les propres paroles de “ L'Orange Sentinel,” l'organe autorisé des loges orangistes :

La situation est matériellement changée

“ depuis la dernière élection générale, Au- “jourd'hui, nous avons un gouvernement “ Laurier au pouvoir. Ce gouvernement “doit sa position à la majorité libérale ‘envoyée de Québec, et pratiquement tous “les membres de cette majorité se sont ‘engagés à une mesure de coercition encore “ plus forte que celle prônée par Sir Charles ‘“ Tupper avant la dernière élection. D'un “autre côté nous avons M. McLauchlan, “ qui s'est engagé à s'opposer à la coerci- “tion d'où qu'elle vienne. Sous ces circons- ‘ tances, 1] nous semble que le devoir de “tous les anti-coercitionistes, qu'ils soient ‘“orangistes ou non, est de voter pour ‘“ l'homme qui est de toutes pièces contre “ la coercition.”

Est-ce assez clair ?

Et pendant que les hommes pour lesquels le clergé s'est tant compromis, lui font expier si cruellement sa bonne foi, Laurier, le libéral dangereux, dont les déclarations franches, honnêtes et loyales ont été repoussées, travaille jour et nuit au règlement de cette brûlante question et même on annonce que, grâce à la franchise et à la courtoisie de ses procédés, il a obtenu du gouverne-

ment du Manitoba des concessions satisfaisantes pour tous les catholiques raisonnables, qui croient, comme M. Laurier, que chercher à imposer par la force à la province du Manitoba une loi dont elle ne voudrait pas, serait lancer le pays dans une aventure dangereuse pour la paix du Canada st pour les minorités catholiques des différentes provinces.

C'est, sans doute, l'opinion du cardinal Gibbons, puisque le Freeman de N ew-Vork, son organe, vient de se prononcer en faveur de la politique de conciliation de M. Laurier.

Le désaveu aurait paru moins odieux qu'une loi de coercition et aurait pu être accepté dans un temps où les passions étaient moins ardentes, mais aujourd'hui comment faire accepter une pareille procédure par le parlement et ensuite par la population fanatisée de Winnipeg ?

On peut dire, il est vrai, que Sir Charles T'upper avait réussi à faire accepter une loi remédiatrice par son cabinet etune majorité de la Chambre des Communes, mais il faut ajouter que ses collègues protestants et un

grand nombre de ses partisans ont cherché à se faire pardonner leur vote en disant à leurs électeurs que cette loi en réalité n'obligeait à rien le gouvernement du Manitoba.

En sorte qu'on a le droit de dire qu'un véritable bill de coercition ne serait pas voté par la Chambre et, s’il l'était, ne serait pas mis à exécution volontairement par le gouvernement du Manitoba.

Qui prendrait la responsabilité d'imposer le bill par la force des armes ?

Donc M. Laurier a eu raison de dire, dès le commencement, que la conciliation était le seul moyen maintenant de régler cette épineuse question.

Mais il n'y a pas de compromis sans concessions de part et d'autre.

Ces concessions pourront être plus ou moins acceptables, mais elles ne pourront avoir pour effet de justifier le clergé d’avoir violé les lois de la charité, de la prudence et proclamé des doctrines si dangereuses.

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