XV
Par conséquent, les principes du nouveau règlement sont bons, autant que nous pouvons en juger par les critiques dont ils ont été l'objet. Trouvera-t-on dans le clergé russe des bommes pour les mettre en pratique ? C'est une autre question. Ces principes ont-ils été toujours appliqués avec discrétion ? Nous ne voulons pas l'atïirmer. Il est certainement bon de donner des habitudes de piété à la jeunesse cléricale ; mais en faisant assister tous les élèves à la messe les mercredis et les vendredis, à la messe, aux matines et aux vêpres tous les dimanches et jours de fête ; en rendant obligatoires, pendant les quatre dernières années de séjour au séminaire, l'assistance à la messe, aux matines et aux vêpres tous les jours, n'a-t-on pas dépassé la mesure ? Nous le croyons. Si l'on songe que les offices de l'Église russe sont beaucoup plus longs que ceux de l'Église latine, on aura
peine à comprendre que les études n'en souffrent pas ; et, de plus, il est douteux que ce soit là un moyen propre à nourrir la piété. Quand notre anonyme dit que ces longues heures d'offices sont mieux placées dans un monastère que dans une maison d'études, qu'elles peuvent faire naître dans ces jeunes âmes le dégoût de la prière, ou les disposer à l'hypocrisie, nous sommes parfaitement de son avis. Nous en dirons autant des quatre communions annuelles. Nous voudrions que les jeunes gens pussent approcher des sacrements bien plus souvent encore ; mais, comme chacune de ces communions est précédée de huit jours de retraite, sans études, sans récréation, sans distraction d'aucune sorte, nous n'en attendons aucun bon résultat. Une retraite par an peut faire un très-grand bien; mais une seute suffit, et encore, pour de très-jeunes gens, huit jours sont bien longs. De plus, il ne faut pas laisser les enfants à eux-mêmes ; il faut leur parler quatre ou cinq fois par jour, et donner toujours un nouvel aliment à leur intelligence 6t à leur cœur.
En somme, le nouveau règlement témoigne de bonnes intentions ; mais nous doutons fort qu'il amène d'heureux effets. Pour dire notre pensée tout entière, nous ne croyons pas à la
Iê
possibilité d'une réforme des séminaires russes. Le mal est trop profond, et les hommes font défaut.
Dans une situation pareille, il n'y a qu'un parti à prendre : laisser faire ceux qui peuvent quelque chose. Renoncez franchement à votre politique traditionnelle en matière religieuse ; brisez toutes les entraves dont vous avez chargé les cultes étrangers; permettez aux catholiques et aux starovères d'avoir leurs séminaires, leurs académies, leurs facultés de théologie, comme vous le permettez bien aux protestants; ne faites pas peser sur ces établissements votre tutelle administrative, laissez les évêques libres d'organiser leurs séminaires comme ils l'entendent , d'en contier la direction à qui ils veulent ; laissez à tous les ordres religieux, sans en excepter les Jésuites, la faculté d'avoir des collèges ; elFacez de votre code les lois qui défendent aux Russes d'embrass^rlihe autre religion que celle de l'Etat : cette libre concurrence peut seule Y ou.s sauyer. J'admets volontiers que l'EgïïsêliffîcîëîleTerra diminuer le nombre de ses enfants ; mais la multitude de ceux qui sont inscrits sur les registres de la paroisse ne fait pas sa force, comme les quarante mille catholiques, qu'elle a conquis cette
année (1) n'ajoutent rien à sa vigueur. Ce qui est certain, c'est que cette concurrence fortifiera clans l'empire l'élément chrétien; ce qui est certain, c'est qu'elle sera une digue au nifiilisme qui se propage par les écoles, et surtout, dit la Gazette de Moscou, par les écoles du clergé. Tous les règlements du monde n'y peuvent rien, il faut chercher le remède ailleurs, et vous ne le trouverez que dans un renoncement à toutes vos traditions vis-à-vis des cultes étrangers.
LES EVÊQUBS.
L'Eglise fondée par Jésus-Christ est apostolique ; c'est aux Apôtres que Notre-Seigneur a confié le dépôt de la foi, la mission d'enseigner toutes les nations, le pouvoir d'administrer les sacrements, la charge de conduire les fidèles dans la voie du salut. Les Apôtres étaient mortels; leur ministère doit s'exercer jusqu'à la consommation des siècles. 11 leur fallait donc des successeurs : ce sont les évêques. Les évêques sont docteurs, c'est-à-dire gardiens, interprètes et juges de la doctrine. Ils ont la plénitude du sacerdoce ; non-seulement ils administrent les sacrements, mais ils confèrent le pouvoir de les administrer. Ils sont pasteurs; à eux appartient le soin de conduire et de paître le troupeau de Jésus-Christ. Ce que les évêques ont reçu des Apôtres, ils le transmettent à leurs successeurs; et il se forme ainsi dans l'Eglise une chaîne dont aucun anneau n'est
brisé, une tradition non interrompue par laquelle passent, de génération en génération, la doctrine, le caractère épiscopal et l'autorité.
Le pouvoir de l'évêque est surhumain; il ne vient pas des hommes, il ne peut pas en venir. Ni les suffrages du peuple assemblé dans ses comices, ni un décret d'un souverain, quelque puissant qu'il soit, ne peuvent faire un évêque. Saint Paul disait aux anciens, en leur confiant le gouvernement des égUses fondées par lui :
Le Saint-Esprit vous a fait évêques pour gouverner V Église de Dieu. Il faut cependant que les hommes interviennent dans cette grande oeuvre de la transmission du pouvoir épiscopal. Les premiers évêques furent nommés et sacrés directement par les Apôtres. Il ne pouvait y avoir là aucune difficulté. Nous verrons tout à l'heure comfaent le mode d'élection a été réglé par le droit canon aux différentes époques de l'histoire ; mais avant de quitter les Apôtres, nous devons faire une observation importante.
Quand ils commencèrent à prêcher l'Évangile, ne pouvant, comme de raison, s'adresser à tous les hommes à la fois, ils se transportèrent dans les grands centres de population, à Antioche, à Ephèse, à Corinthe, à Thessalonique. Quand ils avaient groupé autour d'eux un cer-
tain nombre de fidèles et les avaient suffisamment instruits, avant de les quitter, ils plaçaient à la tête de cette Église naissante un évêque, chargé de la gouverner et de continuer l'œuvre commencée. Celui-ci propageait l'Évangile dans les villes environnantes et j formait des églises, auxquelles il donnait à son tour des évêques. Les églises nouvelles se considéraient comme les tilles de celle qui les avait enfantées à la foi ; elles la respectaient comme une mère, et la ville où elle était établie devenait pour elles une ville niè7-e, une métropole ; car telle est la signification du mot. C'est l'origine des liens de subordination qui rattachent les sièges simplement épiscopaux aux sièges métropohtains.
Il n'existe pas de lien nécessaire entre les provinces ecclésiastiques et les provinces de l'administration civile ; mais rien n'était plus naturel pour l'Église que d'adopter les circonscriptions administratives, basées en général sur la nature même des choses. Il en résulta que, généralement, le siège métropolitain se trouva placé au chef-lieu de la province. Mais ces sièges eux-mêmes étaient trop nombreux pour ne pas éprouver le besoin de se grouper autour d'un centre. La préfecture d'Orient était
divisée en cinq grandes circonscriptions qui portaient le nom de diocèses d'Egypte, d'Orient, d'Asie, de Pont et de Thrace. Aussi, nous voyons de très-bonne heure les évêques d'Alexandrie, d'Antioche, d'Ephèse, de Césarée de Cappadoce et d'Hèraclée de Thrace exercer une certaine autorité sur les métropolitains de leur ressort. Le titre que portaient les titulaires de ces grands sièges ne fut pas uniformément arrêté dès l'origine. Les évêques d'Ephèse, de Césarée et d'Héraclée furent appelés exarques; plus tard, le nom de patriarche fut donné à ceux d'Alexandrie et d'Antioche.
A l'époque de sa fondation, Constantinople dépendait du siège d'Héraclée. L'importance de l'évêque de Byzance s'accrut avec celle de la ville qui était devenue la capitale de l'em- Pire, et le siège de-Constantinople rangea bientôt sous son autorité tous les métropolitains du diocèse de Thrace, ainsi que ceux des diocèses d'Asie et de Pont (1). Jérusalem était alors un
(1) Sur l'origine du siège de Constantinople et les circonstances qui ont accru son importance, voyez le remarquable ouvrage du D'' Hergenrœtlier : Phoiius, Patriarche de Constantinople, dont le premier volume vient de paraître. Le premier livre est consacré à l'histoire du siège de Constantinople depuis sa fondation jusqu'à Photius. 11 est grandelûent à souhaiter que cet important ouvrage, écrit en alle- "land, soit bientôt traduit en français.
simple évêclié, ayant pour métropole César ée de Palestine, soumise elle-même à l'autorité d'Antioche. Mais les chrétiens ne pouvaient oublier que dans cette ville s'était accompli le mystère de notre rédemption : l'invention de la- Croix par l'impératrice Hélène, la magnifique basilique construite au-dessus du Saint-Sépulcre par ordre de Constantin, le concours des pèlerins, tout contribuait à relever l'importance de cette Église. L'évêque de la ville sainte ne pouvait guère rester au dernier rang de la hiérarchie : les conciles, interprètes du sentiment des fidèles, détachèrent de la circonscription d'Antioche un certain nombre de diocèses dont ils firent le patriarcat de Jérusalem(l). Alexandrie et Antioche étaient restées investies d'une suprématie reconnue de tout temps. Ainsi se formèrent les quatre grands patriarcats d'Orient : Constantinople (2), Alexandrie, Antioche et Jérusalem. L'évêque de Rome était le patriarche de tout l'Occident.
L'unité est la loi de l'Église. Il y avait un
(1) Ceci soit dit sans préjudice du blâme que méritent les menées ambitieuses de quelques évêques de Jérusalem. Voyez Photius, par le D' Hergenrœther, t. I, livre !«'.
(2) Le second rang n'a été définitivement reconnu au siège de Constantinople que beaucoup plus tard.
seul évêque dans chaque diocèse, plusieurs évêques se groupaient autour d'un seul métropolitain, plusieurs métropolitains autour d'un seul Patriarche.Les patriarches, à leur tour, devaient Q-voir un centre. Notre-Seigneur avait donné un chef au collège apostolique dans la personne de saint Pierre. Les évêques de Rome, successeurs de saint Pierre, étaient demeurés investis d'une autorité qui s'étendait sur l'Église universelle.
Cette autorité, parfaitement reconnue en Orient, n'était invoquée que dans les circonstances extraordinaires, hors desquelles on se contentait de recourir aux patriarches.
Telle était l'antique organisation de la hiérarchie dans l'Église.
■Lorsque les Russes embrassèrent le christianisme, le patriarche de Constantinople leur envoya un évêque, qui demeura soumis à son autorité. La foi chrétienne s'étant répandue au delà des limites de Kief, il fallut bientôt orgaiiiser en Russie plusieurs diocèses, et le siège de Kief devint métropolitain, sans cesser d'être subordonné au siège de Constantinople. Il n'entre pas dans notre plan de faire l'histoire des rapports entre les deux Églises. Bornons-nous à dire que, soumise en principe à Constantinople, en fait, l'Éghse russe se trouva d'assez
bonne heure en possession d'une certaine autonomie. Pendant longtemps, un seul métropolitain, 1 evêque de Kief, la gouverna tout entière. On était donc accoutumé à distinguer un métropolitain d'un simple évêque. Plus tard, lorsque l'Église d'Ukraine se sépara de l'Église Moscovite, chacune d'elles eut à sa tête un métropolitain. Celui de Kief exerçait des droits fort étendus en Ukraine et en Lithuanie ; celui de Moscou avait la même autorité dans le nord-est. On savait donc aussi distinguer les provinces ecclésiastiques.
A la fin du xvi® siècle, le patriarcat de Moscou fut érigé ; on créa quatre métropolitains qui relevaient de lui ; ce nombre s'accrut avec le temps, et enfin, en 1685, quinze ans avant la mort du dernier patriarche, l'antique Église de Kief s'inclina devant sa jeune sœur de Moscou, le métropolitain de l'Ukraine transporta au patriarche de Moscou l'obéissance qu'il avait toujours rendue à celui de Constantinople. Au commencement du règne de Pierre P"", l'Église russe comptait huit métropolitains. Non content d'abohr le patriarcat, le destructeur de la hiérarchie supprima aussi les métropolitains. Au mois d'avril 1724, il n'en restait plus un seul. Le dernier survivant, Sylvestre de Snio-
lensk, avait été transféré sur le siège de Tver et réduit au rang d evêque. Le clergé vit avec peine ce bouleversement, surtout en Ukraine, où l'on se souvenait de l'indépendance à peu près complète dont on avait joui sous la suzeraineté de Constantinople ; mais on n'essaya ^ême pas de résister.
Lorsque Pierre 1" institua le Synode, les évêques se trouvèrent égaux devant cette assemblée dans laquelle se concentrait toute l'autorité. Si aujourd'hui les uns portent le titre d'évêque, les autres celui d'archevêque, quelques-uns celui de métropolitain, ces distinctions sont purement honorifiques ; elles constituent une différence dans le traitement, sans établir aucun lien de subordination. Bien plus : par une discipline inconnue à l'antiquité, le titre est attaché à la personne plutôt qu'au siège. Il existe bien un usage en vertu duquel les évêques de Moscou, de Kief et de Pétersbourg sont métropolitains ; mais on a vu des évêques monter sur le siège de Moscou avec le titre d'archevêque, et ne recevoir que plus tard celui de métropolitain, tel a été le cas de Mgr Philarète. Naguère encore, Mgr Grégoire Posnikof, avant fl'être promu au siège de Pétersbourg, occupait celui de Kazan, avec le titre de mètropoli-
tain, qui n'a point passé à son successeur. Ces titres se donnent dans le clergé comme celui de conseiller privé dans la carrière civile.
Il résulte de cet état des choses, que l'idée de hiérarchie est obscurcie et comme effacée dans les esprits. Cependant elle n'a pas complètement disparu. On se souvient que l'histoire ecclésiastique et le droit canon parlent de conciles provinciaux ; ce qui implique la notion de provinces ecclésiastiques et d'évêques subordonnés à un métropolitain. On songe à ressusciter l'usage de ces conciles et à rétablir les provinces. La preuve en est dans un article très-remarquable, publié par la Gazette de Moscou, le 15/27 octobre 1866, n° 216. En voici un passage traduit du russe :
et II ne faut cependant pas mépriser le danger que fait courir à l'Église orthodoxe l'état de désunion extérieure dans lequel elle se trouve aujourd'hui. L'Église orthodoxe est par essence œcuménique, et elle devrait apparaître avec ce caractère qui lui est essentiel. Les ennemis de la Eussie et les esprits malveillants pour l'orthodoxie œcuménique, qui le savent, cherchent à propager l'opinion que l'Église russe s'est complètement transformée en une institution politique ; par suite de quoi elle se trouve, en tant qu'Église, dans un état d'inaction et de mort. C'est exagéré, mais il faut avouer que des bruits pareils ne manquent pas
^6 fondement. L'Ég-lise œcuménique, en vertu de ^^ constitution, doit vivre de la même vie et avoir le même esprit dans tous les pays du monde. Pour îïiaintenir l'unité œcuménique, chaque Église doit se trouver en communion vivante avec toutes les autres; et la première conditioa pour cela, consiste sans doute dans la communion vivante que chaque église particulière de Tunique Église Œcuménique doit entretenir dans ses propres li- 'ï'ites (entre ses différentes parties), et pour la conservation de laquelle les canons de l'Église ont institué les conciles locaux ou provinciaux. Dans l'antiquité, les conciles provinciaux s'assemblaient deux fois par an sous la présidence du métropoli- ^^iû; plus tard, à cause de quelques difficultés, le sixième concile œcuménique leur a permis de ne s assembler qu'une fois par an, eu vertu de lois canoniques qui n'ont été abrogées par aucune autorité légitime. Le concile provincial, d'après les canons des conciles œcuméniques, doit être convoqué par lettres circulaires du métropolitain; ^'est ce concile qui décide les questions eociésiastiques controversées et les cas douteux, qui exalûine les plaintes portées contre les évoques, qui ^es choisit, les institue et les juge. 11 y a longtemps lue nous n'avons plus de ces conciles, établis par les Apôtres eux-mêmes (37" canon Apostolique). Le saint synode ne peut pas en tenir lieu, parce que tous les évêques ne prennent pas part à ses délibérations, tandis que tous les évêques doivent ^'bsolument siéger dans les conciles provinciaux
tels qu'ils ont été institués par les Apôtres et les conciles œcuméniques. Il n'y a que la vieillessR. la maladie ou quelque extrême nécessité q^i puisse excuser l'évêque qui ne se présente p^^ chaque année dans l'assemblée de ses frères ; autrement il est soumis à une peine ecclésiastique (Can. 87 du conc. de Carthage, 19 du 4^ concile • œcum., 50 du 6° concile œcum.)- Cependant chez nous tout récemment encore les évêques diocésaios n'avaient pas le droit de sortir des limites de leur diocèse pour le temps le plus court. Cet isolement des évêques, contraire aux constitutions apostoliques et aux canons des conciles œcuméniques, *^ eu les résultats les plus affligeants pour la vie de l'Église. 11 n'y a pas longtemps qu'on a permis a nos évêques de s'absenter de leur diocèse pouT huit jours, en le faisant savoir au saint synode, et pour vingt-huit jours avec l'autorisation préalable du synode. L'été dernier, deux évêques dont les diocèses sont contigus à celui de Moscou, Mgr Ire' narque, archevêque de Eézan, et Mgr Antoine, évêque de Smolensk, ont profité de ce nouveau droit. Après avoir vénéré les antiques sanctuaires de Moscou, ils ont eu dans l'ermitage de Gethsémani une entrevue avec le métropolitain, Mgr Philarète. Ces communications immédiates entre les pasteurs de l'Eglise ne peuvent manquer de faire circuler dans le corps de l'Église une sève nouvelle, vivante et bienfaisante. La nécessité de ces échanges d'idées se fait chaque jour sentir davantage. Le règne actuel, en appelant à une vie nouvelle les divers éléments de l'organisation
nationale et politique, annonce à l'Ég-lise aussi le renouvellement de cette vie dont elle était privée et le rétablissement de Tordre de choses qui nous ^ a été lég-ué par les conciles œcuméniques, ^ous
avons reçu la nouvelle que le défenseur impérial de Torthodoxie et le gardien des droits de l'Eglise a invité le saint synode à délibérer sur le rétablissement des lois canoniques prescrivant la convocation des conciles, qui, selon les décrets aposto liques, doivent s'assembler tous les ans. Quand les conciles auront été rétablis chez nous, leurs délibérations mettront les évêques en rapports directs les uns avec les autres et introduiront dans l'Eglise cette vie dont elle était animée autrefois ; et alors notre Église acquerra la possibilité d'entrer en ^ relation avec les autres Églises orthodoxes, et elle
' deviendra œcuménique de fait et non plus seule-
ment de nom. Alors les reproches malveillants qui lui sont adressés par nos ennemis secrets et publics tomberont d'eux-mêmes. »
Nous ignorons où sont ces ennemis secrets et publics de l'Église russe signalés par M. Katkof, rédacteur de la Gazette de Moscou; nous ne craignons pas d'assurer que tous les catholiques applaudiront à son langage, et^ personne ne souhaite plus que nous de voir s'accomplir les réformes en question ; mais nous ne pouvons parler que de ce qui existe, et l'article même de la Gazette de Moscou accuse une lacune importante. L'éminent publiciste cite les canons
qui attribuent aux conciles provinciaux le droit d'élire, de juger et de déposer les évêques.
Voyons comment ces canons sont observés dans VÉgldse russe, et jetons d'abord un coup d'oeil sur l'histoire.
Les Apôtres instituaient eux-mêmes les évêques dans les églises qu'ils fondaient ; mais les premiers disciples des Apôtres, des hommes comme Tite et Timothée, ne se sentant plus le même ascendant personnel, ne choisissaient les évêques qu'avec l'assentiment des fidèles (!)• Il y avait donc dès lors, comme le dit trèsbien le D'' Hefele (2), que nous suivons ici, deux facteurs qui concouraient chacun pour sa part à l'élection. L'Église, c'est-à-dire les fidèles, apportait son témoignage en faveur du candidat ; elle le déclarait digne {d-Joç) de l'épiscopat (3), et le disciple des Apôtres confirmait l'élection. Lorsque les disciples immédiats des Apôtres eurent disparu à leur tour, la manière de procéder à l'élection fut encore modifiée. Le clergé et le peuple de l'ÉgHse qu'il s'agissait de pourvoir, proposaient un candidat.et les évêques
(1) I,vveuSoyt.riaii<7r,çr-?iq ky.KlriaiaçTxdo-^riç. S. Clem., Epist. I. ad CorintMos, c. 44.
(2) Hefele. Concilien-GescUcMe. I, p. 366 et suiv.
(3) I. Timotli. III, 7.
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