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LES EGLISES, LES CODVENTS LES ÉTABLISSEMENTS CHARITABLES

Les monameiits du culte. — Le vœu. — Un diAle de considéraDl.

— Au PanIbéoD, — La régéDèralion. — La mort du briseur de croix. — Chei les Dominicains, rue Jean-de-Beauvais. — Uq attendu du citoyen Le Moussu. — A la Madeleine. — A Saint- Roch. — Le couTCDt des Oiseaux. — Les clubs dans les Kglises.

— L'envahissement de SainUSulpice. — Le Club de la HéTOiution. ^ A Saint-Hichet-des-BalignoUes. — A Sainte-Marguerite.

— Au couvent des Carmélites. — A Notre-Dame des Victoires. ■— La Cbapelle-Bréa. — La Sainte-Cbapelle. — Le feu dans les Églises. — • Tire sur les Églises- i

gr^ ES citoyens de l'ère nouvelle s'attaquèrent à ul(7? ^^ fois aux représentants de Dieu et aux motX^^ numents destinés à la célébration du culte. Comme la vue des soutanes, la vue des monuments religieux eut le don de leur donner des attaques, à ces athées, à ces libres-penseurs idiots, et cela, dès le

commencement de l'établissement du nouveau régime.

Le vol a été Tun des actes les plus essentiels des adhérents de la Commune.

Dès le 1*' avril, la Commune montre ses intentions réelles pour le Clergé. Elle lance le décret suivant qui n*est qu'un tissu de bêtises :

« Considérant que le premier bien de la République Française est la liberté ;

» Considérant que la liberté de conscience est la première des libertés ;

» Considérant que le budget des cultes est contraire à ce principe, puisqu'il impose les citoyens contre leur propre foi.

» Considérant en fait que le clergé a été le complice des crimes de la monarchie contre la liberté, décrète :

» Art. 1. — L'Eglise est séparée de TEtat.

» Art. 2. — Le budget des cultes est supprimé.

» Art. 3. — Les biens dits de mainmorte appartenant aux congrégations religieuses, meubles et immeubles, sont déclarés propriétés nationales.

» Art. 4. — Une enquête sera laite immédiatement

sur ces biens, pour en constater la valeur et les mettre à la disposition de la nation. »

Le Panthéon devait être régénéré.

« Hier, raconte le Journal des Débals, vers 9 heures, le 59® bataillon de la garde nationale, ayant à sa tête le général David, accompagné d'un état-major de cavaliers qu'on nous dit être des éclaireurs garibaldiens, vient se ranger sur la place. Après un discours du citoyen général, suivi de nombreux cris de : Vive la République/ vive la Commune! on vit quelques gardes monter sur la galerie qui longe le fronton du monument et scier les deux bras de la croix, puis attacher un drapeau rouge à ce qui restait de cet emblème (1).

» Aujourd'hui a eu lieu la fête de possession. Une dizaine de bataillons se sont fait représenter à cette

(1) A peine le malheureux qui avait scié les deux bras de la croix et planté le drapeau rouge eut-il achevé son œuvre sacrilège qu'il fut pris d'un étourdissement général. On dut Taider à descendre les escaliers du Dôme. Une fois à terre, les soins dont on l'entoura lui firent reprendre ses sens. Mais une heure après il expirait.

Cette mort n'était-elle pas un châtiment de la justice de Dieu?

solennité. Le drapeau rouge a vu défiler devant lui les compagnies Tune après l'autre. Les canons l'ont salué.

» Puis, une députation est allée présenter le drapeau de l'avenir aux membres de la Commune, à THôtelde- Ville, pour qu'ils le « bénissent », disait-on dans la foule. Des discours et des cris ont rempli Tintervalle entre le départ et le retour des délégués. A six heures le Panthéon était régénéré » (1).

Le 4 avril, les Pères Dominicains de la rue Jean-de- Beauvais virent leur maison envahie.

La splendide bibliothèque fut fouillée et ce n'est que grâce à l'intervention énergique du prieur qu'aucun de ses précieux livres et manuscrits ne fut détruit.

Les meubles furent brisés à coups de crosse. Il est bien entendu que les caves furent aussi complètement dépouillées.

Le dimanche 9 avril Tabbé Olivier, du clergé de Montmartre, fut arrêté par une troupe de gardes nationaux sur mandat d'amener et conduit à la Concier-

(1) L'infect journal athée le l{'i}>ini disait à ce sujet : La Commune reprenait au Clcryc ce 'juc le Clerjê aiait usurpé.

PENDAM LA COMMUNE 121

gerie. Les injures ne lui ont pas été ménagées sur tout le trajet.

Sur les portes fermées de l'église de Montmartre, la Commune fit afficher :

« Attendu que les prêtres sont des bandits et que les églises sont des repaires où ils ont assassiné moralement les masses, en courbant la France sous la griffe des infâmes Bonaparte^ Favre et Trochu;

» Le délégué civil des carrières, près Tex-préfecture de police, ordonne que Téglise de Saint- Pierre (Montmartre) soit fermée et décrète l'arrestation des prêtres et des Ignorantins.

» 10 auril 1871.

» Le Moussu. »

Le vendredi 14 avril 1871, raconte M. Tabbé Vidieu, du clergé de Saint-Roch, vers trois heures et demie de raprès-midi, le citoyen Le Moussu se présentait à la sacristie de Saint-Roch le pistolet au poing et suivi d'une vingtaine de gardes nationaux armés, pour arrêter M. Tabbé Millault, curé de Saint-Roch.

Le vénérable pasteur fut appréhendé et conduit avec deux autres prêtres de la paroisse, MM. Chartrain

ISS LB CLEItCÉ

et Hebpin, d'abord au commissariat des Grandes- Carrières, à Montmartre, et de là au poste de police; ils y passèrent la nuit et la journée du lendemain jusqu'à cinq heures du soir, n'ayant à leurdisposilioa-, que très peu d'alîments. |

Le 15, on les mena à la prélecture où ils subirent' un singulier interrogatoire ; on accusa M. le curé l" d'avoir cherché à échapper par la fuite aux mains de la justice ; 2*^ d'avoirvoulu à son départ exciter uqi sédition parmi ses paroissiens-, S" d'avoir prétendQ' que les biens meubles de son église lui appartenaient en propre.

Ces charges étaient si futiles et les réponses dèj M. le curé furent si péremptoires qu'après un quari d'heure de délibération, Raoul RigauU, revêtu de ses insignes et accompagné de deux assesseurs, vint lui notiflersa mise en liberté. Les prêtres qui avaient éi arrêtés avec lui furent également relâchés.

A son retour, M. le curé trouva l'église et le presbytère envahis par les gardes nationaux ; il fut consij dans son appartement, est on y Et une visite domict^ liaire qui se prolongea fort avant dans la nuit, lendemain, M. le curé obtint avec beaucoup de peiDft< la permission de sortir pour dire la sainte messe.

Cependant cette consigne s'adoucit un peu et le clergé de Saint- Roch put célébrer le Saint-Sacrifice et entendre les confessions dans la chapelle des Frères de la Doctrine chrétienne.

Quant aux baptêmes et aux convois, ils se faisaient à Notre-Dame-des- Victoires.

Enfin, après six jours, le jeudi 20 avril, les clefs de l'église furent rendues à M. le curé ; mais, hélas i dans quel état était le lieu saint! Tout avait été saccagé ; les troncs, les caisses, les armoires, avaient été forcés. On avait laissé la plupart des vases sacrés, mais tout l'argent monnayé avait été enlevé. Le lendemain 21, l'église fut rouverte au culte, et le clergé reprit immédiatement, comme en pleine paix, les fonctions de son ministère.

Ce cÀlme dura quinze jours. Le vendredi, 5 mai, M. le curé, averti que le soir on devait établir un club dans son église, alla trouver le délégué de la Commune à la mairie pour empêcher cette profanation. Mais le citoyen Pillât lui ayant répondu qu'il ne pouvait résister aux aspirations du peuple, et lui ayant même recommandé de faire ouvrir les portes de Téglise, de l'éclairer, de veiller à ce que les employés fussent là pour faire le service, M. le curé, en rentrant à Saint-Rocb,

donna Tordre de fermer solidement les portes. Le lendemain (samedi 6 mai) il écrivit au délégué la lettre suivante :

« Monsieur le Délégué,

« Je suis prêt, tout en protestant contre la violence qui m'est faite, à délivrer les clefs de l'église Saint- Roch devant un ordre écrit et signé d'un des délégués de la Commune au I®' arrondissement, se portant comme propriétaire du monument, ordre qui restera entre mes mains. — Quant à apporter moi-même un concours quelconque à ce que je regarde comme une profanation de mon église, je me laisserai plutôt tuer.

» S. MiLLAULT,

» curé de Saint-Roch. »

Cependant une protestation avait été rédigée contre cette tentative de profanation, des listes circulaient dans les principales rues et se couvraient en quelques heures de près de trois mille signatures ; tous les négociants, tous les hommes considérables de la paroissse s'y étaient inscrits. Le soir, une multitude résolue de fidèles se plaçait dans la rue Saint-Honoré,

devant Téglise, ce qui avait déjà eu lieu la veille, et gr&ce à cette ferme attitude du pasteur et de ses ouailles, le club ne fut pas établi. Il est vrai que les gens de la Commune poussèrent la violence jusqu'à la dernière limite : ils brisèrent les portes intérieures avec fracas, ouvrirent et profanèrent les sépultures, emportèrent dans des linges des paquets d'ossements qu'on a retrouvés depuis au Palais-Royal ; mais ils ne souillèrent pas la chaire d'où sont tombées tant de saintes et grandes paroles.

Quelques jours après, le 16 avril, le couvent des Oiseaux fut occupé militairement par les fédérés.

Le môme jour, un autre fort détachement envahit l'église Saint-Jacques-du-Haut-Pas.

On avait mis des sentinelles pour garder les deux portes : celle de la rue de TAbbé-de-l'Epée et celle de la rue Saint-Jacques. On avait chassé les fidèles à coups de crosse avec une brutalité inouïe. Deux délégués de la sûreté générale firent des perquisitions, mais malheureusement, malgré leur zèle, ils ne purent découvrir de souterrains.

Le 19 avril, l'église de la Madeleine fut envahie i son tour (1).

Malgré l'arrestation et l'eniprisonnement du curé, M. l'abbé Lamazou, vicaire de l'église, était resté à son poste sans aucune crainte. Il était présent lors de renvahissement de l'église.

Laissons-lui la parole, car son récit est des plus intéressants pour l'histoire de cette terrible époque :

(1) Nous trouvons dans les déposilions devanL le consaîl de guerre un fait relatif à l'eaTahissement de la Madeleine :

Femme Bermond, rue Royale, 15: Le jour où l'on a eoTahi la Madeleine, uu vendredi, je diskMarie Ueaund qui se trouvait prèi de moi : « C'est afTreux; voyez donc ce qu'on fait là. — lis ont raison, dit-elle. Seriez-vous de la clique de Badinguet?— Non. mais je suis de la clique des honnêtes gens, et je vous dis que T0U3 commettez là de grands crimes. » Elle prit le bras d'un garde qui passait et lui dit: a 11 faudra brûler tous ces gens-là, et, rnoO' trant la Madeleine, noua flanquerons le feu, ajoula-l-elte, a cette baraque-là. »

La femme Uenand, née h. Saint-Seglin (Ille-el-Vilaine), était marchande de Journaux rue Royale. D'après l'instruction, elle avait eu une conduite scandaleuse avec les Prussiens. Déjà condamnée pour vol, elle avait pris une part Iras active aui crimes dont le Vlll* arrondissement a 6i.È le thé&tre aux derniers jours de ta lutte. C'est elle qui avait marqué les maisons destinées à être brûlées. Elle a été condamnée à mort. Ce n'était que justice.

PENDANT LA COMNDKE

Et

> Le jeudi 18, dit-il, fête de l'Ascension, la nouvelle des scandales s'était répandue dans Paris et avait jeté la consternation parmi les fidèles qui y séjournaient encore. Le vendredi 19, peu de personnes se présentèrent a la Madeleine; on s'attendait à une

•uption des insurgés. Je profitai des loisirs de la latinée pour mettre à l'abri de la profanation et du pillage la sainte Eucharistie et les objets que j'avais gardés pour les besoins du culte. Je cherchai ensuite, en comptant beaucoup plus sur la bonté de Dieu que 'buf la sagesse humaine, les moyens de détourner de la Madeleine les malheureux qui venaient de frapper k Notre-Dame des Victoires. Je crus ne pas devoir •quitter un seul moment l'église.

A trois heures et demie, la porte de la sacristie l'ouvrait avec fracas. Un jeune homme, d'une taille (levée, vêtu à la Robespierre, enveloppé d'une écharpe

puge qui lui couvrait la moitié du corps, s'avançait à

tête d'un peloton des fédérés armés de revolvers et :«'écriait d'une voix tonnante :

« Par arrêté du Comité de Salut public, l'église de s la Madeleine est fermée. »

» Le Comité du Salut public, institué en souvenir des plus mauvais jours de la Terreur pour prendre les

(Î8 LE C..ERGÉ PENDANT LA COllMUNE

mesures extrâmes et dictatoriales, avait été organisé par un décret de la Commune en date du 1" mai. Il se

composait des citoyens Ant, Arnaud, Léo Melllet, ftanvier, Félix Pyat, Cliarles Gérardin.

» Le y mai, la Commune procéda au renouvellemeut du Comité et nomma les citoyens Ranvier, Ant, Arnaud, Gambon, Eudes et Delescluze. Quelques jours après, lorsque le citoyen Delescluze fut nommé délégué civil à ta guerre, il fut remplacé par le citoyeu Billioray. Les noms des membres du Comité de Salut public, qui a pris la responsabilité des mesures les plus odieuses et les plus déshonorantes, doivent rester acquis à l'histoire

» Je m'approche du délégué judiuiaire et lui demande communication de l'arrêté officiel pour en constater la régularité. Pendant que je le lisais, je voyais dans ses mains deux autres arrêtés du Comité de Salut public prescrivant l'un mon arrestation, l'autre la suppression des journaux qui déplaisaient à la Commune (1).

(I) L'Ecole d^ Paris, la Hevm des Deux-Mon (en, ta Pairie, l'Avenir Rud'onal, l'Indépenttfince franral^e, le Pir,i(e, le Hi^publknin . ta Juitiee et l'Eco de Utlmmar.

LE CLEHGE PENDANT LA COMUCNR

il Je crus reconnaître, au bas de ces trois mandats, la signature de Ranvier, maire de Belleville, un des membres les plus influents et les plus détestables de la Commune et du Comité de Salut public. Ancien commerçant de vins en iaillite, frappé de plusieurs condamnations judiciaires, Ranvier avait, comme tous les déclassés, juré une haine implacable à la société. Il s'était acquis une grande popularité en prêchant dans les clubs, après le 4 Septembre, la guerre sociale, comme il y avait prêché, dans les derniers mois de l'empire, la revendication de la liberté absolue. C'est surtout en vertu de cette liberté absolue qu'il venait de signertrois mandats qui portaient une brutale atteinte, i premier à la liberté religieuse, le second h la liberté civile, le troisième'à la liberté politique.

a — Étes-vous le citoyen directeur de l'église de la Madeleine, ajoute le délégfué, fort mécontent de l'inspection de son mandat qui lui semblait légèrement impertinente.

Je lui aurais volontiers répondu comme Sganarelle : « Oui et non, selon ce que vous lui voulez. »

Malheureusement nous ne vivions plus dans le Paris de Molière, mais dans celui de la bêtise et du crime.

H Vous savez bien que M. le curé de la Madeleine 1 a été arrêté il y a six semaines ; c'est moi qui le rera-1 place en ce moment. »

Je n'avais pas achevé ces paroles, qu'il prenait son 1 second mandat et s'écriait d'une voix plus tonnante j encore : « Par arrête du Comité de salut public, le j citoyen directeur de l'Eglise de la Madeleine est J arrfité. »

Les sicaires qui l'escortaient et qu'on me dit appartenir au bataillon des Vengeurs de Flourens se précipitèrent sur moi, tenant leurs revolvers tantôt sous ma gorge, tantôt contre ma poitrine, et me jetant à la lace une série de qualifications dont les plus décentes 1 étaient celles de « bandit, canaille, crapule, assas- 1 sîn ! " L'un d'eux, dont l'ivresse seule peut expliquer \ la stupide iérocité, criait en essayant de bien ajuster I son arme : « C'est toi, ignoble canaille, qui lais assassiner par les chouans de Versailles les patriotes de 1 Paris! Les prêtres sont les bourreaux du peuple; il | fauttous les fusiller! »

J'avais d'abord accueilli ces miserai les avec un sentiment de résignation et de politesse. Leurs lâches ] invectives me firent monter la rougeur au front et me déterminèrent à leur tenir tête.

« Je ne suis pas habitué à entendre un pareil langage, dis-je à leur chef; si on continue à me traiter de la sorte, je m'assieds sans plus mot dire, et la force seule m'arrachera de ce sanctuaire. »

Il fit signe à ses accents de modérer leur indignation cynique, mais sans rien obtenir. Mon projet était de les conduire sur le terrain de la discussion, de chercher à les calmer et à préserver Téglise d'une dévastation imminente, en les réduisant à l'impuissance de justifier leurs actes et leurs outrages.

Le délégué, chargé de m'arrêter, était visiblement déconcerté par l'énergie de mes plaintes contre les procédés de la Commune, et par la protection que je venais de lui promettre pour calmer sa frayeur; il était devenu affable et même respectueux.

Je ne prononcerai pas son nom ; il a assez déshonoré par ses méfaits la respectable famille qui lui avait donné le jour. Une semaine après, il surveillait, de Téglise de la Madeleine, le combat livré sur le boulevard Malesherbes.

Trompé sur la durée de la résistance, il se voyait cerné avec deux de ses agents par les troupes Iran-

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çaises, cherchait un abri dans les caves de l'église et y recevait d'un officier de la ligne un coup de revolver qui lui fracassait le crâne.

A six heures un quart, j'arrivai à la Préfecture de police, accompagné par un capitaine d'état-major de la Commune. J'étais encore un peu préoccupé de mon sort, mais lorsqu'on m'annonça que j'allais immédiatement comparaître devant le Préfet de police, le citoyen Ferré, qui m'avait été signalé par les hommes les plus clairvoyants comme le Robespierre de la situation, je compris que mon cas était des plus gi^aves, et qu'ayant peu de chose à espérer des hommes, il fallait me mettre sans délai sous la garde de Dieu.

La première des églises qui furent souillées par les énergumènes de la Commune fut l'église de Notre- Dame-des-Champs.

Dès le 24 avril, des affiches avaient été apposées pour inviter les citoyens à venir discuter dans l'église les grands problèmes de l'élévation du peuple au pouvoir,

de la grandeur de son beau sacerdoce. Le 26 au soir, les grands, grands et purs patriotes, s'y réunirent.

On avait allumé des lustres pour éclairer davantage le bon peuple et on y fuma la pipe, cet emblème démocratique par excellence.

Dans les débats devant le S*' conseil de guerre (1) nous pouvons trouver encore un échantillon de ce qui se disait pendant la Commune dans les églises.

AuRUNEAUX s'était rendu le 18 avril à l'éc^lise Saint- Nicolas-des-Champs et là, après avoir demandé de fusiller les otages sans refard, il s'écriait : « Il faut faire sauter et brûler tout Paris dans le cas où les Versaillais entreraient dans nos murs, ce que je ne crois pas possible. Etes-vous résolu à pousser la défense à outrance? — Oui! oui! — Eh bien, nous sommes vaincus ! périsse Paris ! qu'il brûle plutôt que de retomber au pouvoir de nos ennemis. »

Le lendemain 19 avril le citoyen Mytré disait à la Commune :

a Si la Sûreté générale faisait évacuer et fermer les églises de Paris, elle ne ferait que prévenir mes désirs. Ce que je pourrais lui contester, ce serait la ferme-

ture complète de ces maisons^ car je désire les voir

(1) Procès Ch, Auruneaux, 22 mars 1872.

ouvertes pour y traiter de Vathéiame et anéantir par la science les vains préjugés et les germes que la séquelle jésuitique a su infiltrer dans la cervelle des gens d'esprit. »

Comme on le voit, il y avait assaut de bêtises.

Le 7 mai fut un beau jour pour la Commune et pour la Révolution. Sentant que la Révolution avait besoin de toutes ses forces, on décréta solennellement qu'un club central serait établi dans l'église Saint- Eustache.

On invitait 4ous les clubs de Paris à y ^envoyer des délégués afin de répandre partout les salutaires idées rénovatrices de la pure Communefl). . -

Le même grand jour, l&g^pdiurisconsulte Protêt (qui n'était qu'un petit homn^MJif^ et au mo-

ral) décrétait la mise sous séquestre de tous les biens, meubles et immeubles, appartenant aux communautés religieuses (2).

(i) Qui sait si à vingt et ud ans de distance les bons francs-nia- (ons du pouvoir ne vont pas en faire autant?

(2j On a vu dans les clubs, a écrit Stendhal, pendant la Uévolution, que toute société qui a peur esi ù son insu dominée et conduite par un de ses membres qui ont le moins de lumière et le plus de folie.

A Saint Vincent de Paul, raconte M. Paul Fontoulieucc ... après une razzia dans Téglise et le presbytère... il s'établissait entre les acteurs de ces hideuses scènes une sorte de rivalité qui les poussait à se surpasser les uns les autres en immondicités. C'était à celui qui serait le plus vil et le plus abject. Un soir, un enfant du voisinage fut illuminé par une idée que personne n^avait eue encore : il transforma les fonts baptismaux en water-closeU devant tout le monde. Ce fut un tonnerre de bravos à faire éclater les voûtes du temple... L'enfant eut les honneurs delà soirée... »

A Téglise de Ménilmontant, la citoyenne Lelèvre, choyée et applaudie à cause même des monstruosités qu'elle débitait, proposa un soir de « miner Téglise de Notre-Dame, d'y enfermer autant de prêtres et de religieuses qu'elle pourrait en contenir, et puis de faire sauter le tout. . . »

A Saint-Gdrmain-rAuxerrois, raconte ce témoin, « au moment où un braillard succédait à un autre, un garde fédéré profita de ce court entr'acte pour régaler l'assemblée d'un incident qui obtint un énorme succès. Il se hissa jusqu'à la statue de la Vierge, d'un coup

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