‹ Le cléricalisme et l'école: la loi Falloux, mars, 1900Chapitre 14 sur 47 · LA RELIGION DANS L'ÉCOLE · texte numérisé non relu

LA RELIGION DANS L'ÉCOLE

Le clergé revendique sur Fesprit et le cœur de la' "jeunesse une surintendance spéciale de droit divin ;j il s'indigne et s'insurge contre l'Etat quand celui-ci revendique au nom de la société et comme un monopole la magistrature de l'enseignement. Singulie:(rj reproche qui consiste à fulminer contre autrui pour; un crime dont l'Eglise chargerait si volontiers sa' conscience ! D'autant plus singulier reproche queî l'Eglise proclame : «Hors de moi, ^oint de salut ï »

Contre le monopole, l'Eglise objecte deux argu-, ments. L'un lui est personnel : c'est l'impossibilité' de l'école sans religion. L'autre est d'ordre général c'est la nécessité de la concurrence scolaire. \

La première de ces objections ne vauL pas mieux; •que la seconde. Laissons-la formuler par l'Eglisô elle-même. C'est Mgr Gaume qui parle :

Je le sais, dit-11, la religion figure comme toute autre science dans les programmes d'étude. Je sais que chaque collège a un aumônier chargé de dire la messe et de faire un catéchisme ; je sais que cet aumônier dit la messe deux fois par semaine, et qu'autant de fois, peut-être plus sou- "* vent, il fait un catéchisme plus ou moins raisonné, plus ou moins philosophique. Avec cet appareil qu'on fait sonner bien haut, la religion est-elle enseignée, est-elle sauvée de l'indifférence et de l'oubli? Nullement. Avant d'en donner la raison, j'ai hâte de dire que ce n'est pas la faute des hommes, mais le vice du système.

Saturé de déisme, pour ne rien dire de plus, le système ' actuel d'enseignement ne voit dans la religion qu'une * science à part, circonscrite dans une sphère déterminée, et non point, comme cela doit être, et comme cela ne sera jamais avec des classiques païens, une science universeUe,

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la science des sciences, qui, se retrouvant chaque Jour, S cliaqne heure, dans tous les livres que l'enfant étudie, doit en sortir naturellement comme l'arûme s'exhale de la fleur. En clfet, ce n'est pas seulement d'un livre, mais de tous les ïivres; non pas seulement de la bouche d'un maître, mais de tous les maîtres que la religion "doit sortir, tantôt pour raconter un des faits de son histoire, une vertu de ses ^rafids hommes, une maxime de l'Evangile; tantôt pour former le CQ?iir de l'enfant, corriger une erreur de sa jeune intelligence, développer le gorme naissant d'une noble disposition; tantôt pour lui révéler la cause cachée d'une révolu- ;lion ou d'un événement important; et toujours jjour lui "montrer qu'elle est la source unique du beau, du bien, du fvrai, l'âme, iccil, la règle, le parfum de toutes les sciences qu'elle vivifie, qu'elle ennoblit, qu'elle coordonne, qu'elle explique etqu'elle conduit au but final de toutes choses : la gloire de Dieu et le salut de l'homme.

Voilà ce qui doit être, et voilà ce qui n'est pas. Peut-on, clés lors, méconnaître le viceradical qui condamne et qui •condamnera toujours la religion à l'oubli dans notre système païen d'éducation ? Le catéchisme de Taumônier n'y ^changera rien. Ses instructions seront des 'leçons qu'on 'écoulera comme d'autres leçons, peut-être avec un peu onoins d'attention et un peu plus de répugnance. Aux yeux 'tie l'enfant, la religion continuera d'être une science abstraite, isolée des autres études, et qu'on est libre d'apprenà)fi ou d'oublier, fans autre conséquence que le mérite d'être plus instruit ou le démérite de l'être moins.

M. de Kératry avait déjà dit la même chose eiï 'd'autres termes et plus brutalement :

Ne nous y trompons pas, disait-il, ce n'est point la pr4^

fcnco dans les c-ccles, à jour fixe, d'un ecclésiastique, quiitiC.Q respectable qu'on le f-iiprose. qui inculquera aux enfanîs tu esprit religieux (Je quelcjue durée. Celui-ci ne s'acquiert fjno par îa coniinnito d'un enseignement où la loi divine se jtiûuve comme infiisée. T.es éludes, fussent-£lles purement liiu-rairos, doivent s'ru ressentir. Que serait-ce si le dogme ilevenaii jamais un ol)jet do doute 7 II faut à la jeunesse des Vérités iTiCC rik-slées en malière do religion; pour elle, touta ïoi controversée est bientôt une foi morte

Depuis Mgr Gaume et M. de Kératry, il n'y a riert de changé dans les doléances et les prétentions exclusives de l'Eglise :

L'enfant est tout d'une pièce, écrit M.' Soulange-EodioV curé de N.-D. de Plaisance, et, si l'enseignement religieux ce Lui arrive pas fondu en quelque manière avec reascis^:^.

ment scolaire, le premier est condamné à une sorte d'inîôriorité.^qui le prive de tout attrait et de toute solidité.

Et puis, nous prétendons ne pas nous borner à l'instruction dans nos écoles, mais surtout faire de l'éducation. Oi, l'éducation n'est pas une chose qui puisse s'apprendre â des heures déterminées, comme la grammaire ; c'est, au contraire, l'œuvre de tous les instants. Elle forme la volonté en la reprenant et la soutenant au moment exact où elJo fléchit; elle forme le jugement et la conscience en jugeant les faits et les actes même les plus simples, à mesure qu ils se produisent.

11 faut donc des écoles chrétiennes... (UEcole française^ numéro du 3 février 1898.)

Mgr Petit, archevêque de Besançon, dans son mandement de. 1899, fait chorus à M. le curé de N.-D. de Plaisance :

L'instituteur et l'institutrice, le voulussent-Us et y fussent ils préparés, ne peuvent pas donner l'enseignement reli- ] gieux ; la loi le leur défend. Cela seul la condamne, car ia neutralité, par elle-même, en dehors de toute intention, '. devient, dans l'esprit de l'enfant, une présomption contre la religion. Cela est dans la natiire, et Notre-Seigneur a Fignalé cette loi des choses lorsqu'il a prononcé cette parois Qui demeure éternellement vraie : « Quiconque n'est pas pour moi est contre moi. »

Mgr Sonnois, archevêque de Cambrai, est aussi exclusif que son collègue de Besançon, et plus rude :

L'enseignement laïque, écrit-il, est dépourvu de tout ensoignemcnt icligieux et n'admet que la morale civique, alxs;)lument insuffisante pour tormer un honnête homme. AnL>ii, ITplise a très souvent condamné ce mode d'éducation qui exclut Dieu de l'école.

Nous voilà dûment avertis. En dehors de la morale catholique, il n'y a pas d'honnêteté possible. C'est Mgr Sonnois qui l'affirme.

Quelqu'un qui devait être aussi instruit des donrmes que Mgr de Cambrai en jugeait d'autre nanière. J'ai nommé l'abbé Gedouin, dont un passago est cité dans le Plan d'éducation. L'abbé Gedouin/ estimait qu'on faisait un peu trop dépendre de la révélation les mœurs et l'honnêteté :

Quelque soin, disait-il, Que l'on prenne d'inspirer deô

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sentiments de religion aux enfants, il vient un âge où 1\ f()up:ue des passions, le goût du plaisir, les transports d'une jeunesse bouillante étouffent ces sentiments. Si on le'i^ avait dit que les mœurs sont de tout pays et de toute religion : que l'on entend par ces mots les vertus morales qiic la natuie a gravées dans le fond de nos cœurs : la justice, la véritô, la bonne foi. l'humanité, la bonté, la décence ; que ces qualités sont aussi essentielles à l'homme qu'à la raison même, dont elles sont une émanation ; un jeune homme, en- secouant peut-être le joug de sa religion ou on s'en faisant une à sa mode, conserverait au. moins les vertus morales qui, dans la suite, pourraient le rapprocher d^s vertus chrétiennes ; mais, parce qu'on ne lui. a prêché qu'une religion austère, tout tombe avec cette religion.

Un ancien ecclésiastique, qui devait avoir au moins l'intelligence aussi haute que Mgr de Canr\ brai et Mgr de Besançon réunis, proclamait l'autonomie de la morale en dehors des religions positives. Cet ecclésiastique s'appelait tout court Talleyrand, ancien évêquc d'Autun.

11 faut, disait Tallcyrand, apprendre à se pénétrer de la morale, qui est le premier bpsoin de toutes les constituitions... Il faut qu'on l'enseigne comme une science véri v . ble dont les prinripes seront démontrés ti la raison de to';s les homaies, à celle do tous les âges ; c'est par là seulement qu'ell'i l'ésistera à toutes les épreuves. On a gémi longtemps de voir les hommes do toutes les nations, de tout2s les religions la faire dépondre exclusivement de cette multitude d'opinions qui les divisent. Il en est résulté de grands maux; car, en la livrant à l'incertitude, souvent à l'absurdité. • n l'a nécessairement compromise ; on l'a rendue versatile et clianceJante. Il est temps de l'asseoir sur ses propr^-^s bases : il est temps de montrer aux hommes que si de funestes divisions L»s séparent ils ont, du moins, dans la morale, un rendez-vous commun où ils doivent tou? se réfugier et se réunir, il faut donc, en quelque sorte, la détacn.;r de tout ce qui n'est pas elle pour la rattacher ensaito à oe qui mérite notre assentiment et notre hommage... Ce ch'ingement est simple ; il ne blesse rien ; surtout il est possible Comment ne pas voir, en effet, que, abstraction faite di» tout système, de toute opinion, et en ne considérant c^ïtrles hommes que leurs rapports avec les autres hommes, on peut leur enseigner ce qui est bon, ce oui est juste, le leur faire aimer, leur faire trouver du bonheur dans les actions honnêtes, du tourment dans celles qui ne le sont pas ?

Talleyrand ne pouvait pas avoir tort. Cornment I il n'y aurait, au compte de nos évêques, de person-

Les raisons de TARTUFig 09

iïies vertueuses que dans la seule chrétienté? Comment ! la morale aurait attendu, pour iuire sur la terre, qu'eût lui sur terré le catholicisme? L'antiquité aurait ignoré la vertu, et les leçons, de la philosophie auraient été impuissantes a former des hommes au cœur pur, de vie austère ?

Le clergé, autrefois, était plus juste. Erasme admirait Cicéron pour sa sainteté. Vida, évêque de Crémone, saluait en Virgile une sorte de Dieu, lui promettant des encens, des autels et un culte. Amyot, évêque d'Auxerre, recommandait au roi Très Chrétien Charles IX la lecture de Plutarque. Fénelon, le prédécesseur de Mgr Sonnois, donnait à son Télé- , maque, inspiré par Minerve, plus de vertus que le christianisme n'en inspira à son royal éK\e. \

1 Eh ! quoi, l'Eglise ignore-t-elle Thaïes. Solon, Pythagore, Bias, Antisthène le Sage el Platon le Divin? Elle n'a donc pas vu passer dans Thistoire le défilé magnanime de Socrate, qu: refusa de s'évader de sa prison et qui but la ciguë en donnant à ses amis de suprêmes conseils ; d'Aristide, qui eut entre les mains le trésor de Delos et qui mourut si pauvre qu'il ne laissa pas même de quoi payer ses funérailles ; de Caton, qui combattit la brif^ue et qui exhala son dernier souffle en ayant sur les lèvres les pages immortelles du Phêdon; de Ihraséas, qui flétrit Néron et qui fut, au dire de Tacite, l'honneur et la vertu même?...

L'Eglise ne sait donc pas qu'il y eut autrefois à Rome un empereur appelé Antonin le Pieux, qui fut doux aux esclaves, charitable aux enfants pauvres, et si juste, que les peuples rivaux le prenaient pour arbitre? Elle ne sait donc pas qu'il y eut un autre empereur qui fit monter sur le trône des Césars la philosophie stoïcienne, et qu'une seule page de l'empereur Marc-Aurèle vaut tous les catéchismes?

Pour affirmer qu'en dehors des enseignements do l'Eglise la morale et la vertu n'existent pas, il faudrait tout oublier des annales de Théroismc humain.

Cette prétention de l'Eglise jette à i histoire un grossier défi et brave impudemment la raisoiit.

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Je partage l'avis des clpncaux lorsqu ils •^ffirmeiiC qu'il n'est pas de science, pas de fait histcrkfue, qui n'ait avec la Religion quelque point de Cvoufact. Cela est vrai pour la Science, s'il s'agit de ces principes généraux sur lesquels toutes les Religions reposent et qui sont leur raison d'être en même temps que lè secret de leur durée ou de leur force. Cela est vrai pour l'Histoire s'il s'agit, non pas de tel ou tel culte, mais de l'Histoire de toutes les Religions, ces formes diverses et éphémères de l'éternelle morale.

Je ne saurais donc admettre l'Ecole neutre, si par école neutre on entend l'Ecole muette. L'Ecole impartiale, oui ! L'Ecole sans religion, pur non sens.

Il faudrait cependant s'entendre.

Je suis très éloigné de la thèse de Pénelon, où se résume, quand il s'agit d'éclairer les enfants sur les principes religieux, la thèse de l'Eglise :

Suivez, disait Fénelon, la mt^thode de TEcritute ; frappez I vivement l'imagination des élèves ; no leur proposez riea qui ne soit revêtu d'images sensibles. Représentez Dieu assis sur un trône, avec des yeux plus brillants que les rayous du soleil, et plus perçants que les éclairs; faites-le parler; donnez-lui des oreilles qui écoulent tout, des mains qui portent l'Univers, des bras toujours levés pour punir les liî^chants, un cœur tendre et paternel pour rendre heureux ceux qui l'aiment. Viendra le temps que vous rendrez tou:-33 ces connaissances plus exactes.

Je comprends mal, à parler franc, la méthode qui consiste à inculquer aux enfants une erreur, sauf à la trnnsformer plus tard on vérité. Cela ressemble trop ;!i la méthode des médecins de Molière qui inociîlcnt il leurs clients des maladies pour avoir Toccasion et rhonneur de les guérir.

J'inclinerais plutôt vers le système de Jean-J.nnquos. J'cslime que les religions font partie de Ci.s « côtes inconnues, de ces mers inabordables » dont parle La Chalois, et que ce haut et difficile problème de rau.dolà, le plus haut et le plus difficile de tous, se dûrobe à l'entendement incomplet de l'enfance. Volontiers j'attendrais que VEmile eût

atteint Tftge dô raîàôa pour le conduire sur la mon tagne et pour lui Jîre?:en présence des harmonies as ia Nature, la profeS^siOi/rde foi du Vicaire savoyard. Mais TEmile est un -'ÔÎT^'-de fiction, enfanté par rimagination d'un phifo^ôfthô. ^L'enfant n'attondra pas d'avoir grandi pour s'irtfoppter auprès du maître de ridée religieuse. Cette* rdjéV-lc prend à son berceau; elle entoure ses icuiies^ans./ll la respiro dans sa famille, il la respire partout..4^ariojjt on lui en parle, et partout il la retrouve; danB/îife avènements du passé et dans ceux de tous les fçnîrs, jsur toutes les lèvres et dans tous les livres. Poutjî^Ï-oo la passer sous silence et répondre à la curiosité 4e Tenfant par un refus d'expliquer? *' -

La difficulté est de savoir sous quelle forme 1er maître la lui présentera. Mais la difficulté n'est qu'apparente.

Un jour que le Père Gérard visitait Técole de Pestalozzi, il fit remarquer au grand pédagogue que l'instruction religieuse de ses élèves était indéterminée et vague, et qu'il manquait à leurs aspirations une forme dogmatique.

« La forme, je la cherche encore ! », répondit doucement Pestalozzi. Ce que Pestalozzi, vieilli dans la science et la méditation, cherchait encore à son âge, l'Ecole n'a pas le droit de le chercher pour l'élève. L'Ecole aura assez fait pour i'idcc religieuse quand, elle aura exposé à l'enfan-, l'îlistoiro des religionsj de toutes les religions, dans leurs principes et dsna leurs rites, et quand elle aara oxposi' celte histoiro sans parti pris, sans rc-licenccï», conimo on expose éclectiquement dans les clifces de philosophie les divers systèmes philosophiqav^ : pour les comparer l'un à Tautre et laisser dans l'e-^prit de Tenfant ce qu'il y a, dans chaciiii a eux, de pri.icipeîà logiques et de réexions salutaires.

C'est une classe h créer. On pourra, après cela, laisser toute licence au p»?te de famdle de réclamer pour son fils rcnsoignciT:f:ni phi:* complet de tel culte par préférence à tel autre ; on ne saurait trouver à cette éducation religieuse particulière aucun

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inconvénient, puisque la liberté cte :cette éducation' particulière ne serait, somme tttute, que le corollaire et pour ainsi dire un fras^ment de la pleine liberté introduite dans.-V6Î?uc:ation religieuse générale. ,--.' •'•. •

Par cet exposé.- des -diverses religions, de leurs morales et de réiars rites, on aura assez fait pour rentendeméîit des Sciences quand on aura montré par quel> lietis, par ciuels principes généraux elles se rattctçpbn^'a Tune ou à l'autre de ces religions; an a<jnsi*- assez fait pour Tinfelligence de TBistoiio giKiad: On aura montré par quelles influences lem- - \i>orclles ou spirituelles, secrètes ou politiques, les ^-.- événements du passé se déroulent par rHp])orc à l'un ou ù l'autre culte. Il n'y a pas que le cnristianirme pour avoir influé sur le sort de Tesprib humain et sur la vie des peuples. Et, d'autre pari,il n'est pas nécessaire pour connaître, par exemple, les négociations du Concordat, de savoir si réellement la Vierge a conçu sans péché, et pour être au courant des disputes soulevées par la bulle Unige-* 7\!tiis, il n'est pas indispen^^able d'être- éclairé sur les effets de la « grâce irrésistible » ou de la « grâce prévenante ».

Enfin, je ne vois pas de quoi pourraient se plaindre les pères de famille chrétiens et l'Eglise ellemOme. Ce que je demande, c'est simplement un c'clcotisme libéral, comme l'Eglise elle-même le pri* tique... pour l'exportation.

v'oici ce que racontait M. Boyer de Boui.'lanne ^ I la dernière assemblée solennelle de la Socicti /C. / d'Education et (V Enseignement : ^

Une personne qui m'est chère, disait M. de Bouillanue, a vu, il y a un an, cq Eprypte, deux grandes écoles, une école d'eiiseiRiiement secondaire, une 6cole d'enseignem-^jit primaire. C'étaient bien deux écoles catlioliques, puisqje l'une est tenue par les Pères Jésuites et l'autre par les Frères {{26 Kcoles clirétiemies. Parmi les très nombreux élèves de ces deux écoli^s. 11 y a des catholiques, des protestants, des juifs, dos musulmans; et tous ces maîtres religieux." qui distribuent renseignement des sciences, de l'histoi/a! de la littérature à ces enfants, ont grand soin de respecter

la volonté des pères d? famille en ne donnant renseign*'ment chrétien qu'à ceux dont les pères de famille le demandent. Cola est tellement vrai qu'au fur et à mesure que les années s'écoulent, le nombre des élèves aujcmente et il est de toute évidence que, si les professeurs portaient atteinte au droit des pères de famille en ce qui concerne la direction des âmes de leurs enfants, la confiance disparaîtrait et les écoles se videraient. Or, ce fait que le nombre d^*. élèves augmente chaque année dans ces deux établissemen's démontre éloquemment que les représentants de l'Eglise savent respecter ce droit primordial du père sur l'âme, sur le cœur, sur la volonté de ses enfants.

Cet éclectisme est curieux et donne un singulier démenti à ceux des cléricaux qui prétendent que î réducation ne va pas sans le catholicisme. Nous ne = demandons guère pour nos écoles laïques autre chose que cet éclectisme. Seulement, nous demandons mieux ! Nous demandons que les enfants soient instruits dans toutes les religions, ce qui est beaucoup plus libéral, beaucoup plus respectueux de la liberté de conscience que de les instruire en une seule. Nous voulons que l'école respecte dans l'enfant la religion catholique, mais nous voulons aussi qu'elle respecte dans l'enfant toutes les autres religions. Serait-ce bien les respecter que de donner aux unes le pas sur les autres, de méconnaître celleci quand on enseigne celle-là ?

Aux esprits libéraux de répondre.

La Révolution a proclamé la liberté et l'égaiité i de tous les cultes. Cette égalité et cette liberté sur r lesquelles la société moderne repose doivent se retrouver dans l'école comme ailleurs. Que l'Eglise catholique en prenne son parti. Elle jouit de la liberté des cultes; qu'elle la supporte pour les autres. Quand on réclame comme un droit la liberté de l'école, on est mal venu à exiger que la liberté soit violée, à l'école, dans ses droits les plus" évidents.

Le problème de l'Ecole et de la Religion ne p-3ut être résolu que par l'égalité.

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