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CHAPITRE VI

Les lettres Canadiennes

Les Lettres Canadiennes

Il était logique et inévitable que le cléricalisme canadien, tout puissant sur l'enseignement primaire, secondaire et supérieur, poursuivisse son œuvre néfaste jusque dans la vie civile et accompagnât les pas du jeune homme et de l'homme fait, après avoir guidé ceux de l'enfant et de l'adolescent.

Pour se constituer réellement, pour s'acquérir des droits à la vie, une littérature réclame une époque et un milieu où règne la liberté — soit la liberté des mœurs, soit la liberté philosophique — ou encore, où sévissent les plus extrêmes rigueurs et persécutions politiques. Le fanatisme vulgaire et la sottise ambiante frappent de stérilité une littérature nationale, encore que des littérateurs puissent apparaître disséminés.

D'autre part, si rien n'est vil dans la Maison de Jupiter, toutes choses s'y meuvent infiniment. Vouloir demeurer dans l'immobilité, n'est faire autre que piétiner sur place. Dans le cas qui nous préoccupe ici, il y avait encore une particularité fort intéressante. La race canadienne française ne pouvait créer sa littérature en dehors de la littérature française, tout en se devant d'apporter un élément original et représentatif.

Grâce à Tobstination d'un clergé retardataire et ignard, la littérature canadienne est morte avec Garneau, et morte parce qu'elle a été privée de toutes les conditions que j'indiquais plus haut.

Ainsi, il était indispensable aux jeunes écrivains en puissance de connaître, d'étudier dans les œuvres françaises l'évolution des idées et de la forme que celles-ci dirigent. Voilà qui le leur a été refusé nettement. Au lieu du régime de la discussion, de la critique comparée, le clergé a instauré le régime de la censure et de l'Index, qu'il a tenté de justifier par tous les mauvais prétextes, en accusant à tort et à travers la littérature française des deux derniers siècles d'impiété, d'immoralité, d'hérésie, de mauvais goût, ;de libéralisme (sic), d'esprit antireligieux, de sacrilège et de tendances pélagiennes [sic).

Lorsque, en 1858, quelques Canadiens éclairés fondèrent l'Institut Canadien, cercle d'études purement laïques, et le dotèrent d'une bibliothèque littéraire, l'épiscopat protesta violemment et lança contre l'Institut des formules de malédiction. Mgr Bourget, dans une Lettre pastorale du 30 avril 1858, déclare que l'Institut a commis une grave erreur en affirmant qu'il était le seul compétent à juger de la moralité de sa bibliothèque, « et proteste que, selon le saint Concile de Trente, c'est à l'Evêque ou à son Député qu'appartient le droit d'approuver et d'examiner les livres ».

L'annuaire ou catalogue de l'Institut fut déféré à la Congrégation de l'Index et le Saint- Office condamna en bloc livres et société. Mgr Bourget prétendit même interdire aux protestants la lecture des livres contenus dans la bibliothèque de l'Institut canadien (1).

Rien n'a changé depuis dans l'attitude du clergé. C'est ainsi qu'en 1905, le R. P. Portelance, curé de l'église du Sacré-Cœur, condamnait le cercle laïque La Vérandrye, de Winnipeg ; celui-ci, ayant formellement refusé d'accepter un chapelain. Le Père Portelance, dans un discours public, prononça sa condamnation formelle. Il rappela la fam.euse cause de Guibord et de l'Institut Canadien, « une Société littéraire de Montréal, composée de jeunes Canadiens français, qui ont dû être excommuniés parce qu'ils ne voulaient pas se conformer aux lois de l'Eglise. Plusieurs des membres sont morts sans reconnaître leur erreur. Les jeunes gens du Cercle La Vérandrye ne comprennent peut-être pas la voie dans laquelle ils se sont engagés, mais il leur dit qu'elle est fatale. C'est un cas d'entêtement. Ils ont décidé que le prêtre ne gagnera pas ; ils

(i) Quelques catholiques protestèrent : A. Dessaules, Doutre, Panetot, Joseph Guilbord. Celui-ci étant mort en refusant de se séparer de l'Institut condamné, l'évêque défendit qu'on enterrât sa dépouille dans le cimetière consacré. Une écœurante controverse surgit et un procès eut lieu, qui révéla la haine fanatique des membres du clergé qui brandirent le spectre de l'excommunication.

veulent la liberté de tout critique. Leur institution peut grandir et prospérer, mais le prêtre gagne toujours. Il avertit les parents d'avoir l'œil sur leurs fils, et termina en invitant les membres du Cercle La Vérandrye à réfléchir et à reconnaître leur erreur. Ils seront les bienvenus dans le Cercle du Sacré-Cœur, à l'exception de quelques-uns qui auront à amender leur conduite avant d'être admis. »

Après le départ du Père Portelance, M. J. B. Lauzon parla longuement en faveur de la paix. «Les Canadiens devraient suivre la direction de leur clergé et s'ils étaient unis, ils pourraient un jour avoir un représentant dans le conseil municipal de Winnipeg {sic). »

L'échec récent de la proposition Carnegie, relative à la fondation d'une bibliothèque gratuite et populaire à Montréal, montre encore que le même esprit s'est perpétué. Sans doute, la lecture de l'Imitation et de la Vie des Saints peut-elle être salutaire et y a-t-il dans l'Imitation d'admirables proses, mais ce serait peutêtre outrer la note que de l'imposer comme seide lecture aux mères de famille, ainsi qu'en a décidé la Croix de Montréal. Et nous connaissons, d'autre part, l'étrange littérature romanesque (!) congréganiste que ces « Messieurs de Saint-Sulpice, les RR. PP. Jésuites, les RR. PP. Oblats, les RR. PP. Rédemptoristes et MM. les Curés de paroisses m.ettent gracieusement à la disposition du public ». (Henri Bernard). L'atmosphère de ces romans pieux

est malsaine autant que leur style est exécrable.

Certains esprits dits libéraux se sont faits, de nos jours, les défenseurs de la censure. Cette opinion nous paraît un anachronisme formidable. Com.me nous estimons d'abord assez ridicule la prétention dogmatique de quelques individus à juger gravement du bien et du mal contenus dans un livre et ensuite parfaitement inutile au point de vue des mœurs une censure qui entretient l'esprit de mensonge et d'hypocrisie, en favorisant l'astuce et les fraudes. Mais encore peut-il y avoir censure et censure. Au Canada, la censure est d'un rigorisme féroce et mesquin tout ensemble. Dernièrement encore, c'était un frère défroqué qui en était chargé à la douane et s'empressait de mettre à l'ombre, non seulement Lourdes, Vérité et Travail d'Emile Zola, mais jusqu'au malheureux Crainquebille, d'Anatole France. Mais la douane n'est pas seule à censurer, les curés s'en mêlent de leur propre volonté. Un ami d'Urbain Gohier ayant vu à Montréal, chez un bouquiniste, une précieuse édition de Voltaire, revint huit jours après dans l'intention de l'acheter. Lres volumes avaient disparu et le marchand, s'arrachant les cheveux de dépit, s'écria : « C'est ce vérat de curé qui me les a fait brûler ! » Certains libraires sont plus sévères que le clergé. M. C. Muller rapporte avoir entendu un libraire de Québec lui dire, tout scandalisé : « Ce n'est

iOO LE CLÉRICALISME AU CANADA

qu'à Montréal, chez un libraire anglais, qu'on vend de mauvais livres et que vous pouvez acheter les romans de Victor Hugo ! ! ! »

L'archevêque, Mgr Bruchesi, a provoqué à c-e sujet ce que la Cr^oix de Montréal nomme une guerre sainte, contre les mauvais livres entachés d'immoralité et surtout d'impiété. « On va croire, dit la feuille cléricale, en commentant la circulaire de l'Archevêque, que tout au moins cette vente de mauvais livres se fait à la dérobée ? Pas du tout ! On ne se gêne pas d'étaler, dans les vitrines, les oeuvres de Dumas, de Voltaire, de Renan et d'autres 'moins connus, mais non moins immoraux et impies. »

Alexandre Dumas, père, est en effet considéré au Canada comme un monument d'immondices et semble bien tenir une des meilleures cordes... du diable. « Je ne suis pas sans péché, affirmait avec une gravité totalement exempte d'ironie un noble vieillard canadien. Dans ma jeunesse, je me suis, une fois, laissé entraîner à lire Les Trois Mousquetaires. »

Dans le même esprit, un écrivain canadien, M. Faucher de Saint-Maurice, a fait un tableau effrayant du malheur dans le ménage :

« La femme s'enferme dans son boudoir, loin de ses enfants, ces ombres que font ici-bas les anges en voltigeant là-haut [sic) — et, pour se consoler, pleure sur les malheurs imaginaires de MM. Athos, Aramis, Porthos et d'Artagnan. Voilà une pauvre famille d'où

vont bientôt déménager la paix, l'amour et la confiance mutuelle (1). »

En 1898, la revue Canada-Revue fut condamnée par M. Fabre, archevêque de Montréal, pour avoir, entre autres erreurs, annoncé la publication des Trois Mousquetaires (2) !

Il n'est pas jusqu'au Correspondant de Paris, la vieille revue du catholicisme français, qui n'ait éprouvé à son tour les effets de l'intolérance romaine et du puritanisme canadien. Tout le mal vient d'un roman de mœurs canadiennes de M. Lechartier, L'Irréductible Force, publié par le Correspondant. Roman d'ailleurs tout à fait inoffensif. Il souleva de véritables cris de rage. Un canadien catholique déclara que ce roman « aurait plutôt sa place dans les collections de littérature légère ». M. L. 0. David — qui l'eût cru ! — l'appelle un roman infect et traite son auteur de « mouchard qui lance son cheval par dessus toutes les barrières des convenances [sic) ! »

(i) Faucher de Saint-Maurice, Choses et Autres.

(2) Au procès intenté par le propriétaire de la Revue à l'archevêque, un témoin vint déclarer que le journal le Monde, de Montréal, dont il était l'un des rédacteurs, avait été autorisé à publier en feuilleton les Trois Mousquetaires, mais expurgés : « Nous nous sommes appliqués surtout, dit le témoin, M. Grenier, à embellir le caractère du cardinal de Richelieu, qui paraissait assez noir quelquefois dans le livre. Naturellement, il y avait beaucoup d'endroits où il employait le mot « maîtresse », « sa maîtresse ». Je remplaçais cela par le mot <( amie », « bonne amie », « petite amie », quelque chose comme cela. »

La Croix, renchérissant, donne le coup de pied de l'âne au Français qui « dégoise contre les Canadiens français » et ajoute gracieusement : « Ce roman A^a ouvrir les yeux à certains de nos compatriotes toujours prêts à recevoir les épaves de la Seine. » Il est telles injures, d'autre part, que nous ne pouvons citer : elles relèvent de la police correctionnelle.

Enfin, l'archevêque de Montréal, Mgr Paul Bruchesi, que l'on rencontre partout, a dénoncé, dans un mandement qui visait Vobscénité {sic) des théâtres, « Vintrigue immorale » du malheureux feuilleton de l'infortuné Correspondant !

Mais n'est-elle pas une amère ironie, cette Affaire Lechartier? Où un roman moral et religieux soulève de si vertueuses réclamations, 011 le Correspondant, revue catholique, est boycotté par des catholiques pour cause d'attentat à la pudeur ; où des observations qui veulent être impartiales, mais aimables sont furieusement attaquées par un petit peuple qui n'admet pas plus la critique en matière nationale qu'en matière religieuse !

Quand M, Lechartier et le Correspondant découvriront-ils les beautés du fanatisme canadien ?

Sous un tel régime, sans grandeur dans la persécution, mais bassement tracassier, « enchaînant les esprits en prétendant les guider » (P. de Coubertin), proscripteur d'idées et eau-

teleux défenseur d'une morale puérile; avec un tel clergé, ennemi haineux de l'intelligence et du progrès, la littérature canadienne ne pouvait que « végéter sans vivre ».

Peu à peu, sans doute, le pays de Jacques Cartier a vu éclore de nombreux volumes. Histoire', Rom.an, Mémoires, Drame, Comédie, Satire, Ode et Ballade, les Canadiens se sont essayés dans tous les genres.

Ils continuent de nos jours. Ils poursuivront demain une tâche dont ils montrent avec fierté les premiers résultats.

Respect idolâtre du passé, résolution tenace de le reproduire jusque dans le présent, telle semble être la marque de fabrique des produits littéraires du Canada (1).

La langue n'est, pour la plupart du temps, qu'un pastiche lamentable du XVII'" siècle.

A ce point de vue, trop de voyageurs français ont rendu un bien piètre service en contribuant à accréditer cette idée ridicule que « la langue canadienne est demeurée celle du XVIP siècle, c'est-à-dire le plus beau français qui soit ».

La critique n'existant pas au Canada, comme il est logique qu'il en soit ainsi dans un

(i) Un écrivain français, M. Ab-Der-Halden, a publié plusieurs volumes sous ce titre : Etudes de littérature canadienne française. Il semble apprécier avant tout l'innocence puérile des œuvres canadiennes. Affaire de conscience, non de goût littéraire. Encenser n'est pas apprécier.

pays qui proscrit le libre examen, il a fallu que d'autres Français, plus intelligents ou plutôt moins rompus à la discipline cléricale, viennent nettement rétablir la vérité. « Faire croire aux Canadiens qu'ils parlent la langue de Racine, écrivait M. Rémy de Gourmont, ce serait plutôt leur jouer un mauvais tour... tellement une pareille illusion doit sembler puérile à celui qui réfléchit. » Un Anglo-saxon, M. Mac-Gregor, professeur au Mac-Gill dp> Montréal, a été plus affirmatif encore : « Sandétourner ses regards du passé, a-t-il dit, dans une conférence, que la littérature franco-canadienne sache donc regarder l'avenir en face, qu'elle s'occupe d'élever le niveau de l'instruction ou — ce qui vaut mieux — de Tinter igenoe. »

Pourquoi cacher la vérité ? Les auteurs canadiens écrivent mal. Ils pensent peu. Leur inspiration, quand elle n'est pas directement puisée à des sources étrangères, ne sort de la monotonie que pour échouer dans la niaiserie. Le passé est encore ici le sujet favori. Mais dans le passé lui-même, dans l'histoire, ils ne songent pas à découvrir les causes, ils s'arrêtent auix effets, aux détails les plus minces et s'obstinent à en épuiser l'intérêt dans de longues et soporifiques dissertations. Gérin-Lajoie a consacré 600 pages à l'Histoire Canadienne de 1840 à 1850 ; et tout cela manque de relief, de vigueur, de critique et de clarté.

Les romans patriotiques pullulent, mais qui

n a lu un seul connaît tous les autres, et le profit intellectuel de cette lecture est zéro. Les gloires du Canada, les héros du Canada, les martyrs du Canada, rien de plus respectable, mais vraiment les Canadiens en ont trop mis partout.

Trop de légendes aussi, de Loups-garous, de Chasse-galerie, de Tête à pitre, dont les versions multiples se ressemblent presque toutes. Il n'est guère d'écrivain canadien qui ne se soit attaqué à ce sujet de narration. « Assez ! » crie le lecteur, « Toujours ! » écrivent les auteurs.

Quant aux œuvres de pure imagination, il n'est pas de terme pour eKprimer leur puérilité. On y trouve fatalement un jeune homme et une jeune fille qui s'aiment et aiment le bon Dieu, le Pape et le Curé. A côté d'eux, le traître, l'infâme qui ne va pas à la messe et que le Créateur finira bien par punir un jour.

Le roman canadien demeure innocent et moral, mais combien enfantin ! 11 n'en peut d'ailleurs être autrem.ent, si l'on considère que la censure veille, qu'elle ne permet aux écrivains canadiens aucune fugue dans les endroits défendus. Tout, ou à peu près, est défendu au Canada (1).

(i) Ce serait se méprendre que de croire que, grâce à ce système, la moralité des Canadiens français est d'une haute supériorité. Il n'en est rien. — Les Canadiens français ne valent ni plus ni moins sous ce rapport que la

Il y a eu, il y a encore, toutefois dans la province de Québec, des écrivains qu'il faut connaître et dont les œuvres méritent d'être lues.

Citons les noms de MM. Garneau,J. -Edmond Roy, de Nevers, Arthur Buies, Emile Nelligau, Gonsalac, Desaulniers, Albert Cozeau, D' Choquette, etc.

Ceux-là ont eu vraiment quelque chose à dire ; ils ont, à des degrés différents, indiqué la voie à leurs compatriotes. Sans doute, n'ont- ILs pu donner tout€ leur mesure, comme ils étaient limités, entravés par les préjugés de leur entourage, la surveillance étroite et soupçonneuse de leur clergé et souvent aussi les scrupules de leur propre conscience. Lorsque Garneau publia en 1845 son Histoire du Canada., une œuvre de haute valeur, les censures ecclésiastiques se dressèrent devant l'imprudent qui dut expurger son texte aussitôt. De tels procédés coupent les ailes et arrêtent net l'élan du talent. Le cas de M. Rodolphe Girard est plus typique encore. M. R. Girard est un jeune romancier canadien qui a comjnis un livre, Marie Calumet, roman assez pauvre, d'ailleurs, où cependant l'auteur a su créer une atmosphère et une vie adéquates au paysage et aux mœurs de la campagne de Qué-

plupart des autres peuples. Mais ils les surpassent en ignorance et en manque de culture, bien qu'ayant toutes les qualités qui, développées, produisent l'urbanité d'expression et la culture scientifique.

bec. Certains tableaux ont un très réel mérite et parfois sont vraiment délicieux. Il restait à l'auteur de se débarrasser d'une sorte de fanfaronnade de grossièreté, et d'étudier encore bravement pour parvenir au talent. Mais — et c'est ici que l'on touche du doigt les procédés cléricaux — le clergé est intervenu aussitôt. Du talent ! Un talent, plein de liberté et d'indépendance ! C'était là une terrible nouveauté. La Semaine Religieuse de Montréal, la Croix, etc., ont pris prétexte des expressions « grasses » du romancier, pour crier que l'œuvre était « une honte », le produit d'une « perversion morale ». Or, sauf ces malheureuses expressions, qui n'ont que le tort d'être inutiles, le livre de M. Rodolphe Girard est parfaitement honnête. On n'y rencontre nul adultère, nul viol, nul assassinat. Seulement, seulement, l'auteur a mis en scène deux ou trois curés et n'a point celé leurs petits défauts mignons ! Puisse le jeune Canadien ne pas être découragé et se rem^ettre à l'œuvre, avec plus de liberté encore et moins de mauvais goût voulu !

On conçoit que la censure épiscopale, restant toujours suspendue sur la tête des écrivains canadiens, ceux-ci répugnent un peu à la tâche.

Un conseil en passant.

Que les écrivains canadiens français ne se découragent pas. Ils ont à lutter contre le puritanisme, la niaiserie et la routine ; mais ce

sont là des ennemis qu'il leur est possible de vaincre, s'ils ne cessent de réclamer le droit de tout exprimer. Sous les admirables cieux canadiens, il manque à la littérature française de l'air et de la lumière. Gela ne se quémande pas, mais se prend.

Surtout, surtout, que les Canadiens ne se formalisent pas des critiques et ne bêlent pas après les flatteries. La critique est un conseil, non une injure. La flatterie est stupide et néfaste. Dans l'intérêt même des relations intellectuelles entre la France et le Canada, il est nécessaire que les deux pays évitent l'équivoque, et ses apôtres.

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