‹ Le clergé pendant la Commune, 1871Chapitre 9 sur 28 · S8 LE CLERGÉ · texte numérisé non relu

S8 LE CLERGÉ

de baïonnette lui fit un trou dans la bouche, puis il y ajusta une pipe tout allumée. Ce furent des trépignements frénétiques, de véritables transports d'allégresse... Encouragé par cette bruyante approbation, le fédéré procéda au déboulonnement de l'Enfant Jésus que la Vierge tenait dans ses bras. Oh ! alors la joie devint du délire. On riait à se tenir les côtes. Les titis criaient à ce maître farceur : Passez le gosse par

ici, on veut Tembrasser... Ouvrez-lui la g pour

voir s'il a fait ses dents... Enfin, le fédéré embrocha l'Enfant Jésus *et le promena dans la salle au bout de sa baïonnette où il fut bientôt brisé et déchiqueté. Jamais épisode ne sembla plus réjouissant... »

Le 3 mai, raconte un témoin, j'ai été, par curiosité, assister à l'inauguration du club de la Révolution sociale, dans l'église Saint-Michel, à Batignolles. J'ai rarement vu un spectacle plus bête. Beaucoup de femmes, quelques hommes affectant de garder leur chapeau sur la tête. Des enfants piaillaient; des membres de la Commune, ceints de l'écharpe rouge, faisaient les importants au banc d'œuvre. Quatre ci-

toyens, assis autour d'une table placée précisément en face de la chaire, représentaient le bureau. Le président sonna et resonna pour obtenir un peu de silence.

La séance est ouverte.

L'orgue entonna la Marseillaise^ que tout le monde accompagna à Tunisson; voix criardes des femmes, basses profondes des hommes, voix glapissantes des enfants: un vrai charivari I

Successivement, quatre orateurs se montrèrent dans la chaire, à laquelle on avait suspendu une grande loque rouge qui flottait sinistrement à la lueur des lampes : « Au lieu de paroles de mensonge et d'abrutissement, vous allez entendre des paroles de vérité et d'émancipation. » On applaudissait; quelques goguenards buvaient de la bière derrière le bénitier, tout en fumant leur pipe. Un d'eux cria : « En avant la musique ! » L'orgue joua le Chant du Dépavtj et l'assemblée se mit à braire de plus belle.

Un orateur se démenait : « Il y a assez longtemps que nos oppresseurs iont la nuit autour du peuple, sans lequel ils ne seraient rien. Je demande de la lumière; il faut que chacun de nous connaisse ses droits et les lasse respecter. Notre tour est venu; la clef de voûte du monde moderne, c'est le prolétaire. Aussi, je pro-

pose que les séances du club de la Révolution socia] soient quotidiennes. » {Approuvé.) — « Demain, traitera d'une importante et grave question, qui s pelle la méditation de tous les patriotes : La femtn par l'Eglise et la femme par la Révolution. » (A^ prouvé.) — L'orgue intitti gable reprit h Marseillaise, et chacun sortit de l'église en chantant : « Aux armes, citoyens! »

A la Salle Molière, il y avait un club (1) qui exid tait déjà pendant le siège. Comme la salle n'était [ assez ^ande pour y traiter les problèmes de la régi nération sociale, on transféra ce club dans l'églis Saint-Nicolas-des-Champs, afin de pouvoir « y trait* de l'athéisme et anéantir par la science les vieux pH jugés et les ^rmes que la séquelle jésuitique a su îd filtrer dans la cervelle des pauvres d'esprit », coma le disait un rédacteur du Cri du Peuple.

Dans l'église Sainte- Marguerite, tous les deux femmes ceintes d'écharpes rouges venaient p

(1) « Les clubs, écrivail ud membre de la Commune, sont les auxiliaires delà Commune; c'esl d'eux que doiveat jaillir les idées que la Comiiiune a miisioa de réaliser, v

Ut

rorer, eu chaire, sur la révolution et l'émancipation des femmes.

Les bons citoyeus. la casquette sur l'oreille, applaudissaient à tout rompre ces tristes créatures. Quand elles avaient fini de lancer leurs élucubrations, plusieurs citoyens circulaient dans la foule des auditeurs et vendaient le Prolétaire, journal vraiment infect.

Lu 27 avril, la Commune, dans une séance présidée par Allix, décrète la destruction de la chapelle comtnémorative de l'avenue d'Italie, qui offusquait les yeux des bons communards.

On se souvient qu'en juin 1848, le général Brêa, accompagné de son aide de camp, le capitaine Mangin, ayant cru ù l'honneur des insurgés, lurent massacrés par des bandits. En expialioii de ce lorfait, on avait élevé cette chapelle commémorative. Cela ne pouvait durer. C'était probablement la justice du peuple qui avait déjà privé de vie d'infimes réactionnaires (t).

Aussi le patriote Lko Meillet, citoyen délégué du

(1) Serizier arait déjà fait prucéJer & une vente h Toucan des objets que reutermait la chapelle Bréa. II fut trop brutalemeot UTèlé dans soa action par l'eulrée des troupes Trançaises.

XIII» arrondissement, propose à ses collègues l'adop^l tion du décret suivant :

« La Commune de Paris, considérant que l'église Bréa, située à Paris, 76, avenue d'Italie, est une insulte permanente aux vaincus de juin et aux hommesl qui sont tombés pour la cause du peuple,

« Décrète :

w Article 1". — L'église Bréa sera démolie.

)> Article 2, — L'emplacement de l'église s'appel- I iera place de Juin, n

Et, comme si ce n'était pas assez de ce décret, j VÈsiNiER (le célèbre Racine-de-Bois) proposa et Gi% voter l'article suivant :

« La Commune déclare, en outre, qu'elle amnistie ] le citoyen Marin, détenu depuis vingt-deux ans à I Cayenne, à la suite de l'exécution du traître Bréa. La 1 Commune le fera mettre en liberté le pins tôt pos- I sible. »

Ce plus tôt possible est charmant! Heureusement 1 que la route était longue entre l'Hôtel-de-Ville et 1 Cayenne !{1)

(i) Le citoyen Vëstntei', un bossu d'aspect très peu sâdaisant, j vient de publier un volume sur la Commune. Il est vraiment I triste de voir des chefs de ce sinistre régime oser encore parler I de leurs sinistres eiploits.

Le 27 avril, un commissaire de police de la Commune vint signifier au curé de la nouvelle église de Saint-Pierre de Montrouge que l'Eglise était confisquée comme lieu de réunion pour la garde nationale.

Le brave curé discuta longtemps avec les fédérés qui de guerre lasse voulurent bien autoriser les catholiques à venir une fois par semaine, le dimanche, pour entendre la messe dans la crypte souterraine. Il était entendu que les fidèles devaient entrer par une porte de service. On se serait cru revenu au temps des catacombes.

Les églises envahies ne furent pas toujours prises sans difficulté. Il y eut bataille à Saint-Sulpice, et les femmes y furent vaillantes. L'église avait été respectée, on ne sait pourquoi, lorsque le 11 mai, dans la matinée, vers huit heures, elle fut entourée par les fédérés qui en gardèrent les portes. Le motif de cette invasion était la soi-disant existence d^un télégraphe

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T.E CLERGÉ PKNDATiT LA COMMtlNE

aérien qui placé sur une des tours, correspondait directement avec Versailles, et transmettait à la réaction des renseignements sur l'état des forces militaires lie la Commune. On eut quelque peine & faire comprendre au commandant des fédérés qu'il n'existait plus de télégraphe aérien sur les tours depuis l'adoption de la télégraphie électrique, c'est-à-dire depuis plusieurs années.

A neut heures, raconte M. Maxime Du Camp, les portes de l'église furent rouvertes; mais comme oa redoutait encore quelque alerte, on alla trouver le délégué siégeant i la mairie du VI" arrondissement pour le prier de faire en sorte qu'un tel scandale ne se renouvelât pas.

Le délégué lut peu poli et encore moins rassurant : « Faites vos simagrées dans le jour, si cela vous convient, et abrutissez les vieilles bigotes; mais le soir l'église est au peuple, et dès aujourd'hui nous y établirons un club. »

C'était le mois de Marie dont les exercices étaient assidûment suivis par trois ou quatre mille personnes qui se réunissaient pour prier ensemble et pour écouler la parole de M. Hamon, curé de la paroisse. Le délégué avait tenu parole ; le soir, l'église était ceinte d'un

Un Jeune homoie de dix'huit sas qui avait voulu arrêter u pélroleuse, fut tué par celle-ci... (Page 159.)

cordon de troupes ; des sentinelles étaient placées aux portes.

Les femmes, leur livre de messe sous le bras, rassemblées sur la place, s'agitaient et disaient : « Nous entrerons. « Lorsqu'elles se virent assez nombreuses pour vaincre la résistance des fédérés, elles marchèrent résolument vers l'église. On croisa les baïonnettes contre elles, en leur criant : « On ne passe pas 1 » Elles répondirent : « Baste 1 vos fusils ne nous font pas peur et nous passerons malgré vous. »

Elles le firent comme elles le disaient et pénétrèrent dans l'église. Les fédérés, les clubistes, se jetèrent derrière elles. Déjà elles étaient maltresses du terrain et remplissaient les trois nefs. Les fédérés crièrent : Vive la Commune ! Les femmes, surexcitées au plus haut point, répondirent : Vive Jésus-Christ ! Les curieux étaient accourus; la vaste église était trop étroite pour la masse du monde qui s'y entassait. Un éclair de courage passa sur cette foule d'où s'éleva une énorme clameur : A bas la Commune 1 Les fédérés ne se sentirent pas en force et se retirèrent. Derrière eux on ferma les portes; mais ce soir-là il n'y eut ni exercice religieux, ni réunion politique. On était fort troublé dans le quartier ; les maris sermonnaient leurs

femmes. « Tu vas nous compromettre ! » Les femmes tenaient bon, se jurant entre elles de défendre lev.fi église et de ne point la laisser souiller par les vileniei communardes.

Le lendemain, 13 mai, vers sept heures et demie dnl soir, les femmes étaient installées dans la grande nei et priaient, lorsque des hommes accompagnés de fédé*' rés en armes apparurent et leur ordonnèrent dn déguerpir parce qu'ils avaient besoin de l'église pour| y établir une réunion publique.

Les femmes ne bougèrent pas : le visage penché veral leur livre de prières, elles firent effort pour ne point'l entendre les injures, les obscénités qu'on leur criait! aux oreilles. Le nombre des clubistes augmentait : ils4 firent une poussée contre les femmes et entonnèrent la Marseillaise. Les femmes, tassées les unes contrâj les autres, ripostèrent en chantant le Magnificat et l»! Parce Domine. Deux voyous en blouse, coiffés d'une! casquette ravalée, hardis et adroits, escaladèrent la.l chaire et y déployèrent une écharpe rouge en criant : I Vive la Commune ! Les lemmes agitèrent leurs mouchoirs en guise de protestation, et, comme la veille,' crièrent : Vive Jésus-Christ ! Ce fut en vain, i'Egli« était envahie : les pauvrettes, malgré leur courage,i^

n'avaient point été les plus fortes. Elles eurent beau continuer à chanter les litanies, le club s'installa; il y eut un président, il y eut des assesseurs ; un orateur surgit à la tribune :

« Il faut étriper les nonnes, les jésuites et les curés ; il faut les flanquer à la porte de cette baraque pestilentielle, que le peuple saura purifier; il faut leur enlever nos femmes et nos enfants qu'ils corrompent, qu'ils abêtissent et qu'ils font servir à leurs orgies. » Cette fois les femmes de Saint-Sulpice étaient vaincues ; elles abandonnèrent la place à la libre-pensée.

On connaît le couvent des Carmélites qui se trouve avenue de Messine. La façade où dans une niche se tient une mignonne statuette de la Vierge Marie contraste avec le luxe élégant des autres maisons bourgeoises de Tavenue.

Le 17 mai, un Polonais, Mekexski (Jules-Charles), gamin de vingt-six ans, métreur-vérificateur, bombardé commissaire de police du quartier de l'Europe, envahit le couvent. Comme tout bon communard dont la bravoure laisse toujours à désirer, il s'était fait

accompagner de deux cent vingt hommes. On voulait,.' paralt-il, arrêter un prêtre qu'on savait bien ne | trouver.

Le prétexte réel était la perquisition et le vol.

Les Carmélites avaient mis en réserve des provi- 1 sions pour les mauvais jours. Les communards, qui avaient toujours une soil el une fringale intenses, tombèrent là-dessus comme de pauvres afiamés. Plusieurs sortirent en faisant des lignes courbes (la lignes droite étant peu connue des jambes des fédérés, surtout \ les jours de perquisition).

Et comme le prêtre que l'on cherchait pouvait êtreJ caché dans les chapelles, les chapelles furent fouilléeu Bien entendu que les objets de prix, a signes désastreui de la religion réactionnaire », furent enlevés preste*5 ment au nom de la fraternité.

Le citoyen Montréal, commissaire de police du quartier des Champs-Elysées, athée frénétique qui avait accompagné son collègue, ne tarissait pas en i jurons et en propos inconvenants.

Il encourageait les hommes dont les fumées des vins et la bonne chère avaient encore davantage abruti le cerveau.

Comme on était, bien entendu, matérialiste, et qu'on i

voulait prouver aux Carmélites qu'elles n'entendaient rien aux progrès du dix-neuvième siècle, les ignobles personnages mangèrent les hosties consacrées « pour rire » comme dit l'un d'eux (1). La moitié d'entre eux s'en allèrent ivres-morts.

Le même jour, le 159"* bataillon fédéré envahit l'église de Notre-Dame-des- Victoires. Tout fut saccagé, les objets précieux volés. On avait fait venir du vin de chez le marchand de vin qui est au coin de la place, près des bureaux de la Gazette de France^ et on s'était installé dans l'église. L'odeur acre du sau- .cisson à l'ail et du cervelas remplaçait lodeur délicate de l'encens, et les chansons obscènes et grivoises, les gestes ignobles, remplaçaient les cantiques et les gestes de bénédiction faits au nom du Christ.

Plus de quatre cents bouteilles vides, cassées pour la plupart, restèrent sur le pavé. Les grandes victimes de la Commune sentaient toujours l'odeur du mastroquet (2).

(1) Conseil de guerre, 11 mai 18T4. Procès Mekenski.

(2) L'abb6 Lamazou a raconté à ce sujet que les agents de la Commune ataient fait grand scandale d'une tète ^de jeune fille,

On avait cassé des halles sous les yeux attentifs de I cet idiot de Prûtot, le délégué à la justice. On pensait! trouver là des cadavres portant la trace des crimeal abominables du clergé. M. de Benque, secrétaire dul conseil général de la Banque qui se trouvait ta et quïl souriait devant l'air stupîde de ces brutes, fut arrêté et retenu cinq heures à la sacristie. Enfin il fut relâché parce qu'il était de la Banque et qu'on pouvait avoir .> besoin de lui (quelquefois on était diplomate Commune I)

Trois vicaires qui se trouvaient là et qui priaient la Sainte Vierge (crime impardonnable aux yeux di9 délicat Protot!) furent saisis avec la délicatesse quq caractérisait les fédérés et envoyés à l'ombre de Mazad (il faisait trop chaud dans ce mois de mai t) Une de ces bêles (plus bête que méchante), qui se trouvait làJ Là. VALETTE, membre du comité central et qui était eqj temps ordinaire « réactionnaire », et plombier-gazien (ouvrier!) voulut montrer qu'il n'était pas méchai^

eu état de parfaite conservalion, trouvée à Notre- Dame -des- Vie toires et connue de loua les fidèles pour une télé en cire reprâsentant sainte Aurélie, Afin de faire retomber sur le clergé lii chAtïment de lous ces crimes imaf^inaires, ils avaient dévasté l'ëgliae el condumné les prêtres qui s'y trouvaiunl aui plus i(;nobIes Irù lemenlfl.

(parfois les bêtes ont du bon). II cacha dans sa voiture un abbé, un médecin, et le maître de chapelle de Téglise qu^il sauva ainsi.

L'église Saint- Augustin fut fermée le 18 mai. Un vicaire, qui se trouvait dans l'église, fut saisi et emmené à la Préfecture, ainsi que Torganiste, qui avait vraiment mal choisi son jour pour venir accorder son orgue.

Les fédérés le prirent, trouvant que la capture d*un seul vicaire était trop peu de chose.

Une autre maison, raconte M. Maxime du Camp, fut cruellement visitée par un des adjoints à la mairie du XII* arrondissement, Jules-Ambroise Lyaz, connu sous le sobriquet de Bon-Cœur, et qui était alors âgé de cinquante-six ans; c'est Torphelinat Eugène- Napoléon, situé entre le faubourg Saint- Antoine et le boulevard Mazas, et spécialement consacré à Téducation des jeunes ouvrières. Ce Lyaz, qui était clerc

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d'huissier, aimait Fenouillas et paraissait digne de le ' comprendre.

Ils étaient ensemble après le 18 mars et s'emparèrent de la mairie, où leur premier soin (ut de faire j venir dix mille irancs que l'on ne retrouva plus. En | qualité d'adjoint, Lyaz surveillait les maisons d'enseignement, visitait les écoles, et visitait surtout les poches des Sœurs. Cela ne l'empêchait pas de s'occuper de stratégie : son plan consistait à faire sauter le pont-viaduc de Bercy et à incendier le quartier.

Le 29 avril, Lyaz vint prendre possession de l'orphelinat : ceinture rouge, revolver au côté, mine ré- , barbatîve. Il y avait là trois cents orphelines que des ' Sœurs gardaient de leur mieux. Ordre à toutes « les nonnes d'avoir à décamper, et plus vite que ça ». Les pauvres femmes se préparèrent à obéir et voulurent emmener leurs élèves avec elles. Cela ne faisait pas le compte de Lyaz. dit Bon-Cœur, qui s'y opposa. Les Sœurs, fort énergiques, eurent avec ce conquérant d'orphelinat une altercation extrêmement vive. Elles furent chassées et réduites à laisser dans le bercul, qui allait devenir une porcherie, près de cent pauvres enfants dont le sort n'était plus douteux.

On vit là le respect que le peuple a pour les filles du peuple.

Lorsque, après la défaite de la Commune, les Sœurs accoururent dans leur maison souillée, elles jetèrent un cri d'horreur en revoyant leurs élèves. « Cinq d'entre elles étaient presque aveugles par suite d'ophtalmie purulente; d'autres agonisaient ; quarante-cinq étaient couvertes d'un mal affreux à la tête » (1). Quand les communards parlent de la Commune, ils disent : « Ah ! c'était le bon temps! »

Le 23 mai, alors que les troupes étaient déjà, dans Paris, SÉRiziER, que la nouvelle rendait furieux, fit envahir l'église Saint-Médard par des fédérés. Ceuxci s'empressèrent de faire main basse sur quelques objets de prix. Ils découvrirent deux vicaires , MM. Picou et AssELiN de Villequier, ainsi qu'un bedeau, qu'ils brutalisèrent et qu'ils conduisirent à Sainte-Pélagie. Inutile de dire que des pierres, des

(1) Procès Girault, débats contradictoires, 5^ conseil de guerre, 13 notembre 1877. — Procès Fenouillas, Ponlillon et Lenôtre, débats contradictoires, 5« conseU de f^uerre, 1^' juillet 1872. — Procès Lyas,4ébat8 contradictoires, 3* conseil de guerre, août 1877.

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crachats, des insultes furent lancés à ces braves gens pendant le trajet. Heureusement que, le 26, les troupes arrivèrent à la prison, et ils en furent quittes pour la peur.

C^est par miracle que la Sainte-Chapelle ne fut pas brûlée. Un incendiaire du sinistre Ferrk (1), nommé RiGAT, qui avait déjà mis le ieu au Palais de Justice, voulut allumer les mèches soufrées qui devaient enflammer le pétrole. Un tuyau de gaz ayant éclaté, il lut renversé par Texplosion et ne put mettre le feu. L'admirable Sainte-Chapelle fut conservée intacte au milieu d'un océan de flamme, grâce aux efïorts des pompiers venus des environs de Paris.

On pillait et on volait tout l'argent que l'on trouvait

(i) Ce Ferré n*était qu'un violent imbécile, un athée frénétique et bête. Au moment de mourir, il écritait à sa femme pour lui dicter ses dernières volontés : c Bien entendu, aucune cérémonie religieuse ; je meurs matérialiste^ comme j'ai vécu. » Et immédiatement, sans transition, il ajoutait : « Porte une couronne d'immortellea sur la tombe de notre mère. » Est-ce assez bête?

chez les congréganistes. Citait la règle. Le directeur de l'Assistance publique, le citoyen Treilhard, en avait donné l'ordre :

« Ki avril 1871.

» Au citoyen commissaire, rue des Feuillantines^

» Vous êtes chargé par la Préfecture de prendre possession, pour le compte de TAssistance publique, de toutes les sommes, fonds, titres et valeurs que vous découvrirez, par une perquisition complète, dans l'établissement des Sœurs tenant la maison de secours, rue de TÉpée-de-Bois. Tous les objets trouvés doivent être par vous remis à la caisse de l'Assistance. »

A la fin d'avril, le maire du V' arrondissement, le vétérinaire Regère^ membre de la Commune, rendit un arrêt vraiment burlesque :

u 24 avril 1871.

» Au nom de la liberté de conscience^ »

» II est interdit à l'instituteur de mener ou de faire

conduire les enfants àTéglise, au temple ou à la synagogue; il lui est interdit de faire ou de faire faire des répétitions de catéchisme, ou de donner des dispenses pour aller aux enseignements religieux. »

Et cet arrêt, remarquez-le, était lait au nom de la liberté de conscience.

Est-ce assez cynique?

A travers les plus sinistres faits, la bôtise communarde amenait parfois des éclats de rire. Les clochers des églises étaient employés comme observatoires ; on y braquait des jumelles, des longues-vues, on cherchait à découvrir les monuments des terribles Versaillais.

A la date du 21 avril, le curé de Téglise Saint-Sulplice reçut une lettre ainsi conçue :

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