‹ Le clergé pendant la Commune, 1871Chapitre 5 sur 28 · COMITÉ DE SURETK GÉNÉRALE · texte numérisé non relu

COMITÉ DE SURETK GÉNÉRALE

» Paris ^ le 16 avril 487 1,

» Au citoyen commissaire de la rue Rataud de faire le nécessaire au sujet du curé de Téglise Jacques ejcsainf, et prendre des informations. Voir chez ses parents qui demeurent rue des Feuillantines.

» Pour le délégué civile

» Belombe. »

Préfecture de Police, Cabinet du Prêfbt.

<c La haine farouche que les hommes de la Commune aflectaient de nourrir pour les royalistes et les prêtres, a écrit un économiste, s'attachait moins à un parti politique ou à un parti religieux qu'à la propriété ellemême partout où elle se rencontrait et quelque forme qu'elle revêtit. Supprimer Tii^galité qui sépare le riche du pauvre, le patron de l'ouvrier, le propriétaire du prolétaire, partager entre tous ce qui était Tapanage de quelques-uns, dépouiller même entièrement ceux qui avaient trop possédé pour donner aux autres qui ne possédaient pas ou pas assez : telle fut la grande préoccupation des hommes du 18 mars, celle qui les a guidés pendant tout le temps de leur puissance. »

Par ordre de la Commune, trente-deux Frères des Ecoles chrétiennes furent enfermés à Mazas.

La première de ces arrestations eut lieu le 10 avril ; ce fut celle du frère Dagobeutus (Jean Gérardin), directeur de rEcolo Sainte -Marguerite.

Les Frères arrùtésappartenaient aux écoles communales de Saint-Eustache, de Sainte Marguerite, dlssy, de Notre-Dame des Champs, de Charonne, du Gros- Caillou, etc.. La Commune semblait vouloir recon-

naître ainsi l'héroïque conduite de nos bons Frères pendant le siège de Paris (1) où ils allaient sous le feu meurtrier de l'ennemi recueillir les pauvres blessés. La Commune remerciait aussi de cette façon les bons Frères qui continuaient à prodiguer en pleine terreur les soins les plus dévoués aux insurgés eux-mêmes.

Les bons Frères virent leur supplice terminé quand le 25 mai les portes de Mazas s'ouvrirent aux pantalons rouges de la ligne.

Tous furent sauvés, à l'exception du pauvre Frère NÉOMÈDE- Justin (Philippe Saguet), directeur de l'école communale d*Issy, qui fut malheureusement tué le jour même de sa sortie en passant près d'une barricade.

L'abbé Lamazou nous a montré comment la Commune avait remplacé les Sœurs des Ecoles chrétiennes.

La rue de la Ville-l'Evêque, dit-il, était envahie par une bande armée de garde-nationaux; la maison des Sœurs de charité, située en face du presbytère, était gardée par deux sentinelles. Les Sœurs en avaient été

(1) Voir notre Uvre : le Clergé pendant la guerre 1870-71. (Tolra, éditeur.)

expulsées ; on avait confié Técole des jeunes filles à quelques citoyennes qui, d'après les langues indiscrètes du quartier, avaient été remplacées à la prison de Saint-Lazare par les Sœurs de Picpus accusées d'une série de crimes plus ou moins fantastiques les uns que les autres.

Et cependant les dignes filles de la Charité continuèrent comme elles purent à soigner les victimes du parti qui les outrageait.

C'est ainsi qu'à la Chambre des députés (1) le docteur Armand Desprès a cité un fait tout à l'honneur des braves Sœurs des hôpitaux.

« Permettez-moi de vous citer un fait, dit-il. En 1871... (Bruit et interruption à gauche.)

« En 1871, il y avait à Thôpital Beaujon des fédérés blessés, sur le lit desquels on voyait inscrit : Capitaine, lieutenant, sergent de fédérés. » Nos troupes pénètrent dans l'hôpital. « Sauvez-nous, nous avons » des enfants ! » disent les hommes aux Sœurs hospitalières. Celles-ci n'hésitent pas, elles enlèvent la dangereuse étiquette, elles sauvent les fédérés, et cepen-

(i) Séance du 14 décembre 1890.

dant les hommes de la Commune n'avaient certes pas été tendres pour les religieuses. «(Applaudissements à droite.)

<c Pendant ces jours de honte qui pèsent sur le souvenir comme un remords, raconte aussi M. Maxime Du Camp, j'allais souvent passer la soirée chez un de mes amis dont la femme avait recueilli une religieuse effarouchée, chassée de sa communauté et n'ayant pu joindre la maison mère, située en province. On l'avait déguisée, et elle avait quelque maladresse à se mouvoir dans une robe de soie trop longue où il y avait plus de lalbalas qu'il ne lui aurait convenu. Elle était d'une sérénité admirable, s'inclinant avec une très douce humilité devant les événements dans lesquels elle voyait sans efforts la main de Dieu irrité, fort gaie néanmoins et sans fausse pruderie. Elle était jeune, riait volontiers, sans se douter peut-être qu'elle avait des dents charmantes, et parlait avec un petit accent périgourdin qui n'était point désagréable. Elle se rendait utile dans la maison, où elle laratait, c'était son mot, sans arrêter. On comprenait, à la voir, qu'elle était accoutumée à une vie d'intérieur très

active. Comme les recluses, elle reportait tout à son couvent. Elle admirait les flambeaux, les cadres en bois doré, les vases en parcelaine, et disait : <c C'est ça qui serait beau pour notre chapelle? »

La Baigneuse de Falconet, en biscuit de Sèvres, l'attirait invinciblement ; elle disait avec un gros soupir d'envie : « Ah ! si elle était à moi, je lui ferais une belle robe en soie bleu-de-ciel. Je lui mettrais une couronne d'or sur la tête, le Sacré-Cœur sur la poitrine et ça ferait une jolie vierge pour notre chapelle ! » Tout cela était puéril, j'en conviens, mais si naïf et tellement sincère que Ton ne pouvait s'en moquer.

Elle passait son temps à faire de la charpie; ses doigts agiles effilochaient le vieux linge avec une rapidité extraordinaire; les morceaux de fils menus et blancs s accumulaient devant elle comme des flocons de neige. Quand un paquet lui semblait suffisamment volumineux, elle l'enveloppait et écrivait l'adresse : A Tambulance du Palais de l'Industrie. Un soir, je ne pus m'empôcher de lui dire : « Vous avez Tàme vraiment chrétienne de porter secours aux ivrognes qui vous ont expulsée de votre maison. » Elle me répondit très simplement : « C'est le précepte de Notre-Seigntîur ; et puis, voyez-vous, ces pauvres gens me font

grand'pitié ; ils sont très mal soignés par les dames qu'on a placées près d'eux et qui n'entendent rien aux malades. » Le 24 mai, elle força son hôte à recevoir, à cacher, à sauver deux fédérés qui fuyaient.

Ce fait n'a rien d'extraordinaire ; il n'est pas une Sœur de charité, pas un Jgnoranf in, pas un Dominicain, pas un prêtre, pas un curé^ en un mot, pour employer l'expression collective dont se servait la Commune, qui en pareille circonstance n'eût imité la religieuse dont je viens de parler? Quel est le communard qui, demandant asile à un prêtre, a été repoussé ? Pas un ; et il en est beaucoup^ que je pourrais nommer, qui ont dû leur salut à l'hospitalité « cléricale ». C'est à croire qu'ils se sont dit: On ne viendra pas nous chercher près d'eux, car on sait ce que nos amis et nos disciples en ont fait à la Grande-Roquette, à la rue Haxo, à l'avenue d'Italie. Et les jésuites ? que n'a-t-on pas vomi contre eux, sans compter ceux que l'on a tués, dont le plus grand de tous, Olivaint. Le lecteur se rappelle-t-il que parmi les membres du Comité central il y avait un certain Ghèlier, — plus bête que méchant, m'a-t-on dit, — qui, le 20 mai, publia une note dans le journal officiel de la Commune pour prévenir « les réactionnaires » qu'on allait brûler leurs

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titres de rentes. Celui-là sans doute était aussi l'ennemi des prêtres. Quand il fallut fuir, Grôlier alla frapper à la porte des jésuites, encore consternés de la mort des leurs ; il déclina ses noms et qualités. On ne vit pas en lui la brebis galeuse, on ne reconnut que la brebis malade ; on pensa au Bon Pasteur et Ton ouvrit. Dans le jardin de la maison des Moulineaux, Grêlier promenait mélancoliquement sa forte encolure et son triple menton. Il trouvait l'ordinaire un peu maigre, et, se souvenant qu'avant de devenir législateur au Comité central, délégué au ministère de Tintérieur, membre d'une commission du ministère de la guerre, il avait été cuisinier chez le maréchal de Saint- Arnaud et chez le duc de Noailles, il tricassait luimême quelques ragoûts dont les Pères appréciaient la finesse. Retomber de l'Hôtel de Ville aux fourneaux, c'est pénible, mais Grêlier put se consoler en apprenant que Dioclélien, qui, il est vrai, ne fut qu'empereur, cultiva ses légumes à Salone après son abdication. Si lorsque l'on jetait les prêtres de la Société de Jésus dans les cabanons de Mazas un seul d'entre eux était venu dire à Grêlier : Sauvez-moi ! que serait-il advenu?

La bave haineuse s'étendit jusqu'au crucifix qu'on fit retirer des Ecoles.

Le journal officiel de la Commune du 11 mai disait:

« Malgré l'expulsion (1), il reste encore dans beaucoup d'écoles, sous forme de crucifix, madones et autres symboles, le souvenir de cet enseignement. Les instituteurs et institutrices doivent faire dispaparaltre (2) ces objets, dont la présence offense la liberté de conscience.

» C'est le 4 avril 1871, on le sait, qu'un bataillon de fédérés envahit l'école de la rue Lhomond, et demanda qu'on lui livrât les armes cachées. Pour la foule, les armes cachées sont le mot vague que les prétendus lettrés rem placent par le mot menées occultes, ou agissements ténébreux. Ce sont les mêmes phrases toutes faites ; seulement l'homme du peuple en les employant est plus sincère. Faute d'armes qui ne se trouvèrent pas, on saisit le Père Ducoudray, le Père Anatole de Bengy et le Père Clerc, qui furent bientôt rejoints au dépôt par le Père Oliviant et le Père Caubert, arrêtés rue de Sèvres » (3).

(1) L'expulsion des Frères et des Sœurs.

(2) Ne dirait-on pas un arrêté du bon juif Uérold, l'ancien préfet de la Seine?

(3) Edouard Drumont — le^^ Jésuites. La Liberté, 23 mai 1870.

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