‹ Le Clergé russeChapitre 15 sur 18 · LE SYNODE · texte numérisé non relu

LE SYNODE

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L'Église russe, nous l'avons vu, fut longtemps gouvernée par un métropolitain dépendant lui-même du patriarclie de Constantinople. Les développements de cette Église, l'importance croissante du pays, la situation précaire du siège de Constantinople depuis la prise de cette ville par les Turcs, toutes ces considérations et bien d'autres déterminèrent Boris Godounof à ériger à Moscou un siège patriarcal- Favorisé par les circonstances, le nouveau patriarche se vit d'abord investi d'une très-grande autorité ; mais la mésintelligence ne tarda pas à éclater entre lui et le tsar. Après une lutte longue et pénible, enfin un concile convoqué à Moscou par les soins du tsar Alexis, et auquel assistaient des patriarcbes d'Orient, déposa le patriarche Nicon. On le remplaça et rien, extérieurement du moins, ne fut changé -dans les rapports des deux puissances. Cependant l'au-

torité dujDatriarcat se trouvait amoindrie par la |utte où il avait succombé. On put croire à'a.- ^ord que ce n'était qu'une éclipse, et s'il se fût ^'encontre parmi les successeurs de Nicon un ûomme d'intelligence et de caractère, il aurait reconquis le terrain perdu. Il n'en fut rien ; et Oû vit, d'autre part, monter sur le trône des tsars un homme doué au plus haut degré des ^.'ialités qui manquaient essentiellement aux ^ûefs de l'Éghse russe.

Quelles étaient au fond les idées religieuses ^e Pierre p-"? Question difficile et embarrassante. Il est à peu près certain qu'il songea à ^ne réconciliation avec Rome, mais probablement dans la seule vue des alliances matrimoniales qui pourraient être contractées avec les faisons d'Autriche et de France. D'alUeurs, sympathique aux protestants, très-jeune, il s était fait initier à une loge maçonnique fondée a Moscou par Lefort. D'où l'on peut conclure l^'il était assez indifférent en matière de reh- Sioû- Il n'aimait pas le clergé russe, adversaire naturel de ses réformes. Instruit des démêlés de *^oû père Alexis avec Nicon, et voulant être le Maître eu tout et toujours, il résolut d'abolir le patriarcat et de le remplacer par un conseil ou ^^^%e, auquel il donna le nom de synode. In-

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novation considérable, qui modifiait profondément la hiérarchie et les rapports entre l'Église et l'État, aussi bien que les rapports de l'ÉgUse russe avec celles de l'Orient. Il donnait ainsi de nouvelles forces au schisme des starovères, à ce raskol né sous son père, mais auquel il communiqua, contre ses prévisions, une vitalité extraordinaire.

Pierre avait des ménagements à garder ; il le sentit et procéda avec une prudente lenteur à l'exécution de ses desseins. Le patriarche Joachim étant mort le 17/27 mars 1690, peu de mois après la révolution qui arracha le pouvoir à la princesse Sophie, le nouveau tsar désigna pour lui succéder Adrien, qui se montra médiocrement sympathique à ses réformes, mais lui causa d'ailleurs peu d'embarras. A sa mort, arrivée en octobre 1700, Pierre, sans lui donner de successeur, confia l'administration du siège à Etienne Javorski, métropolitain de Rézan. Cet état provisoire dura plus de vingt ans, et l'on avait à peu près perdu l'habitude de voir un patriarche en Russie, lorsque le synode fut institué, le 25 janvier (v. s.) 1721.

Un statut ou règlement ecclésiastique déterminait les droits et les devoirs de cette assemblée. Nous en avons sous les yeux une traduc-

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^lon latine, imprimée à Pétersbourg en 1785, ^ous les auspices du prince Potemldn. C'est là *ïu il faut étudier la pensée du tsar.

Le règlement se compose de trois parties. La première traite du synode et des motifs de sa fondation; la seconde, des personnes soumises ^ sa juridiction, à savoir : les évêques, les écoles,les prédicateurs et les laïques; la troisième, 'les membres du synode et de leurs fonctions, tiennent ensuite les règles imposées au clergé séculier, aux moines, aux religieuses. C'est un "Véritable code ecclésiastique encore en vigueur.

L'oukase est très-remarquable. Pierre se félicite des réformes heureuses, accomplies dans tordre militaire et civil: il signale en termes généraux les désordres du clergé, la nécessité ^y remédier,- Frappé de la crainte du Souverain juge qui lui demandera compte du pouvoir lui lui est confié, à l'exemple des rois de l'Ancien et du Nouveau Testament, il a entrepris la réforme de l'ordre ecclésiastique. C'est pourluoi il a institué un conseil ou synode, composé ^'un président, de deux vice-présidents, de quatre conseillers et de quatre assesseurs, aul^el ressortissent toutes les affaires de toutes les Eglises dans t otite la Russie, et qui en con-

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naîtra sans appel (ultimo); tellement que tout le monde doit acquiescer aux décrets et décisions du synode et se tenir satisfait de sa sentence définitive. Du reste, aucune mention des patriarches ni de l'Église orthodoxe en dehors des limites de l'empire; rien n'annonce que le tsar se soit mis au préalable d'accord avec l'Église d'Orient, encore moins qu'il admette la possibilité d'un appel à l'Église œcuménique.

Ce fut seulement huit mois après, le 30 septembre 1721, que PieiTe s'avisa d'écrire au patriarche de Constantinople, pour l'informer de ce qu'il avait fait et pour l'inviter à reconnaître le synode, avec lequel il serait dans les mêmes rapports qu'il entretenait autrefois avec le patriarche de Moscou. Le patriarche Jérémie ne mit guère d'empressement à répondre, comme on le voit par sa lettre, datée du 22 septembre 1723, c'est-à-dire postérieure de deux ans à celle de Pierre. Contrastant d'une façon tranchée avec les formes ordinaires de ce genre d'écrits, elle est brève et sèche. Jérémie confirme le synode institué par le très-pieux et trèsdoux autocrate, le tsar sacré de toute la Moscovie. Il y déclare que « le saint et sacré sjaiode est et se nomme son frère en Jésus-Christ, et qu'il a le pouvoir de faire ce que font les

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quatre très-saints et . apostoliques sièges patriarcaux. « Il l'exhorte à conserver et à garder "lébranlables les coutumes et les canons des ^®Pt saints et sacrés conciles œcuméniques et tout ce qu'observe la sainte Église d'Orient.

A la suite de l'oukaze vient la formule du serment. Les membres du synode jurent de se iQontrer fidèles, probes ei obéissants serviteurs ^^ «yeis de l'autocrate de toute la Russie, et ^P^ès lui de ses héritiers légitimes, désignés ou devant être désignés en vertu du bon plaisir et ^^6 la souveraine puissance de Sa Majesté, ainsi ^"« de Sa Majesté madame la reine Cathe- '^"^e (1). Ils s'engagent, autant qu'ils le pour-

(1) Pierre avaitépousé en ]689Eudoxie Lapoukhin, et en ^'ait eu deux fils, dont l'un, le tsarévitcli Alexis, avait lui- "'«nie laissé un fils de son mariage avec la princesse Cbar- '°We de Brunswick. Après dix ans de mariage, Pierre re- P^dia Eudoxie et la contraignit à se retirer dans un couvent, « A ..„ , ,, . ...J..U.. TTllfi sui'vecut a

^ -ner aucun motif de cette conduite. Elle survécut a Pierre; ""'''''-

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"■e; jamais l'autorité ecclésiastique ne prononça son m- '•û'-ce ; d'ailleurs, l'eût-elle fait, la sentence devrait être conf dérée comme extorquée, puisqu'il n'exi.tait aucun motif «gitime de rompre cette union. Cette Catherine à laquelle >«s aembres du synode prêtent serment de fidélité, ^et qui ^'""it par succéder à Pierre I-, ne pouvait donc pas être, la femme légitime du tsar; elle n'était que sa concubine. Il ^^■ait eu trois enfants d'elle lorsqu'il la déclara son épouse (1^11). Plus tard il la couronna (1724), mais il n'existe au-

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ront, à préserver et à défendre tous les droits et prérogatives qui appartiennent à la souveraineté, à l'autoi^ité et à la puissance de Sa Majesté, tels que ces droits et prérogatives sont définis ou seront définis plus tard, dans leur signification la plus étroite, sans y épargner leur propre vie; à veiller en toutes choses à l'avantage de Sa Majesté, à dénoncer, à empêcher et à combattre tout ce qui pourrait lui faire tort. Enfin on trouve dans la formule du serment cette phrase significative : « Je confesse et j'affirme avec serment que l^ souverain juge de ce synode est le monarqtie de toute la Russie, lui-même, notre seigneur trèsclément. »

Ajournons les réflexions qui se présentent en

foule et continuons l'examen de ce document.

Dans la première partie, Pierre cherche à jus-

rtifier la création du synode . Il invoque les précé-

cune preuve authentique que le mariage ait été célébré. On ne peut échapper à ce dilemme : ou Pierre l'a épousée du vivant de sa femme légitime, et daas ce cas il est bigame, ou il ne l'a pas épousée; en tout cas, c'est une liaison adultère. Catherine ne pouvait être aux yeux des évêques et n'était en réalité qu'une concubine. Envoyant cette lâche complaisance des évêques en présence de l'adultère et de la bigamie, il est impossible de ne pas penser à Henri VIII, avec lequel Pierre I" a plus d'un trait de ressemblance.

(lents, il cite le sanhédrin des Juifs et l'aréopage d'Athènes, avec fort peu d'à-propos, comme on voit. 11 veut aussi s'appuyer sur la parole de Dieu. Saint Paul avait dit aux Corinthiens : li n'est pas le Dieu de la dissension, mais de la paix... Que tout se fasse honnêtement et avec ordre. „ (I Cor., xiv, 33, 40.) Le tsar renvoie à ces deux textes ; mais sentant bien qu'ils sont loin de donner une sanction formelle à son œuvre, il s'abstient de les reproduire. Les autorités lui faisant défaut, il essaye du raisonnement. Passons rapidement en revue ses arguments : P Plusieurs hommes réunis voient plus clair dans les affaires qu'un seul. — 2° Les décisions d'une assemblée ont plus d'autorité que celles d'un seul homme. — 3° Le synode aura d'autant plus d'autorité qu'on saura qu li est institué par le souverain et qu'il dépend cie lui : a monarcha dependet suamque ilh accepiam fert originem. — 4° Les différentes occupations, les maladies, la mort empêchent^ un seul homme d'expédier les affaires, mais n arrêtent pas une assemblée. - 5" Un individu

est accessible aux passions, a î'uption ; ce n'est pas le cas

l'intérêt, à la cord'une assemblée.

6° Un seul homme cède plus facilement aux menaces des puissants de la terre. — " Le

vulgaire ue connaît pas la différence qu'il j a entre le droit des princes et le droit de l'Église ; quand il voit à la tête de l'Église un pasteur, il est tente de l'égaler au prince et même de mettre l'ordre spirituel au premier rang. Le peuple pourrait donc être porté à faire moins de cas des ordres d'un monarque que de ceux d'un pontife. Avec le sjnode, rien de pareil à redouter. Son président, dépourvu de toutes prérogatives, dépouillé de toute pompe, ne peut avoir une haute opinion de lui-même et il échappe aux atteintes de l'orgueil et de l'adulation. Le peuple, sachant que ce mode de gouvernement a été établi par ordre du prince, mandata monarchœ, demeurera pacifique, ne pouvant compter sur aucun appui de l'auto'rité spirituelle. - 8» Un patriarche ne pourrait être jugé que par un concile œcuménique, ce qui présente beaucoup d'inconvénients ; tandis que chacun des membres du synode, et le président lui-même sont justiciables du synode (1). — 9° C'est une manière de former au gouvernement des diocèses les hommes destinés à

(1) Ceci prouve surabondamment qu'en reconnaissant 1 Empereur pour juge du synode, les membres de cette assemblée ne parlent pas d'eux individuellement, mais du synode en tant que corps constitué.

l'épiscopat, et le synode peut être conside'ré ^oiame une pépinière d'évêques (1).

Voilà les raisons que Pierre P' a jugé à pro- Pos de donner au public. On est tenté de les trouver naïves ; au fond, il n'y en a que deux : ^e gouvernement de plusieurs est meilleur que celui d'un seul ; si l'Église avait un chef, il se- '■ait malaisé au pouvoir de la tenir dans sa main. La première de ces deux raisons, prise à la ligueur, n'irait à rien moins qu'à condamner le gouvernement monarchique ; et telle n'était certainement pas la pensée de Pierre, qui, ^^'ayant pas voulu d'un pouvoir partagé par son frère et sa sœur, était tout aussi décidé à n'en ^ien céder à une assemblée. Nous croyons néanmoins à sa sincérité. Le pouvoir pour lui n'était pas en question ; il lui appartenait et

(1) Aujourd'hui on ne tire plus d'évêques du sjnode. Tous ^«s membres de cette assemblée sont revêtus du caractère •"Piscopal et placés à la tête d'un diocèse, sauf deux ou trois P''ètres mariés qui ne peuvent devenir évêques. Mais à ''époque de sa fondation, le i^ynode ne comptait que trois ^^êqufes, le président et les deux vice-présidents. Les quatre conseillers et les quatre assesseurs étaient des archiman- '''■ites et des hégoumènes, qui se trouvaient naturellement ^''.'' les rangs pour être promus à l'épiscopat. Pierre vou- ^>'les avoir vus àl'œnvre avant de leur conférer le carac- ''"■e épisoopal.

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n'appartenait qu'à lui, telle était sa conviction. Il s'agissait seulement de choisir des instruments pour l'exercer; en ce sens, c'est de fort bonne foi qu'il préférait le gouvernement collectif au gouvernement d'un seul. Ainsi, au lieu de ministres, il avait institué les collèges des aifaires étrangères, de la guerre, des finances, etc., etc., et concentré toute l'administration dans le sénat.

Quand on traverse la place d'Isaac et qu'on s'arrête auprès de la statue de Pierre P'' eu laissant la Neva couler à sa droite, on voit se dresser devant soi les deux édifices où s'assemblent le synode et le sénat. C'est la réalisation matérielle de la pensée de Pierre P''. Les deux palais sont sur la même ligne, ont le même aspect et forment une symétrie parfaite. Pierre voulait gouverner l'Eglise et l'État par le moyen du synode et du sénat ; il se faisait représenter également dans les deux assemblées par un procureur général. Comme ces constructions, que la main du temps a renversées et qui ont été rebâties sur un autre plan, l'organisation de la Russie n'est plus la même qu'il y a cent cinquante ans. Le conseil de l'Empire a relégué le sénat au second plan ; les ministères ont remplacé les collèges : le synode seul est resté

debout dans son isolement comme un monu- «lent du passé survivant à l'édifice dont il faisait partie. Sous le règne de Pierre, il était en parfaite harmonie avec les autres créations du tsar réformateur.

Nous croyons avoir suiïïsamment expliqué la pensée de Pierre, disant que le gouvernement de plusieurs est meilleur que celui d'un seul. L'autre argument, — qu'il est plus difficile au pouvoir de tenir l'Église dans sa main quand elle a un chef unique, — n'a pas besoin d'ex- Plication : c'est la pensée de l'autocrate dans toute sa clarté. Il comptait bien rester seul maître; nous le verrons surabondamment plus tard.

Dans les autres parties du règlement ecclésiastique, la griife du lion se fait moins sentir ; on devine que Prokopovitcli tient la plume, mais sous l'œil du maître. Cette rédaction a un tlouble caractère ; c'est puéril et haineux. ^

D'abord une dizaine de pages in-4°, quon peut résumer en peu de mots. Faire la guerre à la superstition : on dénonce là les prières, les vies de saints, les images, les reliques, les miracles qu'il faut soumettre à une critique sévère. Ensuite il est dit qu'il serait fort utiledc faire un petit hvre qui contiendrait l'exphcation

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du Symbole et du Décalogue, avec quelques homélies choisies. — Il eût été plus simple de dire un catéchisme. Que faut-il penser de ce catéchisme mis au nombre des pia desideria, et de ces vœux stériles prenant place dans un code? — Les évêques hront les canons, s'appliqueront à connaître les degrés de consanguinité d'où naissent les empêchements de mariage. Dans les cas douteux, ils s'adresseront au synode, qui verra s'il n'est pas à propos de les remplacer pour cause de vieillesse ou de maladie. Ils ne bâtiront pas d'églises inutiles, se défieront des images miraculeuses et combattront les superstitions. Ils auront soin de fonder des écoles ou séminaires et de n'ordonner prêtres que ceux qui auront étudié ; si les séminaristes sont moines, ils doivent être nommés archimandrites ou hégoumènes (abbés ou prieurs) et ne pas être privés de leur charge, à moins qu'ils ne se rendent infâmes par quelque grand crime (p. 33, n, x). Les évêques enverront au synode l'état de leurs revenus et de ceux des monastères ; ils observeront l'économie et l'humilité, ne prononceront pas d'excommunication sans en référer au synode, visiteront leurs diocèses tous les ans ou tous les deux ans, recevront les dénonciations qui seraient faites contre le

^^ergé, s'assureront de l'état des monastères, l>eaucoup jjIus par le témoignage des gens du flehors que par celui des moines. On insiste sur ^a nécessité de combattre la superstition et ^ur la dépendance des évêques vis-à-vis du synode.

Dans le chapitre des écoles, on donne pour ttiodèle l'armée russe « qui était dans un si triste état avant que notre très-auguste et très- Pwissant monarque Pierre P' n'y eût introduit ^a discipline. » Pour prouver la nécessité. de la science, on dit que pendant les quatre premiers siècles, les évêques avaient horreur de l'arrogance, mais que plus tard ils commencèrent à s'enorgueillir, surtout ceux de Constantinople ^} de Rome. De l'an 500 à l'an 1400, toute ^'Europe a été plongée dans les ténèbres.

Viennent ensuite l'organisation des études et ^es séminaires, les règles des prédicateurs, ^^Q distinction assez obscure entre les laïques ^t les clercs, les rascolniques et la manière de ^6s traiter, etc. La troisième partie est consa- ^i^ée au synode lui-même. Cette assemblée veillera à ce que tous, évêques, prêtres, moines, laïques, s'acquittent de leurs devoirs, et elle châtiera ceux qui ne les observent pas. Tout le Qionde peut s'adresser par écrit au synode.

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Aucun ouvrage théologique ne peut être imprimé sans sa permission. Quand le bruit se répand qu'un corps mort a été préservé de la corruption, quand il est question de vision ou de miracle, le synode fait une enquête. 11 résout les cas de conscience, examine les évêques, s'assure qu'ils ne sont pas superstitieux ou imposteurs, s'informe d'où vient l'argent qu'ils peuvent avoir ; c'est lui qui les juge aussi bien que les causes matrimoniales et les affaires de divorce ; il surveille l'emploi des biens ecclésiastiques ; les testaments des personnages importants, quand il se présente quelque doute sur leur validité, sont examinés par lui et le Collège de Justice (ministère de la Justice.)

Enfin le règlement s'occupe de la mendicité.

Nous ne trouvons pas mauvais qu'on cherche a l'extirper en donnant aux indigents valides les moyens de gagner leur vie et en venant au secours des autres ; mais on ne peut lire sans serrement de cœur ces pages où la haine du pauvre éclate à chaque ligne. Donner l'aumône à un pauvre valide, c'est se rendre complice de son péché. Les inendiants sont les plus grands des scélérats : Re quidem vera, non est kominiini' genus magis sceleratum profligatumque niagis (p. 98). Comment ne pas se rappeler la grande

^eçoii de l'Évangile? Saint Jean-Baptiste, voulant s'assurer que Jésus est bien le Messie, hn <^nvoie quelques-uns de ses disciples pour l'uiterrog-er. Notre-Seigneur, pour donner au Précurseur la preuve que le Messie est venu, cite ses œuvres et dit : Pauperes evangelizaniur, les pauvres sont instruits des vérités éternelles. En lisant le règlement ecclésiastique et surtout ce passage qui distille le venin de la haine con- ^'l'e les pauvres, sans qu'on y rencontre une pal'ole de compassion ou de charité, le doute n'est plus permis, on sent que ce n'est pas là l'Eglise l^i parle. Aussi le peuple russe ne s'y est pas trompé et il a continué de faire l'aumône en *lépit du synode.

E'ans le supplément, parmi les règles données aux prêtres, nous remarquerons la xf et la Xn<^qui indiquent dans quels cas le confesseur doit 7-évéler le secret de la confession. S il s'agit ^ ^'uii complot contre l'Empereur ou contre l'em- Pire, ou de quelque machination contre l'hon- ^^eur ou la vie de l'empereur ou contre la famille de Sa Majesté, et que le pénitent ne "feuille pas y renoncer ; ou bien encore d'un faux miracle qui a été admis comme vrai, et *l^e l'auteur de l'imposture vienne la confesser sans vouloir cependant la révéler, dans

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ces cas, le confesseur est tenu de révéler le secret de la confession et de dénoncer le coupable. L'auteur de ces règles étranges dit pour les justifier que les faux miracles exposent la religion orthodoxe au mépris des hétérodoxes. Hélas ! le prétendu miracle du feu sacré qui se fait chaque année à Jérusalem, et tous les miracles que l'on peut attribuer à Métrophane de Voronége, ne feront jamais autant de tort à l'Église que cette régie xi" et cette règle xii" insérées dans le règlement ecclésiastique. Ici encore on ne peut s'y tromper, ce n'est pas la voix de l'Église, c'est l'invasion de la bureaucratie dans le sanctuaire ; mais on est douloureusement affecté en voyant les évoques contre-signer des ordres pareils (1).

(1) L'histoire nous apprend que le clergé russe ne s'est pas fait faute de mettra en pratique les instructions du règlement ecclésiastique. Lors du procès du tsarévitch Alexis, son confesseur Jacques Igaatief, mis à la torture le 19 juin 1718, déclai'a que le tsarévitch lui avait dit en confession qu'il avait souhaité la mort de son père. — Le 12 octcbre 1754, le prêtre Basile Serguéef déclara à la police que Barbe Joukof lui avait avoué en confession que sa mère l'avait excitée aumeurti'e de sa belle-mère. [Messager russe, décembre 1860, p. 479-.) — Le prêtre Oei'bonovski a déclaré que le prisonnier Striekha lui avait avoué en confession telles et telles choses. (Po(Z soud, publié à Londres, l^août 1861.) — Démétrius, évéque de llostof (1651-1709), que l'Eglise

Viennent ensuite des règles pour les moines.

Nous n'en relèverons qu'une, la xxxvf, qui défend au moine d'avoir une plume, usus calami scriptorii, quantum ad extrada ex libris litterasque suasorias attinet, 7nonachis denegatur. Le moine qui aura écrit sans permission de l'abbé, ou reçu une lettre autrement qu'avec le consentement de l'abbé, subira un fort châtiment corporel, sub gravi corporalis castigationispœna. Défense également d'avoir de l'encre et du papier. Rien n'olFre plus de danger pour la \iQ monastique que la démangeaison d'écrire, inanis et frivola scripturiendl pi-urigo . Si cependant il y a des raisons légitimes d'écrire et si l'abbé le permet, on écrira au réfectoire et on se servira de l'écritoire commune. Ceux, qui oseraient faire autrement seront sévèrement punis, contrarium ausuris, severa pœna intentahitur. Triste spectacle, mais plein d'enseignements! Ce despote, ce victorieux, ce conquérant a nojé dans le sang toutes les résistances,

russe a canonisé, éfait obligé de s'élever contie les prêtres lui racontaient ce qui leur avait été dit en confession. (Solovief. Ilistûire de llimie, t. XV, p. 126.) On voit par ces exemples que, dans la pratique, on ne se gène guère pour Ke mettre au-dessus des restrictions indiquées par le règlement ecclésiastique.

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sans épargner son propre fils ; il a pétri son peuple comme une cire molle, ne tenant aucun comité de ses traditions, de ses coutumes, de ses préférences ; il a soumis l'Église elle-même à sa volonté, et l'Europe l'a proclamé grand : et le voilà qui tremble dans ses méditations solitaires ; il a entrevu l'ombre d'un de ces pauvres moines qui, retirés dans leur cellule, y écrivaient jour par jour l'histoire de leur patrie. Qu'adviendrait-il si, dans quelque coin de son immense empire, on allait écrire la chronique du règne de Pierre ? Celui qui avait affronté toute l'artillerie de Charles XII, que craint-il? Un livre, une brochure, un journal, la liberté de la presse ? — Non, il craint une plume dans la cellule d'un moine, et il a raison ; la plume qui défend les droits de la vérité, qui défend la liberté de l'Église, est plus forte que lui. Mais aussi que faut-il penser alors de la liberté et de' l'indépendance de l'Église russe sous le régime inauguré par Pierre P""?

Citons encore deux règles relatives aux religieux. L'Apôtre avait écrit à Timothée :

Vidua eligatur non minus sexaginta annorwni {l Tim., V. 9) ; le synode en fait la règle des monastères : que les vierges consacrées à Dieu ne fassent pas de vœu avant l'âge de soixante

fins. Et il cite l'autorité de saint Paul. Cependant le synode s'est rappelé à propos que la femme légitime de Pierre est dans un couvent, et qu'il pourrait prendre fantaisie au tsar d y envoyer la seconde, celle à laquelle il vient ^Q prêter serment de fidélité, avant qu'elle ait atteint l'âge de soixante ans. Aussitôt la sainte assemblée se réserve d'autoriser des exceptions . Passons à la règle suivante, la xuif , qui niérite bien une traduction littérale. «Si quelque vierge jeune encore désire embrasser la vie monastique pour garder perpétuellement la virginité, ntixut commencer par examiner avec soin les circonstances. Ne veut-elle pas tromper? n'en est-elle pas réduite là par des revers de fortune n'est-elle pas entraînée par l'exaltation (1) • n'est-ce pas une personne profondément versée dans l'art de la dissimulation, qui prétend vouloir faire vœu de chasteté? On l'enverra (si l'examen est satisfaisant) dans un monastère qui se distinguera par la vertu des religieuses et dont la clôture sera soigneusement gardée ;

(1) Nous ne sommes pas bien certain d'avoir exactement «ompri. le sensdu texte. Il dit en latin : 7el afecMus plus J^sto inMgeat. De quelles affections excessives veu -on parler? Nous avons supposé qu'il était question d une tête exaltée.

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on la mettra au service d'une religieuse de conduite irréprochable, et elle restera sans prendre l'habit jusqu'à l'âge de soixante ans ou au moins de cinquante. Si avant ce temps il lui prenait envie de se marier, on la laisserait faire. « Comme on s'aperçoit que ceci a été écrit par des gens qui ne croyaient pas à la chasteté, qui s'en moquaient et la haïssaient ! Prokopovitch, là encore, tenait sans doute la plume ; mais parmi les signatures on trouve, outre la sienne, celles de trois évêques, de sept moines, de deux prêtres. Nous aimons à croire que plusieurs d'entre eux , comme Etienne Javorski et Théophjlacte Lopatinski, signaient par défaut d'énergie, sans partager la manière de voir de leurs collègues.

Tel est le règlement ecclésiastique. Il prescrit aux confesseurs la délation, interdit l'usage de la plume aux moines, insulte à la chasteté des vierges qui veulent consacrer à Dieu leur virginité ; il n'a pas d'entrailles pour les pauvres et on y chercherait en vain une seule parole respirant l'amour de Dieu ou du prochain ; la laiété lui est aussi odieuse que l'indépendance de l'Église ; il ne veut pas de pasteurs, mais des agents de police, des instruments aveugles du pouvoir. Si nous autres catholi-

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ques , très-désintéressés en tout ceci , nous ^vons peine à contenir notre indignation, quel doit être le sentiment des hommes obligés de s'avouer membres d'une Église dans laquelle ^e code étrange a force de loi depuis 150 ans ^t n'est pas encore abrogé !

Quant à l'administration synodale, c'est un "Mécanisme assez compliqué dont nous ne pourrons nous rendre compte qu'en passant successivement en revue le synode lui-même, le Pi'ocureur général et les bureaux.

Dans la pensée de Pierre P'', nous l'avons "^u, le synode devait se composer d'un président évêque, de deux vice-présidents également ^^èques, de quatre conseillers et de quatre assesseurs pris dans le clergé du second ordre, régulier et séculier. Aujourd'hui cela est changé; plus de président, ni de vice-présidents, et tous les membres du synode sont évêques, à part deux ou trois prêtres séculiers. L'un d'eux est l'aumônier de l'Empereur et en même temps ^on confesseur; l'autre est l'aumônier en chef des troupes de terre et de mer. Admis au sem du synode, les évêques conservent l'administration de leur diocèse, quelque éloigné qu'il soit de Saint-Pétersbourg.

On distingue dans cette assemblée les mem-

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bres perpétuels et les membres temporaires, ces derniers appelés à prendre part aux délibérations pendant un laps de temps déterminé.

Les métropolitains et l'aumônier de l'Empereur sont toujours membres perpétuels, distinction parfois accordée à d'autres évêques et à l'aumônier en chef des armées. On serait tenté de conclure de ceci que les membres perpétuels sont inamovibles, mais non : les évêques peuvent recevoir l'ordre de rentrer dans leurs diocèses, et alors, tout en conservant le titre de membres du synode, ils cessent de prendre part aux séances. Il y a bien une certaine inamovibilité de fait pour le métropolitain de Pétersbourg et pour les deux aumôniers ; mais, le cas échéant , on pourrait toujours destituer ceux-ci, et quant au métropolitain de Pétersbourg, il ne serait pas impossible de le transférer à un autre siège ou de l'inviter à se reposer.

Le synode est donc composé comme il ]5lait à l'Empereur, et ne peut devenir un élément d'opposition. Au point de vue de l'indépendance, il n'y a aucune comparaison entre une assemblée de cette espèce et un patriarche inamovible. Ce n'est pas non plus un concile. Nous savons bien que M. Wassilief, dans sa lettre à

H^"^ l'évêque de Nantes, a eu le courage de dire que le synode « n'est que le concile de l'Église de Russie. « (p. 33.) Cette affirmation ne supporte pas l'examen ; nous nous bornerons à y opposer les paroles de M. Katkof, déjà citées plus haut. « Le saint synode ne peut pas tenir la place des conciles, parce que tous les évêques ne prennent pas part cà ses délibérations, tandis que tous les évêques doivent absolument siéger dans les conciles provinciaux, tels qu'ils ont été institués par les Apôtres et par les conciles œcuméniques. « {Gazette de Moscou, 1866, n" 21b.) Entre le concile de l'Église russe et le synode, il y a la même diiîérence qu'entre la Chambre des pairs d'Angleterre et une commission composée d'une demi-douzaine de lords, choisis par la reine. Le ministre qui s'aviserait de soutenir qu'il est indifférent de soumettre une loi a la Chambre des lords ou à une telle commission, commettrait une énorme hérésie constitutionnelle. L'assertion de M. Wassilief nest pas moins étrange, et, pour notre part, nous croyons le synode lui-même peu disposé à partager 1 avis de l'aumônier de l'ambassade russe à Pans.

Non content de cette dépendance, Pierre s est donné une autre garantie dans la personne du procureur général. Ce personnage « doit siéger

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au synode et veiller attentivement à ce que le synode s'acquitte de ses fonctions et que, dans toutes les affaires qui sont soumises à ses délibérations, il procède avec vérité, avec zèle, avec ordre et sans perdre de temps, conformément aux règlements et aux oukases. 11 doit veiller aussi attentivement à ce que le synode agisse avec droiture et sans hypocrisie. » (art. l".) — " Il doit se considérer comme notre œil et comme l'avoué des affaires de l'État ; c'est pourquoi il doit agir avec fidélité, car c'est à lui en première ligne qu'il sera demandé compte. " (Art. 11.) Pour trouver un homme capable de remplir ces fonctions, Pierre recommande de choisir parmi les o-fficiers un homme de bien, qui ait de la hardiesse. (Oukase du 11 mars 1722.) Aucune décision n'est exécutoire que par le consentement du procureur général. " S'il remarque que le synode n'agit pas avec droiture, mais avec hypocrisie, il est obligé de manifester au synode immédiatement, clairement et avec les explications nécessaires, en quoi les membres du synode ou quelques-uns d'entre eux ne font pas comme il faut, afin qu'ils se corrigent. Et s'ils n'obéissent pas, il doit sur l'heure même protester, arrêter l'affaire en déhbération et nous en faire le rapport immédia-

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tement si l'alFaire est de grande importance, autrement, quand nous viendrons au synode ou dans le courant du mois ou de la semaine. " (Instr., art. 2.)

Beaucoup d'affaires, soumises aux délibérations du synode, doivent en outre être déférées à l'Empereur., Dans ce cas, c'est le procureur général qui fait le rapport, qui le présente, qui l'accompagne des explications nécessaires, et qui transmet ensuite au synode la décision suprême. Le procureur général est donc un véritable ministre servant d'intermédiaire entre l'Empereur et le synode. II a sous ses ordres ; 1° sa propre cliancellerie ; 2° la chancellerie du synode ; 3° la direction centrale des écoles ecclésiastiques ; 4° la direction chargée de l'administration et de la comptabilité. Le personnel <^le tous ces bureaux est placé dans sa dépendance ; les nominations, l'avancement, les destitutions, tout dépend de lui. La direction centrale des écoles ecclésiastiques est un véritable ministère do l'instruction publique pour le clergé. La direction de l'administration et de la comptabilité s'occupe particulièrement de la partie financière, de ce qu'on pourrait appeler la caisse du clergé. L'autorité que le procureur général exerce sur toutes ces administrations

lui donne naturellement une grande influence sur la marche des affaires soumises au synode, ainsi que sur les autorités diocésaines. Nous avons vu qu'il était en correspondance directe avec les secrétaires des consistoires, qui, sur un plus petit théâtre, jouent auprès de ces assemblées ecclésiastiques le même rôle que le procureur général auprès du synode. De plus, toutes ces administrations sont tenues d'envoyer au synode ou au procureur général un très-grand nombre de rapports, de comptes rendus, de papiers de toute sorte. Un retard dans l'envoi de ces pièces, une irrégularité dans la rédaction exposent les autorités diocésaines à recevoir du procureur général des demandes d'explications ou de rectiiîcations, des reproches, quelquefois même des réprimandes. Il est facile de comprendre comment par ces mille liens les autorités diocésaines se trouvent placées dans sa dépendance.

Mais il nous faut entrer dans quelques détails pour bien faire voir comment la bureaucratie a envahi l'Eghse et l'a enlacée dans ses fllets.

Les papiers de toute sorte qui sont adressés au synode vont à la chancellerie. On en prend lecture, on en fait des extraits, on rédige un rapport, on cherche et on transcrit les arti-

des de loi qui s'y rapportent. Quaud le synode est assemblé, on lui fait lecture de l'extrait du rapport et des textes de loi. Là-dessus commence la discussion, qui se termine par l'adoption d'une résolution dans tel ou tel sens; cette résolution est mise par écrit et tous les membres du synode signent. Ils doivent en outre signer les procèsverbaux des séances et un grand nombre d'autres papiers. Si l'on calcule le nombre des affaires soumises chaque année à la décision du synode et le nombre d'heures qu'il est en séance, on arrive à cette conclusion, qu'il ne peut donner en moyenne plus de cinq minutes à chaque affaire. Or il y en a de très-compliquées qui exigeraient la lecture de plusieurs centaines de pages et qui devraient donner lieu à de longues discussions. On se trouve évidemment en présence d'une impossibilité matérielle. Dans la plupart des cas, la discussion est supprimée la chancellerie rédige d'avance la sentence, et li ne reste plus aux membres du synode qua signer.

Mais ceci est encore trop long : la chancdlene est autorisée à mettre à part toutes les affaires de peu d'importance. Pour celles-là, on ne Jit même pas le rapport, on se borne à présenter a la signature les papiers tout rédigés. Souvent on va les porter à domicile pour recueilhr les

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signatures l'une après l'autre. A lire ces papiers, on croirait que tout s'est passé en séance et que j c'est le synode qui a tout fait II résulte de cet ^ état des choses que la plupart des alFaires sont I décidées dans les bureaux par des employés I subalternes. Il arrive même quelquefois que la chancellerie s'avise de changer du tout au tout une décision prise en séance. Dans ce cas, la grande atFaire est d'obtenir à domicile une première signature qui ordinairement entraîne toutes les autres. On s'aperçoit bien que c'est tout autre chose que ce qui avait été décidé en séance ; mais on peut supposer que le procureur général a refusé de sanctionner la décision prise et que, par suite de son opposition, la résolution a été changée. Pour le bien de la paix, on signe ; souvent le procureur général, qui a en moyenne une centaine de signatures à donner chaque jour, n'y est pour rien; et cet abus d'autorité émane tout simplement de la chancellerie. Il y a quelques mois, un conseiller privé, directeur de la chancellerie du synode, s'est vu condamné à la déportation en Sibérie pour malversations. Tous les employés de la chancellerie ne sont donc pas incorruptibles, et l'on peut par là se faire une idée des abus qui résultent de cette omnipotence des bureaux.

On raconte qu'un membre du synode, voyant un ses collègues lire un papier, lui dit : « Laissez, nous ne sommes pas ici pour lire, mais pour signer. Signez donc, cela donne moins de peine et c'est plus tôt fait. « Un jour qu'on avait changé une résolution prise en séance pour lui en substituer une toute différente, un des plus importants personnages de la chancellerie se rendit auprès d'un membre du synode et obtmt sa signature. Un autre fit plus de difficultés. « De quoi vous mettez-vous en peine? Im dit le bureaucrate. Celui qui est le plus directement intéressé dans l'affaire a bien signé. Voyez sa signature. « Le vieillard signa, mais un de ses confidents étant survenu quelques instants après, le trouva tout en larmes : " Mou Dieu . mon Dieu ! s'écriait-il, à quel degré d'humihation nous sommes descendus (1)!

Outre la chancellerie, le procureur général a encore sous ses ordres la direction centrafe clés écoles ecclésiastiques ; et si l'on a donné aux évêques un peu plus d'autorité sur leurs séminaires, la direction centrale qui garde toujours la haute main, est elle-même placée sous la dépendance la plus entière du procureur général.

(l) Le Clergé Uancet le Clergé noir, t. H, p. 1-20, sui' le ^Jûode, le procureur général et la chancellerie.

Le synode exerce un certain contrôle, mais très-restreint ; il ne peut guère lutter contre le procureur, et d'ailleurs il présente lui-même fort peu de consistance.

Qu'on se représente en France tous les séminaires placés sous la surveillance et la direction d'un conseil composé de cinq ou six évêques nommés par le ministre des cultes, ne pouvant prendre aucune mesure sans le visa de ce ministre, avec des bureaux laïques ayant entre les mains toute la correspondance et manipulant toutes les affaires. Jamais les évêques de France ne voudront admettre seulement la possibilité d'une organisation pareille ; cependant combien n'auraient-ils pas encore de garanties qui font complètement défaut aux évêques russes !

Le département de la comptabilité exerce son action sur toute la partie financière et sur tout le matériel. Rien que par ce côté, toutes les autorités diocésaines se trouvent sous le contrôle du procureur général, auquel il est bien facile de leur faire sentir son autorité.

Il est curieux, après cela, d'entendre M. l'arcbiprêtre Wassilief dire à Mgr l'évêque de Nantes : « Vous voyez, Monseigneur, que, loin d'être le président du saint synode, le procureur gêné-

rai n'en est même pas membre ; il est tout simplement fonctionnaire civil près le concile. Lom d'être maître et oppresseur de lEg^e u est le bienfaiteur et le serviteur. "Z^^^;."^^ entre Mgr Uvêque de Nantes et M. Varchipret^ e Wassilief. Paris, 1861, p. ^l-'^f .)

Après ces preuves décisives de la dépendance du clergé russe vis-à-vis du procureur du synode, il faut reconnaître que toutes les V^^'-f^^ ont été prises pour qu'il ne se fasse et ne se d s rien dans l'Église russe qu'avec le consen ement et l'approbation de l'État représente par le procureur général. A-t-on pris les i^^^^^,;"^' tionspour prévenir les empiétements de 1 Etat sur l'Église? Il ne paraît pas qu on if^^l songeur Église libre dans lElat Id^re ne^ décidément pas la formule qui exprime la situation faite à l'Église russe ; il faut en cliercher

une autre. ,. . ,.„„. „,,f

Ce que nous avons dit jusqaic. explique su iisaml„tpour,uoio„demande«ten™nso.

au gouvernement russe, »« »'' /."'™"''" ^ Colantinople, soit au s,no e „■-. nt , ^

eniinaux organes de lopnuui ^^ ^

avis sincère sur l'institution du synode^ Cepen

dant nous attacherions le plus g^^^^ Prix a

savoir au juste ce qu'ils en pensent. De fait, cela

n'est peut-être pas aussi impossible qu'on le croirait. Pierre P^ a eu des imitateurs, et dans le nombre il en est qui, pour une raison ou pour une autre, n'inspirent pas la même réserve et chez qui l'on n'hésite pas trop à blâmer ce que l'on admire chez lui. Tel est, entre autres, le prince Couza, naguère encore hospodar de Valachie et de Moldavie, lequel a traité l'Eghse roumaine assez cavalièrement, sans néanmoins prendre avec elle autant de libertés qu'en avait pris Pierre I"' avec l'Eglise russe. Or, nous avons la bonne fortune de posséder pur les malencontreuses réformes de Couza l'opinioa du patriarche de Constantinoiîle, celle du synode de Russie, celle du gouvernement russe, celle des journaux russes et enfin celle du procureur actuel du synode. Il nous suffira donc de tradmre du z^isse quelques documents empruntés aux journaux. Commençons par donner la parole à la Poste du iVorc?, journal officiel du ministère de l'Intérieur, et voyons comment elle résume et juge les actes du prince Couza relatifs à l'Église roumaine :

Pour faire comprendre les documents que nous publions plus bas, il est indispensable de jeter un coup dœil sur les actes du ci-devant prince Couza relativement à l'Eglise orthodoxe dans les Principautés.

On sait qae le prince Couza cherchait un appui dans les rangs des adversaires de l'orthodo::ie, et pour cela il cherchait à subordonner à son autorité le clergé orthodose roumain et l'administration de l'Eglise. Pour atteindre ce but, le prince Couza a imaginé d'introduire des institutions ecclésiastiques nouvelles, de nature à affaiblir complètement l'Eglise, en la soumettant à son pouvoir.

Par ses ordres ont été rédigés au ministère des cultes, sans la participation du clergé, trois projets de règlements ecclésiastiques nouveaux, qui en juillet 1864 ont reçu la sanction du corps législatif et à la fin de l'année ont ete signés par le ho spodar. Voici lestraitsprincipaux.de ce

nouveau code :

L'Eglise orthodoxe roumaine (qui dépendait jusqu'ici de la suprématie hiérarchique du patriarche de Constantlnople) est proclamée indépendante de toute autorité ecclésiastique étrangère quelconque. Le gouvernement de l'Eglise roumaine est soumis à un synode qui reçoit la dénomination inouïe chez les orthodoxes de synode général. Sont nommes membres de ce synode, d'abord tous les évêques roumains, ensuite trois délégués de chaque diocèse, élus pour trois ans parmi les prêtres ou les laïques, mais avec un mode d'élection tel, que le résultat du scrutin dépend de la volonté du gouvernement. La présidence du synode est conférée au métropolitain de Valachie, mais non en vertu de la dignité dont il est revêtu, ni en son nom, mais au nom du hospodar, chose inouïe dans l'Eglise orthodoxe aussi bien que dans

l'Eglise latine.

Le synode doit s'assembler en juillet une fois tous bs

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deus ans ; le ministre des cultes le convoque, propose les

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questions à débattre, assiste aux séances, prend part aux

délibérations, présente ses résolutions à la confirmation du

hospodaret les met à exécution. Si le synode se hasarde à

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toucher une question qui n'est pas soumise à ses délibéra-

tions, le ministre lève la séance. Au cas où il serait urgent

de convoquer immédiatement une session extraordinaire,

les évoques doivent en adresser la demande au ministre, et

il dépend de lui de l'accorder ou de la refuser. Le synode n'a pas le droit d'étendre sa surveillance sur renseignement

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dans les séminaires, (afin que les tendances latines puissent y être propagées sans obstacle). Le synode n'a aucun droit

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de se mêler de juger les mesures relatives à la tolérance et

à la liberté de conscience que l'autorité civile jugera utile ,

d'adopter (pour ouvrir les portes à la propagande romaine) .

Pour compléter ces mesures, par ordre du hospodar, la '

Chambre a sanctionné en janvier 1865 un autre projetrelatif

à la nomination des évêques. Il existe depuis longtemps une règle inscrite dans la loi de la Moldavie et de la Valachie, en

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vertu de laquelle les évêques sont élus dans des assemblées composées d'ecclésiastiques et de députés laïques et sont

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ensuite confirmés par le hospodar; quant à l'élection des métropolitains, elle est soumise à la confirmation du pa-

triarche de Constantinople. Au mépris de cette ancienne

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règle, il a été établi que les évêques et les métropolitains

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seraient élus dans une assemblée préparatoire du conseil

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des ministres et qu'ils seraient désignés par le hospodar sur !

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la présentation du ministre des cultes. De cette façon le \

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hospodar s'est emparé complètement du gouvernement de

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l'Eglise, il s'est arrogé le droit de nommer ses évêques et de dominer toutes leurs dispositions.

Pour mettre le comble à toutes ces innovations, il a été réglé par un article spécial que « toutes les lois antérieures « qui ne s'accordent pas avec les dispositions présentes sont abrogées. » Par ces dernières paroles, la force et l'autorité de tous les canons des conciles œcuméniques qui forment la base de l'organisation, de l'administration et de la vie de l'Eglise orthodoxe sont définitivement brisées.

Lanouvelle de l'accomplissement decesréformes est arnv.e à Constantinople par le Courrier de Dacie, qui avait publie le texte des lois nouvelles ; elle y aproduit une violente émot.on et une profonde douleur dans toute la société orthodoxe, ba Sainteté le patriarche Sophronius convoqua un concile extraordinaire auquel prirent part tous les patriarches se trouvant dans la viUe, tant ceux en exercice que ceux qui ont été déposés, tous les métropolitains, tous les évêques et quelques archimandrites. Cette assemblée adopta une reso- ~l«tion conciliaire canonique sur la signification essentielle des nouvelles mesures législatives et sur l'usurpation du gouvernement roumain en matières ecclésiastiques. Il fut résolu que, pour la transmettre à Bucharest, on y enverrait l'archimandrite Eustache Cléobule avec des lettres du patriarche pour le hospodar et pour les métropolitains de Valaohie et de Moldavie ainsi que pour tous les évêques qui leur sont subordonnés, en exigeant le rappel des lois ecclésiastiques nouvellement promulguées.

Tout le monde sait par les journaux quel a été le résultat du voyage de l'archimandrite Cléobule ; sous le prétexte que

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ses nombreuses occupations ne lui en donnaient pas le loisir,

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le ci-devant prince Couza a refusé pendant quinze jours de recevoir l'envoyé du patriarche, et il a fini par lui faire dire

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de remettre les papiers qu'il avait apportés entre les mains du ministre des cultes, malgré les instances du Père Cléobule, qui avait déclaré avoir mission du patriarche de faire

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