LES PRÊTRES, LES FRÈRES ET LES SŒURS
SOMMAIRE
Ce que V Internationale pensait déjà du Clergé en 1869. — La haine du prêtre. — Les feuilles révolutionnaires. — L'infÀme Maroteau. — Le journal la Montagne. — Appel à Tassassinat. — Le Cri du peuple. — Jules Vallès. — La chasse au prêtre. — Les pensées d'un économiste sur la haine farouche contre le prêtre. — Les Frères des Écoles chrétiennes. — Les Sœurs de Charite. — La honte et le dévouement des Sœurs de charité pour leurs ennemis persécuteurs. — La haine du Cruciûx. — Comment on traitait les. prêtres en prison. — A Picpus. — Les Petites- Sœurs des Pauvres. — Le refuge du Bon-Pasteur. — Devant le lâche Ferré. — Les Dames Blanches. — Plus sauvages que les sauvages. — L'ahnégation et le dévouement du clergé .
^Ès 1869, V Internationale avait déjà montré ce que Ton pensait du clergé dans le parti rr**" et le sort qui l'attendait si jamais ses membres arrivaient au pouvoir. Voici le discours que le
citoyen Vésinier prononçait à Londres au grand meeting de Charing-Cross en juin 1869 :
« Il nous faut vaincre ou mourir, s'écriait-il. Pour cela, il nous faut hardiment nier Dieu, la famille et la patrie.
» Il faut soustraire nos enfants au joug abrutissant des prêtres, des rois et de la nationalité. (Applaudissements.)
» Nier Dieu, c'est affirmer Thomme unique et véritable souverain de ses destinées ; c'est tuer le prêtre et la religion. La négation de la divinité, c'est Thomme s'affirmant dans sa force et sa liberté. (Bruyants applaudissements,)
» Nier la famille, c'est affirmer Tindépendance de riiomme dès le berceau, c'est arracher la femme à l'esclavage où l'ont jetée les prêtres et une civilisation gangrenée... (1) (Applaudissements frénétiques.)
» Quant à la patrie, nous la répudions, parce que nous n'acceptons pas que Ton puisse faire égorger des hommes au nom de la nationalité. Tous les travaill(3urs, tous les prolétaires sont frères; l'ennemi,
M) SoMu avons chaiif^'ô ici, par respect pour nos lecteurs et nos Irctricf'H, la vraie expression employée par Vésinier qui vient Je puhliur un Uvrc sur la Commune.
PENDANT LA GOUMONE
c'est la société telle qu'elle est organisée. (AppZaudissements.)
» La société est mauvaise : donc il faut la changer.
» Travailleurs de tous les pays, à Tœuvre !
» Guerre impitoyable au capital, à la propriété et à tous les gouvernements qui les protègent ! Le droit au travail pour tous, la propriété à tous, voilà notre but.
» Pour y parvenir, nous n'épargnerons rien; nous combattrons, nous mourrons, s'il le faut, a l/ombre du drapeau rouge, étendard du socia- TJSME ET DE LA COMMUNE. » (Hourras enthousiastes.)
Aussitôt au pouvoir, la Commune mit à exécution ces dignes principes :
On employait d'ailleurs tous les moyens ordinairement bons aux francs-maçons pour ameuter contre le clergé.
De sales feuilles, telles que la Monfagne, le Cri du Peuple, le Salut public^ écrivaient sans discontinuer de crapuleux articles pour exciter les fureurs populaires contre le clergé, les Frères de la Doctrine chré-
78 LB GLIRGÉ
tienne, les Sœurs de charité, les couyents, demandant (afin de pouvoir voler) des perquisitions pour découvrir de prétendus souterrains.
Lisons pour nous édifier ce qu'écrivait en un langage ignoble Tinfàme Maroteau (1) qui fut poète à ses heures :
« En 1848, écrivait-il, pendant la bataille de Juin, un prélat fut tué sur une barricade (2). C'était Monseigneur Affre, archevêque de Paris. Il était monté là, disait-on, sans parti pris, en apôtre, pour prêcher TEvangile, pour lever du bout de sa crosse d'or le canon fumant des fusils. On le ramassa, on épongea sa blessure, on embauma son cœur ; il fut enterré en grande pompe comme un martyr, comme un saint. L'histoire lui a consacré une page émue, et sur son tombeau la l)Ourgeoisie jura haine éternelle aux hommes de la Révolution.
w Cette mort excusait les cruautés de Cavaignac. On feignit de trouver dans les mains qui saignaient sous le fer du bagne des lambeaux de robe violette. C'était faux ! On ignore encore aujourd'hui de quel côté vint
(1) J'ui conservé de lui un petit livre de poésies intitulé : Les flocons.
(2) Extrait du journal la Montagne, 20 avril 1871.
le coup. On ne sait pas si la balle est sortie du fusil d'un soldat ou de la canardière d'un insurgé.
» Les républicains baissèrent la tôte comme des maudits sous cette aspersion de sang bénit. En ce temps-là, on croyait encore aux missions divines, aux hommes providentiels, et la charogne d'un archevêque pesait plus dans la balance qu'un cadavre d'ouvrier.
» L'instruction nous a rendu sceptiques. Nous avons vu Sibour choquer son saint-ciboire au verre fêlé d'un Bonaparte. Nous ne croyons pas à Dieu ; la révolution de 1871 est athée, notre République a un bouquet d'immortelles au corsage. Nous menons sans prières nos morts à la fosse et nos femmes à l'hymen. Nos mères, nos filles, n'iront plus s'agenouiller balbutiantes dans l'ombre de vos confessionaux. Vous ne fesserez plus nos marmots, notre grande cité de travail exclut les paresseux et les parasites : partez. Jetez vos frocs aux orties, retroussez vos manches, prenez l'aiguillon, poussez la charrure. Chanter aux bœufs vaut mieux que de chanter des psaumes. Quittez-moi la burette pour la cruche où le vin blanc mousse. Laissez le rosaire pour le long chapelet d'andouilles.
80 LE CLKRf.K PENDANT LA COMMUNE
» (^)iie les nonnes s'envolent, qu'elles donnent ui coup de ciseau dans le cordon de leurs tabliers laissent rouler leurs cheveux, ouvrent leurs guimpes
» Leurs doigts blancs ne sont pas faits pour les pa riires du couvent,
Partez, partez vite, demaii
il sera trop tard.
» Prenez garde aux colères du peuple! Si parhasari il se mettait à feuilleter vos dossiers, s'il comptait vo: crimes, s'il pensait à ses filles que vous avez ren dues folles, h ses enfants que vous avez hébétés, i ne resterait pas une pierre debout de vos églises et 1 peuple mettrait votre chair jaune en lambeaux. Chaqa jour, on découvre une infamie nouvelle en fouillant le; souterrains de vos couvents.
» Hier encore le citoyen Protot a enfoncé une prisoi où vous reteniez toute une nuée déjeunes filles.
» Et pourquoi? et do quel droit? au nom de quell justice? quelles fautes avaient-elles commises? Elle avaient voulu aimer, elles avaient refusé de courbe
(1) Nous remplaçons ici par Irois li«^ues de points, Irois ligne que nous u*osons copier par respect pour nos jeunes lecteurs.
LE CLERGé PENDANT LA COUHUNE 83
leurs têtes fraîches sous la canne d'un imbécile ou sous la verge d'une marâtre bigote.
» Prenez garde I
» On pourrait bien vous faire expier Léotade et Torquemada, Charles VI et Trestaillon.
» Dent pour dent! a dit la Commune.
» Si on allait se souvenir de Galilée et de Jean Huss ! Si on vous mettait dans les] lèvres la fiole des Médicis ! Si Ton vous plantait dans les épaules le poignard de Lucrèce Borgia !
» Dent pour dent !
Vous les avez cassées par centaines pendant la Saint-Barthélémy.
» Œil pour œil ! voilà des siècles que nous sommes aveugles. Et ne nous parlez pas de Dieu. Ce croquemitaine ne nous effraie pas. Il y a trop longtemps qu'il n'est qu'un motif à pillage et à assassinat.
» C'est au nom de Dieu que Guillaume a bu à plein casque le plus pur de notre sang. Ce sont les soldats du Pape qui bombardaient les Ternes. Nous biffons Dieu.
» Les chiens ne vont plus se contenter de regarder les évoques. Nos balles ne s'aplatiront plus sur des scapulaires ; pas une voix ne s'élèvera pour nous mau-^
dire le jour où Von fusillera Varchevêque Darbo faut que M. Thiers le sache, il faut que Jules Fa le marguillier, ne Tignore pas, nous avons pris j boy pour otage et, si on ne nous rend pas Blanqi mourra. La Commune Ta promis, et, si elle hési le peuple tiendrait son serment pour elle.
» Et ne Taccusez pas !
» Que la justice des tribunaux commence, di Danton le lendemain des massacres de Septembn celle du peuple cessera.
» Ah! j'ai bien peur pour Monseigneur l'arc
» Gustave Makoteau. »
' ' vêque de Paris i
Dans le CJri du Peuple^ Jules Vallès invi les francs-maçons à la révolte.
Le 2 mai il écrivait : « On voulait se former
légion sacrée et se faire tuer au pied des bannièr
mais il a été résolu, comme le plus sage, de répa
dans les bataillons les quinze ou vingt mille frèi
Les autres iront dans la province prêcher la cr
s ade maçonnique, marchant bannière au vent, Si
levant les populations devant l'autel de la Fédération. »
Et quand un brave prêtre n'avait pas attendu le moment d'être arrêté, qu'il avait pris ses précautions pour échapper aux monstres, on lâchait contre lui les hyènes, c'est-à-dire les commissaires de police de la Commune.
En voici un exemple :