‹ Le Cléricalisme au CanadaChapitre 4 sur 17 · CHAPITRE III · texte numérisé non relu

CHAPITRE III

L'Eldorado

L'Eldorado

Le clergé canadien profita donc abondamment de la conquête anglaise. Si, durant les trente premières années de la conquête, son ombre ne s'accrut pas sensiblement, la cause en est à l'inflexible rigueur de Londres qui s'opposa vertement à tout recrutement étranger.

Mais à dater de 1793, les forces numériques du clergé canadien s'accroissent avec rapidité, l'Angleterre ayant levé son « veto » et l'exode de prêtres français (1) vers le Canada ayant pu se produire librement. Cet exode dure encore à l'heure actuelle et est même en état de recrudescence. Il n'est pas sans intérêt de remarquer comment les prêtres et congréganistes qui sont en France les adversaires les plus outrcinciers de la « perfide Albion », sont les premiers à peupler cures et couvents d'une colonie britannique. Les choses humaines ont de ces contradictions ! Le bloc du clergé canadien se composa donc de Canadiens et de Français. Français peu éminents pour la plupart, appartenant souvent au rebut intellectuel des séminaires et possédés à

(i) Je ne mentionne pas ici le clergé irlandais, l'objet de cet article portant sur le clergé canadien français.

de très rares exceptions près, de la haine de toute indépendance spirituelle. Les ultramontains de France venaient renforcer l'ultramontanisme canadien. On vit alors pulluler les congrégations et les Jésuites fondèrent, en 1840, leur Collège de Montréal.

Prêtres et religieux, ce n'est pas trop de dire qu'ils pullulent, qu'ils foisonnent, qu'ils débordent ! Et dans leurs rangs compacts, dans leurs flots envahissants, se pressent toutes les races, mais surtout se rencontrent des Canadiens, des Irlandais et des Français. — Dans une conférence donnée à Chartres le 22 juin 1891, M. Honoré Mercier, premier ministre de la province de Québec et comte du Pape, indiquait lui-même certains des apports français du clergé canadien. Il rappelait les noms de Mgr de Charbonnel, évêque d'Ontario, de son vicaire général, M. Laurent, de l'abbé Santenac, de la sœur Saint-Maurice, fondatrice du Couvent de la Présentation, à Saint- Hyacinthe, de l'abbé Colin, supérieur de Saint- Sulpice à Montréal, du P. Martin, fondateur de l'établissement des Jésuites de Montréal ; il citait les religieux du collège Sainte-Marie, les clercs de Saint-Viateur, les Frères Maristes, les Frères de Sainte-Croix, les Dominicains, les Frères des Ecoles chrétiennes, les Ursulines, les Sœurs Grises, les P. P. Oblats : « Et combien d'autres ? » ajoutait un peu naïvement l'orateur. Oui, combien d'autres : Trappistes, Frères du Sacré-Cœur du Paradis, Frè-

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res de Ploermel, Frères de l'Instruction chrétienne de Saint-Gabriel, Franciscains, Rédemp. toristes, Pères Oblats de Marie Immaculée, Basiliens, Pères du Saint-Sacrement, Eudistes, Pères de la Compagnie de Marie, Chanoines réguliers de l'Immaculée Conception, etc., etc.

La loi de 1901 aura plus que doublé la foule de ces émigrants français, parmi lesquels il n'est pas rare de trouver de jeunes vicaires en herbe qui s'en vont transporter leurs pénates divines. Ad Majorem Dei Gloriam, en un pays o\i ne fleurit pas le service militaire, obligatoire pour tous, mais où croît, avec l'érable, la moisson charmante des piastres et des billets de banque.

Comment ne seraient-ils pas attirés ? La province de Québec est très certainement à notre époque la terre la mieux bénie, « l'Eldorado du Catholicisme », comme le constate un écrivain clérical, M. Hulot (1), le Paradis des religieux et des religieuses, comme le dit si bien M. l'Aboé Lucien Vigneron, dans son livre « De Montréal à Washington ». L'expression est adéquate aux faits. Il est indéniable que les prêtres canadiens, séculiers et réguliers (2) éprouvent comme une soif d'or et de

(i) De l' Atlantique an Pacifique, par le baron Hulot, Paris.

(2) La différence est peu accentuée entre les clergés séculier et régulier au Canada. Souvent c'est un congréganiste qui remplit les fonctions de curé. L'esprit au reste est partout congréganiste.

richesses qu'ils arrivent à contenter à l'aide de nombreux moyens parmi lesquels il faut ranger en première ligne la dîme.

« Droits et dîme tu payeras A l'Eglise fidèlement. »

dit un des commandements de l'Eglise imprimés dans les catéchismes canadiens et c'est un grave péché que d'y manquer, un péché qui rentre dans la catégorie des cas réservés à l'évêque. La dîme n'est-elle pas, pour ainsi dire, « le droit divin ? m

« Dieu lui-même, écrivait un évêque canadien, nous a assigné la dîme et les revenus temporels pour la part de notre héritage (1). »

Il est assez curieux de noter en passant que les rois de France étaient opposés à de semblables audaces. On trouve, en effet, parmi d'autres, aux archives des Colonies, dans la correspondance du Ministre (Canada, série B., vol. 29, fol. 124) la lettre significative suivante :

A M. le Grand Vicaire de Canada, A. Marly, le 6 juillet l'jo'j.

Dans le compte que j'ay rendu au Roy de laffaire des dixmes qui se lèvent en Canada, je n'ay pu me diiispenser d'informer Sa Majesté qu'un des curez de ce pays a eu l'imprudence d'adjouter aux commandements de l'Eglise un 7^ commandement pour le payement des dixmes

(i) Mgr. Bourget, circulaire du 31 décembre 1849.

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