LB CLERGÉ
Par les récits des témoins, on peut voir comment étaient tous les prêtres dans les prisons.
On nous enferma pendant plus d'une heure et demie dans une salle étroite où nous pouvions à peine tenir, ditTabbé Lamazou. Il y avait près de cinq heures que nous avions quitté nos cellules de Mazas. Quelques prêtres âgés — qu'on nous pardonne ce détail vulgaire, mais caractéristique, sur les souffrances de tout genre qui nous poursuivaient — demandèrent à être conduits dans un lieu retiré. Après les avoir longtemps fait attendre, on plaça au milieu de la salle un repoussant baquet. Pendant tout notre séjour à la Roquette, cent militaires, dix ecclésiastiques et quelques gardes nationaux ne connurent en fait d'endroit que dans la langue anglaise et allemande on appelle, par un pudique euphémisme, « lieu fermé, lieu retiré », qu'un instrument du même genre, placé au milieu d'une salle infecte du troisième étage.
Le matin du 13 avril, un brutal ivrogne, le sieur Clairet, commissaire de police de la Commune, s'était rendu rue de Picpus. Là, il avait exhibé un mandat
signé Raoul Rigault, et avait procédé à l'arrestation de treize prêtres fort âgéjg, dont Tun avait soixantedix-sept ans.
La journée lut fatigante pour les malheureux vieillards, elle se passa en perquisitions, en interrogatoires. Les insultes ne leur manquèrent pas, le bataillon fédéré qui était venu les chercher appartenant à Belleville.
Le trajet de la rue de Picpus à la maison de Justice fut un martyre ; les menaces, les coups de poing, les pierres ne manquèrent pas, comme des présages qui devaient leur montrer le sort qui les attendait. Ils n'arrivèrent à la Conciergerie que vers minuit.
On sait que les gardiens de la Conciergerie étaient heureusement les anciens gardiens qui, sur le conseil ou plutôt sur l'ordre de M. Lacour, étaient restés à leur poste. On traita humainement les pauvres Pères. L'ordre de Raoul Rigault était de les mettre au secret Onn'en tintaucun compte. On les mit, aussitôt écroués, dans les chambres de la vieille Conciergerie (le quartier des Cochers).
Le lendemain 14 avril, ils purent se réunir ensemble dans le préau. La conversation fut triste et roula sur le genre de mort que chacun d'eux pré-
Oii LR CI.RRGÉ PENDANT LA COMMUNE
férerait. Ils se confessèrent et prièrent entre eux.
La lingère de la Conciergerie, une brave femme, leur fournit une nourriture meilleure que celle de la maison .
Ce qui privait le plus les pauvres vieillards, c'était Tabsence de cérémonies religieuses. Ils demandèrent au directeur de laisser Taumônier dire la messe pour eux.
Heureusement que le directeur n'était point féroce comme ses collègues ; c'était Deville, ancien attaché aux ambulances du XIP arrondissement pendant le siège.
Ce fut un des rares fonctionnaires de la Commune qui ne commirent pas de cruautés. Il laissait faire les gardiens sans rien dire (T. Il répondit poliment à la demande des Pères qu'il lui était impossible d'accorder cette autorisation, car le 23 mai il avait reçu du léroce et ignoble procureur de la Commune, une et indivisible, une dépêche qui disait : « Interdiction est faite au directeur de laisser dire, demain dimanche, la messe dans la prison. »
(I) Un jour môme il assista à une scène où les gardiens cherchaient à sauver des gendarmes. Il ne dit rien quoiqu*ii sût toul. Les gendarmes furent sauvés.
Cinq jours après la naissance de rinsurrection, le secte franc-maçonne avait déjà donné ses ordres antichrétiens I
Le 18 avril, un ordre de la Commune arrive, et les treize prêtres de Picpus lurent mis en voiture cellulaire et transférés à la Santé.
Tous furent sauvés.
Le peuple les connaît bien et les vénère ces Petites- Sœurs des Pauvres dont le nom devrait être béni.
La Commune ne devait pas les laisser tranquilles.
Tout au haut du faubourg Saint-Antoine, dans le quartier de Picpus, vers sept heures du soir, au moment où les vieillards se couchaient et où les Petites- Sœurs allaient prendre leur collation, un coup de feu retentit à la porte de la maison.
Emoi de la petite communauté et terreur dans tout le pauvre asile.
On ouvre les portes, une troupe de près de cent hommes se précipite avec fracas dans la maison. Ils sont menaçants : Toflicier surtout parait échauffé et terrible. Il a bu et est surexcité.
— Fermez les portes ! s*écrie-t-il ; placez des fac-