‹ Le cléricalisme et l'école: la loi Falloux, mars, 1900Chapitre 11 sur 47 · POUR LES DROITS DE L'HOMME · texte numérisé non relu

POUR LES DROITS DE L'HOMME

Il est édifiant de relire aujourd'hui, après urf demi-siècle .écoulé, les discours de Montalembert. L'homme qui a tenu ce langage devait être bien ardemment convaincu, ou ne pas l'être du tout. Le lecteur choisira.

Il s'adressait en 1844 à la Chambre des Pairs :

Ce sera, disait-il, croyez-le bien, messieurs, une gloire Immortelle pour l'Eglise catholique, et pour THslisc de France en particulier, que d'avoir osô cmbrassoF sans crainte la liberté, celte idole si peu comprise des temps modernes, gui a tant de faux prophètes et si peu de fidèles. La liberté elle-même, toujours si compromise par ses amis et ses ennemis n'a-t-elle pas tout à gagner à ôtre placée dans l'ûme du peuple français, sous la sauvegarde d'une immortelle alliée, de la foi religieuse? Mais la victoire de l'Eglise sera d'avoir invoqué cette liberté, et, dépouillée de ses anciennes splendeurs, de tous ses biens, de tous ses privilèges, d'avoir cru tout retrouver dans la seule possession de cette liberté. Oui, cette solidarité entre l'Eglise et la liberté est le gage de sa force et de sa vitalité parmi nous.

L'année suivante, il refaisait la même profession de foi :

La postérité, s'écriait-il, dira peut-être avec surprise, mais avec reconnaissance, que tontes les doctrines favorables à la liberté et à la dignité humaine, tout ce qu'il y a de généreux, d'élevé, de pur et de rais()nnal)le dans les théories do 1789 et dans les instincts de 1830, tout cela, arrive au milieu du dix-neuvième siècle, ne s'est plus trouvé ^ue dans le camp des catholiques, et que la Déclaration des Droits de l'Homme, sauf quelques exceptions éclatantes, n*^. coniplo plus, pour défenseurs con.séquents et sincèr.'S, une its champions des Droits de Dieu.

lES RAISONS DE TARTUFS 75

A quelques jours de là, Montalembert défend les professeurs républicains du Collège de France.

Voici, disait-il, mon système. Je dis que, dans un pays libre, il faut savoir supporter ce qui fait horreur, ce qui inspire de la répugnance. Eh bien ! non. Nos adversaires ne savent pas s'habituer à cette contrainte, à cette nécessité de la liberté ; j'espère que nous, nous saurons la leur apprendre.

Ce que je respecte dans ces professeurs, ce n'est ni leur doctrine, ni leur science, ni leur talent, ni leur conduite : c'est leur liberté. Et pourquoi la respecter? Parce que lai liberté de l'agression est la sauvegarde de la liberté de la défense. Je les veux toutes les deux et non pas l'une sans l'autre. C'est parce que je veux l'une de toute la force de mon cœur que je reconnais la légitimité de l'autre. Ce qu'il îuut éviter avant tout, c'est que ces grandes controverses sur la conscitince et l'avenir de l'humanité, c'est que les grandes polémiques qui peuvent s'agiter dans ce monde soient supprimées, n'importe quelle en soit l'occasion I ... Il ne faut pas que ces grandes controverses sur la conscience et l'avenir de riiumanitc puissent être confisquées au profit I de la politique ou plutôt de la police ; il ne faut pas qu'en I plein dix-nouvièms siècle on vienne nous dire que la Fiance ne peut pas supporter ce qu'elle a supporté au cours du moyen âge, et rendre ainsi impossible, à la fois, et les Abeilard et les saint Bernard I

Admirable éloquence et touchant prosélytisme !

Seulement, à la minute même où ce fougueux libertaire poussait ses paroles enflammées en 1 honneur de la liberté de conscience et des droits de la raison, il y avait au Vatican, sur le trône de saint Pierre, un pape qui jetait aux droits de la raison et à la liberté de conscience les plus insolents défis. Ce pape était Grégoire XVI.

Il est bon de rapprocher du langage que tenait Montalembert à Paris, le langage que tenait Grégoire XVI à Rome.

Il faut lire l'Encyclique Mirari sur la liberté de la presse :

« Vous remplirez votre devoir, écrivait Grégoire XVI aux patriarclies-primats, archevêques et évoques, vous remplirez votre devoir si, comme le demande votre, office, vous veillez sur vous et sur la doctrine, vous rappelant sans «osse que « l'Eglise universelle est ébranlée par quelque ■ nouveauté que ce soit » (saint Célestin aux évêques des Gaules) et que, suivant l'avis du pontife saint Agathon,

W LK CLÉRICALISME! ET l'ÊCOLB

« rien de ce qui a été déflni ne doit être ou retranché, ouf changé, ou 'ajouté, mais qu'il faut le conserver pur, et pour le sens, et pour l'expression... »

» Vous devez donc travailler et veiller sans cesFc â cons-rver le dépôt de la foi au milieu de cette conspiration d'i upies que nous voyons avec douleur avoir pour objet da le ravager et de le perdre. Que tous se souviennent que -0 'ugement sur la saine doctrins dont les peuples peuvent être instruits, et le gouvernement de toute l'Eglise appartient au Pontife romain à qui la pleine puissance de paiire, de régir et de gouverner l'Eglise universelle a été don .1^3 par Jésus-Christ.

j» Une autre cause de maux dont nous gémissons de voir

1 l'Eglise affligée, en ce moment, c'est Vindlfféreatisme ou

I cette opinion perverse qui s'est répandue de tous côtés par

les artifices des méchants et d'après laquelle on pourrait

acquérir le salut éternel par quelque profession de foi que

ce soit, pourvu que les mœurs soient droites et honnêtes...

» De cette source infecte de l'indlfférentisme découle cette

) maxime absurde et erronée, ou plutôt ce délire qu'il faut

; assurer et garantir à qui que ce soit : la liberté de cons-

• , cicnce. On prépare la voie à cette pernicieuse erreur par

la liberté d'opinions pleine et sans bornes qui se répand au

loin pour le malheur de la société religieuse et civile ;

quelques-uns répètent avec une extrême impudence qu'il

en résulte quelque avantage pour la religion. « Mais, disait

saint Augustin, qui peut mieux donner la mort à l'âme que

la liberté de l'erreur?... »

» De là, changement des esprits, une corruption plus nrofonde de la jeunesse, le mépris des choses saintes et des lois les plus respectables répandu parmi le peuple ; en un mot, le fléau le plus mortel pour la société, puisque l'expérience a fait voir, de toute antiquité, que les Etats qui ont brillé par leurs richesses, par leur puissance périssent par ] te seul mal, la liberté immodérée des opinions, la licence '■■ des discours et l'amour des nouveautés.

» Là se rapporte cette liberté funeste, et dont on ne peut avoir assez d'horreur, la liberté de la librairie pour publier quelque écrit que ce soit, liberté que quelques-uns osent solliciter et étendre avec tant de bruit et d'ardeur. Nous sommes épouvantés, vénérables frères, en considérant de quelles doctrines, ou plutôt de quelles erreurs monstrueuses nous sommes accablés, et en voyant qu elles se propagent au loin et partout par une multitude de livres et par des écrits de toute sorte qui sont remplis de malice et d'où il sort une malédiction qui, nous le déplorons, se répand sur la surface de la terre. Il en est cependant, ô douleur I qui se laissent entraîner à ce point d'impudence, qu'ils soutiennent opiniâtrement que le déluge d'erreurs qui sort de là est assez bien compensé par un livre, qui au milieu de ce déchaînement de perversité, paraîtrait pour défendro la religion et la vérité.

* Or, c'est certainement une chose illicite et contraire d

toutes les notions de l'équité de faire; de dessein prémédité, un mal certain et plus grand, parce qu'il y a espérance qu'il en résultera quelque bien. Quel homme en bon sens dira qu'il faut se laisser répandre librement des poisons, les vendre et transporter publiquement, l^s boire même, parce qu'il y a un remède tel que ceux qui en usent parviennent quelquefois à échapper à la mort !

» La discipline de l'Eglise fut bien différente dès le temps mémo des apôtres, que nous lisons avoir fait brûler publiquement une grande quantité de mauvais livres. Qu'il suffise de parcourir les lois rendues sur ce sujet dans le c n- Quiéme concile de Latran et la constitution qui fut depu's donnée par Léon X, notre prédécesseur d'heureuse mémoiie, pour empêcher que « ce qui a été sagement inventé pour l'accroissement de la foi et la propagation des sciences utiles soit dirigé dans un but contraire et porte préjudice au salut des fidèles. »

» Ce fut aussi l'objet des soins des Pères du Concile de Trente, qui, pour apporter remède à un si ^rand maJ,flr \ni un décret salutaire pour ordonner de rédii^er un Index \ des livres qui contiendraient des mauvaises doctrines, ji il l faut combattre avec force, dit Clément XIII, notre i)rédécesseur d'heureuse mémoire, dans ses lettres encycluiu.;s sur la proscription des livres dangereux ; il faut combattre avec force, autant que la chose le demande, et lâcher d'exterminer cette peste mortelle, car jamais on ne retran-i obéra la matière de l'erreur qu'en livrant aux flammes les ^ ^ 6vt«/ coupables éléments du mal. » *' ^4j/(

» D'après cette, constante sollicitude avec laquelle le Saint-Siège. s'est efforcé dans tous les temps de condamner les livres suspects et nuisibles, et de les retirer des mains des fidèles, il est assez évident combien est fausse, lé.Tîéraire, injurieuse au Saint-Siège, et féconde en maux pour le peuple chrétien, la doctrine de ceux qui, non seulemejit rejettent la censure des livres comme un joug trop onéreux, mais en sont venus à ce point de malignité qu'ils la p-ésentent comme opposée aux principes de la droiture et de l'équité, et qu'ils osent refuser à l'Eglise le droit de "ordonner et de l'exercer. »

Ainsi, pendant que Montalembert se faisait à Paris Tavocat de la tolérance et de la pensée libre, il y avait à Rome un Souverain-Pontife qui faisait à la pensée libre et à la tolérance cette injure d'affirmer, en plein dix-neuvième siècle, les droits de la congrégation de VIndex et l'existence de l'Inquisition I

Et dire que Montalembert devait triompher un jour au nom de la liber 1j I

78 LE CLéRÎCAtîSî^IÊ ET l'ÉCOLS

S'il y a des libéraux pour s'abuser toujours sur

les invocations à la liberté dont les cléricaux ont

coutume, qu'ils se donnent seulement la peine de

feuilleter quelques pages de Vindex. S'il reste des

républicains pour admettre au nom de la Raison,

au nom des Droits de l'Homme, la liberté d'ensei-

.gnement revendiquée par l'Eglise, qu'ils se rensei-

Ignent sur la manière dont l'Eglise comprend lea

' Droits de l'Homme et pratique la raison.

La liste serait longue de toutes les idées nobles, de tous les grands penseurs sur lesquels l'Eglise a jeté Tanathème et l'excommunication. Aux derniers siècles, elle lançait ses foudres sur Milton e.t sur Malebranche, sur Montaigne et sur Montesquieu, sur Bayle et sur Pascal, sur Locke et sur Diderot, sur Hume et sur La Mettrie, sur Condillac et s\ir Rousseau, sur Spinosa et sur Condorcet, sur La Fontaine et sur Voltaire. Au dix-neuvième siècle, elle a condamné Lamennais, Bayle, Bentham, Benjamin Constant, Destutt de Tracy, Fourier, Broussais et Cabanis. Et depuis le jour où Montalembert revendiquait sans rire la liberté « des grandes controverses sur la conscience et l'avenir de l'humanité », l'Eglise a mis à l'index Victor Cousin, Auguste Comte, le Père Enfantin, Considérant, Michelet, Adam Mikiewicz, Edgar Quinet, Sainte- Beuve, Strauss, Stendhal, Stuart Mill, Renan, Taineet Victor Hugo... Elle a mis au même pilon Béranger et Henri Heine, Champfleury et Dumas, George Sand et Henry Murger !

Et c'est toujours la liberté, ce sont toujours les droits de la conscience, qui servent aux cléricaux de prétexte. Mais c'est toujours l'Inquisition qui sévit au Vatican.

Relisez seulement la formule de l'Index :

La Sacrée-Congrégation des éminentissimes et révérenôissimes cardinaux de la Sainte-Eglise romaine préposés et délégués par Notre Saint-Père et par le Saint-Siège apostolique à l'Index des livres de mauvaise doctrine, à leur proscription, leur correction et leur autorisation dans Tuniversalité de la République chrétienne, tenue dans le palais apostolique du Vatican, a condamné et condamne ; eUe m

proscrit et elle proscrit; elle a ordonné et ordonne d'insérer dans rindex des livres, prohibés comme ayant été condamnés ailleurs, les ouvrages qui suivent :

(Sîiit la liste des ouvrages condamnés,)

C'est pourquoi que personne, de quelque degré et de quelque condition que ce soit, n'ose, en quelque lieu. et langue que ce soit, éditer à l'avenir, lire, retenir les susdits ouvrages condamnés ; qu'on soit tenu de les remettre aux ordinaires des lieux ou aux inquisiteurs de riiérésie, sous les peines indiquées dans l'Index des livres défendus.

Ces choses ayant été déférées à N. S. P. le Pape par le soussigné secrétaire de la Sacrée-Congrégation, Sa Sainteté a approuvé le décret et en a ordonné la promulgation. En foi de quoi, etc.

' On a Tair, en parlant de ces choses, de vouloir remonter au moyen âge. Détrompez-vous, bonnes gens, cela se passe de vos jours. L'Inquisition et rindex sont autre chose que des souvenirs historiques. C'est la réalité d'aujourd'hui.

Croyez-en les canonistes :

Nous concevons, dit Tabbé André en son Traité du Droit canon, que les hérétiques, les impies et les incrédules plaisantent sur ce qu'ils appellent les prétentions de la cour dei Rome à régenter l'intelligence progressive du genre humain;! qu'ils écoutent avec indifférence ou avec un sourire insul-' tant les arrêts de la Congrégation de l'Index, mais nous ne comprendrons jamais comment des catholiques, qui devraient voir dans le Souverain Pontife le père de tous les chrétiens et à qui ils doivent une obéissance toute filiale, se croient cependant dispensés de lui obéir et de mépriser ses ordres ou ses défenses.

Mais, dit-on, cette loi n'oblige pas en France : elle n'y est pas reçue. Elle y est sans vigueur : non viget. La coutume, • au reste, a prévalu contre. Nous demanderons d'abord depuis quand une coutume peut avoir la vertu d'abolir une loi k générale de FEglise, nécessaire au bon ordre, à la conservation de la foi et des mœurs, émanée d'un concile œcuménique et invariablement maintenue par le législateur souverain ? Poser une pareille question n'est-ce pas la résoudre, et quel esprit droit pourrait refuser la décision que donne en ces termes Tun de nos plus éminents et savants prélats :

• Quelle qu'ait été l'ancienne jurisprudence canoni'ine \ plus ou moins suivie dans l'Eglise gallicane, relativement aux décrets de la Sacrée Congrégation de l'Index, on ioit regarder ces décrets comme obligatoires. On ne peut invoquer aucun usage, aucune coutume qui nous affranchisse

èO LE CLERîCAtTSMft-ET L'êCOLB

de cette oblipalion ; on ne prescrit pas contre les Tr*Pog:atives du Saint-Sitïffe, ni contre ceux des actes dont le Pape lui-mômo ne l'uut dispenser; tels sont ceux par lesquels il se croit oblicré, comme chef de l'Eglise universelle, de préiimiiir les ll.ièles contre le danger des mauvaises doctrines.» (Cardinal Gousset).

La thèse de Tabbé André n'est pas une thèse personnelle. Elle est conforme à la doctrine des conciles d'Avignon (1849), d'Auch, de Toulouse, de Bordeaux (1850) et du concile de la Rochelle (1853).

Nous déclarons, dit le concile de la Rochelle, qu'on ne peut sans scandale, sans dommage pour les âmes, sans injure et mépris pour le Saint-Siège, soutenir ce que certains hommes soutiennent ouvertement en toute occasion contre les Sacrées Congrégations romaines, ce que surtout ils ne 1 cessent de répéter sur la Sacrée -Congrégation de Vlndex^ disant que ses décrets, approuvés par le Souverain-Pontife, sont en France sans force et sans valeur. De nos jours, heureusement, une pareille témérité est repoussée par la conscience des fidèles, par le respect profondément empreint dans les âmes pour la souveraine autorité qui veille à leur salut, par la religion et la prudence des libraires chrétiens et par Téquité même des juges civils.

Inutile intolérance et platonique rigueur, diront encore les bonnes gens. Lisez toujours, mes amis, lisez ! C'est encore le Traité de Droit canon qui vous parle :

Pendant fort longtemps, dit l'abbé André, en France on a cru et même enseigné dans les théologies et jusque dans les séminaires que les jugements de la Congrégation de rin(\ex n'y obligeaient pas et qu'ils étaient plutôt un avertissement donné comme un itidice qu'un livre devait être lu avec précaution, qu'une défense formelle. Il en est tout autrement, et ces principes sont faux

La Conjj^régation de l'Index n'a pas seulement plein pouvoir sur les livres : elle l'a pareillement sur les personnes des auteurs qui les composent et des libraires qui les éditent et les vendent. En effet, pendant que Baronius était préfet de l'Index, le Pape donna aux cardinaux pro tempore de la Congrégation plein pouvoir, non seulement sur. les livres imprimés ou à imprimer pour les suspendre, les prohiber, les corriger, les permettre et les autoriser, mais encore sur les auteurs des livres, sur ceux qui les impriment et généralement sur les personnes qui concernent» en quelque façon que ce soit, la matière de l'Index...

Ce n'est pas une chose tout à fait sans exemple que la

' lES RAtSONS ^E TARTUFE 81

Sacrée-Congrégation de rind«x ait -été * quelquefois obligée de sévir contre des libraires récalcitrants ou coupables. Nous avons sous les-yeux un de ces décrets qui fulmine des ceu sures contre trois libraires qu'elle désigne par leurs noms et prénoms; ils s'étaient permis de ioimprimer un certain livre en y opérant quelques corrections ou mutilations qu'ils avaient jugé à propos d'y faire. On leur fait -défense sous peine d'excommunication :

V De vendre le volume dont il s'agit;

2" Dii passer des contrats à son sujet de quelque nature ■qu'ils soient ;

3"* En punition de leur témérité, la Congrégation leur ordonne de fermer leur établissement et leur fait défense de rien imprimer à l'avenir ;

4' On fait défense à tous libraires ou autres personnes de leur acheter ou de garder à titre de dépôt ou de vendre soit le livre dont il s'agit, soit les autres livres qu'ils pourront imprimer à 'l'avenir;

5° On prescrit aux ordinaires des lieux de faire publier cet édit, qui offre la mise en action de quelques-unes des attributions renfermées dans les pleins pouvoirs que la Sacrée-Congrégation de l'Index possède sur les livres et leurs auteurs.

Que dites-vous de ce libéralisme à double face 7 , Voilà donc la liberté que l'Eglise vous rend en échange de la loi Falloux. Et c'est derrière rétiquette de la Liberté que cette contrefaçon de liberté s'abrite! C'est au nom des Droits de l'Homme quo subsiste toujours cette loi scélérate! L'apostrophe yengeresse de Hugo revient à la mémoire :

Ah I nous vous connaissons, s*écriait le grand poète. Nous connaissons l . e par ti clérinal : c'est un parti ancien et qui a des états de service. C'est lui qui, depuis des siècles, garde jalousement, indiscrètement et fatalement la porte de l'Eglise. C'est lui qui a trouvé pour la vérité ces deux étais merveilleux : l'ignorance et l'erreur ! C'est lui qui a fait défense à la science et au ffénie d'aller au-delà du missel et qui veut cloîtrer la pensée dans le dogme. Tous les as qu'a faits l'intelligence de l'Europe, elle les a faits sans lui et malgré lui. Son histoire est écrite dans l'histoire du pro grès humain, mais au verso.

Il s'est opposé à tous. C'est lui, c'est le parti clérical qui a fait battre de verges Prinelli pour avoir dit que les étoilea ne tomberaient pas. C'est lui qui a fait appliquer Campanella sept fois à la question pour avoir entrevu le secret de la création et affirmé que le nombre des mondes était infini. C'est lui qui a persécuté Harvey pour avoir prouvé que le sang circulait. De par Josué, il a enfermé Galilée ; de -^ar saint Paul, il a emprisonné Christophe Colomb Découvrir

83 lE CLÊRfCALIgME Et L*ÊCOLB

la loi du ciel, c'était un^ impiété ; trouver un mon<2e, c*était une hérésie.

C'est lui, c'est le parti clérical qui a anathématisé Pascal au nom de la religion ; Montaigne, aiuoiom de la morale ; Molière, au nom de la morale et de la^ligion. Oui, certes, qui que vous soyez, qui vous dites le parti catholique et qui êtes le parti clérical, nous vous connaissons. Vô^à long-

I temps déjà que la conscience humaine vous demande : Qu'est-ce que vous me voulez? Voilà longtemps déjà que vous essayez de mettre un b&illon à l'esprit humain.

m vous voulez être les maîtres de renseignement ! Et il n'y a pas un écrivain, pas un poète* pas un philosophe, pas un penseur que vous acceptiez, fê tout ce qui a été écrit, trouvé, déduit, imaginé, illumûllt inventé par les génies, le trésor de la civilisatioa, Illérltafe Séculaire des générations, le patrimoine commun des intelligences; vous le

, rejetez ! Si le cerveau de l*hnmanlté était là, devant vos yeux, à votre discrétion, ouvert comme la page d*un livre, irons y Xerlez des ratures. -

LES nATSONS DE TARTUFE

Page 1