‹ Le clergé, ses droits, nos devoirsChapitre 2 sur 23 · EN · texte numérisé non relu

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former leurs pensées et leurs volontés aux enseignements de l'Eglise dans l’exercice de leur autorité. Sans cela, ils cessent d’être catholiques, au moins par un côté.

“ La politique n'étant autre chose que le gouvernement des sociétés et la direction pratique des affaires publiques, il est bien évident qu'elle doit être avant tout catholique, c'est-à-dire conforme aux lois de Dieu et à l’enseignement de son Eglise. Et il est également évident que le premier devoir d’un catholique, qui, à un titre quelconque, s'occupe de politique, est d'être catholiaue en cela comme en toutes choses. Vis-à-vis de la souveraine volonté de Dieu, serait-il par hasard permis de demeurer indifférent ? ?”

Nous avons fait ces citations, un

peu longues peut-être, pour démontrer à ceux qui profèrent constamment ce cri «vous mêlez la religion à la politique» qu’ils sont daus une ignorance déplorable des lois qui régissent le monde.

. I est pénible d’être obligé d’insister sur des vérités aussi fondamentales, aussi élémentaires, et que personne, dans un pays catholique surtout, ne devrait ignorer.

Mais elles sont niées tous Les jours dans la presse, et ces négations dan-

gereuses et subtiles sont jetées dans la population par le vent de la publi:

cité. [lest donc nécéssaire d’arra-

cher c tte semence partout où elle tombe.

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Les gens de presse qui nous accusent comme d'un grand crime, de.

« mêler la religion à la politique»

voudraient donc une séparation complète entre la société religieuse et la société civile, une rupture déciaive, officielle. [ls sont d'avis que la religion est nuisible dans la conduite des affaires du monde. C’est là leur prétention, dégagée de toutes les habiletés dont ils lenvironnent.

Puisqu’ils repoussent l'autorité religieuse, ils y voient un péril pour la société. Quelle raison autre auraient-ils de la combattre ?

Le père At, de la Compagnie de Jésus, a écrit un livre magnifique sur «le vrai et le faux» Nous y avons trouvé les lignes suivantes que nous présentons à nos lecteurs :

“Mais l'autorité est plus auguste encore quand elle est l'autorité religieuse. Celui

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qui en est revêtu est un homme, car {l n'est pontife que pour les hommes, selon la doctrine de l’apôtre saint Paul.

Cepent ant cette autorité n’emprunte rien à la terre, et elle n’a ras besoin de son consentement pour exister dans toute sa plénitude. Elle ressemble à la science antique dont de Maistre a tracé ce célèbre portrait : “ On la voit toujours ‘ libre et isolée, volant plus qu'elle ne ‘“ marche, et présentant dans toute sa ‘ personne quelque chose d’aérien et de ‘“ surnaturel. Elle livre au vent des ‘“ cheveux qui s’échaprent d’une mitre ‘orientale. L’éphod couvre son sein ‘ soulevé par l'inspiration. Elle ne re- ‘“ garde que le ciel, et son pied dédai- ‘ gneux semble ne toucher la terre que ‘ pour la quitter. Cependant, quoiqu'’elle ‘ n'ait jamais rien demandé à personne ‘et qu'on ne lui connaisse aucun appui ‘humain, il n’est pas moins prouvé “ qu’elle a possédé les plus rares con- ‘ naissances. ” Dans la pensée du grand écrivain, la science antique et la religion se confondent ; elles sent, en eflet, inséparables. La religion est l'autorité qui garde les saintes vérités et veille sur les intérêts supérieurs des âmes. Elle parle avec Dieu sur la cime du Sinaï ; elle recueille ses oracles ; elle grave ses lois morales sur la pierre, et, le visage éclairé des splendeurs du face à face, le cœur gonflé d'amour, les mains pleines de grâces, elle descend en mes.

sagère vers les peuples qui l’attendent, car ils ne peuvent pas se passer d'elle.

Elle marche à leur tète et elle éclaire les sentiers difficiles de leur pélérinage.

Elle trem, e leur génie dans l'Evangile;

elle inspire leurs codes; elle préside à leurs institutions ; elle bénit leur étendard ; elle plante la croix à leurs frontières, et, à travers les étapes d’une civilisation sans cesse ascendante, elle les mène à l’immortalité ; elle est la mère des patries. Quand elle remonte vers l'infini où elle habite, elle emporte les présents de l'humanité, le sang de ses sacrifices, les hymnes de sa reconnaissance, ses supplications, son repentir et ses larmes ; c’est l’encens qui s'élève du foyer des esprits, et elle l'offre au Maître du monde, par qui règnent les rois et par qui prospèrent les peuples. L'autorité religieuse est une sublime médiation qui relie toutes les extrémités des choses, qui rend gloire à Dieu et donne la paix aux hommes ; elle est le nœud sacré et infrangible qui assure la vie des sociétés en les tenant unies au ciel.

# Quand on n’a pas le cœur gâté par le sophisme, il est facile de voir Dieu der.

rière l’autorité. L'ensemble des phénomèênes naturels n’est qu'un voile qui nous cache Dieu. Ses attributs invisibles, dit saint Paul, deviennent sensibles à travers les créatures. Dieu est comme ces eaux qui circulent à des profondeurs plus ou moins considérables du sol et qu’un coup de pioche fait jaillir. Tracez un sillon dans le sable ; cassez un caillou ; déchirez le tissu d’une fleur; arrachez l'aile d’un papillon; aussitôt Dieu se montre. Ainsi, quand on fait quatre pas dans l’histoire ; si l’on secoue quelque parchemin poudreux ; si l’on écoute le bruit lointain des âges ; si l’on assiste aux chutes et aux résurrections des empires, Dieu émerge des arcanes du passé ;

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il sort des entrailles du genre humain, et, bon gré, mal gré, nous nous écrions :

Nous l'avons entendu à Kphrata; nous l'avons rencontré au fond des forêts.

L'étude la plus superficielle de la société met à nu sa base nécessaire, ce quid inconcussum que les Latins appelaient le nescio quid divinum, et que Île peuple, dans sa langue si simple et si iuste, appelle Dieu. Ceux qui prétendent que Dieu n’a rien à voir dans les problèmes sociaux, et qui envisagent l’autorité comme un fait brut et fatal, ne gont véritablement pas des philosophes très-remarquables. En plein christianisme, cette erreur est monstrueuse.

“ Au premier rang des principes que l'autorité a mission de protéger il faut placer la Religion. La Religion est plus qu’un principe; elle est la mère des principes. Son sein fécond les produit, et ceux qu’on veut tirer d’autre part ne sont que des hypothèses ou des convenances. Elle est d’ailleurs la forme populare des principes. Par elle, ils pénètrent dans les plus humbles couches de l'humanité ; telle intelligence que le code ne saurait instruire, sera illuminée par le catéchisme. La Religion a une autre puissance plus précieuse encore, parce qu’elle est rare: c’est la persuasion.

Après avoir vulgarisé les principes, elle les fait aimer; elle en demeure la suprême sanction ; elle s'adresse à la conscience plus qu'à la peur ; au-dessus de la loi qui ? frappe, elle montre la main de Dieu qui récompense. C’est ainsi qu’elle fait l’éducation des races et qu’elle alimente les sources de la vie sociale. Voilà pourquoi l'autorité bien inspirée l’honora toujours

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à l’égal de Dieu dont elle est l’image, et Ja regarda comme une partie essentielle des institutions nationales. ??

Keller, dans son ouvrage intitulé « L’Encyclique », fait ces remaiques :

“ L'Eglise, forte de sa foi et de ses dixhuit siècles de vie, proclame que, portés au mal dès leur naissance, les hommes et les peubles ont besoin de son secours et de son autorité pour se soutenir et pour progresser dans l’ordre temporel, aussi bien que dans l’ordre spirituel.

Elle proteste contre le naturaliste politique et social, qui prétend organiser le gouvernement et la vie des sociétés en dehors de toute religion positive, d’a.rès les seules lumières de la raison, et'qui conteste à l'Eglise le droit d’éclairer et de contrôler l’autorité politique, à l'Etat le devoir de protéger et de défendre la vérité catholique. Elle déclare que cette funeste séparation aboutit forcément au tricraphe de la force brutale, au déchainement des appétits matériels et à la perte, non-seulement de la foi, mais de toute civilisation et de toute liberté. A ses yeux, le socialisme et le communisme qui menacent la famille et la propriété, ne sont que la conséquence logique et nécessaire du naturalisme en politique et du rationalisme en théologie. La vérité catholique, dans la plénitude de ses :

droits et de sa liberté, peut seule arrêter les peuples sur cette pente rapide.

“Si l’Église catholique, apostolique et romaine est vraiment fondée par Dieu,

et dirigée par Dieu vivant en elle, alors elle a été investie, comme elle l’affirme, d’une pleine puissance, non moins à l'égard des nations et des princes qu’à l'égard des individus. Flambeau de la justice et de la vérité, non-seulement elle ne saurait être en opposition ni avec les découvertes de la science, ni avec les conquêtes de la civilisation et de la liberté, mais elle est seule capable de les diriger, de les contrôler et de les faire servir réellement au bonheur de tous. Libre aux sociétés d'être sceptiques ou rationalistes, de même qu’elles ont pu être païennes ou hérétiques.

L'Église n'enseigne pas la révolte aux catholiques vivants dans leur sein. Mais, du moment que peuples ou gouverne:

ments cherchent, en dehors de son autorité, le chemin du bienêtre et de la liberté, elle ne peut laisser croire à ces peuples ou à ces gouvernements qu'ils soient encore catholiques ; elle ne peut pas davantage leur laisser croire qu'ils arrivent jamais à fonder ni autorité ni liberté véritable. Car elle sait que pour eux il n'y aura, tôt ou tard, que décadence morale, intellectuelle et matérielle, obscurcissement des plus simples notions du droit et de la justice naturelle, déchaînement et antagonisme des appétits matériels, sans autre frein que le règne de la force brutale, Ne pas le proclamer, surtout en un temps où la “soif des richesses et de l'indépendance est si ardente, et où la pente générale est de les chercher en dehors de la vérité catholique, serait se rendre complice des illusions et des mystifications dont tant de nations et tant d'âmes sont les victimes ’. :

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