‹ Le clergé pendant la Commune, 1871Chapitre 18 sur 28 · L. 1^' l'Ji · texte numérisé non relu

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■ Conlre cette muraille qui semble en deuil on range les otages, ^H

■ Mgr Darbo}' le premier. (Page 271.) ^^

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Six corps, les corps de six martyrs tombèrent, pen dant que Mégy, toujours ricanant, dit : « La justice du peuple est satisfaite I »

Quelques fédérés firent des pieds-de-nez et on revint an greffe (1).

A l'heure môme où se consommait le martyre, un jeune prêtre du clergé de Paris, caché dans une chambre où il avait élevé un autel, comme aux plus sombres jours de la Terreur, priait pour Tarchevêque. Tout à CQup il vit le linge blanc de Tautel se tacher de gouttelettes de sang. C^était le moment où les martyrs rendaient le dernier soupir! (2).

(i) Après ce crime impardonnable, un des assassins disait aux gardiens Pinet et Bourguignon, en leur montrant un pistolet : « Voyez, il est encore fumant; je viens de m*en servir pour donner le dernier coup au fameux archevêque. » Un autre disait on quittant le lieu du crime : <c Cette vieille canaille de Darboy ne

voulait pas c ; il s*est relevé trois fois, et je commençais à

avoir peur de lui. »

En revenant du chemin de ronde, Tun des assassins du peloton d'exécution disait aussi à un de ses compagnons, en parlant de M. Bonjean : u Tiens, as-tu vu comme le vieux s'est relevé? U a fallu qu'on l'achève 1 w

(2) Je cite sans commentaires ce passage de la déposition de Dacosta devant le conseil de guerre.

Les cadaTres» se rùdissant dans une mare de sang, lestaient étendus au pied de la muraille jnsqpi^an milieu de la nuit.

A deux heures da matin» le brigadier -Ramain, Vérig et dnq antres canailles Tinrenti arec des lanternes, pour dépooiller les corps mntilés par les balles. On déchirait les vêtements afin d*aller plus vite. Vérig passa la croix pastorale autour de son cou. On donnait des coups de pied aux cadavres en les traitant de canailles.

Au petit jour» on mit les corps de TArchevôque (1),

if. le président, — Vous n'avez plas enteDdu parler des otages?

Le témoin. — J'en ai entendu parler pour la dernière fois le 27, à la mairie du XI* arrondissement. Gambon dit à Rantier :

— Eh bieni et les otages?

Ranvier lui répondit :

• Ils sont tous nettoyés, t

(I) c Les gardiens, raconte fabbé Lamazou, m'aTaient appris ^*avant de jeter les corps sur la charrette, on les avait frappés à coups de cros&e de fusil et dépouillés de quelques-uns de leurs ^(Hements, qui furent brûlés à Tendroit même de rexécution. Deux fois j*ai pu m'assurer de l'exactitude de ce dernier détail. 4*ai également constaté qu*en remontant aux chambres des six fkulUlés les assassins avaient volé leur argent et jeté au feu leurs

de M. BoDJean et du curé de la Madeleine dans une petite voiture à bras, on les jeta à la fosse commune du cimetière du Père-Lachaise. On fit un second voyage pour emporter les restes des Pères Clerc, Ducoudray et de Tabbé Âllard.

Les cellules des martyrs furent fouillées et les assassins s'emparèrent de ce qu'ils purent trouver (!)•

papiers et leurs livres. Quelques semaines après, on voyail encore dans une des armoires du Yestibule de la Roquetle un bréviaire à moitié brûlé. G*est ainsi que la Commune respectait les dernières volontés et dispositions testamentaires des otages.

(1) Les assassins avaient de l'argent.

Amable Trinquet, pharmacien, interne & la Roquette, a déposé ainsi devant le conseil de guerre.

D. Vous étiez à la Roquette le jour du meurtre? ~ R. Oui, le 27 mai, le jour de la sortie des condamnés, enûn les 24, 25, 26 et 27.

D. N*avez-vous pas entendu dire que chacun des assassins avait reçu 50 francs? — R. Oui, surlaplace, lesoirmèmede l'exécution.

D. Qui disait cela? — R. Des inconnus.

D. N'avaient-ils pas de chefs au moment du crime? » R. Non, ils disaient : « Ce sera toi, ce sera toi ! »

D. Y avait-il des membres de la Commune? — R. Oui, au moins un, et un délégué.

D. Les avez-vous reconnus?— R. Non, j'étais au troisième étage de la prison.

D. Avez-vous vu ce qui se passait dans le chemin de ronde? — J'ai entendu un feu à volonté.

D. Avez-vous vu l'archevêque ce jour-là? — R. Oui, il était souffrant et je remplaçai le médecin. U me dit qu'il souffrait d'une maladie intestinale.

Et quand, au petit jour du dimanche 28 mai, le surveillant Latour ouvrit la porte d'entrée aux fusiliers marins et qu'il s'écria : « Voici la France I » il sembla à ceux qui restaient que c'était un envoyé de Dieu qui arrivait (1),

Et lorsque le colonel de Plas, qui commandait le détachement, demanda : « Et Tarchevêque, et M. Bonjean, où sont-ils? » et qu'on lui répondit : « Fusillés », une larme vint mouiller sa rude paupière, et les soldats présents firent entendre de sourds murmures de douleur et de vengeance.

Le colonel de Plas demanda de suite où étaient les assassins. On lui dit que peut-être on trouverait VÉRIG. On alla à la demeure de cette canaille; il était chez lui, déjà, déguisé en terrassier, rasé de frais, le visage souriant, comme quelqu'un qui a la conscience tranquille.

On le ramena à la prison, où sa contenance fut moins souriante; il se débattit, jura, mordit. On lui

(1) M 28 mai... La brigade Langourian, traversant la place du Trône, suit l'avenue Philippe-Auguste, enveloppe la prison de la Roquette à cinq heures du matin, et délivre les otages au nombre de cent soixante-neuf. Les insurgés en avaient malheureusement fusillé soixante-quatre l'avant- veille. » (Rapport du maréchal de Mac-Mahon sur les opérations de l'armée de Versailles.)

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mit une camisole de force, et, le poussant dans le chemin de ronde où il avait poussé de si malheureuses victimes, on le fusilla à son tour. C'était la justice des hommes, en attendant la justice de Dieu!

On ne voulait pas croire à la mort des otages. Ces crimes atroces semblaient inadmissibles. Quand l'abbé Lamazou, vicaire de la Madeleine, miraculeusement sauvé de la Roquette, vint à la Madeleine, personne ne voulait le croire.

« Personne ne connaît, a-t-il dit, et, chose plus étrange encore, presque personne ne veut admettre rhorrible mort de Mgr Darboy et de M, Deguerry. Mes deux confrères présents à la Madeleine expriment les mêmes doutes, opposent la même incrédulité. Lorsque, à Toffice des vêpres, je me prépare à monter en chaire pour recommander les victimes aux prières des fidèles, ils me conseillent de différer cette démarche, dans l'espoir que la fatale nouvelle ne se confirmera pas.

» Je l'avais apprise à plus de cent personnes, avec prière de la communiquer, à leur tour, aux autres pa-

roissiens de la Madeleine; et voilà qu'au moment où, en termes émus, mais sobres et mesurés, je demande aux Qdèles réunis au pied des autels des prières pour le pasteur du diocèse et le curé de la paroisse indignement fusillés, le mercredi 24 mai, à la prison de la Roquette, un cri de douleur et d'horreur s'échappe de toutes les poitrines; hommes et femmes se lèvent en désordre, comme pour protester; les fidèles les plui respectueux, les plus graves, semblent un momeni perdre la tête, et, parmi les paroles qui se croisent en (ace de la chaire, j'entends dominer celles-ci ; « Non. non ,ce crime n'est pas possible!

le

Quelques jours après l'ignoble massacre, on retrouva J à la mairie du XI* arrondissement, le procès-verbal da l'exécution des six victimes. Il est rédigé en termes d'un laconisme sinistre :

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