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nos autels, il n’y aurait pas lieu de trop s’en étonner. La divergence des intérêts et des croyances peut créer des antipathies qui se manifestent par des sentiments hostiles et violents. A ce point de vue, nos concitoyens anglais auraient pu garder quelque rancune au clergé, qu’ils ont rencontré sur leur voie dans toutes les luttes d’un passé nendant lequel, plus d’une fois, il a été décidé d’en finir avec notre existence comme peuple.
Mais nous ne pouvons nous rendre compte des sentiments dont sont animés ceux de nos compatriotes, qui s'efforcent de soulever les préjugés contre la hiérarchie catholique, qui prodiggent la calomnie, l’injure, les démarches de tous genres pour anéantir l'influence la plus saine, Îla plus puissante qui soit au service de notre race.
Le clergé a-t il donc été pour nous un ennemi? S’est-il rendu coupa ble de quelque crime de lèse-nation?
Qu'il nous soit permis de laisser la parole à Labbé Ferland; il raconte, en termes simples mais vrais,
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le rôle du prêtre dès la fondation de la colonie française.
“ Si l’on trouve dans les annales de l'Europe tant de pages dignes de fixer l'attention, quel intérêt ne doit pas inspirer l’histoire de notre pays, puisqu'elle renferme le tableau animé des épreuves, des souffrances, des succès de nos ancêtres; puisqu'elle nous retrace les moyens qu’ils ont employés pour fonder une colonie cathclique sur les bords du Saint-Laurent, et désigne en même temps la voie que doivent suivre les Canadiens afin de maintenir intactes la foi, la langue et les institutions de leurs pères !..........
“ D'ailleurs, cette histoire présente, dans ses premiers temps surtout, un caractère d’héroisme et de simplicité antique que lui communiquent la religion et l’origine du peuple canadien. En effet, dès les commencements de la colonie, on voit la religion occuper partout la première place. C’est en son nom que les rois de France chargeaient Jacques- Cartier et Champlain d'aller à la"découverte de pays à civiliser et à convertir au christianisme; elle était appelée à bénir les fondations des bourgades françaises sur le grand fleuve; elle envoyait ses prêtres porter le flambeau de la toi chez les nations sauvages de l’intérieur du continent, et ces courses lointaines de quelques pauvres missionnaires amenaient la découverte d’une grande partie des régions de l’ouest. Les apôtres infatigables de la compagnie de Jésus avaient déjà exploré tout le lac Huron, que les colons de la Nouvelle-Angleterre con-
naissaient à peine les forêts voisines du rivage de l'Atlantique. Les premières familles, venant pour habiter le pays, y arrivaient à la suite des religieux, qui dirigèrent les pères dans leurs travaux, et procurèrent aux enfants les bienfaits d’une éducation chrétienne.
‘ Ainsi, la religion a exercé une puissante et salutaire influence sur l’organition de la colonie française au Canada ; elle a reçu des éléments divers, sortis des différentes provinces de la France ; elle les a fondus ensemble ; elle en a formé un j:euple uni et vigoureux, qui continuera de grandir aussi longtemps qu’il demeurera fidèle aux traditions paternelles.........sse soc
‘“ Abandonnéÿdes nobles et des riches, délaissé par la mère-patrie, le peuple se réfugia sous les ailes de la religion, qui l’aida à conserver ses institutions, ses coutumes et sa langue. Parmi les bé nédictions que Dieu lui a accordées, celle que le Seigneur donna à Adam et à sa famille, Crescite et multiplicamini, ne lui a pas manqué, puisqu’aujourd’hui les provinces de l’Amérique britannique renferment au moins un million d’individus d’origine française.
Ce que le clergé fut dès les premiers temps de la colonie, il continua de Pêtre jusqu’à ce jour. Ami dévoué, guide intelligent, protecteur fidèle, il créa ou dirigea à peu
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près tout ce qui s’est fait d’important.
Nous voudrions que l’on nous indiquât ceux qui, hors du clergé, auraient jeté les bases de notre système d'instruction publique. Qui aurait répandu ces connaissances qui ont mis notre race en état de revendiquer ses droits, et d'acquérir peu à peu les libertés dont nous jouissons ? Ah ! ils sont bien ingrats les écrivains qui dénoncent le clergé comme l’ennemi de la liberté des canadiens -— français! Peuvent-ils ignorer que sans l'influence du clergé—qui groupa la population, ia maintint dans des bornes légitimes, la dirigea—nous eussions été depuis longtemps absorbés par des institu tions fatales à notre autonomie ?
Remontez à l’histoire de la fondation des maisons d’éducation, des hôpitaux, etc., et dites. nous combien n’ont pas été fondés par des prêtres qui y ont sacrifié leur vie et leur for.
tune ? Et notre instruction supérieure—qui n’est pas surpassée en Amérique—qui la distribue au peuple, qui la donne? Disons sans
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crainte le mot donner. Trouvez donc rien de plus beau que ces centaines d'hommes distingués, de s4vants, de littérateurs, qui passent les plus belles années de leur vie, souvent même leur vie entière, à instruire la jeunes 6, sans autre rémunération que leur nourriture et leurs vêtements !
Quand on songe que, grâce à ces dévouements, un jeun- homme suit un cours classique pour quelques piastres par an, on se demande ce qui adviendrait le jour où le clergé cesserait de se consacrer à cette grande œuvre de linstruction publique !
Si du domaine de l'instruction nous passons à l'examen du système paroissial, que voyons-nous ? Dans chacune des paroisses, dans les plus pauvres comme dans celles mieux favorisées, le curé est l’âme de tout le progrès qui s’accomplit. Les canadiens-français sont-ils capables de coloniser sans le prêtre ? Non, et ceci est à leur louange. Ils ne veulent pas que leurs enfants naissent sans recevoir, des mains du ministre
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de J.-C., le baptême qui les rendra forts dans ia vie; etils ne veulent pas non plus mourir sans obtenir l’absolution, qui leur assure la vie éternelle pour laquelle les hommes sont destinée.
L’où ne saurait dire que le clergé ämasse des fortunes, pressure le peuple. Les institutions qui ont acquis de la richesse—par dons le plussouvent—l’appliquent à l’éducation ou à des fins de charité. La grande majorité des membres du clergé vit dans la pauvreté, la pri-
vation. Eston capable de dire la somme de bienfaits et d’aumôûônes distribuée annuellement par la hiérarchie catholique, malgré ses faibles ressources ?
L’instruction publique, ia colonisation, la conduite des paroisses, l'impulsion politique, ajouteronsnous, ont été, pour une large proportion, sous le contrôle du clergé depuis la fondation de la colonie.
Avons-nous prospéré ? Avonsnous grandi? Nous posons ces questions à tous les hommes de bonne foi. La réponse, qui ne peut-
être douteuse, sera la meilleure solution du sujet le plus sérieux qui occupe les esprits attentifs: le rôle futur du clergé parmi nous.
La part que prendra le clergé dans la politique et les affaires de cette province sera nécessairement calqjuée, au moins dans une bonne mesure, sur la conduite du peuple à son égard. Si, écoutant des conseils perfides, nous repoussons son assistance et refusons son labeur : si nous le persécutons lorsqu'il nous offrira le secours de ses lumières : si nous le comblons d’avanies quand il mettra à notre service son influence : enfin, si comme nation, nous déclarons que n’en voulons pas, il est bien évident que l’action de la hiérarchie catholique se fera moins sentir que par le passé.
L’ Eglise ne renoncera à aucun de ses droits : elle se conformera à la nécessité des circonstances, elle cédera à la force. Elle ne tient pas sa vie de l’état, elle peut subsister
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sans lui. S'il se sépare d'elle, s’il la proscrit, il Le lui enlève rien de sa force et de son éclat : il se prive d’un concours qui lui est indispensable, il se suicide. voilà tout !
Ce qui est vrai pour tous les peuples, l’est spécialement pour nous.
Nous sommes piacé dans une position qui exige que nos forces ne :
soient pas amoindries, que nos mou- 4 vements soient calculés avec soin, que notre vigilance ne soit jamais À prise en défaut. 1
Le clergé est sans contredit l’or- É ganisation la plus puissante, le 4 corps le plus éclairé que nous pos- Ë sédons. Iln'a pas d'autre intérêt î que le nôtre: il est composé de Fe ceux de notre race. Tous les évêques :
de la province, tous les prêtres, à quelques exceptions près, sont des canadiens-français, nés au milieu de nous, sortis du sein du peuple.
Comment et pourquoi ce clergé ne ÿ nous serait-1l pas dévoué, ne vou- :
drait-il pas noire avancement et notre bonheur ?
À ceux qui demandent que le clergé soit proscrit de notre société,
de notre politique, nous demandons par quelle influence morale ils se proposent de diriger à l’avenir le peuple ? Nous leur demandons s’ils réfléchissent à ce qu’ils font !
Nous n'avons pas peur de dire la vérité, et nous sentons quelle doit être dite bien haut et bien fort dans le moment actuel.
Faites disparaître le clergé de la politique, et le peuple canadienfrançais sera gouverné par l'argent, par la boisson, par les préjugés, par la mauvaise presse et—conséquence rapide—par l'élément anglais.
Nos adversaires le savent.
Ês nous accuseront néanmoins de calomnier nos compatriotes Non, nous ne calomnions pas en disant ces choses. ‘Tous les peuples se ressemblent : t ouvez-en un seul qui, s'étant séparé de la religion, ait échappé à la corruption, au joug des préjugés, à la tyrannie.
Nous avons fait une expérience.
Elle n’a pas été assez sévère et assez longue, nous le craignons.
A force de dénortiations, de clameurs, d’intrigues, de calomnies,
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l’école lbérale-catholique crut, en 1877 et 1878, avoir réussi à baillonner le clergé.
M Letellier fit son coup d’état.
D'un bout du pays à l’autre, les anglais s’unirent pour l’appuyer. Il avait donné Île pouvoir à M. Joiy !
L'acte du ‘ieutenant-gouverneur était désapprouvé, mais on s'attachait au résultat, avec frénésie !
Quel est l’homme politique qui élé vera la voix pour nous contredire ?
Aux élections de mai, on vit nos alliés de vingt ans se séparer &es con: servateurs, pour soutenir l’homme gui avait, de leur aveu, violé la constitution. s
Mais grâce à cet attentat, M.Joly était le premier-ministre ! Et tant qu’il occupa cette position, la minorité anglaise lui fut fidèle. [l trouve du dévouement—nous l’affirmons, parceque personne ne le sait mieux que nous— même chez ceux qui étaient forcés de lui paraitre hostiles. Et ce pacte eût duré aussi longtemps que M. Joly eût pu se cramponner au pouvoir,
Si nous dûmes déployer tant d’ef-
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forts avant d’obtenir le châtiment de M. Letellier, l'unique raison était la sympathie de croyance que M.
Joly possédait dans la majorité du peuple de la Puissance, et en haut lieu.
M. Letellier et les auteurs du complot du deux mars n’eussent jamais risqué la partie qu'ils ont
jouée, s’ils n’eussent cru s'être dé-
barrassés de l'influence du cler,:$.
Cette conviction nous a valu le coup d'état et la profonde agitation qui s’enest suivi—sans parler des pertes matérielles qu’il a occasion.
nées.
Et nou- nous en sommes tirés à bon marché. Sans le succès remporté dans la province aux élections générales pour les communes, sans l'union intime de toutes les forces conservatrices et du clergé dans l'œuvre de revendication qui s’est terminée par la destitution de M.
Letellier, la majorité catholique au Bas-Canada tombait pour longtemps peut-être sous la domination de la minorité.
Au moyen de la corruption on Ô
triomphait à St. Hyacinthe, à Rouville, à Chambly, à Verchères. Et aussi, là où il y avait cent anglais, c’étaient cent voteurs pour M. Joly.
Nous comprenons le sentiment qui dieta à nos concitoyens d’origine anglaise leur conduite à l’égard de M. Joly. lis ont, bien naturellement, l'ambition de dominer, de gouverner le plus possible à leur profit. Ils mettent en pratique le vieux pro verbe, qui veut que «charité bien ordonnée commence par soi-même. »
Ïls ont cru qu’ils pouvaient commander en vainqueurs, grâce aux circonstances : et ils en ont profité.
Notre langage péchera par la franchise, aux yeux d’un certain nombre; mais nous sommes convaincu qu’il importe de faire voir clairement où nous conduisent ceux qui demandent que le clergé cesse d’être le guide du peuple, son inspirateur, la tête de notre nationalité.
Les ennemis du clergé nous disent que personne n'est au-dessus des
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lois. Îfls devraient bien ne pas oublier que personne n’est au-dessus de l'Eglise, pas même les faiseurs de lois. |
Existe-1l un corps plus essentiellement observateur des lois que le clergé catholique de ce pays ? En quelle circonstance s'est-il mis en rébellion contre l'autorité civile ? Et cenendant on voit des écrivains qui donnent à entendre que le clergé se moque de la loi! Perfidie dont le but est de susciter la haine de nos concitoyens de croyance étrangère à la nôtre.
La doctrine catholique enseigne l'observation des lois, et l’Eglise a de tous temps prêté main forte au pouvoir séculier sous ce rapport.
Mais elle ne peut permetire, sans protester, que les lois de Pétat la gônent dans son action divine l’état n’a pas le droit de faire des ordonnances qui soient contraires à la liberté religieuse.
C'est là le point capital que les libéraux perdent de vue.
Est:il raisonnable d'admettre, par
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exemple, que notre législature de Québec puisse déc ‘éter une loi diamétralement en contradiction avec la doctrine de l Eglise ? Pour nous, cette législature, c’est l’état.
Poser la question, c’est y répondre, au moins quand on est catholique. Comment! Voiei une réunion de quarante ou cinquante hommes, pour la plupart assez peu éclairés, et à coup sûr très laillibles. Et l'on soutiendrait qu’un tel assemblage a le droit de dominer l'Eglise. de faire des lois contraires à s-s enseionements, à sa liberté. Elle, d’institution infaillible, serait soumise à quelques individus qui prendraient sur eux de lui imposer leurs volontés !
Pour rassurer M. David, qui ne veut pas qüe le clergé «soit mis audessus de: lois,» nous lui ferons cette simple observation. Que lui— qui représente l’état—soit soumis aux lois de l’Fglise, comme c’est son devoir de catholique, et en aucune circonstance il ne trouvera l’ Eglise en révolte contre ses ordonnances.
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La masse de notre population admet avec reconnaissance les grands services que le clergé nous a rendus, et comprend que son concours est nécessaire à notre avenir.
Nous avons pris de la vigueur, sans doute, mais les autres races en ont pris aussi, et chaque jour il nous faut compter avec leurs exigences.
Ceux qui dénigrent le clergé sont prêts à nous livrer pieds et poings liés à la majorité qui n’a ni nos instincts, n1 nos lois, ni nos croyances.
Peu nombreux d’abord, ils ont payé d’audace et joué d’astuce. Ils ont pu ainsi faire des adeptes. Mais l’on peut affirmer sans crainte que la très forte majorité des catholiques les répudie et les désavoue. S'ils remportent quelques succès, ce n’est qu’en cachant leurs couleurs, en surprenant la bonne foi d’un certain nombre.
Du moment que la question est posée sans ambiguité entre le clergé et ses adversaires, le neuple ne balance pas un instant.
Ce qu’il importe donc, c'est de déchirer sans faiblesse les masques dont ils s’affublent. Toute concession faite à leurs clameurs tourne à leur avantage. Une concession obtenue, ils crient plus fort pour en obtenir d’autres. Le libéralisme poursuit hardiment et constamment son objet: laffaiblissement de l'autorité de l’ Eglise.
Lorsque la première contestation pour influence indue fut intentée, il eût ête facile d’écraser cette tentative. L’épiscopat, dont la modération est toujours égale à la clémence, espéra sans doute qu’il ne serait pas donné suite à cette persécution.
Voilà le libéralisme qui monte à Passaut du confessit nnal !
Et une partie de la presse appuie ces démarches sacrilèges.
Au moins, les desseins avoués des adversaires du clergé, aurontils pour effet de faire tomber le ban.
deain qui cache Ja lumière aux regards d'hommes bien intentionnés, mais qui n’ont pas aperçu tout ce que contient d’orages cette idée lipérale-catholique ?
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Nous en avonslaconviction. Car, en voyant l’école radicale proclamer hautement ses sympathies pour les hommes qui persécutent le catho licisme en France, il est impossible de ne pas voir que nous marchons à pas rapides à uu effort suprême contre les droits de l'Eglise et du clergé.
La malheureuse loi des élections contestées, on plutôt l'interprétation anti-catholique que les libéraux ont fait consacrer par plusieurs juges, est une arme dangereuse, et qu’il faut briser avant qu’elle ait fait plus de mal et qu’il ne soit trop tard.
Nous n'avons qu’à le vouloir, et elle disparaîtra de nos statuts
Que le clergé ne laisse pas détruire sa puissance : nous l’en supplions dans l'intérêt de notre chère province de Québec. Elle ne restera française qu’en autant qu’elle sera attachée à l'Eglise qui l’a en fantée à la vie des peuples, qui veillé sur elle avec toute la tendresse d’une mère au cœur pur et généreux.
Certes. ces soins jaloux dont nous