‹ Le Cléricalisme au CanadaChapitre 10 sur 17 · L'INSTRUCTION PUBLIQUE · texte numérisé non relu

L'INSTRUCTION PUBLIQUE

lue à rUltramontanisme. Dans les conditions actuelles, ils ne peuvent pas. Voici plusieurs années, le Supérieur de Saint-Sulpice de Montréal, Recteur de l'Université, M. l'Abbé Colin, avait tenté quelques réformes. M. Colin avait certainement une largeur d'esprit qui n'est pas commune au Canada. Il se rendit compte de la nécessité de fonder une chaire de littérature française dans une Université française.

Il vint de France un jeune professeur, M. de Labriolle, qui, ayant flairé le vent et reconnu d'où il venait — du Palais Episcopal — ?e résolut à fournir à son auditoire, présidé par Mgr Bruchesi, un aliment bénin, bénin sous l'espèce de conférences concernant « L'Empire et la Restauration ». Un jour, cependant, il eut la fâcheuse idée d'étudier en public l'œuvre de Paul-Louis Courrier et de Déranger. Petit scandale et dès le lendemain, pieuse semonce de l'Evêché. M. de Labriolle se le tint pour dit et ne récidiva pas. M. Colin s'inclina à son tour.

Celui-ci est mort, celui-là est parti. D'autres lui ont succédé et ont rencontré des expériences assez semblables.

Citons M. Léger, Français distingué, qui n'a pu, malgré ses idées religieuses, s'empêcher de médire du joug que le clergé canadien fait peser sur la liberté d'appréciation et de jugeiment. Enfin, Québec connut M. Allard, qui a mérité les attaques indignées des

journaux cléricaux pour avoir osé parler de l'amour platonique qui exista entre le Duc de La Rochefoucauld, l'auteur des Maximes, et M""® de La Fayette, l'auteur de La Princesse de ) Clèves ! !

Un écrivain canadien, M. Arthur Buies, dé-, nonçait, il y a déjà longtemps, le caractère général de l'instruction donnée par le clergé canadien en des termes véhéments.

Trouvant le mot de l'énigme canadienne, découvrant le secret de l'infériorité intellectuelle 1 oià sa race demeure encore, il concluait avec mélancolie :

« Pour n'avoir appris que cette phrase sacra mentelle, mille fois répétée, cet adage tradi tionnel inscrit partout : « Les institutions, la religion, les lois de nos pères », pour n'avoir voulu vivre que de notre passé, nous y sommes restés enfouis, aveuglés sur le présent, inconscients de l'avenir. »

Au lieu de se pâmer devant les « Traditions françaises au Canada «, les Français ne devraient-ils pas répéter à leurs amis d'outremer, quand ils vont les voir là-bas ou quand ils les accueillent ici, ces mots d'un des leurs, ces mots qui sont une leçon et montrent les routes nouvelles ?

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