LES PERSÉCUTEURS
ajouter l'enseignement pratique de l'agriculture, des arts et des métiers ; ils voulaient surtout, en faisant accepter cette réforme, obtenir du Roi la mission de diriger l'enseignement primaire, confié jusqu'alors au clergé paroissial ; ils auraient pu, de la sorte, propager librement leurs théories antireligieuses et sociales. — Louis XV eut plusieurs fois le bon sens d'échapper a la pernicieuse influence de son entourage et de suivre la généreuse impulsion de son cœur. Il avait en ce moment auprès de lui, comme administrateur de sa cassette, un noble périgourdin, Henri de Berlin, qu'il honorait de toute sa confiance.
Le roi chargea secrètement Bertin d'examiner la proposition des Philosophes et de lui soumettre, après étude approfondie, des conclusions conformes aux véritables intérêts du peuple.
Le consciencieux ministre a rédigé, sur cette intéressante question, un long mémoire où l'on trouve les passages suivants :
(( Il y avait longtemps que j'observais les
» diverses sectes de nos Philosophes; quoique » j'eusse, bien des reproches a me faire sur la » pratique des devoirs religieux, j'avais au moins )) conservé les principes de la religion; je ne » doutais pas des efforts que faisaient les Philo- )) sophes pour la détruire. Je sentis que leur objet
O LES PERSECUTEURS.
)) avoir ? Des caléclnsnios, sans^ doute, ou des » livres de prières ? On n'en lit pas d'autres dans )) les villages. » ^
)) A ces mots, j'en vis plusieurs sourire : « Non, » me répondirent-ils ; ce ne sont guère la nos livres; )) nous faisons bien mieux noire fortune avec ceux » de Voltaire, Diderot et autres philosophes. »
» Je reprenais : (( Comment ! Des paysans achè- » tent Voltaire et Diderot!!! Mais, où prennent-iis » donc de l'argent pour des livres si chers ? »
» La réponse h celte question fui constam- » ment : « Nous en avons à meilleur compte que )) les livres de prières; nous pouvons donner le )) volume a dix sous, et nous y gagnons encore )) joliment. »
» Sur de nouvelles queslions, plusieurs m'avouè- » rent que ces livres ne leur coulaient rien »
Il est évident que Paris et Versailles (levaient, encore mieux (jue la province, ressenlir l'eUel de celle propagande incessanle. Les princes, les plus nobles seigneurs, les riches bourgeois se laissèrent gagner par les théories alhées des philosophes et prirent rang parmi les conspiraleurs. Philippe d'Orléans, Grillon, les princes de Salm et de Ligne, les ducs d'Lzès, de (ihoiseul, de La liochefoucauldet dePraslin, Malesherbes, Lamoignon, Maurepas, etc., etc., entrèrent dans le complot tramé par Voltaire
lO LES PERSECUTEURS.
mourut rannée suivante. Il fut remplacé par Maurepas, et dès lors, les divers ministères du roi Louis XVI furent tous composés de conspirateurs; c'est a peine si l'on y trouve, de loin en loin, quelque rare ministre, tel que Vergennes ou Saint- Germain, pris en dehors des Philosophes.
.^11. — Francs-Maçons.
11 suffît d'avoir lu les principales œuvres de Voltaire, pour savoir que le chef des Philosophes professa toujours des opinions très favorables k la Monarchie. Sa correspondance prouve aussi très ciafrement que les faveurs royales furent le seul attrait qui l'ait retenu près des monarques de son siècle. Voila pourquoi le programme social affiché par les Philosophes, resta, jusqu'à la mort de Louis XV, résumé dans ces mots : Guerre au Christ et à son culte !
Voltaire, vieillissant, voyait avec douleur que les conspirateurs s'étaient multipliés sans avoir rien fait pour organiser leurs forces. Cependant, une armée puissante et discipUnée semblait indispensable pour détruire à tout jamais la société chrétienne et lui substituer la société athée, si chère aux Philosophes.
Depuis quelques années, la secte des Francs-