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et qu'il en a mesme fait la matière d'un prosne. Sa Majesté m'a commandé de vous escrire que son intention est que vous fassiez une forte réprimande à ce curé pour avoir abusé de son ministère en cette occasion et que vous ladvertissiez que si pareille chose luy arrivait, Elle le ferait punir. Je vous prie de me faire savoir ce que vous ferez sur cela affin que j'en rende compte à Sa Majesté.
Je suis, etc..
Mais, d'une façon ou d'une autre, sous le régime anglais comme sous la domination française, il faut que les Canadiens français rendent à Dieu ce qui est à Dieu ; et César est intervenu, sur le désir du clergé, pour renforcer de pénalités légales les peines spirituelles qui auraient pu être insuffisantes. L'article 27 de capitulation demandait au gouvernement anglais d'obliger les peuples du Canada à payer la dîm^e. Il y fut fait droit.
Au lendemain des tristesses de la guerre, alors que les habitants contemplaient le cœur serré les ruines qu'elle avait amenées, le grand souci du clergé est le recouvrement de sa dîme et de ses créances. A ce point de vue, la lettre du curé Youville au grand Vicaire Briand (4 janvier 1762) est typique : « Les dettes que les habitants ont contractées vis-à-vis la fabrique, depuis la réédition de Québec doivent-elles se payer en espèces ? Votre avis est-il qu'on poursuive à ce sujet en justice les débiteurs ?... Mes paroissiens doivent aussi la dîme de 1760... J'attends votre avis sur tous ces points. » Et
M. Briand de répondre : « Ils doivent payer en espèces... Vous pouvez exiger la dîme de 1760. «
Lorsqu'en 1864, le parlement canadien vota la suppression du régime féodal, la pression cléricale fut telle que « réserve fut faite pour les privilèges de nature ecclésiastique ». En 1877, le code civil confirme l'existence légale de la dîme et en fixe la quotité ; soit pour les familles de cultivateurs, le 26^ des récoltes ; soit pour les familles de non cultivateurs une piastre (cinq francs) par communiant. Dans une famille canadienne nombreuse (1), cas très fréquent, la dîme peut atteindre 10, 12 et 15 piastres.
En dehors des moyens légaux que la loi met à leur disposition, certains curés ont encore pour recouvrer la dîme, plusieurs tours dans leur sac. Voici un fait entre cent : M. l'abbé T..., curé d'une paroisse «( en bas de Québec » se faisait vieux. Partisan de Sir Wilfrid Laurier, que son évêque ne pouvait sentir, il s'attendait à être, de jour en jour, mis dans l'obligation de prendre sa retraite. Ses économies dépassaient 100.000 dollars. Cependant, il résolut de ne point abandonner à ses paroissiens certains arriérés. Il se hâta donc de faire agrandir l'Eglise et exigea
(i) Actuellement et d'après les statistiques officielles, il existe dans la province de Québec, 3.400 familles comptant 12 enfants vivants.
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de l'entrepreneur que celui-ci n'employa que les hommes qui n'avaient point acquitté leur dîme. Chaque samedi, c'était le bon curé qui payait lui-même les salaires de la semaine et en retenait la plus ,2-rande partie comme « acompte ».
Mais à la dîme il faut ajouter les quêtes extrêmement nombreuses, et dont l'une est particulèrement productive.
Dans les campagnes, on la nomme « la visite de l'enfant Jésus ».
Entendez qu'une fois l'an, dans le mois de janvier, chaque famille reçoit la visite du curé, accompasrné des marguilliers et venu pour chercher son cadeau quasi-obligatoire. Les cadeaux, on sait, entretiennent l'amitié. Qui donne son blé, qui son lard, qui ses œufs, etc. Dons en nature que le curé transformée en esoèces sonnantes, en les faisant vendre le dimanche dans la sacristie aux enchères et en guise de vêpres supprimées pour la circonstance.
Mgr L. Lacroix, alors premier aumônier au lycée Michelet. publia certain jour une relation de voyage, Yankees et Canadiens^ où se trouve le récit savoureux d'un entretien avec un prêtre canadien, M. Gosselin. curé de Saint- Ferréol.
— « De quoi vivez-vous ? demandait Mgr Lacroix.
— « Nos ressources, répondit-il. nous viennent des terres oui sont la orooriété de TEelise paroissiale... Nous avons aussi la dîme. Ne vous récriez pas : au Canada, c'est le plus populaire
des impôts... En France, ajoutait-il, vous feriez une révolution pour abolir cet impôt. Au Canada, l'habitant paye la dîme de bonne grâce parc-e qu'il la considère comme la rémunération légitime d'un service rendu. A ce titre, la dîme est strictement obligatoire, 77iême pour la conscience... Venez dans mon grenier, et je vous montrerai ce qu'elle me rapporte. »
Et Mgr Lacroix de s'extasier sur le blé, l'orge, le maïs, l'avoin-e, etc.; et de calculer que bon an mal an, le curé de Saint-Ferréol devait se faire, tout compris, dans les cinq à six mille francs de revenus ; et de laisser échapper cette remarque judicieuse : « Il est clair que nos curés de campagne avec leur maigre traitement de neuf cents francs et leur casael problématique, changeraient volontiers leur sort contre celui de leurs confrères du Canada. »
Mgr Lacroix connaît bien l'esprit de sacrifice et de renoncement de ses confrères français !
— « Le catholicisme, dit l'abbé Gosselin, est très prospère dans notre pays. »
Le mot n'est-il pas exquis ?
Pour protéger la perception de ces revenus respectables (1) — qui dépassent généralement de beaucoup l'évaluation du candide Mgr L.
(i) Déjà, en 1805, dans une dépêche au ministre, le Gouverneur Milnes constate « que la généralité des curés catholiques romains ont deux fois, et beaucoup d'entre eux même quatre fois, le revenu des ministres protestants, n