‹ Le cléricalisme et l'école: la loi Falloux, mars, 1900Chapitre 18 sur 47 · LE CONSULAT ET L^MPIRK · texte numérisé non relu

LE CONSULAT ET L^MPIRK

Quand on analyse la politique de TEmpire, on est toujours frappé de ce double phénomène ^ ar où se caractérise cette politique de parvenu ; elle est faite pour une part de sacrifices à l'esprit moderne, de concessions à la démocratie, et pour 1 autre part, d'un plagiat prétentieux de l'antiquité, dune vaniteuse imitation des mœurs de l'ancien rég"me.

La politique scolaire de Napoléon ressemble trait pour trait à celle de la monarchie, ave î cette différence qu'elle apporte plus de brutalité, on dirait presque moins de savoir-vivre, dans l'application des principes. Politique de Corse et de soldat, éclairée cependant par les lueurs du génie -I

Du côté de l'enseignement primaire, indifférence à peu près complète. L'enquête admiristrative ouverte par Chaplal, le 25 ventôse an IX, auprès des Conseils généraux, avait révélé l'anarchie de l'instruction primaire, le désarroi et la misère des écoles du peuple. Le Directoire avait i*etenti des • plaintes provoquées par les conséquentes de la 'liberté d'enseignement. Les Conseils généraux demandèrent pour la plupart que l'instruction primaire fût confiée à un corps enseignant possédant une certaine unité do doctrines et placé sous l'autorité de l'Etat. L'unique satisfaction que le nouveau gouvernement et la loi du 14 floréal an L crurent pouA oir donner à ces doléances, ce fut Je placer les

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dcoles primaires sous rauiorité des sons préfets. | Pour le surplus, on le pria do se* débrouiller. Tout ce qu'on pouvait faire, celait de demancjer aux communes le logement des instituteurs ; en ce qui concerne leurs moyens d'existence et leurs .etnbutions, les maîtres n'avaient qu'à s'entendre, à i^ arranger avec les familles.

« Apprendre à lire et à écrire, gémissait. Fourcroy, sont sûrement choses nécessaires à tout homme : mais quel est le gouvernement qui pourrait soutenir pareil fardeau? 11 n'est pas dans la natare des choses que cela existe... 11 est hors de la limite du pos- ' sible qu'une pareille organisation soit eîcblie chez" un grand peuple ». En vertu de ce principe, le nouveau gouvernement ne consacrait pas à J'instruction du peuple un centime! 11 est vrai que le ^ouveriicment, par la loi du 11 floréal, faisait aux écoles pri-, maires l'honneur de les englober dans It? institutions officielles, mais elles devaient payer cher cet honneur platonique autant qu'éphémère. Comme ces écoles abandonnées à leur malheureux bort allaient ie mal en pis; comme, les instituteurs mourant de faim, ces écoles recrutaient mal leur personnel enseignant, l'Empire ne trouva rien de mieux, en fait de remède, que de rappeler les Frères de la Doctrine l chiéliennê. " ' f

En décembre 1804, Fourcroy adressait aux préfets i une circulaire ainsi conçAie :

Le directeur gc^néral de l'inslruclion publique rappelle aux pitfets que les Frères des Ecoles cliitMienrui? ont tropbien m(^ritô du premier enseignemanl pour que, dans un mom'.Hitoù tout ce qui a éié utile <loJt être rendu à sa dpslination, leur institution puisse être oubliée. Je les préviens C'ue iinteulion du gouveinemeni est de prendre à légard des anciens Frères scolaires une mesure généiale uniqueré u ut dlrioce vers Venscigiunienl dvs ècdlcs prùnalrcs. et doi^agée de tout ce qui pourrait porter alleinre ilu\ principes adoptés relativement aux corporations religieuses.

C'était en matière d'enseignement primaire, le retour pur et simple à la politique de Tancien régime, à l'alliance du Trône et de TAutel. Un peu plus tard.

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. en janvier 1809, le grand-maître de TUniversité Pon» tanes écrivait aux archevêques et évoques :

• Je n'ignore pas queUes passions ou quelle indifférence ont présidé la plupart du temps au choix des maîtres d'école. Je sais qu'il en est parmi eux qu'une ignorance grossière devrait éloigner de l'enseignement ou que des habitudes vicieuses rendent indignes de cette profession. Plusieurs fois, j'ai été affligé en apprenant les désordres et les scandales que ces écoles semblaient devoir ignorer à jamais. J'ai cherché les moyens d'en afrêter le j cours et je n'en ai pas trouvé de plus prompt et de plus .efficace que le secours de vos lumières.

L'Empire comptait sur l'Eglise pour ne rien apprendre au peuple. Qu'importait au conquérant que le peuple ne sût rien? Il en saurait toujours lassez, ce bon peuple de France, pour craindre Dieu, admirer FEmpereur et servir de chair a canon sur las champs de bataille de lEurope où César pro- , menait ses ambitions guerrières. Mais quand il '■ s'agit de l'enseignement des classes diiigeantes, le gouvernement de Napoléon y regarda de plus près. La loi de Floréal an X, qu'on a appelée « la loi de reconstitution de l'enseignement secondaire en France », s'était montrée plus généreuse pour cet enseignement que pour l'enseignement piimaire : 6,400 bourses étaient instituées dans les lycées et les écoles spéciales pour les enfants des fonctionnaires. ^ Le clergé était soigneusement maintenu, par la bar- 'rière de l'autorisation préalable, à dislance de cet enseignement. La loi de Floréal ne faisait n.ême pas mention de l'instruction religieuse I Et comme l'Eglise, alléchée par l'abandon qui lui avait été fait de l'instruction populaire, surprise et indig.iee qu'on ne lui abandonnât pas aussi l'enseignement des classes politiques, menait une campagne contre les collèges de l'Etat, Napoléon répondit à ces attaques en instituant un corps uniquement chargé do l'éducation et de l'enseignement publics. Telle fut l'institution de l'Université impériale ; telles turent les origines du monopole universitaire. « Nul ne peut 'ouvrir d'école ni enseigner publiauerxieiirX :3ans .être

membre de l'Université impériale et gradué par Tune de ses Facultés. Aucune école ne ^eut être formée en dehors de l'Université et sans Tautorisation de son chef. »

On a dit de l'Université impériale qu'elle devait être dans l'arrière-pensée du souverain, son fondateur, un instrument de despotisme et le conservation dynastique. Il serait étonnant que le reproche lie fût pas fondé. Mais à M. Guizot, qui le formulait sous Louis-Philippe, Portails faisait observer très, justement que les mobiles de l'Empereur étaient un peu plus complexes, et que la patriotique préoccupation de maintenir intacte l'unité nationale de la) France devait se combiner et se combinait, en effet, '■ ^chez Napoléon, avec le souci personnel de ffiire aimer la dynastie napoléonniene. « Toutes les écoles de l'Université impériale, disait le décret de 1^ 08, prendront pour base de leur enseignement : V les préceptes de la religion catholique : 2' la fideli-é à l'Empereur, à la monarchie impériale, dépositaire du bonheur des peuples, et à la dynastie impériale, , eonservatrice de V unité de la France et de î ou tes les ! idées proclamées par la Constitution. »

s En réalité. Napoléon déférait aux vœux de l'opifTiion publique et se souvenait d'avoir été jacobin | ;avant de devenir empereur. La préoccupation de fortifier par l'enseignement l'unité nationale lui venait de Robespierre. Quanâ Fourcroy monta à la î^ribune du Corps législatif pour soutenir le décret impérial, on crut entendre, par moments, comme lUn écho de la Convention nationale.

, De quelle importance, disait Foucroy, n'est-il pas pour le gouvernement de voir croître et élever sous ses ^eux ces jeunes plantes, l'espoir de la Patrie ! de les réunir .clans des enceintes où leur culture soit confiée à des, mains tiabiles et pures ; où le mode d'éducation reconnu pour le •meileur joigne à cet avantage celui d'être uniforme pour j TEmpire, de donner les marnes connaissances, d'inculquer. Tes mômes principes à des individus qui doivent vivre dans * la^môme société, ne faire en quelque sorte qu'un même» corps et concourir au bien public par l'unanimité des seii« 4toieiits -et des efforts, t

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Le principe du monopole était basé somme toute, sur 1 intérêt *de lEtat et Tunité du pay^. <l\ était dirigé contre renseignement congréganio^-.. La loi de Floréal an X, avait exigé que les prov^eurs, les jcenseurs fussent mariés ; c'était un moyen comme un autre d exclure de Tcducation le clergé. Na}:oléon, qui ne voulait pas avoir l'ciir de molesler TEglise et qui ne ruioyait la religion qu à propos» et à bon escient, crut arriver au môme but par dc3 moyens contraires; il interdit le mariage aux proviseurs et aux censeurs des lycées,- aux principaux et aux régents des collèges. Le plan de l'Empereur, en créant ce célibat universitaire, c'élait de chasser le clergé du haut enseignement en lui substituant une sorte de monaslicité laïque et de rtiettrc à la place des anciennes « corporations » ensoignanics, une « corporation » enseignante unique . LUnivcrsité napoléonienne.

« Sa Majesté, disait Fourcroy, a organisé TUnil'-ersité en un corps, parce qu un corps ne meurt i Ijamais et parce qu'il y a transmissioa d'organisa- ?tion et d'esprit. »

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L'Université reçut une dotation. Elle cul. ses prî- >Mlèges et ses revenus. Elle eut une forte discipline ■ qui enrégimentait les professeurs, les mettait aux arrêts, faisait manœuvrer les maîtres et les élèves au son du tambour, menait Tinstruction au pas de charge et faisait participer le collège à la fois du cloître et de la caserne ; de la caserne Dour en éloigner le prêtre, du cloître pour le faire" oublier.

Ce fut si bien la pensée de l'Empereur de protéger l'Université contre les empiétements de l'enseignement libre et de réserver pour TEtàt ie droit do dispenser l'éducation, que le décret de 180P limitait rigoureusement le champ d'action des établi<5sements particuliers, leur défendait d'élever l'enseignement au-dessus des classes d humanités, les: astreignait, quand ils se trouvaient en présence d un lycée ou d'un. collège, à amener leurs élèves dans: fennaison

historique!

officielle et ne les admettait qu'à faire répéter Very ecignement reçu par les élèves dans les établisse-! mejîts impériaux.

Cétait l'application stricte et jalouse, dans toute sa rigueur, du droit éminent de l'Etat professé par les philosophes du dix-huitième siècle, par TAncien régime et par la Convention. César, plagiaire de la monarchie absolue, pouvait bien livrer à l'Eglise l'enseignement populaire; à lui, comme h rAncien régime, comme à la Révolution, la doctrine s'était! imposée d'une éducation nationale dirigée par rELaU) rty>

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