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COMITE DE SURETE GENERALE

» Aujourd'hui, 24 mai 1871, à huit heures du soir, les nommés Darbot (Georges), Bonjean (Loiûst

PENDAKT LA COMMUNE 281

Bernard), Allard (Michel), Du Coudrai (Léon), Clerc (Alexis) et Deguerry (Gaspard), ont été exécutés à la prison de la Grande- Roquette.

» Commune de Paris.

M Cabinet

du

Chef.

» Sûreté générale. — Police municipale. »

Le 27 mai, sur une fausse alerte, la Grande-Roquette fut dégagée. Les domestiques dirent aux otages de la quatrième section : « Mais sauvez-voiLS donc vite! » Vingt-trois d'entre eux descendirent, malgré les exhortations de leurs compagnons qui leur criaient que dehors ils seraient tués.

Il y avait parmi eux sept laïques et seize ecclésiastiques. Mgr DE SuRAT (1); le P. Houillon, mission-

(i| Un gardien de la Roquette, qui a é'é témoin forcé de ces ignominies, déposa ainsi devant le conseil de guerre :

« J*ai aussi été témoin du massacre de quatre otages : Mgr de Surat, le curé de Bonne-Nouvelle, M. Chaulieu, le P. dcTercy. On voulut d*abord les fusiller dans une maison, puis on se décida à les exécuter ailleurs. Je dois dire que les enfants de la Roquette ' avaient été armés, les plus grands de chassepots, les autres de bidons de pétrole.

naire en Chine; l'abbé Bécaut, curé de Bonne-Noavelle, et un employé des prisons, M. Chaulieu, firent route ensemble (1).

Mais bientôt îls furent arrêtés, fusillés par des lemmes et déjeunes détenus (2).

■ Mgr de Surat essaya un moment de se sauver, mais les détenus le ratirapèreat. Une femme réclama l'honneur de le tuer et chercha à le frapper de son pnignard. La victime étendait ses mains pour se défendre. Voyant qu'elle pe pouvait le frapper, elle prit un revolver. Il le mit a genoux : » Oh! mademoiselle, gr&ce I ■ grAcel — Tiens, dit-elle, t'en voilà unel n El, faisant un geste ignoble, elle lui brûla la cervelle. Un détenu s'empara de ses souliers; on lui prit aus!^i trois cents francs en or et les bijoux qu'il avait sur lui. " [Profonde nensatioa dans l'auditoire.)

((} Le 27, le témoin Pinet, sous-brigadier à la préfecture de police, vit Ferré à la Hoquette, devant la porte du ^relTe.qui oarrait en donnant des ordres parmi des gens de mauvaise mine.

A la même date, le délégué b. la police fit dèliver les malfaiteurs détenus dans la prison en leur donnant des armes ; ces derniers s'associèrent alors nu grand nombre de prisonniers, panni lesquels se trouvaient soixante-six gendarmes. Cependant, les prisonniers qui vivaient encore résolurent de se défendre; lei meurtriers se reculèrent, mais Ils tendirent uu piège en promettant la libcrlÉ et en criant : u Vjve ta lignel n Les abbës de Sara, Bécautet Bouillon et le sieur Cbaulieu furent victimes de cette trahison. Ferré est complice de ces assassinais; le pièce fut organisé par lui, car il donna l'ordre écrit à Damain de faire sorU|iM les otages. La conséquence de cet ordre prouve bien l'intentiot qui l'a dicté.

[DéposiUon devant le conseil de guerre.)

(2) Si

veut VI

c quelle rajje la tuerie s'effectua, il i

Le vicaire général Bayle, le curé de Saint-Séverin purent se cacher dans des maisons. D'autres retournèrent à la prison, où on les cacha à Tinûrmerie.

Le massacre de la rue Haxo fut le massacre le plus long et le plus atrocement combiné par la Commune aux abois.

Le 25 au soir, le brigadier Ramain s'écrie qu'il lui fallait quinze otages. Il appela trois jésuites ; le P. Olivaint, supérieur de la maison de Sèvres, le

de lire le procès-verbal du docteur Golombel, qui a fait Tautopsie du corps de Mgr de Surat :

« Je soussigné, docteur en médecine de la faculté de Paris, certifîe avoir fait la levée et l'ensevelissement du corps de Mgr de Surat, protonotaire apostolique, archidiacre de Notre-Dame de Paris, le lundi matin 29 mai 1871, dans la cour de la prison de la Petite-Roquette, et avoir constaté que la mort était due & un coup de feu tiré à bout portant au milieu de la poitrine; la balle, pénétrant à la partie antérieure et médiane du thorax, avait son oriÛce de sortie dans un point parfaitement symétrique du dos. Après ce coup, sans doute, les meurtriers ont dû appliquer le canon du fusil sur Tceil gauche, et la balle, sortant par le côté opposé, avait entraîné les désordres suivants : l'œil gauche a disparu et toute la partie osseuse est broyée; un large lambeau des muscles de la face est pendant; la partie correspondante de la base du cr&ae est détruite et laisse à découvert la substance cérébrale; les os du nez, broyés, ne laissent aucune forme de cet or-

384 I,B CURGR

P. Cauhert, économe, et !e P. de Bengy (1), anciei aumônier en Crimée. Quatre Pères de Picpus, anciens missionnaires d'Océanie, l'abbé Sabatier, vicaire de notre Dame-de-Lorette, et l'abbé Planchât, directeur du patronage de Cliaronne, un jeune séminariste de vingt, ans, Paul Seig^neret, quatre otages civils ( trente-quatre militaires complétèrent le convoi, leur fit croire qu'on les menait à la mairie de Belleville pour leur donner des rations parce que les vivres commençaient à manquer (3).

gane; l'œil droit est encore adbËrent par aoa bord supérieue^ toute la partie iatêrieure de l'orbite, l'os de la pommette et Uid^ partie du temporal sont brisés; les muscles de la face sont d déchirés que do côté opposé, g Paris le niai IH71.

» Signé : 0' H. Colombkl, > ancien inlerne des hôpitsui de Padt. i> "

(1) lia gardien qui fait l'appel des condamnés ne peut lire es nom de Bengy. Le religieux s'approche, jette un coup d'œil sur la liste et dit simplement : • C'est moi! ■ El il suit les bourreaux au lieu du supplice.

<< Point de plaintes, ajoute le témoin, point de réclamation, > point de pleurs, point de recommandation, d'embrassement ni ■ de bénédiction, mais la simplicité, le calme, le silence qui imprin mèrent à cette scène le caractère le plus auguste et le plus so-

(2) Les débals du C° conseil de guerre chargé de j uger les Ai sins de Mgr Surat et de ses compagnons ont établi par de n breui documents l'épouTantable projet, con;u par les dernifl

MatgTÔ la faiblesse de l'escorte, nul ne pensait à s'échapper. Dans la première partie du trajet, les victimes rencontrèrent des visages sympathiques et quelques marques de pitié ; mais, à partir de la chaussée Ménilmontant jusqu'à la rue Haxo, les injures et les coups ne leur furent point épargnés ; on disait à. la foule que ces prisonniers faits sur les Versaillais avaient tiré sur le peuple. L'odieux Ranvier attendait les prisonniers devant la mairie ; il leur cria :

» — Vous avez un quart d'heure pour faire votre testament, si cela vous convient. «

chefs de la Commune, de mettre à mort tous les otages enfermés dana la grande et petite Roquelle. L'ordre fut plusieurs fois donné de les faire fusiller par les insurgés réunis autour des prisons.

Les dépositions des témoins devant le conseil de guerre sont nnanimes sur l'ordre donné par la Commune, dans la journije du 27, de mettre k mort les otages qui restaient a la Roquette,

fkon, sous-brigadier à la Hoquette, est appelé :

D. Vous éLiuic a la Roquette le 27 mai? Vous étiez charge des condamnés? —11. Oui.

Le 27, j'étais en irain de prendre mon café, le matin. J'entendis entrer des chevaux et je vis une troupe de gardes nationaux arriver. Je demandai qui arrivait. On me répondit : h C'est ferré HaX vianl prendre possession de la place. > L'aprËs-midi, il est arrivé une bande de fédérés qui ont empêché d'entrer ; ils ont pénétra h l'intérieui' avec des papiers à la main en demandant le reste des sergents de vil te et des gendarmes qui étaient internés. ■ lAtidience duSuoût.)

Voici la déposition faite au troisième conseil de guerre, par le

Toute la canaille du quartier arriva bientdt et Baa*! vier dit :

« — Allez me fusiller tout ça aux remparts. >> L'exécuteur de cet ordre sauvage était un nommé Gois, ditGrille-d'Egnut, repris de justice portant alors les galons du colonel. La toule chantait, criait, Jâtai^ des pierres aux victimes qui lurent poussées vers un*! maison en construction rue Haxo, 83, où siégeaieot encore quelques membres de la Commune, entre autres Varlin, qui essaya d'empêcher le carnage. On lui répondit : « Va doncl avocati » et il fut emmené de force. L'incendiaire des Tuileries, Benat, cria : A mort! et une cantînière commença le massacre, tandis que le dernier chet militaire de la Commune, Hîppolyte Parent, lumait son cigare au balcon.

Ce tut un prêtre qui tomba le premier. On obligeait les gendarmes et les soldats à sauter un petit mur haut de cinquante centimètres, pour les « tirer au vol «,

cUoyeo Caulet, directeur àa la prisoa de la Sanlé pendant la Commune :

M. le prisideiU. — Voui avez eu eatre lex mains ua ordre ùgaé Kerréî — R. Oui, monsieur le président,

D. Vous rappelez-vous comment Était ré<Ii(;£ cet ordre qui voui a été apporléT — R. Il élait conçu à peu près en ces termes : L«

CITOTKN DIRECTEUH DE LA SaNTÉ, AUSSITOT l'aRHLVÉB DES TROUPES DE

Versailles dans Paris, fkra PnocËDKB x i.'kx ËcunoN 0£s oTAcgs. ■

PENDANT LA GOMMONS %7

Les prêtres refusèrent de sauter; l'un d'eux dit : « — Nous sommes prêts à confesser notre foi, mais il ne nous convient pas de mourir en faisant des cabrioles. »

Cette boucherie dura une heure; cinquante-deux cadavres étaient entassés l'un sur l'autre et la moitié peut-être n'étaient pas morts. Pour mettre fin à leurs gémissements, on fit des décharges de fusils et de pistolet, on les piétina et à la fin un fédéré demanda : Allons, les braves, à la baïonnette ! Cette charge fut si bien exécutée, qu'un cadavre avait reçu soixanteneuf coups de fusil et que soixante-douze coups de baïonnette atteignirent le P, de Bengy.

Devant le 6* conseil de guerre, l'abbé Thomas, second vicaire de Belleville, a raconté ainsi le martyre du Père TuFFiER, de la société de Picpus : « Il y eut d'abord, dit-il, deux ou trois coups de fusil ou de pistolet, puis deux feux de peloton : mais c'étaient des feux de peloton qui n'étaient pas bien habiles, des coups détachés. Le Père Tuffier, — je crois que c'est lui, — lorsque la décharge a été finie, s'est relevé par

un mouvement convulsif et a cherché une issue potir s'évader ; il est allé contre le mur, mais comme quelqu'un qui est blessé à mort. Alors on a couru sur lai et on a déchargé un ou plusieurs coups de revolver ; je sais qu'il y en a eu deux ou trois qui ont tiré sur lui. Autant que je m'en souviens, Tun de ceux que j'ai relevés — et ce doit être lui — avait la moitié de la tête emportée. C'était un vieillard à cheveux blancs; il n'avait môme plus que quelques touffes de cheveux. Je me suis expliqué par cette décharge à bout portant Tabsence d'une partie du crâne. Alors il est tombé, od l'a remis sur le dos d'un coup de pied et, voyant qu'il râlait encore, on l'a achevé » (1).

Ailleurs des crimes aussi atroces avaient un dénouement lugubre.

Les Dominicains établis dans Técole d'Arcueil avaient unmauvais voisinage (2). Près d'eux était ins-

(1) Séance da 16 mars 1872.

(2) M. l'abbé Féron, vicaire à Saint-Gennain-rAuxerrois, a ainsi déposé devant le conseil de f^uerre et dit qu il était à l'hospice de Bicètre quand les Dominicains ont été arrêtés comme otages. « Ils ont été arrêtés à la maison d'Arcueil, conduits au fort de Bicètre ;

tallé rignoble Serizier, chef de bataillon de la garde nationale, le plus mauvais de Paris, le 101°; ce Serizier terrorisait toutTarrondissement et môme au delà. Depuis longtemps il avait des accès de v%ge rien qu'à voir la robe blanche des Dominicains. De concert avec une autre canaille de son espèce, Boin dit Bobèche, ils arrêtèrent les pauvres Dominicains et leurs domestiques, les amenèrent au fort de Bicêtre et dévalisèrent leur maison. Quand les fédérés furent obligés d'évacuer le fort, ils emmenèrent à Paris tous les otages au nombre de vingt-et-un, et les conduisirent boulevard d'Italie, à la prison du 9* secteur.

A une heure de l'après-midi, Serizier envoya chercher les Dominicains pour travailler à la barricade.

Ils répondirent :

cf II nous est défendu de nous battre. Nous sommes infirmiers et disposés à aller chercher les morts et nos blessés sous les balles. »

On les fit rentrer dans la prison, ils se confessèrent ; à quatre heures, les fédérés, qui sentaient l'approche

ils sont restés là dix-huit jours. J*ai fait des démarches pourten* ter de les sauver. Je répondais d'eux sur ma tôte. Je pensais que M. Léo Meillet les ferait mettre en liberté. Ils ont été ensuite transférés du c6té de la Maison-Blanche. »

Sdâ LE CLERGE

des soldats français, chargent leurs armes. Od venait de leur dire en effet que le Panthéon était pris, lière fusillé, la prison de la Santé délivrée, et qu'ï allaient eux-mêmes être bientôt cernés.

IL Ah 1 c'est comme ça, s'écria Serizier en fureu] il faut que tout le monde y passe ! Allons, des homm de bonne volonté pour casser la tète aux curés.

Il se présenta même des femmes et la tuerie coa) mença. Boindit Bobèche, chef de la prison, cria:

« Allons, les calotins, vite arrivez et sauvez-^ il n'est que temps; sortez l'un après l'autre, u

Le P. Cotrault sortit le premier et reçut une balle 1 trois pas de la porte en disant : Est-ce possible? Le Père Captier [IJ, prieur, dit à ceux qui le suivaient!

« Allons, mes chers enfants, c'est pour le Dieu! a

(1) La sollicitude du P. Captier. ea matlËre d'iDstroction i d'éducation, ne se renfermait pas dans les bornes de son coltëgo f" ellei'éteadait aux classes humbles de l'arrondissement de Sceaux. 11 fut heureux de prêter à la commune d'Arcueil, pour ses cours

d'adultes du soir, le concours de ses i ■ Praire de Jésus-Christ, s écriait-il un jour, j'aime c Maître a aimés, c'esl-à-dire les pauvres, et la voca retient au milieu des eufauts riches m'impose parfoii reux sacrifice de mes goûts tes plus chers. <• Ici, donnons la parole à un homme de cteur, b un de c«s rarea

professeurs, I que mon

a doulou-

Tous s'élancèrent à sa suite à travers la fusillade des fédérés, tandis que les femmes applaudissaient des fenêtres et que tous les spectateurs riaient aux éclats. Quelques-uns, plus alertes et plus heureux, échappèrent, maïs cinq religieux et sept employés restèrent sur place. Un des Pères respirait encore : Serizier ordonna froidement de l'achever : le cadavre reçut plus de trente coups de fusil ; le pauvre économe fut assassiné un peu plus loin.

Serizier allait chercher d'autres victimes dans sa geôle, qui contenait quatre-vingt-dix-sept prisonniers, il en avait déjà dressé la liste quand le 11.^' de ligne arriva, et l'infâme colonel fédéré se sauva le plus rapidement possible.

En arrivant les soldats ne trouvèrent plus que des

cadavres atrocement mutilés (1).

rfpublicains dont persooae n'a suspecté, ai la siacérilé des opinions, ni l'indépendance du caractère : « Je ne serais pas un lionnéto homme, nous disait M. Lavenanl, maire d'Arcueil. si je no rendais hommage au P, Captier pour l'intérêt constant avec lequel il s'occupe de l'améliorât ion du sort lie nos ouvriers. Tout ce qui tient a l'Éducation de nos enfants, à leur avenir, trouve toujours te chemin de son ciBur. >i A diverses reprises, pendant le sii-ge de Paris, M. Lavenant nous a tenu le mâme langage, oralement et par écrit.

(1) <' Ils se groupèrent prés de l'issue donnant sur Tavenue d'Italie. Bobèche se posta sur !e trottoir, ayant toujours son (Ils

Après la chate de la Commime le coi^ de l'arche- Tdqne fut embaumé et exposé sur on lit de puade, à TarcheTÔchét dans une chapelle ardente, da 1** an 7 juin. Une foule immense composée de 'personnages de tout &ge, de tout sexe et de tonte condition, dtôla

anprta de lai ; H l'adrena anx Ptow de SainM>omiiii(iaa et losr Orit : < Sortn l'un aprts l'sutre ! » Le premier qui s'avança fut le Pèn Cotranlt; U n'init pas fait trois pas qu'il était frappé d'une balla; U lan lu bru -nts le ciel, dit : » Est-il possible? * et tomba. Le Pin CtpUer h toriroa vers s^es compagnons, et d'une votx M> donw, mùi trta ferme : i Alloas, mes enfaots I pour le bon Dirai ■ Tons à m traite s'élauL-ërenl ea courant à travers la ftiiillade. Une des femmes, la pins jeaae, une petite blonde asiei jolie, s'était jetée aa milieu de ta chaussée, au risque de receroir des coups de fusil ; elle chargeait et déchargeait son chassepot, criant : « Ah I les lâches, ils >e sauvent I » Ce ne fat pas une boaoherie, ce fut une chasse. Le pauvre gibier humain se httait, se cachait derrière les arbres, se glissait le long des maisons ; aux fenêtres, des femmes upplaudi s salent ; sur les trottoirs, des hommes montraient le poing à ces malheurens ; tout le monde riait. Quelques-uns plus alertes, plus favorisés da sort que les autres, purent se prteipiter dans les rues latérales et échapper à la fusillade; cinq Dominicains, sept employés da l'école furent abattus presque devant la chapelle Bréa; nn d'eux, secoué par na mouvement ^pasmodiqne, agita la lete. Seriiier cria : ■ Tim, mais tiret donc, ce gueui-là giouille encore !» On se hAta de lui obéir ; le cadavre reçut (rente-^t-un coups de fasil. ■

{llAinu Do CuF.)

PEKDANT LA COSIMDISE

dans la chapelle du palais épiscopal pour jeter im der nier regard ému sur les traits du pauvre archevêque martyr que Ton avait tant aimé pour sa charité chrétienne, sa cordialilé, sa bonté infinie et douce pour les humbles et les pauvres.

Le 18juillet le R. P. Perraod, derOratoire, prononçant sous les voûtes de Notre-Dame l'oraison lunèbre du martyr Mgr Darbot, terminait ainsi par ces belles paroles son admirable discours et montrait quel devait être l'enseignement des martyrs :

■1 Oui, s'écriait-il, il faut se décider entre le Christ et la Révolution ; entre l'Evangile, seul fondement de la justice sociale, et des utopies menteuses qui n'ont amoncelé que des ruines.

B Oui, il est temps de choisir entre ceux qui viennent et ceux qui tuent ; ceux qui tuent au nom de la liberté, de la fraternité universelle, de la civilisation, du progrès, et ceux qui viennent victimes comme le Christ et, comme le Christ, aimant, bénissant, pardonnant jusqu'au dernier soupir.

» La mort des martyrs, disait saint Jean Chrysostome, c'est ta condamnation et rignominie du démon ; c'est en même temps la confirmation du christianisme, le fondement de la confiance de l'Eglise,

LE CLEKGÉ PEnDANT LA COMNONE

l'école de la sagesse, le principe et la source de toœ les biens.

» Oui, il en est et il en sera ainsi.

B Ces scènes, qu'on a si justement appelées n un mystère effroyable d'iniquité », sont tout simplement la logique du mal poussée jusqu^à ses extrêmes conséquences. Les voilà dans toute leur horreur, ces doctrines perverses dont nous n'avions pas peur tant qu'elles s'enveloppaient de formules discrètes et n'étaient qu'une attaque mesurée et polie contre Dieu, contre son Christ, contre l'Eglise, contre les principes londamentaux de la morale et du devoir. L'esprit du mal s'est dévoilé \h dans toute sa hideuse Iwdeur. Que ce soit pour son éternelle ignominie et sa défînitit) condamnation I

» Mais la mort des martyrs, c'est aussi la confina tion du christianisme et le fondement de la conSanoi de l'Eglise.

u Le christianisme ! il s'est montré là tel qu'il s'ei bit voir aux prwiiers siècles de son histoire, monde a vieilli ; lui n'a pas changé ! c'est toujours la W t m e foi, la même patience, la même sérénité, le > tranquille et humble courage ! A travers les

et<9t tous nos martyrs se donnent la main ; ils c

■.*SÇ>5S

tinuent la même tradition. Puisse aujourd'hui, conàme au temps de Tertullien, leur sang féconder la terre et préparer une abondante moisson de vertus chrétiennes ! »

Le BARON Hubert de Saint-Amand a raconté d'une manière touchante les obsèques de l'abbé Deguerry :

« Dès que le corps de Tabbé Deguerry, dit-il, fut retiré, au Père- Lâchai se, de la fosse où il gisait pêlemêle avec les autres victimes, on le déposa dans une chapelle ardente à la Madeleine (1). Le 7 juin, on le transporta à Notre-Dame, où eut lieu le même jour un service solennel en mémoire de Tarchevêque et des otages. Le cercueil du curé fut placé à côté de

(I) Voici le rapports des docteurs chargés de l'autopsie du corps de Tabbé Deguerry quand il fut transporté dans les caveaux de la Madeleine :

« Les médecins soussignés, appelés à constater à Téglise de la Madeleine le décès de son vénérable curé, déclarent qu'il a été produit par deux coups de feu, dont Tun a frappé la région zygomatique droite, pénétré dans le crâne et déterminé une fracture comminutiye du vertex, a?ec épauchement sanguin considérable dans le cuir chevelu, sans plaie extérieure dans cette région. La balle a été trouvée enchâssée dans les fragments osseux, d'où elle a été extraite ; c'était une balle ronde, qui a été conservée.

Mgr Darboy. Après la cérémonie, on le reporta à l'é-»\ glise de la Madeleine qui célébra le surlendemain les! obsèques de son cher pasteur,

« Je ne me souviens pas d'avoir été jamais témoin de funérailles aussi belles et aussi touchantes. La solennité avait un caractère â, ta lois religieux et mili-J taire qui convenait bien à l'ancien aumônier de I» garde, au prêtre qui était mort comme un soldat suri le champ de bataille du devoir. Un détachement de J

i> L'autre blessure, qui existe d&ns la région clavicuUire droite,'^ a détermiDë la fracture de la clavicule, partie moyenne, et desf deux premières côtes, a traversé le poumon et est venue sortir la partie postérieure de la poitrine, au Diveau delà partie extemo { de la fosse jous-épîneuse. C'est à cette plaie qu'est due la quantité asseï considérable de sanç qui tachait les v^temeuts et qui s'est répandu daos le dos jusqu'au pli du bras gauche. — On observe àla partie antérieure de l'avant-bras gauche une ecchymose circonscrite, avec un silloa superQciel qui n'est pour rien daus les lâches de sang observées dans la chemise. -• 11 y a du ballonnement du ventre sans coloration anormale des parois abdominales, et dans aucune autre partie du corps aoas ne constatons 1« ■ moindre trace de putréfaction.

a Le cadavre était revêtu de son costume ecclésiastique, qû devait être entr'ouvert au moment de l'eiécation, puisque ia partie postérieure seule présente l'ouverture faite par la balle.

» Nous concluons de cette autopsie que la mort a été insUotanée.

» Paris, le S9 mai 1871, a dix heures et demie du matin.

» Ont ai^é : D* i» Buotais, D' Hobsexei, D* fUmAi». •

PEKDANT LA COMHDNE

chasseurs à pied était rangé en haie sur les marches de l'église. On remarquait dans l'assistance un grand nombre d'ofîiciers en uniforme, entre autres le général Douai et le général de Ladmirault, ces braves qui, en apprenant les détails du massacre des saintes victimes, auraient pu s'écrier, comme Clovis lorsque saint Rémi lui racontait les tortures de la passion du Christ : « Que n'étais-je là avec nos Francs ! » L'église était tendue de noir. Cette parole de l'Ecriture se réalisait : « N'avons-nous pas vu périr sous nos yeux tout ce qui devait être le soutien de notre vie ? l'allégresse et la joie ne sont-elles point bannies de la maison de notre Dieu »? (1)

« Le clergé de la paroisse, ayant des cierges à la la main, alla chercher le corps du martyr dans la salle basse où était la chapelle ardente, et entra dans l'église, après en avoir l'ait extérieurement le tour. A ce moment il y eut des larmes dans tous les yeux. Devant ce cercueil, personne ne pouvait rester insensible. On avait beau se rappeler les versets fortifiants de la Bible : « Les âmes des justes sont dans la main de Dieu, et les angoisses de la mort ne les toucheront

(I) La chaire où l'abbé Deguerry avait si souvent prononce de cei sermons qui vont à l'âme, son confessionnal, la place où il

pas. Ils ont paru mourir aux yeux desinseosés. Cepen^ dant ils sont en paix. » On ne voulait pas être consoIôJ

Maître Rousse, le courageux bâtonnier de l'ordra des avocats de Paris, a rendu au clergé un éclatant et) éloquent témoignage d'admiration et de sympathiffl dans le discours qu'il a prononcé à la rentrée de» conférences (1).

« Parmi tant de victimes, a-t-il dît, la Commune avait ses préférences ; c'estcontre le clergé eatholiquem

s'asseyail d'habilude au chœur et au banc-d'œuvre, avaient étiM recouverts de voiles de crêpe unis ornés d'étoiles d'argent.

(1) M* Rousse n'avait cessé d'être membre ducoaseil de l'Ordre depuis 1862. Il fut nommé bâtonnier en 1870. Pendant la Commune, il se dévoua avec un courage digue de tout éloge à la défense des citoyens arrêtés et qui tirent appel à son ministère. J Le 14 juillet 1871, M. Thicrs eut le bon esprit de le nommer | chevalier de la Légion d'hoaneur pour sa noble conduite.

Après la promulgatioa des décrets du 29 mars 1880 contre lei 1 Cangrégatious religieuses, M* Housse rédigea une consultation J fort remarquable sur la matière. Ce document fut publié d'u manière intégrale par la presque totalité des journaux conservateurs. Les feuilles républicaines le passèrent naturellement sous silence pour ne pas faire naître dans l'esprit de leurs lecteurs des doutes plus que justifiés sur la légalité des fameux Décrets.

U* Rousse a été élu membre de l'Académie le 13 mai 1B8< remplacement de H. Jules Pavre.

qu^elle avait d^abord tourné sa haine et déchaîné les fureurs populaires.

» L'archevêque, le curé de la Madeleine, des religieux, des prêtres sans nombre furent emprisonnés au hasard, sans motif, sans choix, souvent sans mandat, quelquefois sur le signe d'un voisin ou d'un passant.

» — Combien avez-vous arrêté de prêtres? demandait Tun de nous, deux jours avant les massacres, au plus redouté des hommes de la Commune.

» — Je n'en sais rien, mais pas assez. Si l'on m'é-

coutait, ils y seraient tous. »

» En présence de ces attentats, de ces menaces, de ce jury trié par la Commune, surveillé par bon procureur, où l'assassinat allait tenir ses grands jours et rendre ses arrêts, les avocats cherchèrent à faire leur devoir.

» Pour voir les prisonniers ordinaires, il fallait traverser les tribus armées qui campaient dans les couloirs de la Sûreté, escalader des groupes d'enfants endormis, de femmes assoupies et d'hommes assassins, et au milieu des tonneaux, des brocs et des bouteilles, pénétrer jusqu'à quelque fonctionnaire important.

» Mais, pour voir les prêtres, on se heurtait à des

LE CLERGE PE.\DA^T LA COUHO.tE

résistances presque invincibles, et l'on pouTait courir quelques dangers.

M Malgré ces obstacles, plusieurs de ces saints prêtres, avant de mourir, ont pu voir un visage ami serrer une main avancée, entendre des paroles d'encouragement et d'espoir et recevoir d'une bouche profane ces consolations que tant de lois ils avaient portées à nos âmes voisioes de la mort. La veille de sa chute, la Commune avait résolu de les faire juger, et de toutes parts des citoyens courageux s'oflraient pour les défendre.

B Hélas! iisne devaient avoir ni juges ni défenseurs; mais il leur est resté parmi nous un témoin pour attester leur courage, la sérénité de leurs derniers entretiens, l'émotion avec laquelle, s'oubtiant euxmêmes, ils parlaient des douleurs de ta patrie, et pour dire que, près de paraître devant Dieu, ils élevaient vers lui leur pensée et le priaient pour leurs bourreaux. »

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