ÉTAT-MAJOR DE LA 8* LÉGION
» Monsieur Tabbé, veuillez être assez bon pour mettre la clef du clocher de votre église à la disposition du capitaine porteur du présent ; avec la clef^ vous vou-
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drez bien lui donner un homme sous vos ordres pour lui servir de ^uide.
» Veuillez ne pas oublier, Monsieur l'Abbé, que vous êtes discret par vocation. Salut et fraternité...
» Le lieutenant-colonel^
» SiVRET. ))
C'est égal ! pour un comble, c'était un vrai comble que ce piocher de Saint-Sulpice qui n'a jamais existé. Ce qu'il a dû rire, le bon curé !
On avait eu l'idée de faire brûler des Églises et plusieurs d'entre elles, les églises de Bercy, de Ménilmontant, de Saint-Eloi, de Saint-Ambroise avaient été remplies de matières incendiaires.
Mais il n'y en eut qu'une seule de brûlée, ce fut celle de Bercy.
On y mit le feu par ordre du délégué de l'arrondissement» Philippe, qui avait chargé de ce soin des prétroleuses.
Un jeune homme de dix-huit ans, Emile Bernard, qui avait voulu arrêter une prétroleuse, fut tué par
celle-ci d'un coup de revolver. Son cadavre, trouvé sous le porche de TÉglise, fut brûlé avec celle-ci.
M. L'abbé Ravailhe, curé de Saint-Thomas d'Aquin, dans une lettre écrite à un de ses amis, nous lait assister à une de ces lugubres et grotesques perquisitions dans son Église.
Mon bien cher ami,
Le 11 mai 1871 était un jeudi. Les choses se faisant à l'ordinaire à Saint-Thomas d'Aquin, malgré la terreur qui croissait d'une heure à l'autre, nos catéchismes préparatoire et do la Sainte- Enfance étaient réunis à l'heure et dans les chapelles qui leur sont affectées : celui des tout petits enfants, dans la chapelle de Saint-Louis — je le présidais comme tous les jeudis ; — celui des enfants de neuf à dix ans, dans la chapelle haute, dite des Catéchismes ; — il était présidé par M. Tabbé Lemaitre, mon second vicaire.
A cause de Tinquiétude universelle, il était convenu que nous ne retiendrions pas les enfants beaucoup au delà d'une heure. Nous touchions à la clôture : trois
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heures allaient sonner, quand tout à coup, sans que nous eussions été avertis par le moindre bruit, par aucun mouvement extraordinaire dans le quartier, les portes de l'église s'ouvrent, et mes employés effrayés voient entrer, se précipiter dans le lieu saint, et de tous les côtés à la fois, une troupe d'hommes armés, diflérents, par l'uniforme et l'attitude, des gens du poste voisin. Mon sacristain se précipite, lui aussi, dans la chapelle où je parlais aux enfants, en s'écriant avec un accent désespéré : « Monsieur le Curé, ils sont là !» Je m'avance pour savoir ce que cela voulait dire, et je me trouve face à face avec un grand soudard, bien nourri, galonaé sur toutes les coutures, escorté d'une suite nombreuse, menaçante, l'arme au poing.
Le dialogue suivant s'établit aussitôt :
— Où allez-vous, messieurs ?
— Faire une perquisition dans cette église.
— Je suppose que, malgré le désordre de l'heure où nous sommes, vous ne vous présentez pas ici sans ordre ?
— Citoyen, voici mon ordre.
En même temps, l'homme aux galons tire de son uniforme un papier qu'il me présente et qui portait la
signature Abrial^ flanquée de toutes les estampilles et sceaux de la Commune.
— Votre ordre, monsieur, est aussi régulier qu'il puisse l'être en ce moment-ci. — D'abord, monsieur, voudriez- vous me dire comment je dois vous appeler?
— Commandant, citoyen.
— Eh bien ! commandant, qu'est-ce que vous désirez voir ?
— Tout! citoyen.
— Vous verrez tout. Par où désirez-vous commencer?
— Il y a des caves dans cette église, citoyen : nous commencerons par les caves.
— Vous commencerez par les caves, monsieur.
Et, m'adressant aux deux seuls serviteurs de Té-
glise qui fussent présents : « Qu'on allume des flambeaux pour descendre dans les caves, et que Ton soit muni de toutes les clefs 1 »
Cependant l'escouade écoutait impatiente notre dialogue, et nous n'avions pas fait un pas ni en avant ni en arrière ; mais la nef de l'église, ses bas-côtés, ses galeries et jusqu'à ses combles, tout se trouvait occupé en même temps. Cent cinquante hommes,
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peut-être, étaient entrés à, la fois. Il y en avait partout, qui avec des pioches, qui avec des leviers, qui avec des pelles, chacun avec des armes. L'escorte du commandant se composait d'une vingtaine d'individus, presque tous décorés des insignes d'officiers ou de sous-olficiers.
Pendant mon colloque avec le commandant, nos petits enfants et leurs mamans, également effrayés, s'étaient dispersés. Mais, ayant trouvé toutes les issues gardées par des hommes de mauvaise mine, la plupart étaient rentrés et se tenaient groupés et pleurant dans les coins les plus reculés de l'église.
Sur la place de Saint-Thomas d'Aquin, où se tenait un gros de perquisiteurs appuyés sur leurs fusils, on amena des voitures et des omnibus, de quoi les voisins et les témoins de cette démonstration furent fort émus. On savait que c'était ainsi qu'opéraient nos ennemis. Perquisition voulait dire pillage et arrestation : il fallait des voitures pour enlever les dépouilles, et aussi pour emmener, s'il y avait lieu, les otages. Les choses s'étaient passées de la sorte à l'Archevêché, a Notre-Dame des Victoires, à Notre-Dame de Lorette, à Notre-Dame de Bonne-Nouvelle, partout enfln où la tourbe communarde s'était abattue. On
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disait dans la rue du Bac, dans la rue Saint- Dominique, autour de la place de Saint-Thomas d'Aquin, que M. le Curé était arrêté, que le pillage avait commencé. L'agitation devenait vive. Une pauvre brave , fille, Bretonne, au service d'un homme bien connu, M. X. Marmier, le fécond et l'iionnête écrivain, voyant de ses croisées, qui donnaient sur la place et sur la rue de Saint- Thomas d'Aquin, tout ce qui se passait, et le suivant avec un cœur très chrétien, ne I cessait de répéter à son maître : « Non, monsieur, ils ; n'ont pas encore mis la main sur M. le Curé ; mais, s'ils l'osaient, j'irais seule, s'il le fallait, le délivrer ' des mains de ces brigands. »
Heureusement, il ne fut pas besoin d'essayer de cet ' héroïsme inutile.
Les flambeaux étant allumés par mon sacristain Dubois et un de mes suisses, le brave Htuzé : « Vous , pouvez me suivre, messieurs », dis-jeau commandant et à sa suite. « Qu'est-ce que vous cherchez? qu'est-ce que vous espérez découvrir? Si l'objet de vos recherches se trouve ici, je vous l'indiquerai aussitôt, sans déguisement comme sans hésitation. Voulez-vous savoir si, comme à Notre-Dame des Victoires et à Saint- Laurent, il y a en cette église des ossements et des I
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cadavres? Je m'empresse de vous dire qu'il y en a, et de diverses époques, quelques-uns à peine refroidis.
— Citoyen, nous savons ce que nous avons à découvrir, et nous le trouverons, sans que vous preniez un soin inutile. »
Et nous descendîmes dans les caves. Les moindres recoins furent fouillés, furetés. Une porte de caveau ne s'étant pas ouverte à la pression, je demandai la clei. Elle avait été emportée par mon vicaire trésorier, M. l'abbé Lab..., qui y mettait son vin et son bois, et qui était hors de Paris depuis quelques semaines.
Cette circonstance faillit nous devenir funeste. Pour son appartement, situé au-dessus de la sacristie, la porte en lut enfoncée par les perquisiteurs qui s'étaient emparés des hauts de l'église. Ils y étaient les maîtres, sans contrôle. Mes vicaires, présents à l'église au moment de l'irruption, s'étaient prudemment esquivés et mis en lieu d'observation, d'où ils pussent sans danger suivre les mouvements extérieurs de nos visiteurs incommodes.
Ceux-ci firent beaucoup de bruit pour un uniforme de sergent de ville trouvé dans l'appartement perquisitionné. On eut toutes les peines du monde à leur
persuader que la maison de Dieu ne recelait aucadg délensè armée, et que cet uniforme, propriété du mai d'une servante, avait été laissé là fort imprudemmentj lorsque, sous des vêtements civils, il avait cherché ^ s'évader. Du reste, nous abandonnions volontiei^ l'uniforme à celui qui l'avait trouvé.
Dans les caves, c'était autre chose. Je conduisais e ne voulais pas quitter la horde. Et, comme je l'ai dit^ nous nous trouvions en face d'une porte dont je ad pouvais présenter la clef. Sur mon observation, pal** trop naïve, cette clef était entre les mains d'un de mes prêtres en ce moment hors de Paris, mais qu'on, pouvait forcer la porte, un des perquisiteurs, quq j'appris être un vieux capitaine d'artillerie, et qui avi autorité sur l'escouade, me répondit avec grossièreté â « Oui, c'est encore un de ces brigands partis poui Versailles pour nousi... des coups de fusil. Nom connaissons ça. Vous êtes tous les mêmes, a
Quelle que fût la délicatesse de l'heure, il me tafl impossible de souffrir en sileuce cette insulte. Je m« réclamai du commandant contre cet homme qui m'oa^ trageait ; et je dois dire qu'il reçut une semonce. 1 porte de la cave fut enfoncée, l'intérieur du calorilèr* fut visité, un peu de vin fut bu, des ossements à fieua
du sol furent examinés, tous les débarras qui encombraient le sous-sol de l'église furent remués, et nous iranchlmes la porte qui s'ouvre sur le petit jardin du presbytère. Là aussi, quoique sous le ciel, se fit une perquisition sévère. Les abords, les alentours furent reconnus avec soin ; une échelle fut appliquée contre le mur mitoyen qui sépare le jardin et le presbytère des galeries de la maison de commerce, si connue sous te nom de Petit' Saint-Thomas ; la vaste couverture de cet établissement fut visitée dans toute son due. Il se forma dans l'étroit espace du jardin un ï inquiet. Un officier, ayant sondé le sol avec labre, trouva, juste au centre, un point où l'arme enfonça jusqu'à ta garde. Il n'en fallait pas tant pour exciter l'émotion de tout ce monde. On s'appelle, on se montre l'arme enfoncée en terre, et l'on s'écrie : n C'est ici I » Aussitôt arrivent des hommes armés de boches, de boyaux, de pelles, et l'on se met en train, toute l'assistance laisant cercle autour des ouvriers, de creuser un grand puits à l'endroit désigné.
J'eus beau affirmer qu'on ne découvrirait rien qu'un monceau de plâtre et de gravois : on me répondit outrageusement que l'on savait, par les découvertes de
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Saint-Laurent, ce que l'on pouvait rencontrer à l'ombre des églises.
Chaque pelletée de terre était accompagnée de fragments de briques, de tessons, de débris de bouteilles, de blocs de plâtre, quelques os de mouton ou i| de veau, épiuchures de cuisine. Tout était touché, rangé, senti. Et l'on descendait toujours sans rien | trouver de nouveau. On en était à deux ou trois 1 mètres de profondeur, lorsque sonnèrent quatre ) heures.
« Commandant, dis-je à l'homme qui présidait à j cette besogne, l'heure qui sonne est l'heure d'un exercice religieux dans cette église (c'était le mois de Marie) : puis-je le faire pour le petit nombre de personnes qae la crainte y a retenues, sans avoir à re- . douter ni trouble ni profanations. — Oui, citoyen.
Toutes les portes de l'église étaient gardées, à l'in- ! térieur comme à l'extérieur. Un tout petit groupe de \ femmes et d'enfants éplorés était agenouillé autour de l'autel de la Sainte-Vierge. Je suis accueilli avec de grandes démonstrations, on m'embrasse les mains, on m'accable de questions, on me croit arrêté. Je l'étais peut-être, mais je n'en savais encore rien : cela me suffisait pour rassurer de mon mieux ces excellents -
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fidèles. Et, leur ayant annoncé que nous allions faire le mois de Marie comme à l'ordinaire, je montai en chaire pour la prière. Le mouvement bruyant, les allées et venues continuelles des hommes sinistres qui sont les maîtres de l'église depuis une heure, n'aident point au recueillement, mais ne nuisent point à la lerveur.
La prière n'était pas finie, lorsque quatre porteurs des pompes lunèbres, qui ne s'étaient pas laissé arrêter par la garde farouche veillant à l'entrée de la rue du Bac, se présentent avec un cercueil. Ils vont le déposer au lieu que je leur ai désigné de la main, pendant que je continue la prière. Descendu de chaire, seul avec les deux employés qui ne m'avaient pas quitté, je lais la cérémonie funèbre, et reviens à l'autel de la Sainte- Vierge pour achever l'exercice commencé.
Mon instruction ne fut pas longue : il n'était pas plus possible que nécessaire qu'elle le fût. Le va-etvient des perquisiteurs devenait plus animé. Ils demandaient à haute voix et apportaient à grand bruit de nouveaux instruments de travail. Les employés des pompes funèbres refusaient d'enlever le corps, qu'ils avaient eu beaucoup de peine à introduire dans l'église. Et quant à mol, j'étais un peu impatient de
rejoindre les lossoyeurs que j'avais laissés dans le jardin du presbytère.
En quelques mots, je déplorai l'état présent de l'Église de Paris, le trouble prolond répandu dans les âmes catholiques par les calomnies au moyen desquelles de coupables écrivains, de véritables malfaiteurs de plume, s'efforçaient d'amasser la haine sur la tête du clergé, livraient nos églises à des prolanations et k des dévastations sacrilèges, et appelaient sur les communautés religieuses les fureurs combinées de leurs séides avinés et de la populace ignorante. « En ce moment même cette église subit ces outrages : je demande une supplication solennelle pour (aire amende honorable et réparation, autant qu'il est en nous. 11 Et le Parce, Domine, iut entonné et chanté trois fois, au milieu des sanglots de mon petit auditoire. Certes il ne lut chanté jamais ni avec plus ( courage, ni avec plus d'unanimité, ni avec plus é ferveur. Nos ennemis assistaient à cela l'arme au t: et la menace dans les yeux ; mais, je leur dois ( justice, il n'y eut pas le moindre désordre.
Mon ministère accompli, avant d'aller reprendre ti place au milieu des travailleurs qui bouleversaieii mon petit jardin, je crus devoir déposer mon étole ti
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• mon rochet, que je n'avais pas en le temps de quitter à la fin du catéchisme. Il me paraissait peu convenable de continuer b. assister en habit de chœur à la violation, sinon à la profanation de mon église. En entrant dans mon cabinet, je constate aussitôt qu'il a été visité ten mon absence et qu'on a enlevé le peu d'argent y a trouvé. La somme était bien minime :
l72 francs 90 centimes, le produit des quêtes à l'exer- Icice du mois de Marie depuis le 1" mai ; plus quelque I menue monnaie rangée sur une étagère, à l'intention Pdes pauvres qui chaque matin viennent réclamer les secours de la charité, de cinq à six francs. Les quêtes étaient dans un grand sac de moquette, dont la disparition était facile à constater.
Dès que j'eus rejoint le commandant: « Eh bien ! commandant, lui dis-je, avez-vous, depuis que je vous ai quitté, découvert quelque chose qui puisse me com- ■omettre ? — Non, citoyen. — Il n'en est pas de Imême de moi, commandant. — Et qu'est-ce que vous lavez découvert, citoyen ? — J'ai découvert, comman- I dant, que vous avez des voleurs avec vous. — Com- Iment? des voleurs! — Oui, des voleurs, et de la plus l-TJle espèce encore, commandant : des voleurs qui enllrent chez moi en mon absence, pendant que je suis
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avec TOUS, et qui me dévalisent quand je ne suis pas là pour défendre mon bien. Ils sont voleurs et lâches. — i- Où cela s'est-il passé, citoyen ? — Dans mon cabini ommandant. Prenez la peine d'y venir voir, i
Nous entrons dans mon cabinet, je montre la place où se trouvait le sac, je iais lire la note où j'inscrivais jour par jour le chiffre des quêtes depuis le commencement du mois; et, sans me laire une seule obsen tion, cet homme, digne certainement de commander^ une autre troupe, sort précipitamment, et fait sonni le rappel.
Réunis dans le cloître du comité de l'artillerie, laRÎ misérables dont il était le chef momentané reçoivent une verte semonce et sont sévèrement perquisitionnôa' à leur tour. Il ne pouvait y avoir aucun espoir de retrouver l'argent volé, mais il était moral de le réclamer, et j'avais obtenu une satisfaction signalée par le fait même du souci que j'avais excité dans la conscience de ce commandant.
Vingt minutes après, ses hommes revinrent; msiq; lui ne reparut pas. On m'apporta de lui une lettre curieuse, étonnante, invraisemblable, où il me disait que, malgré sa bonne volonté, il n'avait pu retrouver le sac enlevé, et qu'il me priait de m'assurer si qu(
qu'un de mes employés, par mesure de précaution, n'aurait pas mis ce sac en lieu de sûreté. Sur quoi il me demandait de lui répondre, parce qu'il tenait à éclaircir cette affaire.
Ma réponse était lacile : elle ne se fit pas attendre ; et je repris ma place auprès du groupe du jardin. Je le trouvai découragé, et peut-être un peu confus de rinutilité du labeur qu'on avait entrepris. Leurs espérances de scandale étaient déçues pour cette fois.
Ils rentrèrent dans le sous-sol de Péglise, surexcités par cette déconvenue et irrités par Thumiliation que j e venais de leur infliger.
Il n'était plus question de trouver des cadavres ; j'avais, pour ainsi dire, bravé leurs recherches à cet égard. Le caveau même où étaient déposés, depuis la guerre, une douzaine de cercueils^ avait été, par mes ordres, ouvert avec effraction, la clef ne s'étant pas trouvée à ma disposition, dans le trouble, très naturel d'ailleurs, de mes deux pauvres employés.
C'est à ce moment môme que nous courûmes un danger réel. En passant devant l'autel de la Sainte- Vierge, pour nous rendre au caveau dont je viens de parler, im des chefs demanda, après avoir frappé les dalles de son arme, s'il n'y avait pas là des voûtes à
LE CLERGE PEWBAflT LA COHMU>E
visiter. Je répondis, n'ayant jamais entendu parler I d'un caveau en cet endroit, que je n'en connaissais'! pas, qu'il n'y en avait pas. Alors un des ouvriers sort des rangs, et dit : « On nous trompe, il y en a un.l
— Je vous dis qu'il n'y en a pas. — Et moi, je vous! dis qu'il y en a un : je le sais, puisque j'y ai travaillé. )
— J'eus l'audace, au lieu de provoquer une vérification facile à faire, d'afïirmer qu'il en imposait. Le chef et la troupe voulurent bien m'en croire ; et je me trom-J pais.
Deux mois après, pour me débarrasser du souvenir de cette scène, je fis relever les dalles sur lesquelles elle s'était passée, et, à ma stupéfaction, nous nous trouvâmes sur l'ouverture d'une belle voûte, ayant toute l'étendue de la chapelle de la Sainte- Vierge, i renfermant une quantité d'ossements et un cercueil très bien conservé, le cercueil de Mgr de Saint-LauJ rent, dernier évêque de Tulle avant la Révolution, e mort en 1791, rue des Saints-Pères, sur la paroisse d Saint-Thomas-d'Aquin. Le frisson nous en vint i tous. Sans nul doute, si l'on ne s'en était pas rapport&a à mon affirmation, dont la bonne loi devait percer dans mon accent, j'aurais été traité avec la justice sommaire du moment.
Lui mettanl la main ïur l'épaule : « C'est biea vous le curé de la UadeleiaeT » (Page 190.)
On espérait peut-être me prendre par quelque autre endroit. Le pavé d'une chapelle basse, placée audessous de celle de Saint-Louis, au chevet de l'église, fut tâté, exploré presque sous chaque dalle. Lorsqu'il résonnait sous les coups du levier de fer, le pavé était broyé, et Ton creusait un trou. Travail inutile! Rien ne sortait de ces explorations que des blocs de pierres et de la terre vierge. .
Alors on s'en prit aux gros murs de Tédifice.
Les coups retentissaient tout autour. Un point ayant paru sonner creux, il fut décidé que le mur serait percé en cet endroit. J'eus beau réclamer au nom de Tédifîce; j'eus beau affirmer qu'on ne parviendrait à découvrir que les galeries de tapis de la maison de nouveautés du Petit-Saint-Thomas : cette lois je ne fus pas cru, et le travail commença à grand renfort de pics, de leviers, de marteaux et de ciseaux.
Le travail fut long, difficile, pénible. On y passa jusqu'à sept heures un quart. On aboutit à ouvrir une large baie sur la galerie que j'avais annoncée. Tous ces hommes suaient et juraient. Ils étaient encore une fois mystifiés.
Et je triomphais modestement, comme il convenait à la situation.
Dès le commencement, j'avais pris la précaution demander au commandant que, la perquisition fa avec toute la sévérité voulue et sans résultat compi mettant pour l'église, on voulût bien me délivrer attestation en refile à ma décharge. Mais le chef de troupe n'avait pas reparu. J'avais la confiance qu'il me l'aurait pas reiusée aussi favorable que possibl< Je ne pouvais pas l'espérer telle des manœuvres j'avais devant moi. Aussi ne songeai-je pas à leur ei parler. Mais, fatigué de plus de quatre heures de pi; ton en si mauvaise compagnie, la nuit d'ailleurs étaui venue : « Croyez-vous, dis-je au cheJ qui présidait la besogne, et qui n'était autre que le vieux capitaine d'artillerie dont j'avais eu à me plaindre; croyez-vous qu'il ne serait pas temps d'arrêter ce travail de destruction? La nuit tombe, et vos hommes me semblei avoir besoin de repos. — Oui, citoyen, me réponditde ce ton que je connaissais : pour ce soir, nous noi arrêtons là. Nous reprendrons demain. — Vous reviendrez demain, et vous me trouverez là. »
Nous remontons vers la région de la lumière, mes deux employés précédant avec des flambeaux. Arrivés au haut de l'escalier des caves, dans le vestibule qui sépare la sacristie de l'église : « Capitaine, voudriez-