L'AVOCAT DU DIABLE
^ 'Si VEglise connaissait mieux ses saints, les dévots | iadoreraient Montalembert à deux genoux. On Tau- \ rait déjà canonisé. Il a été l'initiateur et le héros de la longue campagne cléricale doiit la loi scélérate de Falloux a été le couronnement. Il en fut le plus
'cloquent champion. « Thiers pour fous les jours, Guizot pour les dimanches, mais Montalembert pour les grandes fêtes de Tannée », disait Nisard.
: Ce fut, en effet, un orateur incomparable, mais combien plus consommé politique ! Et de quel regard t ^*' perspicace il sut entrevoir, au fond de l'avenir, le JC*. but promis à cette œuvre audacieuse : restaurer, / . sous l'égide des principes de la Révolution, la' théocratie que la Révolution croyait avoir terrassée. '
Après 1830, un prêtre s'était levé, âme fiévreuse 'd'apôtre, qui, prenant peur de l'isolement où l'Eglise s'était réduite par sa complicité avec la royauté de Charles X, revendiqua pour l'Eglise son autonomie. Ce prêtre, qui reniait l'absolutisme . dynastique, qui montrait aux catholiques -la Liberté I ^
comme un port de salut et qui rêvait d'instauref la République dans TEglise, c'était, au grand scandale de Rome, l'auteur des x^aroles d'un Croyant^: 1 abbé de Lamennais.
Un autre prêtre s'était rencontré, orateur magni- ( fique et noble intelligence, qui rêvait de régénérer (^ I le Christianisme par la Démocratie. J'ai nommé Lacordaire.
A côté de ces deux hommes, un aristocrate se trouva, adversaire, par droit de naissance, de ce. qu'il appelait « Fesprit infernal des idées françaises », qui, au nom du principe invoqué par Lamennais, se jura de réaliser — mais à rebours — le rêve de Lacordaire. J ai nommé Montalembert.
Celui-là se donna pour tâche de régénérer la Dé^ mocratie par le Christianisme.
Si le point de départ était le même que celui de Lamennais, la tâche que se proposait « l'Aristocrate » était bien différente ! C'était presque une gageure ; mais la gageure de celui-ci a été beaucoup plus pratique que le rêve des deux autres. La gageure a été gagnée.
Le coup de génie de Montalembert n'est pas tant d'avoir réclamé la liberté de l'enseignement au* même titre que les autres libertés dont Lamennais s'était fait l'ardent et sincère protagoniste, que d'avoir pénétré l'importance et mesuré la portée de cette revendication. Que de calculs et que de profondeur dans ce mouvement de simplicité réfléchie et orgueilleuse, dans cette réponse au président de la Chambre des Pairs qui lui demandait ses noms et profession, suivant l'usage :
« Charles, comte de Montalembert, âgé de vingt J et un ans, maî tre d'école et pair de France. »
Le coup" de' génie de Montalembert, dès sont entrée à la Chambre des Pairs, c'est d'avoir très à propos et fort habilement ap^^uyé ses revendications sur la Charte de 1830, sur cette Charte que l'histoire appelle « la Charte bâclée » et d'avoir fait jaillir la liberté de l'enseignement congréganiste d'une
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phrase de celle même Charte qui, sans doute, signu ^ fiait le contraire, ou qui, peut-être, ne signifiait rien .du tout.
La Charte de i830 avait promis la liberté d'ensei- I gnement et. si ce ne fut pas par mégarde, ce ne fut ' ;
pas du moins au- profit des cléricaux. qu'elle en avait ^"^i** • (ait la l'i-omosse.
C'e.-t Jinfayette qui, le premier, dans sa proclamation aux Citoyens de Paris, datée du Jcndemain des Trois Glorieuses, avait prononcé le mol et parlé de la chose. Le 6 aoOt/M. Bérard proposait de linséror ,dans le projet d'adresse, au nombre des réformes qui devaient figurer dans la Charte. 11 énumérail ces réformes et englobait côle à côte, dans un mt^me paragraphe, « riristruction publique et la I liberté de renseignement ».
Quelle était donc la valeur des promesses de la Charte? M. Barthélémy Saint-Hilaire s'est chargé de l'indiquer au moment des débats sur la loi Fallu ux :
Je demande, disait-il, i»oTinir«ol, sons la Be?tanra1ion, où le clergé a été maître d'i gouvcmpinent et de la direction politique et sociale pon^lant un îouips, pourijuoi on n'a pas accord»'' la lil)pn»> ii'onsiML^nonieni ?... .
Connii'jnt c.-i veiiiic ceiie (.luesiion de la liberté d'enseipntnicnt ? S^.n oriîçnie est bien simple. Pr/Tis.ï-ncnt parce que la doi'^iliiation du clerK**;» des roii;?r»''^'aij«jris, A coiie époque, était oi«pres?ive. il y eut des rfrJHjiuuiun.s darirs le parti lib-ral : ou demanda que ren-oigjiement fût libre, c Chi-à-dir^ qu'il ne îùupas entre les iiKiiiis- du parti religieux.
Stii ces entrefaites, la Hévolution de Juillet arrive.
La foolamaiion -îos lilif^raux tst, à rinsL-int rut-uie, reprise par le parti con.L'r»-îiafii>(e et le parti re]\-'»«'ux, ot tous deux "Viennent deiuander la liberté d'enheignemeul qu'on a inscrite dans les promesses de la Charte.
Rien de plus juste. Ce que la Charte avait promis, 'c'était de relever les chaires de Guizot, de Cousin et de quelques autres, abattues par les hommes noirs de la Restauration; c'était de restituer la parole aux professeurs laïques et de leur rendre aussi un peu plus de sécurité, av^c un peu plua
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d'indépendance. Voilà ce que la Charte avait pr^ mis. Rien de plus.
Le 30 août 1830, quelques jours après la promuN gation de la Charte, le duc Achille de Broglie, grand maître de TUniversité, prononçait, à la distribution des prix du concours général, un discours qui fit sensation :
« Le règne qui commence, dit-il, est le règne des lois... Les maîtres habiles qui président à vos travaux et dirigent vos jeunes esprits trouveront désormais dans nos lois et dans le respect de Tadministration pour ses devoirs une garantie mieux assurée de leurs services. Nulle fonction n'est plus honorable ; nulle ne sera plus honorée. Il n'est point ie droits auxquels il soit plus inexcusable d'attenter... »
Le reste du discours insiste sur la nécessité et les moyens de développer l'instruction. De la liberté d enseignement, pas un mot !
Deux mois plus tard, M. Mérilhou était ministre de rinstruction publique. M. de Sade venait de déposer à la tribune une pétition qui réclamait la gratuité de l'instruction primaire. M. Petou intervint. « Il serait à désirer, dit-il, que l'instruction primaire fût gratuite, mais j'aimerais mieux qu'elle fût libre. » M. Petou se plaçait au point de vue de la concurrence. En terminant son discours, il adressa au ministre cette invitation : « Je prie M. le ministre de Tinstruction publique de nous dire si nous pouvons espérer les améliorations que je viens de réclamer. »
Que répondit M. Mérilhou ? Il tomba de son haut,ayant l'air de ne pas même savoir de quoi il retournait.
I Le droit d'ouvrir une école n'était, alors, qu'une
pure tolérance : il était subordonné à rautorisatîon
j préalable, c'est-à-dire au pouvoir discrétionnaire du
monopole. Ce n'était pas autre chose qu'une simple
délégation du droit éminent de l'Etat.
M .Mérilhou ne tint pas, tant s'en faut, le lajigage
'd'un homme disposé à troquer ce régime contre un autre. II fit à M. Petou cette simple réponse :
L'honorable préopinant vous a dit que l'instruction n'était pas libre. Je ne sais, messieurs, sur quel motif il a pu fonder une pareille assertion. L'instruction primaire est libre en France ; il est permis à tout individu qui se croit la capacité nécessaire de demander une autorisation qu'on ne refuse jamais, après s'être assuré toutefois de la moralité de ceux qui demandent à exercer cette profession.
Le gouvernement n'a gêné et ne gêne personne ; il cherche au contraire à favoriser l'instruction primaire, le premier, le plus précieux des biens qu'un gouvernement puisse procurer à ses sujets.
De la liberté d'enseignement, toujours pas le moindre mot !
Voilà, ce qu'il y avait au fond de la liJDcrté promise par la Charte. Montalembert eut le talent d'y découvrir autre chose. Il y découvrit les droits de j ces mêmes congrégations contre lesquelles cette liberté avait été promise.
Je ne conteste pas la sincérité de cette ardeur libérale que MontalembcH emprunta au républicain Lamennais. Il faut remarquer seulement, avec Barthélémy Saint-Iiilaire, que cet amour des prin tipes de la Révolution française ne vint aux ultrainontains que le jour où la Révolution de 1830 eut arraché, aux ultramontains, le pouvoir. Il convient aussi de remarquer qu'après la Révolution de 1848, il leur resta assez de ce beau zèle pour préparer et voter au profit des congrégations la liberté de TEnseignemcnt, mais trop peu pour protester contre les mesures restrictives de la liberto de la presse, du droit de réunion, etc.. etc.
Durant une période de vingt ans, Montalembert, pour la plus grande gloire du catholicisme, s'attacha à chérir la liberté. Il décida do Tadmirer jusque dans ses verrues ; il décida de l'admirer jusque dans ses beautés. Il Taima comme s'il avait cru utile de l'aimer, défe.ndant un jour Quinet et Michelet contre une pétition des catholiques de Marseille, réclamant un autre jour pour les curés de campagne et les sœur» de charité la liberté de rédiger des
70 LE CLÊïaCALÎSME ET L^ÉCOLE
ce langage méprisant qu'au début de votre ministère vous .avez lancé h deux reprises contre le clergé de France, où vous réduisiez au rang de spéculations industrielles ses I nobles efforts pour sauver les âmes de la jeunesse, et qui a jeté dans tous les cœurs vraiment catholiques une alarme et une indignation que je n'ai pu m'empôclier de partager? Ah ! je sais bien un démenti qui serait souverain et glorieux, qui vous brouillerait peut-être avec quelques esprits haineux et étroits, mais qui vous gagnerait des cœurs sans nombre, animés de la plus pure et de la plus précieuse reconnaiss mce : ce serait un système franchement libéral envers 1 Eglise, qui rendrait à Dieu ce qui est à Dieu, en gardant pour César tout ce qui est son droit — qui tiendrait la promesse échappée à l'une des meilleures Inspirations de Juillet — et qui d'un seul coup placerait, aux yeux de tous les hommes sincèrement chrétiens, le gouvernement actuel infiniment au-dessus de la Restauration et de l'ancien régime, même sous le rapport religieux.
Personne n'était mieux placé que vous, par vos antécédents, par vos lumières, par la généreuse indépendance Je votre pensée et le charme persuasif de votre parole, pour rendre ce service au pays, cet hommage à la justice : pour lutter au nom de la viiité et du bon droit contre des haines Ignorantes et des préjugés misérables. Aucun rôle ne pouvait être pins digne d'un homnii* éminent et d'un gran<l ' orateur. Pourquoi faut-il iiue vous aimiec mieux rester dans l'ornière tracée par M. do Montalivet et creusée- par M. Cousin ? Oui, je l'avou»», j'avais désiré et i"évé pour vous un autro. avenir, lorsque if vous ai vu rester nu post«* émi" ncnt qui devait nécessairement être, un iour * u l'autre, votre apanage, et cette attente trompée devait p^ut-être servir d'excuse à la violence do mes première:; plaintes.
Vous me faites l'honneur dr* ma dire: luc je mî di is pas vous :airo un tort dû désirer que l'instruction laïque ne soit ^p.is détruite et que Ic^ petits séminairei? destinés, • par la religion et rar la foi ». à préparer lo r. ?.-«uvcllo«:iont du sacerdoce, ne dc/iennent pas de *^]mrles pei:s»'.^nf:,: Malheureusement, ia religion et la loi parU^nc ^'.àns ceit.i c-ccur- 1 renée un langage fort distinct : la religion n'a qu'ur.. intérêt Met qu'une règlj en matière d'enseignem3n% c'est d'cfcU^men- Iter auîcint que possible le nombre des ùmeiî qu'elle pe;it instruire et bénir; la loi (si tant est uiion puisse donner |ce nom augusta ii l'ensemble des mesures arbitraires qui ont constitué l'Université) s'elforce de limiter ce nombre par les précautions les pins humiliantes, et poursuit sans cesse de sa jalousie oppressive la religion, chassée de toutes les autres positions de l'enseignement, jusque dans ces asiles où elle s'est réfugiée avec la conscience et les dernières espérances des p^sci *Tihoiiqucs. Je parle de ces pères qui veulent que leurs en fan (.s soient, non pas prêtres, mais catholiques, et qui savent « par expérience » que c'est
S peu près impossible dans ruaiversité. La loi qui viole co t droit sacré des pères, nulle en soi parce qu'elle est contraire I au fondement de toute société chrétienne, doit être abrogée ou profondément modifiée, en vertu d'une promesse de ia charte de 1830 — cette promesse, on refuse de la tenir el nous en réclamons l'exécution. Voilà la vraie position de la question. Qui a jamais parlé de détruire l'enseignement laïc ? Pas un seul des défenseurs de la liberté de l'enseignement. Que l'organisation actuelle de l'instruction publique ait toute la sympathie de ceux qui ne tiennent pas à ce que ia moralité de leurs enfants soit fondée sur une foi révélée (et la grande majorité de la France éclairée en est là), rien de plus simple ; que « l'Université » soit seule entretenue et encouragée par l'Etat, rien de plus naturel ; que l'Etat se t serve de notre argent, à nous catholiques, pour payer des professeurs comme MM. Lcrminicr, Letronne, et autres, dont tous les efforts tendent à avilir ou à dépopulariser la religion, nous nous y résignons sans peine — mais qu'il iTous* refuse le droit de dérober nos enfants à un enseignement qui depuis les degrés les plus élevés jusqu'aux infimes, \ nous est à bon droit suspect et plus que suspect, voilà ce! "j qui est une oppression révoltante — et quand cela se fait, comme aujourd'hui, eu nom de la liberté et de la tolérance, c'est de plus un mensonge odieux. — Que l'enseignement laïc soit maintenu, défendu, entretenu, encore une fois, aucun catholique ne s'y oppose ; mais que l'enseignement « catholique » (peu m'importe qu'il soit donné par des prêtres ou des laïcs), c'est-àrdire l'enseignement dirigé ou approuvé par l'Eglise, ne soit pas confisqué, voilà ce que réclament la liberté et l'intérêt social, dans un pays où la loi fondamentale déclare que la majorité des habitants est catholique. 11 faut à tout prix sortir d'un état de choses qui produit une confusion aussi ridicule que déplorable. Permettez-moi de vous en citer un exemple récent : Vous venez de nommer à Cahors M. Larroque qui, dans un ouvrage revu et corrigé dans une seconde édition, déclare (p. 296 et 297) que la doctrine de l'éternité des peinee est le € dogme désespérant d'une religion mal comprise, et que » rien n'est plus véritablement impie ». Or, je vous le demande, comment les fervents catholiques du ressort aca- 1 démique de Cahors, habitués à entendre leurs curés insiste! î tous les dimanches sur ce dogme comme sanction de leur ^ foi et de leur missioa, et l'enseigner comme article de foi dans leurs catéchismes ; comment peuvent-ils avoir quelque confiance dans cet autre enseignement dont le chef déclare ce même dogme « désespérant et véritablement impie.i^S'ensuit-il que M. Larroque n'ait pas dû être investi de ces fonctions? Nullement, s'il avait pour cela les titres nécessaires à vos yeux, parce qu'il est probable que la lvè3 grande majorité de ses subordonnés et beaucoup de cnt-fs de famille de son ressort pensent comme lui ; mais il s'ensuit, ce me semble, que les catholiques dudit ressort et tous ceux de France, obligés de livrer leurs enfants 441}
T8 t« CLèRlCALISMÎLET.L*èCOLff
mains d'un homme aui pense et écrit de celle façon,* sonf dans lin eiat contre nature et contre raison. En un mot ils « sont opprimes » et ils le seront jusqu'à ce qu*il piaise d TEglisd de changer de docirine pour se mettre d accord avec M. Larroqua et même avec le conseil loval, où jusqu'à ce qu'il leur soit permis d'avoir des établissemenîs assez nombreux pour recevoir tous leurs enfants ei assez libres pour qu'on y enseii,'ne en « théorie et en pratique » toutes les lois de leur Ei^lise. Je ne pense pas qu'il se trouve personne en France qui ose affirmer que ces conditions sont remplies dans ces coilèL'es do lUniversité. Peur, moi qui ai été élevé dans son sein, et seulement lâ:je'sais ce quil'en est. Je sais que j'aimerais mieux, si j'avais un fils, le mettre f^^ comme mousse sur un bateau j.êcljcur, que de lui faire cou-- — rir les dangers que j'ai moi-même courus dans les collèges de l'Université.
Pardonnez, je vous en rrle. Monsieur le ministre et cher ami, à la longueur de ces « E.vpostulations » que vous vous êtes attirées par l'indulaence de votre réponse. Combien vous compvencliiez mieux et mes convictions et mes plamtes si vous passiez cominf moi la moiiié de vos annexes ea
-jprovince, si vous pouviez voir comme toutes nos pcpula-
{t ions rurales tendent à s'a^i-imiler aux- faul)uur^a.JJl£Pari5.. ^T : g^ace "a cette dernière înstiîîo'iitui fOlnl)inp^3.avec îê mépris
'systématique de toute foi reIij,'ieMr.^î, qu'on puise dans les établissements supérieurs d3 l'IJuiveisité ; pràce aussi à
,ces instituteurs laïques, issus des écoles normales primaires, qui apportent dans nos campaixnes une science assez
, équivoque et un orgueil immtrji.se. Vous même alors, j'en suis sûr, vous sentiriez la nécessité, non pris certes de confier exclusivemi^nt rijistruction publique au cleiiré, mais de ne pas mettre mille entraves à sun activité, de laisser au bien la liberté dont jouit le mal ; et wnis repousseriez avec frayeur la douloureuse vesponsabiiit-^ -rui s'attacha.
I aux dépositaires d'un monopol e dont la suppression serait
' pour les âmes pieuses et inquiètes un bienfait ineffable, et pour l'Université elle-même la source d'une nouvelle et plus généreuse existence.
Du res'e, soyez bien persuadé, quoi qu'il arrive, qu'il n'y aura jamais de ma part aucune hostilité systémaflaus contre Votre Evcellence. Je forme des vœux sincères pour que votre ministère ajoute à votre p^loire, et pour que vous puissiez contribuer à asseoir la stabilité de notre pouver-' nement sur cette politique plus élevée et plus nationale aue vous avez si souvent et si noblement développée à voira tribune. »"iio
J'applaudis du fond de mon cœur au résultat obtenu en Espagne; et quoique j'eusse aimé des allures plus hardies en Orient, je m'associe à la tendance générale de votre Dolitique dans cette direction.
Il m'eût été doux et facile de voiks prêter sur toutes les «uestiong un appui insignifiant, mais cordial et déslntà^
te??^, si je n*?tai3 centra int de voir en vous le chef de Tor- 1 gane d une orpre^r-ioii ciui bles.se mes croyances et mes pliisl chères an'ectujiis I\JaJ3, tout en prévoyant des luttes dou- Innreii-es, j'aiiuo h vous rendre ce téinoU'nage, que je n'ai trouvé chez personne dans la vie politique une indulgence plus soutenue, des svm]u\tiiies plus encourageantes et nlus affectueuses. Vous n'aurez jamais besoin, j"esj)ère, de me rappeler au souvenir de ces droits acquis à ma reconnaissnnro ; il présidera toujoiirs à ni?s relations avec vous — il ajoute en ce momejit le sentiment d'une confiance amicale à lu haute et respectueuse considération avec laquelle j*ai l'honneur d'être
De Votre Excellence, Le très humble et très obéissant serviteur.
Ch. Comte. DE MONTALEMBERT.
Il y a de tout dans cette lettre, où se condense la pensée de Montalembert, où s'esquisse déjà sa future tactique. Ce qu'il faut en retenir, ce sont ces trois aveux involontaires, que l'on peut recommanrler à tous ceux qui voudront étudier l'histoire de la liberté d'enseignement : l'aveu que, aux yeux des cléricaux, toute loi est nulle dés qu'elle est contraire au fondement d'une société chrétienne ; l'aveu que la pseudoliberté dont Montalembert poursuivait la conquête a été conquise contre le gré de la nation pensante, contre les sentiments de la France éclairée; et enfin ce dernier aveu que la prétendue « liberté d'enseignement » a fait reculer, au-delà de la Restauration, au-delà même de Tancien régime, le gouvernement auquel nous la devons.
Et ce doit être pour tous les Républicains un sujet de tristesse de songer que l'initiative de cette liberté menteuse incombe à la seconde République. Ce devrait leur être aussi un sujet de colère de penser que la troisième République accepte, toJéi'ant tou-, jours la loi Falloux, d'éclipser en cléricalisme le gouvernement de Louis XVIII, la féodalité ellojnême I '*'