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celle de Hardouin, Mansi, etc. Voy. Hefele, Concilien Oe-
schichte, l'appendice à la fin du 1"' volume.
en
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communié avec tous ceux qui sont dans sa communion (1). »
Nous le demandons à tout homme de bonne foi, est-il impossible de trouver dans la communion du synode un évêque redevable de son élévation aux puissances séculières ? Il serait bien autrement difficile d'en trouver un qui n^ fût pas atteint par ce canon. Mais bornonsnous pour le moment à établir qu'il y a eu au moins un évêque incontestablement frappé par le trentième canon apostolique : Tbéophane Prokopovitch. Cet homme, d'abord grec-uiu, après avoir fait ses études à Rome, était venu chercher fortune en Russie. Non-seulement il s'était dépouillé de son catholicisme comme d'un obstacle à sa carrière, mais encore il avait adopté des doctrines tout à fait protestantes. P fit rapidement son chemia, en dépit des opinions peu orthodoxes qui le signalaient à l'animadversion des évêques russes. Pierre T'-
(1) Le texte même de ce canon prouve suffisamment qu " n'est pas d'origine apostolique. Du temps des Apôtres, on ne pouvait supposer qu'un évêque eût obtenu un évêché p»'^ ' la faveur de Néron ou de ses ministres ; mais la teneur du canon doit avoir été empruntée à quelque ancien concile du temps des empereurs chrétiens. En tout cas l'Eglise orientale, et l'Église russe avec elle, admet pleinement l'autorité et l'authenticité de ce canon.
charmé de sa docilité et voulant en faire l'instrument des réformes qu'il méditait, résolut de l'élever à l'épiscopat. Etienne Javorski gouvernait alors l'Église russe en qualité de vicaire du patriarche. Il remit au tsar un mémoire pour empêcher cette promotion, alléguant les doctrines du candidat, et il appuya son opinion de douze extraits empruntés à un livre tout à fait protestant, écrit par Prokopovitch sous ce titre : Le Joug insupportable. Javorski demandait au moins que Théophane rétractât ses erreurs. Pierre interrogea lui-même l'accusé, trouva ses explications suffisantes, passa outre et le fît sacrer évêque de Pskof, le P''juin 1717. {Rousskaia Béséda, 1860, t. I, p. 101).
Si Théophane Prokopovitch ne tombe pas sous le coup du canon apostolique, on ne sait ■^^raiment plus à qui l'appliquer; et s'il ne peut échapper à cette censure, il est excommunié, ^"ii et tous ceux qui ont communiqué avec lui, c'est-à-dire le synode et toute l'Église officielle. La lettre même que le synode adressait l'an dernier au patriarche de Constantinople, à pro- Pos des affaires de l'Église roumaine, donne raison aux starovères, qui ne veulent pas accepter la communion du synode.
M. Katkof considère les réformes déjà opé-
rées sous le règne actuel, comme devant en entraîner d'autres. Nous partageons pleinement cette manière de voir, mais en tenant compte d'une observation : Parmi les causes qui ont contribué à réveiller dans les esprits le désir de voir l'Église russe recouvrer son autonomie et son indépendance, il serait injuste d'oublier le rétablissement de la Mérarcliie starovère- Ces proscrits et ces dédaignés, après deus siècles de persécutions et de mépris, ont appar^^ tout à coup avec un épiscopat à leur tête, sans aucune attache du gouvernement, sans bureaucratie, sans caste sacerdotale. Ce n'est pas 1^ persécution seulement qui a cessé, les mépris et les dédains avaient fait leur temps. On s'est pris à dire : Pourquoi, nous aussi, ne serionsnous pas indépendants de l'État ? Comment nous débarrasser des empiétements de la bureaucratie? Comment mettre un terme au développement du lévitisme? Que l'Église officielle ne l'oublie pas : elle reçoit des leçons de l'église starovère; et si aujourd'hui la Gazette de Moscou nous parle des conciles provinciaux, si cette question fait l'objet des délibérations du synode, ce souffle d'indépendance, ces premiers symp' tomes de réveil, c'est à l'église starovère, c'est à la hiérarchie autrichienne, c'est à la métro-
pôle de la Blanche-Fontaine qu'on les doit, et nous ne sommes pas au bout ! Voici aujourd'hui les slavophiles qui tendent la main aux starovères. Ah ! si ces nouvelles recrues venaient renforcer les rangs de ces vaillants athlètes, nous nous en réjouirons. Mais nous craignons fort qu'il n'y ait là un malentendu qui pourra faire grand tort aux starovères. Oui, les slavophiles sont des rascolniques, cela n'est pas difficile à voir, mais ils n'accepteront jamais aucune hiérarchie ; leur place n'est pas dans l'église starovère, pas même dans les rangs de la hezpopovstchina ; elle est dans les sectes extrênaes qui rejettent toute autorité.
Revenons à notre sujet. Les évêques en Russie sont nommés par l'empereur ; le synode se borne à contre-signer les nominations impériales, et chacun sait qu'il n'a pas assez d'autorité pour entrer en lutte avec le pouvoir : son approbation n'est donc qu'une vaine et insignifiante formalité (1).
Les canons des conciles cités par M. Katkof réservent au concile provincial le droit déjuger et de condamner les évêques. Nul ne peut être
(1) Le synode présente trois noms, l'empereur en choisit "a ; mais rien n'est plus facile que de faire mettre parmi ces trois noms celui qui a été désigné d'avance.
privé de son siège que sur une sentence de ce tribunal prononçant sa déposition. C'est que l'Église a voulu leur garantir l'inamovibilité, première condition de leur indépendance. Sur ce point encore le droit canon n'est pas observe en Russie. Nous en trouvons d'abord la preuve dans la faciUté avec laquelle les évêques sont transférés d'un siège à un autre. On nous dira peut-être que dans l'Église catholique aussi les translations ne sont pas rares aujourd'hui. Nous convenons que l'antique discipline s'est adoucie sur ce point, et nous accordons même que les translations ont parfois leurs avantages ; mais au moins, dans l'Église catholique, on voit rarement un évêque transféré plus d'une fois, et il ne l'est jamais contre sa volonté; tandis qud en va tout autrement en Russie. Mgr Philarète, mort en 1857 métropolitain de Ivief, avait été auparavant évêque de Kalouga, archevêque de Rézan et archevêque de Kazan. En 1863 mourait un évêque nommé Smaragde, qui avait successivement occupé sept sièges différents. Tantôt pour cause d'avancement, tantôt pour cause de disgrâce, les évêques russes passent d'un diocèse à un autre avec autant de facilite qu'ailleurs un préfet change de préfecture ; et l'on s'inquiète fort neu de leur consentement.
Ce n'est pas seulement à l'aide de ces moyens détournés qu'on porte atteinte au principe de l'inamovibilité. Pierre P' et ses successeurs ne se sont jamais gênés pour destituer les évê- ÇLues dont ils étaient mécontents, sans avoir à leur reprocher aucune faute ca;nonique. Ainsi, en 1718, Dosithée, évêque de Rostof, fut dégradé, mis à la torture, roué; après qu'il eut expiré, sa tête détachée du tronc fut plantée sur une pique, et son corps livré aux flammes.
Quel était donc son crime ? Le couvent où Pierre avait enfermé sa femme pour satisfaire plus hbrement ses passions adultères , était situé dans le diocèse de Dosithée : on reprochait à l'évêque d'avoir permis à la tsarine de porter des habits sécuHers, et de l'avoir entretenue de visions, de prophéties qui annonçaient la mort prochaine de l'empereur (1). En l'^Sl, Aaron, évêque de Carélie, fut enfermé
(1) Oustrialof, Histoire du règne de Pierre le Orand, '• VI, p. 213, 219, 224-226. Le Messager russe, ]mn 1863, P- 46.3. A la même époque, Joasaph Krakowski, archevêque de Kief, fut arrêté et conduit sous escorte à Pétersbourg. Ce vieillard de soixante et dix ans succomba en route et niourut à Tver. On reconnut alors qu'il était innocent de la faute qu'on lui reprochait. IWd., p. 255, Tiote, pièces justificatives, 175, 176 et 188.
dans un couvent (1). En 1725, Théodose, archevêque de Novgorod et vice-président du synode, fut dépouillé de sa dignité et emprisonné (2). En 1727, Philothée de Tobolsk dut se retirer dans un monastère (3).
A l'avènement de l'impératrice Anne, lorsque Biren devint tout-puissant, la persécution redoubla encore de rigueur. Barlaam Vonatovicz, métropolitain de Kief, fut dégradé en 1730 (oukase du 30 novembre) , sans qu'on se soit donné la peine de dire pourquoi. On dit qu'il avait omis de chanter le Te Deumun. jour de fête impériale. Suivant d'autres récits, Prokopovitch lui en voulait d'avoir fait imprimer une belle édition de l'ouvrage d'Etienne Javorski, la Pierre delà Foi [4^. Léon Yourlof, évêque de Voronége, fut dégradé en même temps que Barlaam Vonatovicz et subit de plus la peine du knout, sur la place publique (5). Georges Dachkof, archevêque de Rostof, et Ignace
(1) Messager russe, juin 1863, p. 463, article de M. Mslnikof sur les évêques starovères,
(2) Messager russe, juin 1863, p. 463. — (3) Ihid.
(4) Pliilarète, Hist. de l'Église russe, V, p. 57, 68, 11^- Voy. surtout les notes.
(5) Philarète, of. cit., V, p. 58, 1 19. — Messager russe, juin 1863, p. 463.
Smola, évêquc de Kolomna (1), membres du synode, furent dépouillés tous deux de leur dignité, en décembre 1730, pour n'avoir pas mis <issez d'empressement à condamner l'évêque de Voronége, qui était innocent {2). Sylvestre, archevêque de Kazan, qui s'était signalé par son
(1) Philarète, V, p. 58, 119, 120. - Messagernsse, Juin 1863, p. 463.
(2) Le véritable motif de la haine que Biren et Théopliane Pi-okopovitcli avaient conçue contre le métropolitain de Kief, l'archevêque deTver, l'archevêque de Rostof, l'évêque de Voronége et celui de Kolomna, était la part que ces prélats avaient prise aux négociations entamées à Moscou par l'abbé Jubé, délégué de la Sorbonne, avec l'aide du duc de Liria, ambassadeur d'Espagne. Elles avaient pour objet l'union de l'Église russe avec l'Eglise catholique. Cela se passait sous le règne de Pierre II et pendant la faveur des Dolgorouky. L'idée de la réunion semble avoir été appuyée par le prince Bazile Loukitch Dolgorouky, mort depuis sur l'échafaud, et par plusieurs autres membres de sa famille. L'abbé Jubé était venu en Russie en qualité de précepteur des enfants du prince Serge Dolgorouky, dont la femme, la princesse Irène, née Galitzin, avait embrassé le catholicisme. Ces projets échouèrent par suite de la mort de Pierre II et de l'avènement d'Anne, qui amena la disgrâce des Dolgorouky, et surtout par la tyrannie calvmiste de Biren, servie par les haines de Prokopovitch et de son digne ami le prince Tcherkasky. Il est remarquable que depuis deux cents ans les plus tristes époques de l'histoire de Hussiesont celles où les tendances anticatholiques ont pris le dessus.
zèle à propager le christianisme dans son diocèse, fut dégradé le 31 décembre 1731 (!)• Hérodion de Tchernigof fut enfermé dans un couvent en 1734 (2).
La plus célèbre victime de Biren est Théophylacte Lopatinski, archevêque de Tver et membre du synode. On a vu plus haut l'opposition que Théophane Prokopovitch rencontra dans Etienne Javorski. Le vicaire patriarcal ne s'était pas borné à vouloir imposer à Théophane une rétractation de ses propositions protestantes avant sa promotion à l'épiscopat, il avait combattu ses doctrines dans un grand ouvrage intitulé la Pierre de la foi. Le crédit de Prokopovitch et des protestants qui entouraient Pierre P" empêcha ce livre de paraître ; mais en 1728, après la mort du tsar, Lopatinski, non content de le faire imprimer, en pubha aussi l'apologie. Toute la haine que Prokopovitch portait à Javorski, il l'avait, après la mort de celui-ci, vouée à son disciple : ce fut sur lui qu'il assouvit sa vengeance. 11 dénonça les deux ouvrages à Biren. Tous les exemplaires furent saisis : Lopatinski, exclu du
(1) Messager russe, juin 1863, p. 463. Philarète, V, p. 119.
(2) Messager russe, 1. c.
synode en 1730, cité en 1732 devant le tribunal de la chancellerie secrète, fut frappé de verges, soumis à la torture, tenu trois ans au secret, ensuite dépouillé de la dignité archiépiscopale et de l'habit monastique, sans que le synode eût été appelé à se prononcer (1), puis enfermé dans une forteresse où il languit frappé (ie paralysie, jusqu'à l'avènement d'Ehsabeth, lui le rétablit dans sa dignité. Et tout cela pour s'être opposé à l'invasion du protestantisme dans l'Église russe! D'autres évêques, comme nous l'avons vu, furent maltraités pour le même motif. En 1736, Dosithée, évêque de Koursk et de Belgorod, est dégradé (2). En 1738, Hilarion de Tchernigof et Barlaam de Pskof sont relégués dans des couvents (3). En 1742, le même sort atteint Pierre de Belgorod et Léonide de Kroutitsy (4). On était pourtant sous le règne de la dévote Elisabeth, qui en 1748 traita de la même façon Gabriel d'Oustioug (5), et en 1757 dépouilla de la dignité êpiscopale Gennadius de Kostroma (6). Et sous
(1) Philarète, Hist. de VÉglisemsse, t. V,p. 59, n- 191.
- (2) Messager russe, juin 1863, p. 463. Philarète, p. 120.
— (3) Idem, ibidem. — {4)Messagemsse,tMd.—{o}Ide»i, ibidem. — (6) Idem,
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le règne libéral et éclairé de la grande Catherine, Arsène Matséiévitch, archevêque de Rostof, ayant protesté contre la confiscation des biens du clergé, fut dépouillé de sa dignité, mis au rang des laïques et enfermé dans une forteresse, où il mourut. Arsène appartenait a la même école que Lopatinski ; comme lui, il avait écrit contre les protestants.
Peut-on dire après cela que les évoques trouvent dans l'organisation de l'Eglise russe une garantie quelconque contre l'arbitraire, ou faut-il s'étonner qu'Us soient devenus muets et aient perdu jusqu'au dernier vestige d'indépendance ?
Qu'on ne s'y trompe pas : de nos jours les formes ont changé, mais on se gêne aussi peu et peut-être encore moins. L'idée d'un évêque inamovible, qui ne puisse être éloigné de son diocèse que pour des causés d'une gravite extraordinaire et à la suite d'un jugement strictement et exclusivement canonique, est une idée qui ne se présente à l'esprit de personne. Rien de plus commun que de lire dans les journaux que tel ou tel évêque a été admis à se reposer et qu'on lui a assigné pour résidence tel ou tel monastère. Cet euphémisme déguise à peine une véritable déposition, bien plus, un
exil et une espèce de prison (1). Qu'un évêque se permette des abus trop criants, ou qu'il s'attire pour un motif quelconque le mécontentement de l'administration, il est admis à se reposer. Souvent il ignore la cause de sa disgrâce, il n'est cilé devant aucun tribunal, il û'est pas appelé à se défendre, à produire des témoins, à prouver son innocence, à invoquer ^es prescriptions du droit. Il n'a d'autre parti à prendre que de se soumettre à son sort.
On me dira que ces mesures sont prises sous la garantie et la sanction du synode. Nous parlerons plus tard de cette haute assemblée. Mais ^- Katkof nous a déjà dit qu'on ne saurait assiûiiler le synode à un concile provincial. Puis, luel que soit le tribunal, il n'y a pas de jugeaient. Enfin, nous nous en remettons à l'avis <ies évêques eux-mêmes. Croient-ils trouver une garantie dans l'intervention du synode? alors tout est dit. Mais pas un évêque ne pense de la sorte.
Plût à Dieu qu'un membre de l'épiscopat '^usse eût le courage de publier l'iiistoire véri-
(1) Les évêques admis à se reposer ont reçu en 186Ô le '''■oit de sortir du diocèse qui leur est assigné comme résidence, pourvu qu'ils aient l'autorisation de l'évêque diocésain.
dique de ces deux grandes victimes, Théophylactes Lopatinski et Arsène Matséiévitch ! Ce serait la meilleure apologie à présenter au monde en faveur de ce corps, mais en même temps la meilleure preuve qu'il ne saurait recouvrer son indépendance qu'en s'appuyant sur une autorité ecclésiastique placée en dehors des atteintes du pouvoir civil : vérité parfaitement comprise par les starovères, qui ont eu soin de se donner un chef résidant hors de l'empire. Par là ils n'avaient pas dessein d'imiter les catholiques ; la nature des choses et le bon sens ont été leurs seuls guides. Qu'on déclame tant qu'on voudra contre un pouvoir étranger, c'est précisément là l'unique garantie de l'indépendance des évoques.
Comment les évêques russes sont nommés, comment ils sont déposés, nous venons de le voir. Comment exercent-ils leur autorité ? C'est ce qui nous reste à examiner.
Jusqu'à ces derniers temps, aucun évêque ne pouvait sortir de son diocèse sans une permission du synode ; de telle sorte qu'il était impossible à deux évêques de se visiter, à plus forte raison ne pouvait-U être question d'une réunion. Depuis peu, ils ont été autorisés à s'absenter pour huit jours sans permission,
îûais en avertissant chaque fois le synode (1). Il y a sans doute une loi ecclésiastique touchant la résidence des évêques, mais cette loi ne va pas jusqu'à leur interdire tout mouveûient, ni surtout les absences motivées par l'mtérêt même de leurs diocèses. Comme toutes les autres lois canoniques, celle-ci a pour but la paix, l'indépendance et la liberté de l'Église, et il est révoltant de la voir transformée en instrument de servitude (2).
D'après le nouveau règlement des écoles ecclésiastiques, nous l'avons vu, les supérieurs de
(1) Compte rendu annuel du procureur général du synode, pour l'année 1866.
(2) On lit dans le Nord du 20 décembre 1866 : « Mgr "Wolonczewski, évêque catholique de Samogitie, est parfaitement libre de remplir ses devoirs pastoraux dans les limites de son diocèse. Il est seulement assujetti dans ses tournées diocésaines à l'obligation générale, et qui lui est commune avec tous les Russes, d'un passe-port et d'un visa. Il est tenu, en outre, comme tous les évêques, à résider dans son diocèse, et ne peut le quitter sans autorisation supérieure. Nous ne savons pas si cette obligation de résidence,si pénible aux prélats de la cour de Louis XIV et si souvent éludée par eus, semble particulièrement dure à Mgr Wolonczewski, "lais on conviendra qu'elle n'a rien que de rationnel, i)
Ainsi parle le Nord. On conviendra que ce ton de persiflage, en matière si grave et si triste, est singulièrement déplacé et peu fait pour inspirer une grande confiance au lecteur. Pour cette défense aux évêques de sortir de leur diocèse, nous renvoyons le Nord à la Gazette de Moscou ;
séminaires pourront être nommés par le synode sur la présentation de l'évêque diocésain. Tous les journaux se sont ligués pour dénoncer cette mesure si simple comme un envahissement exorbitant de l'autorité épiscopale. Pour nous, ce qui nous semble étrange, c'est que l'évêque ne jouisse pas d'une pleine indépendance dans l'exercice d'un droit qui devrait être inaliénable. Nous en appelons à tous les évêques de France. Dans le Mémoire que le Pape G-régoire XVI, de glorieuse mémoire, a remis de la main à la main à l'empereur Nicolas, le 13 décembre 1845, Sa Sainteté cite « parmi les lois et les règlements anticatholiques contre lesquels le saint-siége n'a pu et ne peut cesser de réclamer... le décret du 30 novembre 1840, concernant les séminaires, par lequel ceux-ci ont été soustraits dans le fait à la juridiction des évêques et assujettis aux ordres gouvernemen-
mais nous serions curieux de savoir si, comme semble Tadmettre le Nord, les évêques russes ont besoin d'un passeport pour visiter leur diocèse. Si Mgr Wolonczewski ne pouvait visiter son diocèse qu'avec un visa du général Kaufmann, il est probable qu'il ne le visitait guère, au moins tant que ce général n'était pas destitué. Il faut avouer que le Nord a un talent rare pour coDflrmer les nouvelles qu'il prétend démentir.
*^ux, aussi lAen pour le règlement doctrinal lue pour le disciplinaire.
" De tels règlements ne sont que les développements ou les corollaires des principes lésifs ^es droits et de l'autorité divine de l'Église, qui étaient déjà contenus dans les lois et oukases, ^apportés parmi les documents de l'allocution (<iu 22 juillet 1842). Il est clair pourtant qu'on ^ parla un ensemble de lois dont l'effet est d'interdire aux évêques l'exercice de leur sacré ministère pastoral, leur enlevant toute juridiction ^ur la discipline, le culte, la liturgie, l'enseigiement, les séminaires ; leur enlevant, en un ^ot, le gouvernement de leurs Églises et les assujettissant aux consistoires, au collège ecclésia- ^^i<iue, au ministère enfin, pour les réduire à ^tre simples exécuteurs des ordres souverains. " Ce sont donc des lois en opposition ouverte ^"^ec l'ordination divine, puisque, selon l'Ecriture sainte, Spiritus Sancfus posuit episcopus ^yere Ecclesiam Dei. Ce sont des lois subversives de l'autorité ecclésiastique, de la liiérar- ^ cûie de l'Église catholique, en un mot de toute " ^a constitution {!). „
(1) Bspositione documentata, sulle costanti cure del ■ P- Pio IX a riparo dei mcdi cJie soffre la Ohiesa cattolica ^«i domina di Rmsia e di Polonia. Roma, 1866, p. 4, 5.
En tenant ce ferme et noble langage, Grégoire XVI ne songeait probablement pas qu'il plaidait la cause des évêques russes. Ce sont eux, et non les évêques catholiques, qui en ont profité. Nous espérons qu'ils lui en sauront gré et comprendront qu'il n'est pas inutile à l'épiscopat d'avoir un chef capable de prendre sa défense, quand les évêques ne peuvent ou n'osent élever la voix.
Ces observations si judicieuses de Grégoire XVI ne s'appliquent pas seulement aux séminaires, elles s'étendent à tous les actes de l'administration épiscopale. Si nous entrons dans le détail, nous arriverons toujours aux mêmes résultats. En Russie, toute l'autorité est concentrée dans le synode ; l'évêque ne peut rien faire par lui-même ; sa vie se passe à envoyer des rapports à Pétersbourg, à en recevoir des ordres, à les mettre à exécution et à écrire qu'il a obéi. Au lieu d'avoir, comme en France, un conseil composé de prêtres de son choix, l'évêque russe est assisté d'un consistoire où siègent, il est vrai, des prêtres, mais où figure aussi un secrétaire laïque nommé.à Pétersbourg par le synode sur la présentation du Procureur, c'est-à-dire, en réalité, nommé par ce dernier. Le secrétaire prend connaissance de toutes les
affaires, rédige toutes les pièces, fait toute la correspondance. 11 est assisté d'une chancellerie composée de six ou sept chefs de bureau avec leurs sous-chefs et leurs scribes. A cette chancellerie ressortissent toutes les affaires du clergé dans le plus minutieux détail ; et il est notoire qu'aucune affaire ne se fait sans potsde-vin. La bureaucratie russe a, en général, un triste renom de vénalité ; la bureaucratie des consistoires est plus vénale que toutes les au- ^^Qs. Vrai système de drainage, parfaitement organisé, qui soutire aux prêtres, aux diacres, aux pauvres clercs, toutes leurs économies. Plaie hideuse qui ronge le clergé russe, auquel ses revenus suffiraient s'il était délivré de ces Ignobles spoliations.
Rien de plus triste que ce régime bureaucratique, qui dépouille les évêques de toute autorité et leur suscite d'interminables tracasseries; et tout cela, pour procurer de quoi vivre aux f>^ui(s secs des séminaires, réduits à se faire un revenu de leurs rapines. On a imaginé de créer des chancelleries ecclésiastiques dans toutes les villes d'arrondissement. L'inutilité en est si parfaitement démontrée que, l'année dernière, le corps de logis occupé par l'une d'elles étant devenu la proie des flammes, elle fut simple-
ment supprimée. Les employés allèrent solliciter la faveur de relever à leurs frais la maison incendiée : tant ils avaient d'intérêt à n^ pas perdre cette machine à pressurer les gens . Voilà comment, à quelque point de vue qu'on envisage l'Église russe, on retrouve toujours la plaie du lévitis7ne.
En droit, l'autorité appartient à l'évéque ; dans le consistoire, ce sont les prêtres qui doivent tout décider. Mais, dans la pratique, c'est la chancellerie, c'est son chef, le secrétaire, qui fait tout. Il ne peut guère en être autrement- Dans le courant d'une année, douze à quinze mille dossiers passent par le consistoire, chacun réclamant une décision conforme aux lois. Or, les lois ecclésiastiques, les statuts du synode, les arrêtés des évoques forment une masse énorme de documents, tous inédits ; vrai chaos où se retrouvent seuls les hommes blanchis dans le métier. Qu'un membre du consistoire s'avise de vouloir décider autrement que la chancellerie, on lui citera des textes et il faudra bien qu'il signe. L'évéque lui-même n'est pas en état de lutter avec le secrétaire. Nommé par le procureur du synode, qui seul peut le changer, le secrétaire est en correspondance directe avec lui, il lui rend compte de la marche
•les affaires ; il dépend donc du secrétaire de
prévenir le tout-puissant procureur contre l'évê-
<ïue. A plus forte raison les membres du con-
sistoire sont-ils obligés de plier sous lui. L evê-
1^6 n'assiste pas aux séances ; le secrétaire lui
fPporte les pièces et lui présente le rapport ;
intermédiaire ordinaire entre l'évêque et le con-
^istoire, il peut faire modifier par l'évêque les
Jiecisions prises dans l'assemblée, ou bien en
i^ansmettant à celle-ci les ordres de l'évêque,
^Uî* donner la couleur qui lui convient. Pres-
'ï'-ie toujours, l'unique motif de ses opinions est
^ï^gent qu'il a reçu des parties intéressées (1).
^^ (I) Lorsque fut conclu le concordat du 3 août 1847,qui vient Pot ^'^^"^'^ P^^ ""1 oukase du 4 décembre 1866, les pléni- ^° entiaireg des deux parties ne parvinrent pas à s'entendre '*'" ^'^ certain nombre de points; ils les consignèrent dans ^■^ protocole, signé le même jour par le cardinal Lambru- ^?,^'°'' le comte Bloudof et M. Boutenef. Ce protocole vient ^tre publié à Rome dans le volume de documents relatifs à l'alloc
cution du 29 octobre ïi
documen-
"'■■ etc.) Nous croyons devoir reproduire l'article II : ^^ " Le plénipotentiaire pontifical a. réclamé contre la pré- ^ °ce dans les consistoires épiscopaux d'un secrétaire laïque ^ °>nié par ig gouvernement et réunissant la qualité de Pro- "•"eur Impérial Les plénipotentiaires de S . M. 1. ont répondu
que le
' gouvernement impérial serait prêt à soumettre la noj |"^*ion du secrétaire du consistoire au consentement préae <l6 l'évêque, se réservant en ce cas d'établir un procu-
Un mot du traitement des évéques. Dernièrement la Gazette de Moscou, voulant montrer que les revenus des évêques catholiques en Russie étaient plus élevés que ceux des évoques de l'Église nationale, a publié des renseignements que nous nous empressons de lui emprunter.
« L'archevêque catholique de Mohilef, résidant à Pétersbourg, reçoit du Trésor un traitement de 8,000 roubles;
reur auprès du consistoire; ou bien le gouvernement impérial se réserverait la nomination du secrétaire sans la participation de l'évêque et renoncerait à l'institution d «i procureur spécial.
» Le plénipotentiaire pontifical a déclaré qu'aucun de ces deux modes ne saurait être admis par le saint- siège. » {Esfosizione, etc., p. 19).
A l'exemple de ce qui s'est fait pour les séminaires, cette réclamation du saint-siége, repoussée lorsqu'il s'agissait des évêques catholiques, ne pouri-ait-elle pas être admise en »' veur des évêques de l'Église dominante ? La suppression du secrétaire laïque aurait pour conséquence la destruction û^ la bureaucratie dans l'administration ecclésiastique. Ce fl^ sei-ait pas seulement les évêques, ce serait tout le cierge qw célébrerait cette réforme par des actions de grâces et des réjouissances extraordinaires. — Voy. aussi (p. 145 du meiiie recueil) une discussion sur ce point dans un comité compose des comtes Nesselrode, Kissélef, Bloudof, et de MM. Lanskoi, Turkull, Boutenef, Romuald Hubé et Nicolas Kissélef- A la date de 18.56, il n'était guère possible de trouver des noms qui donnassent plus de garanties de justice et d'impar-
celui des autres évêques catholiques est de 5 à 6,000 r. D'un autre coté, le métropolitain de Pétersbourg et Novgorod touche 5,414 r. 14 kopeks, celui de Kief 4,900 r., celui de Moscou 1,712 r. 16 k. (Comment M. Katkof a-t-il pu citer ce chiffre-là? Qui prouve trop ne prouve rien); les archevêques de Riga, de Tauride, de Stavropol, de Lithuanie, de Mohilef, de Minsk et de Podolie, chacun 4,000 r.; ceux de Polotzk et de VolhyDie, 3,200; l'archevêque de Cherson, 2,414 r. 85 k.; l'évêque de Gourie et d'Abkhasie, 1,500 r.; douze archevêques qui occupent des sièges importants, comme ceux de Kazan, d'Astrakan, de Thver, de Rezan, 914 r. 85 k.; et enfin 26 évêques, 743 r. 40 k. << Quelques évêques auxiliaires, comme celui de Moscou, touchent seulelaent 358 r. 98 k. , c'est-à-dire moins que beaucoup de simples prêtres catholiques.
" On peut dire à cela que les évêques ortliodoses reçoivent ■en outre des suppléments. Ces suppléments ne leur sont pas donnés à eux, mais pour l'entretien de leurs cathédrales et du personnel qui forme la maison épiscopale. Et ces suppléments sont-ils considérables? deux, trois mille roubles. oV chaque cathédrale doit avoir au moins un personnel de dix prêtres et diacres, qui, n'ayant pas de paroisses, touchent un traite- "lent de 250 à 300 roubles chacun... Quelques évêques orthodoxes touchent encore les revenus d'immeubles appartenant aux évêchés et reçoivent des dons de la part des fidèles ; mais «ela ne peut pas entrer en ligne de compte; ce n'est plus le
^'alité; mais la routine bureaucratique était encore trop forte. Espérons qu'on a fait du chemin depuis.
traitement payé par le Trésor, ce sont des oflPrandes volontaires. » {Crazeite de Moscou, 11/23 novembre 1866, n° 238.)
Si nous contrôlons ces données par celles que nous fournit l'ouvrage souvent cité sur le clergé blanc et le clergé noir, ce ne sera plus tout à fait la même chose. Ainsi, la Gazette de Moscou nous a bien dit que l'archevêque catholique latin de Mohilef reçoit 8000 roubles de traitement ; mais elle ne nous a pas dit que l'archevêque russe de Varsovie en reçoit autant. Or le diocèse de Mohilef, qui comprend dans sa circonscription et Pétersbourg et Moscou, est peutêtre le plus vaste diocèse de l'Église catholique, tandis que le troupeau de l'archevêque de Varsovie, en 1865, ne comptait pas trente mille âmes. L'archevêque de Riga, selon notre auteur, ne reçoit pas 4000 roubles, comme le dit la Gazette de Moscou, mais 6,700, c'est-à-dire 26,800 francs. Le traitement des archevêques de Lithuanie, de Mohilef, de Minsk et de Podolie est bien de 4000 roubles ou 16,000 francs; mais ils ont en sus un supplément de 2,973 roubles ou 1 1 ,892 trancs, ce qui fait en somme plus de 25,000 francs. Les archevêques de Polotzk et de Volhynie, en outre de leur traitement de 3,200 roubles , reçoivent un supplément de 2,778 roubles; ce qui leur assure ua revenu de
près de 24,000 francs. Les autres évêques ont aussi reçu successivement des suppléments :
vêque d'Irkoutsk . .
. 8,000 fi
» d'Olonetz . .
» de Kiohénef .
» deKalouga . .
» de Kostroma . .
» de Penza . . .
» deKharkof . .
» de Kherson . .
L evêque de Stavropol a cédé à l'État un ûioulin et des pêcheries, et en compensation il touche une rente annuelle de 3,800 roubles, ou 15,200 francs, qui ajoutés à ses 4,000 roubles •ie traitement, lui font un revenu de plus de 30,000 francs. Bien des évêques demeurent en Jouissance de pêcheries, de moulins, de prairies et de terres qui leur rapportent plus ou ^oins d'argent. L'émancipation de 1861 a eu pour effet de leur assurer, en compensation des paysans attachés à leur service, une indemnité très-largement calculée. En outre, beaucoup •i'évêques sont en même temps abbés ou supérieurs de monastères dont ils touchent les revenus. Autrefois c'était le privilège des trois inétropolitains de Moscou, de Kief et de Péters- ^ourg, arcliimandrites nés des trois laurcs de ^-Serge, des Cryptes et de Nevsky. Peu à peu
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les autres prélats ont reçu aussi des couvents en commande : il y avait dix-huit commendataires en 1842, trente-huit en 1858, quarantecinq en 1861. Quelques-uns ont même plU" sieurs couvents, et il y en a dans le nombre de fort riches. Ainsi, le métropolitain de Moscou, avec un traitement dérisoire de 1,712 roubles, jouit de plus de 100,000 francs de revenus.
Le synode possède un capital de 254,543 roubles, c'est-à-dire de plus d'un million de francs, dont les revenus sont distribués auX évêques, à titre de secours. 11 est d'usage dans les familles riches d'appeler l'évêque diocésain pour les enterrements ; chacune de ces cérémO' nies lui rapporte cent, deux cents roubles, c'est-à-dire 400, 800 francs, quelquefois davantage. Quand l'évêque va consacrer une nouvelle église, il reçoit une indemnité qui peut s'élever à 1,000 ou 2,000 francs. Les évêques ont des chapelles domestiques où l'on fait des quêtes. Dans une de ces chapelles on recueille en un an 14,000 roubles, 56,000 francs ! Les images miraculeuses sont une autre source de revenus, souvent abondante. Ne disons rien des profits illicites et abusifs. Traitement, suppléments, indemnités, secours accordés par 1^ synode, revenus des monastères, casuel, tout
cela suffit pour nous rassurer sur la prétendue pauvreté des évêques russes. Ils ne voudraient certes pas échanger leurs revenus contre ceux 'îes évêques catholiques , qui . reçoivent en "moyenne un traitement de 5 à 6,000 roubles, suivant la Gazette de Moscou (1).
Si nous passons à l'autorité morale, à l'mfluence des évêques, nous ne nous tromperons pas en affirmant qu'elle est à peu près nulle, ^e mandements, il n'en est pas question. Les discours qu'ils prononcent dans les occasions solennelles, personne ne s'en inquiète. Ils peuvent être hautains vis-à-vis de leur clergé, s'entourer d'une certaine pompe, exiger de leurs Inférieurs des marques excessives de respect, î^s n'en sont pas, hélas ! plus fiers et plus indépendants vis-à-vis des grands. Ils ne savent pas allier l'humilité chrétienne avec la fermeté sacerdotale ; on ne les attend jamais parler avec ^ne liberté évangélique. Leur action sur les
, 0) Il serait certainement plus simple de donner aux "^^êques russes un traitement plus considérable et de supl'^'toer tous ces suppléments, ces indemnités, ces secours, '^«s couvents qu'on leur donne en commande. Mais ce sont ^"tant de liens à l'aide desquels on les tient dans la dépen- •^^^ce du pouvoir : il est plus facile de supprimer un sup- Pléinent que de diminuer le traitement.
esprits, sur la société, est nulle. Ils semblent n'être évêques que pour figurer dans les pompes de l'office divin. Les cérémonies du culte, dans le rite oriental, ont, il est vrai, une majesté incomparable; dans l'Église russe elles se font avec une rare perfection, la voix des chantres • leur prête un charme merveilleux, et tout cet ensemble n'est complet que lorsque l'évoque y préside. Cela est grand, cela est beau. Mais ces splendeurs ne feraient pas moins d'impression, si l'évéque, en déposant ses magnifiques ornements, restait évêque ; s'il savait élever la voix pour instruire les peuples, pour dénoncer les abus et défendre les droits de Dieu sur la terre, ceux de l'Église, de la justice, des humbles et des petits.
Nous dirons des évêques ce que nous avons dit des prêtres et des moines : ce n'est pas aux hommes qu'il faut s'en prendre, mais aux institutions. Nous avons entre les mains les mémoires de M. Yakovlef sur les évêques qui faisaient partie du synode de son temps ; mais quoique Jakovlef ait occupé le poste important de procureur du synode et qu'il fût à même d'être bien renseigné, il nous répugne de le citer. Disons plutôt que, dans la condition qui leur est faite, il se rencontre parmi les évêques russes des
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hommes qui se distinguent par l'intégrité de ^eurs mœurs, la gravité et l'austérité de leur '^le, leur désintéressement. Qui sait ce qui adviendra le jour où un joug écrasant aura cessé de peser sur l'Église russe? S'H est un germe de salut, c'est dans l'épiscopat. On dirait quelquefois d'un rameau auquel il reste un peu de sève et qui est destiné à reverdir.
Les évêques russes ont le caractère épisco- Pal, et s'il ne leur a pas toujours été transmis par une voie légitime, on n'a jamais mis en <ioute sa validité. Nous ne croyons pas leur Qianquer en appelant leur attention sur ce qui leur fait défaut : l'indépendance. Évêques, ils,, n'exercent pas dans leur plénitude leurs droits iiûprescriptibles. Qu'ils nous permettent ce niot : ils ne sont pas véritablement des évêques, niais des fonctionnaires mitres.
Si les projets annoncés par M. Katkof se réalisent, toutes les espérances sont permises. Oui, nous le croyons avec l'éminent publiciste : si les provinces ecclésiastiques étaient rétablies, si les conciles provinciaux s'assemblaient et délibéraient en liberté, s'ils élisaient des évêques inamovibles et justiciables seulement de leurs pairs, si l'antique discipline était restaurée, eui, nous voulons l'espérer, la vie pourrait re-
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venir dans ce grand corps engourdi par des siècles d'un sommeil léthargique.
Que de conséquences entraînerait un changement aussi radical ! M. Katkof l'a parfaitement observé : ce n'est pas seulement l'Eglise russe qui serait appelée à se reconstituer, toutes les Églises de l'Orient devraient se rapprocher, comme des membres longtemps séparés, pour former un corps vivant. Dès lors, les conciles provinciaux présidés par un métropolitain ne suffisent plus; il faut d'autres conciles présidés par des patriarches, et montant toujours plus haut, il faut enfin arriver au concile œcuménique, qui représente l'Église universelle. Le concile universel doit avoir aussi un chef, un président. Où est-il ce chef de la hiérarchie, autour duquel se groupent avec respect les patriarches eux-mêmes? La vieille Église d'Orient le connaissait. C'est lui qui recevait les appels des patriarches d'Alexandrie et de Constantinople par la bouche des Athanase et des Chrysostome ; lui qui déposait ces mêmes patriarches dans la personne des Nestorius, des Anthime et des Sergius (1); qui présidait par ses légats aux conciles œcuméniques; c'est l'évêque
(1) Voyez les textes de la liturgie russe qui le constatent, Études, P" série, t. II, p. 75 et 76.
^^*^ l'ancienne Rome, c'est le successeur de saint Pierre.
Arrêtons-nous ; notre tâche n'est pas finie ; li nous reste à parler du synode.