LA RESTAURATION
n se passa sous la Restaaration un fait des plus turieux. Je le recommande aux nouveaux régimes qui éprouvent le besoin d'épurer leur personnel et qui auraient des scrupules. Tartufe seul, le pauvre homme I pouvait trouver pour ses fins de semblables détours, lui seul connaissant le moyen d'organiser la persécution sans en charger sa conscience.
Le premier mouvement de la Restauration fut de briser le «lonopole impérial. Une orvionnance du 17 février 1815 ramenait Tinstructioa publique à l'état dé choses qui avait précédé la Révolution. L'Université impériale fut réduite littéralement en morceaux ; on en fit dix-sept Universités provinciales placées sous la surveillance d'un conseil royal firésidé par un évêque. Quelques mois plus tard, e gouvernement se ravisa. Ce qui était bon à prendre était bon à garder. L'ordonnance du 15 août 1815 rétablit la division par académies, institua une Commission de l'instruction publique et confia à cette commission tous les pouvoirs du Grand-Maître et du conseil supérieur de l'Université.
Seulement on oublia pendant quelques années de rapporter l'ordonnance précédente! L Université ressuscitait en fait par l'ordonnance du lo août ; en droit, l'ordonnance du 17 février lui avait enlevé toute existence légale. L'Université était donc une
Université sans l'être. Les maîtres proressaient sans être professeurs. Ils fonctionnaient ^ns être fono lionnaires.
M. de Salvandy nous a laissé un tableau à la fois Comique et navrant de cette situation équivoque :
Quand la Restauration» après ces quelques mois connus dans l'histoire sous le nom des Cent Jours, reprit la conduite des affaires de France» elle ne put songer à revenir immédiatement à sa première et véritable pensée. Les dix-sept UniversitéB royales furent provisoirement abandonnées, i € Provisoirement aussi aux termes d'une ordonnance du I 15 aoQt 1815, voulant surseoir à toute innovation importante jusqu'au moment où des circonsiances pluîs heureuses permettraient d'établir les bases d'un régime définitif », la Restauration déclara temporairement maintenue l'organisation des académies» c'est-à-dire, la hiérarchie des écoles, des collèges» des Facultés» des maîtres et régents, des professeurs, des recteurs» les conseils académiques, enfin» le corp enseignant tout entier» moins la, tôte ; la tête restait supprimée» ainsi que le nom de l'Uni-: verslté de France, ainsi que la loi qui l'avait établie et les décrets qui l'avaient organisée. Le Conseil royal et Ae grand-maître restaient abolis come le nom de l'Université.
Les pouvoirs du grand-maître, du chancelier, du trésorier» d'une part ; de l'autre» ceux du conseil étaient remis et confondus dans les mains d'une commission dirigeante de cinq et» peu après» de sept membres» qui» sous le nom de « Commission de l'Instruction publique » géra exclusivement l'administration collective de tous les intérêts universitaires. Ce régime était déclaré formellement « provisoire ». Pouvait-il n'en pas être ainsi? Il confondait l'administraton» le contrôle» la justice ou plutôt il supprimait absolument la justice et le contrôle. Il constituait ainsi le pouvoir administratif sans limites, et en le rendant collectif, il le contituait également sans responsablilé. Enfin, il laissait le corps enseignant sans règles et sans i garanties. La réaction régnante trouva au reste moyen ' d'en finir avec les garanties d'un seul coup et de rendre rendre parfaitement superflue la juridiction abolie. Ce fut de ne procéder que par des nominations privisoires," régime qui suspendait tous les droits, qui ne conférait plus que des fonctions sans titre et sans sécurité, qui mettait la situation, l'état, la carrière de chacun, à la libre disposition du pouvoir multiple et irresponsable par lequel l'instruction publique était gouvernée. Ce réglzic, si con- • traire à la pensée première de l'organisation de l'Université a duré exactement trente années ; il a fini aux ordon- Xiances du 7 décembre 1845.
^ Celte précarité des fonctions universiL^iires faisait, on le devine, l'affaire des réacteurs de JS15. Ils purent décimer le personnel sans s'inipoi^er seulement le chagrin de révoquer les professears. On les priait de suspendre leurs cours et l'on mettait du clergé à leur place !
Quelles excuses donnait-on à ces coupes sombres ? L'inléret de la monarchie et de la famille régnante, la nécessité d'apprendre aux jeunes gens 1 amour de la I Irie, l'obéissance aux lois, le respect des institutions.
L'évêque d'Hermopolis, grand-maître de l'Université, écrivait en ces termes aux recteurs*:
Messieurs, en appelant à la tête de l'éflncation piibliquo un homme revêtu d'un caractère sacré, Sa Majesté fait ass.?7 connaître k la France entière combien eJle dcésire \ que la jeunesse de son royaume soit élevée dans des sentiments religieux et înoiiurcliiques...
Celui qui aurait le maiiieur de vivre sans religion ou de ne pfis être dévoué à la famille régnante devrait bien sentir qu'il lui manque quelque chose pour être un digne instituteur de la jeunesse...
C'est surtout aux agents principaux de l'Université qu'il appartient de donner à l'éducation jublique une direction salutaire; c'est aux chefs des établissements royaux et particuliers, c'est à tous les m3mbres du corps enseignant de bien faire comprendre à leurs élèves que l'homme de bien, que le vrai Français ne sépare jamais Tainour de son Roi de l'amour do sa patrie, ni l'obéissance aux magistrats, de V attachement aux lois et aux institutions qv?. le Roi a données à son peuple. (Circulaire du 17 jiiin 1822)
Deux ans plus tard, Mgr Frayssi nous s'adressait encore aux recteurs :
Forts de l'appui d'un gouvernement qui se dévoue à tous les genres de bien, nous travaillons, disait-il? à faire fleurir plus que jamais la religion, îtîs mœurs et les études et ù. nourrir dans l'àme de la jcime^se tous les sentiments dont ell3 doit ê:r:i pJ-néirés à Tr/rard de cotte race auguste qui ne règne sur là France que p:)iir son bonheur.
V(nis v^us attacherez surtout à bien faire "comprendr-^ aux chefs d'établ sôeini?nt que si le bàliiuent qu'ils ocrupaat et son UK^bilier pauvunt ôîre leur propriété, les enfan' qu'on leur confie sont à la religion, à leur famiVKî, à leur
HISTORIQUE ITl
Uni et à leur pays, et que l'autorisation pour enseigner n csf pas le droit de los égarer par de mauvaises doctrines et de mauvais exemples.
A la place du Roi, mettez l'Empereur, vous retrouverez dans les circulaires de M. de F/'ayssinous I9I pensée d où naquit le monopole impérial. A la place de la Monarchie, mettez la République ; à la place de la religion, mettez la morale républicaine ; à la place des sujets, mettez des citoyens, et vous retrouverez dans le discours de Tévôque la pensée do, Robespierre. Au vrai, c'est le droit de l'Etat qui» s'affirme encore et toujours par la boucne des hommes de 1815 ! C'est la thèse jacobine qui s'impose à la Restauration et qui se retrouve dans la politique scolaire de ses hommes d Etat, accommodée bien entendu à lïntérêt dynastique.
Ce n'était pourtant pas l'envie qui manquait à ces hommes d Etat, de livrer à l'Eglise l'éducation nationale.. Rs lui avaient livré en bloc renseignement' primaire. R.s considéraient que «celte instruction^surtout lorsqu'elle est fondée sur les véiutables principes de la religion et de la morale. ^<=^ non seulement iine des sources les plus fécondes de la prospérité publique, mais qu'elle contribue au bon ordre de la société, prépare l'obéissance aux lois, et lac-l complissement (le tous les genres de '^^c/oirs. » (Loi' du 29 février 1816). Seulement à cette instruction qui devait être « une des sources les plus fécondes de la prospérité publique », la Restauration qui mettait mal d'accord ses actes avec se.-^ paroles, à cette inslruciion, le gouvernement de Louis XViïI et de Charles X consacraient une somme annuelle de 50,000 fr. Le clergé, pendant ce Lenipsià. absori bail 32 millions ! La l-eslauralion, suiv-mt lexempîe de lancien régime, se déchargeait sur 1 Eglise du soin de fonder les « petites écoles ». La France se couvrit en un clin d'œil de congrégations enseignantes. Les membres de ces con:;rcj4aiions nefu/ent v^ même astreints, conime les laïcs, à lobtenlion d un bro.vet et d'une auLorisalion spéciale.
Les frères de la Doctrine chrétienne n'durnienl pas compris ces exigences monstrueuses. Ils protestèrent tout de suite ; vers 1819, on transigea.
Pendant quelque temps, disait le duc Decazes, la congrégation des frères de la Doctrine chrétienne a défendu à ses membres de se pourvoir du brevet et de l'institution, ne voulant plus tenir sa mission que d'elle-même. Une telle exception, si elle eût été reconnue et consacrée, auaurait porté une atteinte grave à l'autorité du roi comme h la législation de l'instruction publique... J'ai la certitude que les Frères, tant ceux qui enseignent que ceux qui seront, à l'avenir, appelés à enseigner, se présenteront au I recteur de l'académie pour recevoir de lui. sur le vw de t i leur lettre d'obédience, le brevet et l'autorisation dont tous les instituteurs primaires ont besoin. Après cette présentation, le brevet sera envoyé par le. recteur au supérieur général des Frères.
Une ordonnance de M. de Vatismesnil, en 1828, homologua cette transaction et en étendit le bénéfice à toutes les congrégations enseignantes. Il n'en coûtait aux congréganistes, pour ouvrir des H ! écoles, que de faire au recteur une visite et de lui montrer la signature de leur Père Supérieur I I !
En revanche, les instituteurs laïcs fureni soumis îiu contrôle d'un « Comité gratuit et de Charité » où brillaient au premier rang le curé cantonal et trois ou quatre notables, pour la plupart des hobereaux du cru. Ils furent soumis à la surveillance spéciale du maire et du curé. Les Iqïcs ue pouvaient d'ailleurs ouvrir des écoles libres qu'après avoir obtenu, à la suite d'un examen, un brevet de capacité ; ils devaient présenter, en outre, in certificat de bonnes mœurs délivré par le maire et par le curé, obtenir en fin de compte l'agréme^it du comité cantonal, sans parler d'une autorisation pa.ticulièro délivrée par le recteur et contresignée nar le préfet.
L'Eglise a de ces façons de comprendre la concurrence. La liberté dont elle parle, voilà comment elle la pratique ! On trouva que ce n'était pas encore assez de toutes ces entraves apportées à 1 enseigne- : ment distribué par les laïcs. En 1824, les écoles primaires, définitivement soustraites a la juridio.
HISTOMQUB 173
lîon cfe l'Université, furent soumises exclusivement à la surveillance des évêques. On revenaitau moyen âge.
Ce qu'elle avait fait pour renseignement primaire, la Restauration, dans son zèle pour TEglise, ne demandait certainement qu'à lé faire pour [enseignement des classes dirigeantes. Elle commença par « épurer » l'instruction. On revisa la liste des livrea classiques. Les cours d'histoire furent léduits à la portion congrue — une heure environ par semaine — et ramenés, ou peu s'en faut, à de simples résu-^ mes chronologiques. Quant à Ig, philosophie, on' décida qu'elle serait professée en latin.
Le latin dans les mots brave l'honnêteté;
On lui fit braver la raison. Les élèves, cessant de ! comprendre, cessèrent de raisonner. i
Quand tout fut ainsi apprêté pour l'organisation; de l'ignorance publique, il ne resta plus qu à ouvrir les portes de l'Université aux maîtres di; l'obscurantisme. Ils se présentèrent en foule. La Commission de l'instruction publique, à la favrcur du ré^ gime provisoire qui mettait l'UniverslLé en l'air, mit en l'air tout l'ancien personnel. On décima ^ rélément laïque. Le Collège de France et la Sor* bonne virent les chaires de Guizot et de Cousin '' abattues. L'Ecole normale fut supprimée Supprimées aussi sept cents écoles d'enseignement mutuel. \ Tout un collège fut licencié en bloc. Sept provi* seurs, six censeurs, trois économes, cinquante-sent professeurs, dix-huit principaux, cent quatre régents et un très grand nombre de maîtres d'études furent destitués, suspendus, déplacés. Les élèves eux-mêmes, les fils « des anciens patriotes », ne furent pas épargnés ; trois cents boursiers mordirent la poussière.
En revanche, Jes ecclésiastiques s'installaient dans la place. En 1816, il y en avait plus de six cents / qui exerçaient dans les divers établissements offi- '= ciels. Sur vingt-sept recteurs de l'Uni rersité, il x avait dix-sept abbés.
hs. Restauration trouva .encore qu'ils ne se prô- Eentaient pas en assez grand nombre. En 1822, le premier soin de Mgr Fr%iyssinous, arrivant à linstruction publique, fut de s adresser aux archevêques cl évèques pour leur demander un concours plus intime.
Sans doute, disait l'évêque d'HermopoUs, il importé d'ouvrir devant la jeunesse la carrière des connaissance^ humriines, et de donner à son esprit un essor généreux p.)nr le rendre capable d'exercer avec honneur les diverses prc>fessions qui partagent la société; mais il imp /rte da- ■ vauiagc encore de ^d prémunir par des liabitudes vertueusjs contre l'abus des lumières et des talents, et de donnar à î^a probité la meilleure de- toutes les garanties. Et c'est ici que se fait sentir le })esoin de cette religion si puissante sur Je cœur de Tliomme, dont vous êtes, Monsei- Ciiour, établi par Dieu même, comme le dépositaire et le fc-aidien. '
Mon désir le plus sincère est de voir régner partout l'accord le plus parfait entre le sacerdoce et l'Università, et de resserrer de plus en plus les liens qui doivent unir au clergé, dépositairp des doctrines divines, le coip-3 chargé de l'enseignement des sciences humaines.
C'est à vous. Monseigneur, qu'il appartient, par votrô sollicitude pastorale, par des visites paternelles, par des avis salutaires donnés aux aumôniers de nos étabiissem^Mits, par la condescendance que vous aurez de nous céiîer quelquefois des ecclésiastiques capables de les diriger ; c'est à vous, dis-je, (in'il appartient de coiitrlbuer puissamment à pénétrer de sentimtînts religieux le cœur de l'enfance et de la jeunesse, celle portion si précieusa de votre troupeau.
•Je me réjouis de l'heureuse influence que vous donnent . votre dignité et votre zèle, tant sur ces maisons principaj les où les enfants des classes plus riches et plus élevées I reçoivent une éducation digne du rang qu'ils doivent oc- '- cuper un jour, que sur ces écoles modestes où l'enfant de l'artisan et du i):iuvre trouve aussi l'instruction dont il à i besoin. Ainsi, par l'accord et par les soins réunis de l'épi a - 1 Qppat et de l'Université, l'éducation publique formara uu plus grand nombre" de sujets instruits et vertueux, bienfait immense pour la religion comme pour la société.
A la tête de tous, les collèges, on mit des eccl^ siastiques. Liberté entière fut laissée aux Jésuites d'ouvrir des établissements i^ans se soumettre à aucune des prescriptions légales. Du côté de renscî-
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gnement officiel, on faisait au clergé la part du lion ; du côté de renseignement privé, on lui laissait toute latitude.
Quant à ce pauvre enseignement libre laïque, il ne fut pas plus épargné dans cette noire croisade I que no Tavait été l'enseignement laïque officiel. Les futurs avocats de la liberté d'enseignement firent connaître à l'enseignement libre la surveillance paternelle d'un certain « Comité spécial » qui, en deuxl années, et à Paris seulement, frappa d'interdiction! et jeta sur le pavé quatre cents maîtres et répéti-i teurs.
Et comme ces actes de haute et de basse justice exigeaient encore trop de formalités, l'imaginative féconde de Mgr Fraysinoux trouva mieux. L' évoque d'Hermopolis imagina de suspendre et de renouveler les diplômes.
. Le 29 avril 1824, il écrivait aux recteurs pour leur donner avis de cette ingénieuse mesure.
*i)és institutions et "des pensions ayant excité, disait-il, les plaintes les plus graves, Sa Majesté a décidé quo les diplômés de chefs et maîtres de ces établissements se- | raient renouvelés avant le 1*' septembre 1825. Vous devez donc, d'ici à cette époque, exercer la surveillance la plus assidue sur ces maisons. Il y a lieu d'espérer que le délai accordé pour le renouvellement du diplôma donnera le temps à ceux des chefs et maîtres qui auraient des reproches à se faire, d'extirper les abus qu'ils: ont laissé introduire, et qu'en se conformant aux statuts dé l'Univer-l site et à vos sages conseils, ils finiront par mériter d'être autorisés à continuer leurs fonctions.
Ils finissaient le plus souvent, n'étant jamais assez sages, pour être autorisés à chercher quelque autre emploi ! Cela élargissait d'autant la place faite à renseignement clérical.
Ce n'était donc pas la bonne volonté qui manquait à la Restauration pour livrer à FEglise la pleine et entière direction de la jeunesse française. Mais la logique des événements est plus forte que les calculs des politiques, plus forte que leurs intrigues. Ce iroit de l'Etat que Mgr Frayssinous avait proclamé
LE CLÉRICALISME ET l'ÉGOLE
j sans le savoir, la Restauration, effrayée de sort œuvre, fut obligée de l'affirmer par ses actes. Le clergé, insatiable, émettait chaque jour des prétentions nouvelles. Les hommes de la Congrégation, mêlés au gouvernement, ayant la haute main sur .toutes les affaires publiques, s'érigeaient en direc- I leurs de la conscience nationale, parlaient, agis-* sàient en maîtres, finissaient par usurper la puis* sance de TEtat. Le gouvernement de Charles X dut^ à la fin, s'émouvoir et défaire, dans Tintérêt de sa. propre conservation, ce qu'il avait fait par complaisance ou par zèle religieux. Il dut restituer à l'Uni-': versité la surveillance de l'instruction jrimaire. Il dut faire rentrer sous le régime légal Saint-Acheul et les autres jésuitières. La fameuse ordonnance du 1 16 juin 1828 déclara que « nul ne pouvait être ou* i demeurer chargé, soit de la direction, soit de l'en- 1 îseignement dans une école secondaire ecclésiasti-| ; que, s'il n'avait affirmé par écrit qu'il n'appartenait * :à aucune congrégation religieuse non légalement ; établie en France. »
' La Restauration reniait en fin de compte la Restauration. Il ne lui restait que la honte de tant d'in--. , tolérance. Mais le bon sens avait vaincu. Le droit «^ç^ ! l'Etat reparaissait imprescriptible. Il triomphait une • fois encore, et il triomphait par les mêmes gens oui .^'étaient montrés le plus résolus à en faire litière.
ITÎ
LA MONARCHIE DE JUILI ï^'^'
Ce îut Guîzot qui, trois ans après la Restauration, [^ «^« ouvrit, avec la loi de 1833 sur Tinstruction primaire, la première brèche dans cette citadelle du monopole reconquise sur la Restauration, et autour He laquelle les hommes noirs avaient dressé le siège depuis qu'elle avait échappé à leurs mains. Ce fut le protestant Guizot qui commit ce crime de laisser entamer par le cléricalisme catholique le droit éminent rde. l'Etat!
Par quelle méprise la liberté d'enseignement s'était glissée dans la Charte de 1830 ; comment les promesses hasardeuses de cette « Charte bâclée » furent saisies au bond par les cléricaux et par Montalembert, je l'ai déjà raconté. Mais ces promesses .seraient restées lettre morte ; Ihabileté de Montalembert aurait été peine perdue si un homme r^ .s'était trouvé pour livrer à l'ennemi les clefs de la place Cet homme, ce fut Guizot.
On a fait un grand mérite à Guizot de la loi de d833. L'éloge est mérité si Ton considère que cette fameuse loi accéléra singulièrement le développement de l'instruction primaire. En 1829, sur 38,135 icommunes, 13,984 ne possédaient aucune école. Des ,i ,372,206 élèves qui fréquentaient les établissements primaires, pendant la saison d'hiver, il n'en restait, la belle saison venue, que 681,005. La population scolaire battait les buissons. Le personnel enseignant, mal rétribué, mal considéré, était pitoyable. •On y trouvait des ivrognes et des infirmes. On y
178 LE CLÈRICALIS^irE ET l'ÉCOLE
trouvait des illettrés ; on y trouvait même des forfats.
Le mérite de M. Guizot, ce fut d'instituer un établissement primaire par commune, d'assurer aux maîtres d'école un traitement minimum, de pourvoir à leur recrutem.ent par la création d'écoles normales, et de donner aux enfants pauvres la gratuité scolaire. Le progrès était immense. Il faut rendre à Guizot cette justice, qu'il fut, comme tous les protestants, un ami des lumières.
Le malheur est qu'étant protestant il fut aussi un piétiste :« Notre loi, disait-il, est une loi de bonno foi, étrangère à toute passion, à tout préjugé, à toute vue de parti et n'ayant réellement d'autre objet que celui qu'elle se propose ouvertement : le plus grand bien de l'instruction du peuple. » Paroles sincères, si l'on veut. Seulement il arriva que, volontairement ou non, l'auteur de la loi de 1833, qui avait fait beaucoup « pour le bien de l'instruction populaire », devait faire encore davantage « pour le bien de l'Eglise ». C'est par cette loi. en effet, que la liberté d enseignement s'est insinuée dans TEtat, I et c'est de cette loi que date le retour offensif des ' congréganistes. La loi Guizot fut la première atteinte portée au monopole.
; La faute en fut au régime ; la faute en fut à l'homme.
Le régime bâtard de Juillet, régime de juste milieu, si sceptique qu'il fût, si libéral qu'il voulût paraître, n'en restait pas moins ouvert aux pénétrations cléricales et aux compromissions égitimistes. Au début de la Monarchie, Ôdilon-Barot exprimait à' la tribune l'espoir que les nobles, las de vivre dans leurs châteaux de province, que les politiques de la Restauration, fatigués de vivre dans un isolement dont on ne pouvait guère prévoir la fin, ne feraient pas longtemps grise mine à la Couronne, et que l'orléanisme ferait de brillantes et flatteuses recrues dans le mon^^e bien pensaht «les amis de Charles X. M. de Noailles, de son côté, indiquait que l'Eglise pouvait fournir à l'orléanisme un con-
niSTORIQUE ' ' 179
cours point'dédaignable. 11 exprimait la pensée de derrière la tête que nourrissaient la plupart de3 hommes d'Etat du régime.
De ce nombre était M. Guizot. Protestant, il voyait ^ se refléter dans les libertés de l'Eglise catholique les libertés de TEglise protestante. Dans les progrèsL de la première, il croyait entrevoir les progrès de la seconde. Au surplus, il était religieux, jusqu'à ^ aimer la religiosité dans une religion ennemie. 111 tenait qu'en général la religion dispensée par un ministre ou dispensée- par le prêtre est toujours bonne au peuple, et que peu importe d'où elle vient du moment qu'elle apprend aux classes inférieures à se résigner à leur sort.
Il trouvait dans cette résignation passive le gage, de la paix sociale; et dans Fempire des idées reli-i gieuses, il voyait le meilleur instmment de conservation monarchique.
Nous sommes tous frappés, a-t-U dit un jour, de l'état d'inquiétude, de fermentation,. <le trou})le où vivant un fCiimd nombre d'e.-prits; nous sommes frappés de cette soif effrénée de mouvemant, do bien-être naturel, de jouissimocs égTDjstes ; de càt empire des pas:slon.s (lui s> nr-nifeste partout et surtout tians les classes peu tlaré.^s., C'est un mal immiuse, mal que nous déplorons t(,us Jesj jours. Croyez-vous que les idées, les convictions, les espé;-' rances religieuses ne soient pa=; un des moyens, et je dirai |iT,ns hésiter le moyen le pius nfflcace pour lutter contre ce mai, pour faire rentrer la paix dans les àm-is, cette paix, intérieure et morale sans laquelle vous ne rétablirez jamais I la paix extérieure et sociale ? *
On parle tous les jours, et je m'associe du fond du cœur aux plaintes qui s'élèvent à ce sujet, on parle tous les jours de la détresse des classes inférieures, de Ic'nrs souffrances matérielles, des maux et des périls auxquellc?s elles sont livrées-.
J'en suis aussi touché que personne, et je désire autant qu:î personne qu'on trouve le moyen de li^s nllé{T'.^r. Mais il y a un autre ^enre de maux, un autre jj:(Mir=^ de misères, un autre gernre. de danj^ers auxquels les classes infériLures sont e- posées, qui les assaillant tous les j(uirs, et dont, p >ur mon compte, je suis encore plus touché s'il est possibl3. . C'est leurjunisère morale : ce sont les dang rs moraux aux- • quels elleTsônt en proie; ce sont les ennemis de toute espèce qui rOdent sans cesse autour de ces classes pour les pervertir, pour les corrompre, pour les entraîner, pour
180 LE CLÉRICALIS^IE ET l'ÉcOLB
exalter leurs passions, pour troubler leurs Idées, en faîrrf dans la société des instruments de désordre et tourner à mal pour elles-mêmes, leur vie et leurs forces.
C'est là une grande misère, une misère dont il faut avoir une pitié profonde, une misère à laquelle il est de notre devoir comme législateurs, comma citoyens, comme pères de famille, de regarder avec anxiété et de chercher un remède. Eh bien ! sans aucune espèce de doute, les croyan-
' ces religieuses, les espérances religieuses, les influences.
, religieuses, sont, avec les lumières que vous travaillez à répandre, le meilleur moyen de dissiper cette misère moraie, ces périls nouveaux auxquels les classes inférieures sont en proie.
îl est dons donc, pour cette société, du plus grand intérêt,» et d'un intérêt plus grand que jamais, s'il est possible, de propager l'empire des croyances religieuses... (Chambre des députés, 18 mars 1837.)
I Plus tard, Guizot avouera (25 avril 1844) quel Talliance avec l'Eglise, contre le peuple et les révoltes d'en bas, fut toujours dans sa propre pensée et dans les intentions du Régime.
Le gouvernement, dira M. Guizot, est, à l'égard de la' religion et du clergé, dans les mêmes sentiments, d"ans les mêmes intentions dans lesquels il a vécu pendant tant d'années, non seulement parce que la religion est un principe d'ordre, de soumission aux lois ; cette raison est bonne, mais il y a des raisons plus hautes et plus profondes. Le Gouvernement sait qu'en même temps qu'elle est un principe d'ordre extérieur, la religion donne et donne seule à la masse des hommes la règle intérieure, le frein moral plus nécessaire dans un pays libre et dans une société démocratique que dans toute autre.
Le Gouvernement sait aussi qu'en même temps qu'elle donne la règle intérieure, la religion satisfait, apaise, élève les âmes ; qu'elle les satisfait et les apaise bien autrement que l'ambition humain? ne sait les satisfaire et les apaiser ; qu'elle les apaise sans les faire sortir de leur condition ; qu'elle les élève en les laissant dans un état calme et modeste. La reli.orion seule fait de telles choses. Et ce que j'en dis n'est pas pour le vain plaisir d'étaler devant vous les mérites de la religion ; c'est pour montrer que le Gouvernement les connaît, qu'il les comprend, qu'il en est' profondément convaincu, et qu'aujourd'hui, aussi bien qu'il y a quatre ou cinq ans, il sait tout ce que la religion apporte de force, d'appui, de bonheur et d'honneur à la société et à l'Etat dans l'alliance qu'elle a contractée aveo eux.
mSTORTQUB 181
Au fond, ce que pensait Guizot, c'était la pensée qui, plus tard, devait échapper à Montalembert, la pensée même de l'ancien régime : marier les intérêts du Trône et de l'Autel, et, pour la plus grande gloire de ces deux institutions, maintenir le peuple sous la Foi comme sous un joug.
Les deux hommes étaient faits pour s'entendre^ r même sans le savoir. Ils s'entendirent en 1850. | ^f" Leurs deux politiques, même inconsciemment, étaient faites pour se rencontrer. Elles se rencon- l f-, 4-. trèrent d'abord dans la loi de 1833.
La loi Guizot, si elle fut une loi de progrès sco- ^c^.-. laire, fut surtout une loi de réaction politique et » ' cléricale. Elle se caractérise par son article 1*' : « L'instruction primaire élémentaire, disait cet article, comprend nécessairement l'instruction morale et religieuse. » Au cours de la discussion de 1833, un député, M. Salverte, proposa d'y inscrire aussi quelques notions sur les devoirs sociaux et politiques ; une proposition semblable avait été adoptée l'année précédente par la Commission de l'enseignement. M. Guizot lui fit grise mine ; il la fit rejeter en donnant pour raison qu'il s'agissait d'instruire des blancs-becs de six à dix ans. Admirable scrupule ! Il paraît que l'existence de Dieu et les mystères de ' la sainte Trinité sont des problèmes abordables à . f.. t, l'enfance : les notions de l'idée de Patrie lui seraient j inaccessibles !...
L'arrière-pensée de Guizot se laisse deviner. Il pensait que la religion est indispensable au bas peuple, et que, pour prévenir les mécontentements populaires, il est bon que le gendarme se double du curé. Dans chacun des comités cantonaux que la loi instituait pour surveiller les écoles primaires, Guizot installait le prêtre et l'installait au premier rang, côte à ■ côte avec le maire. C'étaient les 36,000 curés de France qui, d'un seul coup et de plain-pied, faisaient irruption dans l'enseignement national !
La commission de la Chambre trouvait la pilule un peu forte. Elle demanda que le prêtre n'eût sa place marquée que dans les comités supérieurs d'ar-
I8â LE CLÉRICALISME ET L'kCOLE
rondissement institués par la loi. Guizot prit la par rôle. On va voir par son discours quelle était la pensée maîtresse du système.
M. le ministre de rinstructinn publique. — Je demanda à présenter quelques observations sur l'article de la com-r mission.
La seule question véritable qu'il y ait dans cet article, c'est la question de la présence des curés, des pasteurs I dans le comité local chargé de la surveillance de l'école établie à côté de lui.
Je n'hésite pas <à le dire : si cette question ne s'était pas trouvée impliquée dans l'article, la commission aurait adopté le com.té local et spécial tel qu'il était proposé par la gouvernem-ait. Mais je crois, messieurs, que les personnes qui, en-tlièse 8:énéral3, ont tenu. à écarter las curés on les pasteurs de ce comité, ne se font pas une idée bien exacte de ce qu'est l'instruction primaire, et particulièrement l'instruction morale et religieuse que vous avez admise dans le premier article du projet, comme faisant partie essentielle et comme étant la base de l'instruction primaire.
Linstruction morale et religieuse n'est pas comme le calcul, la géométrie, l'orthographe, une leçon qui se donne en passant, à une lieurs déterminée, après laquelle il n'en soit plus question.
].a partie scientifique est la moindre de toutes dans l'instraction morale et religieuss. Ce qu'il faut, c 'est qu e l'atmosphère générale de Técole soit morale et religieuse; i'Ps'agit ici d'éducation encore plus que d'en s^tgnemerîîL L'instruction jinralci et religi:n;s3 n'est pas une leçon, je le répète, c'e^t l'tnmosphèra miiui dans laquelle les enfants doivent être élevés. A cette condition seuJcmont, vous aurez dans les écoles une instruction vériiabljaunt morale et religieuse.
il arrive un âge où l'in-truction relif'^ieusc devient l'objet d'un enseignement scienJliiiue qui est donné spécialement; mais pour la prjmiéro enfance, dans le? écoles I primaires, si l'instruction inorali? ne plane pas sur l'ensei- I fcnement tout entier, vous n'attjindrez pas, messieurs, le b:it que vous vous êtes prnp )sé quand vous l'avez mise en tête de l'instruction primaire.
Uue fait, que doit fairo le maître d'école? Est-ce -^u'il donne à une certaine heure une leçon de morale, de religion ? Non. IL ouvre et ferme lécole ^ar la prière ; il fait dire la leçon dans le cat<'cliisme ; il donne des leçons d'hi.stoii'e par la lecture de l'i-'criture r.ainte. L'instruction relir gieuse et moiale s'associe à l'irirtruction tout entière, i tous ies ac:e.o du ma ir.» rl'écolo et des enfants Et, par là seulem.mt, vous atteignoz le but que vous vous êtes proposé, qui est de donner à l'Instruction un caractère moraj et religieux.
mSTORIQUE
Messieurs, prenez garde à un fait qui n'a jamais éclaté avec autant d'évidence que de notre t^-mps : I3 développem^nt inteilertuel, quand il est uni au développement moral et religieux, est excellent; il devient un principe d'ordre, de règle, et il est en même, temps une source de prospérité et de grandeur pour la société. Mais le dével'^ppement intellectuel tout seul, le développement intallectuel séparé du développement moral et reli^'ieux devient un principe d'orgueil, d'insubordination, d'égoïsme, et par conséquent de danger pour la société. (Assentiment dans plusieurs parties de l'Assemblée).
Est-ce lA. ce que vous voulez? Voulez-vous développer rintelligenre seule des enfants, snris leur donner en même temps des habitudes morales et religieuses, sans^ leur donner ces rè gles inté risures qui deviennent des 'lois pour lai conduite, et qui ne sont pas seulement des leçons pour l'in-* telligence ?...
Je ne suppose pas que ce soit là votre pensée ; quand vous avez écrit dans votre loi que Tinstruction serait momie et religieuse, vous n'avez pas voulu que ce fût un vain mot, vous avez voulu qu'elle le fût réellement. Eh bien ! après avoir inscrit ce principe dans la lf)i, vous irif^z, dans un article suivant déclarer, d'une manière générale, que le curé, que le pasteur, qui est naturellement le magistrat | moral et religieux da la. commune, qui semble à ce titre: faire partie essentielle du comité chargé de surveiller l'école, sera écarté de ce comité ! J'ose dire que ce serait là un véritable contre-sens législatif, et qu'il ne peut être dans l'intf^ntion de la Chambre, lorsqu'elle veut faire donner l'instruction morale et religieuse dans les écoles primaires, d'exclure de la surveillance de ces écoles le magistrat moral et reliîTieux de chaque commune. (Chambre des députés, 2 mai 1833).
Le langas^e était assez clair et assez claire la pensée. Montalembert, qui vota la loi sans rien dire, Montalembert n'eût pas mieux dit.
• La Chambre des députés approuvait d'ailleurs. Elle renchérissait même. Le rapporteur, M. Renouard, exprimait l'espérance que les conseils municipaux, auxquels était attribué le droit de nommer des délégués inspecteurs, nommeraient des curés.
« — Fréquemment, disait Renouard, les conseils municipaux auront le bonhour de pouvoir confier cette délégation à une classe rrhommcs qui ont pour mission spéciale de consacrer leur vie à améliorer par la morale et les lumières le sort de l'humanité. Vous avez tous compris, messieurs, que je signale
ici les curés et autres ministres des différents cultes... »
Et afin que la Chambre comprît bien que cette déférence pour TEglise se doublait d'un intérêt politique, Renouard ajoutait ceci :
« — Ce choix libre sera envers ceux des ministres des cultes sur lesquels il portera un témoignage public de confiance et d'union qui profit?)ra au bien général. »
Pendant que M. Guizot rendait à TEglise ce ser- ^vice daccepter ses services et d'en faire l'éloge ; pendant qu'il abandonnait aux curés une part de sur* j .veillance sur l'école et sur l'instituteur, que faisait-il M 'pour les droits de la puissance publique? Il donnaii ' au maire, et, simultanément au conseil cantonal, î'mspection des écoles publiques et privées de la \ commune, mais il la restreignait au soin de « veiller à la salubrité des écoles et au maintien de la disci- ; pline. » C'était tout !
Le pouvoir civil gardait le droit antiseptique de visiter les latrines et de faire la cMssé aux microbes. Il en était réduit à l'aimable prérogative de tirer les oreilles aux bambins qui avaient fait la ijique au magister .
Cette fois-ci, nous étions loin de la « surveillance »> exigée par la Révolution. C'était la liberté toute crue, la licence.
Pourtant il advint à M. Guizot et à ses amis une aventure assez piteuse. C'est que le droit de l'Etat, ^ ce droit qui se rebiffe toujours, prit un beau matin sa revanche. Tant et si bien que le principe de la loi Guizot n'eut pas de pires critiques que celles qui lui vinrent des amis de Guizot et de Guizot luimême I
Quand arriva le tour de l'instruction secondaire, M. Guizot dut déchanter. Il ne s'agissait plus de l'en seignement du bas peuple ; il s'agissait de l'instruction des petits censitaires. Il ne s'agissait plus d'abolir la marmaille paysanne ou d'inculquer le caté-
chisme aux va-nu-pieds de la classe ouvrière ; îl s agissait de former les futurs électeurs, de faire Téducation V des classes dirigeantes. M. Guizot en fut quitte pour faire un léger meâ culpâ et pour déclarer que « lej | promesses de la Charte avaient été accomplies plus ^ rapidement peut-être qu'il ne fallait. » (Séance du 15 mars 1837.)
Les fameuses promesses de la Charte furent moins ^ rapidement accomplies pour renseignement secondaire ! Le régime disparaissait qu'elles n'étaient pas encore tenues : les dix-huit années de Torléanisme se passèrent à les tenir le moins possible. Le châtiment de M. Guizot, c'est qu'il fiit condamné à don-i, ner, le premier, l'exemple et à reprendre, le pre-»! mier, la défense des droits de l'Etat.
Messieurs, disait-il, il est naturel qu'au moment d'accora-\ plir une promesse du môme genre, nous fassions grande attention aux inquiétudes qu'elle peut exciter, au péril, aux inconvénients qui peuvent accompagner un tel acte.
Le rôle de l'opposition, permettez-moi de le dire, est coramo.de ; l'opposition peut se livrer, s'adonner à une seule idée ; elle ne porte que la responsabilité de ses paroles ; et quoique ce soit beaucoup pour des hommes qui se respectent, cependant c'est bien moins grave que la responsabilité, des événements et des faits. Le gouvernement ne veut ra?i s'occuper d'une seule chose, ne peut pas s'adonner à unf seule idée ; il faut qu'il pense à tout ; c'est son devoir, c'eiO une nécessité pour lui, car c'est lui qui porte la resDons?t bilitô de tout. Quand on lui parle de liberté, il écoute, et ill écoute avec soin, mais 11 faut aussi qu'il pense à l'ordre I public, car, s'il y a excès de lp?erté, l'ordre public sera com-' ITTOmîs, e"t le gouvernemerit'eïî répondra.
Le gouvernement est obligé de penser en môme temps . aux intérêts contraires, de ménager, de concilier ces intérêts, de les faire vivre ensemble. Au moment donc où il exécute sincèrement, sérieusement les promesses libérales de la Charte, au même moment il est tenu de prévoir tous les périls sociaux qui peuvent être attachés à leur accomplissement. Et quand il propose les restrictions qu'exigé • rintérêt de l'ordre, il ne fait qu'accomplir un devoir, il ne manque pas à sa parole ; il exécute au contraire dans toute leur étendue et sous leur double face ses devoirs du gouver-; nement. (Très bien !) C'est ce que nous avons fait, messieurs, c'est du moins ce que nous croyons avoir fait dans le projet de loi qui vous est soumis ; c'est là ce qui expliqué | ces mesures de garantie et de restriction qui, dans le projelv I
I accompaprrient la proclamation et la mise en activité du
:X ': principe de la liberté de renseignement.
■-- ' Quand nous discuterons Iîîs articles du projet de loi, nous examinerons si ces garanties, si ces précautions sont elfica^ces et suffisantes ; mais j'ai tenu à les justifier en principe el à montrer que le gouvernement, en les insérant dans soi: Drojet, au moment même où il accomplissait une promesse libérale de la Charte, n'avait fait que remplir son devoir. .
A M. Guizot avait trouvé son chemin de Damas. Son zèle pour le droit de la puissance publique était soudainement devenu si impétueux qu'il reléguait à 1 arrière plan la puissance paternelle.
A ces observations, disait l'orateur, j'en pourrais ajout»
beaucoup d'autrr;s ; j'en ai dit assez pour montrer. qu'a»i-
I , joiird'hui surtout, en matière d'éducation publique, la puis-
! sance paternelle a basofn d'être avertie, soutenue, dirigée
♦ ! par la puissance publique plus éclairée et plus ferme...
M. Guizot n'avait pas plus d'égards pour les droits de l'industrie privée.
A A côté, disait-il, de la liberté de l'industrie individuelle, il y a deux principes : l'un, c'est l'action directe de l'Etat, son intervention dans une foule de cas en concurrence avec les individus ; l'autre, c'est le droit de surveillance de l'hltat dans certains cas et à certaines conditions sur l'exercice de l'industrie individuelle.
De ces deux principes, le premier, celui de l'action directe de l'Etat, commence à être reconnu dans cette Chambre 't dans le pays, surtout en matière de grandes entreprises e* lie travaux publics. On admet qu'au moment où on pnrle tant de la puissance de l'esprit d'association, il ser.*it 'éLian.£îe de se priver de l'association la plus étendue, la mieux constituée, la plus puissante, l'Association nati-onale Mais le dioit de surveillance de l'Etat sur l'indust ie individuelle, on le conteste davantage. Eh bien l je demajie À faire ici une distinction importante. Messieurs, la différence est grande entre l'ordre maLériel et l'ordre inteUeotuel. Quant à Tordre matériel, habituellement et dans le plus grand nombre de cas, la ljl>eîté absolue, l'absence de ■surveillance et d'action du gouvernement est bonne ou du moins sans de graves inconvénients. Dans ce qui touche à l'ordre matériel, le bon jugement de chacun est facile, car l'intôrèt est palpabla, et quand même on se tromperait, ce ne serait pas une erreur bien fâcheuse. Il n'y a pas gran«l mai à se tromper dans le choix de ses meubles ou de ses vêtements.
Mais, quant à Forr' ^ intellectuel, les chances d'-errenr sont plus grandes: k . . gemsnt individuel est moins sur.
et. en même temps, les conséquences de Terreur Font biea ^'»l^s -fâcheuse?^ et- pour les indiviflus et pour la sociélé. Aussi ost-il arrivé gue, dans tous les pays et dans tous les temps, les professions libérales, telles que celles d'avocat, de médecin et tant d'autres, ont été bien plus réglées pjn- \:\ lui, bien plus surveillées par lEIat que les professions pursment industrielles. Cela est fort simple. C'est lin honunage que Tinslincl, le bon sens des hommes ont Tendu à la dignité, à la supériorité de l'intcilligence et de îion domaine. Ils ont compris rjue les choses de l'ordie iniellectuel ne pouvaient être livrées aux mêmes erreurs, aux mêmes périls que celles de Tordre matériel. C'est pourquoi dans Tinslruction publique, en particulier, la surveillance de l'Etat, son intervention est de droit et j»resque de- nécessité. Si on réglemente les professions libérales comme celles que je citais tout à l'heure, à ))lus forte raison doit-on le faire pour les professions qui non seulement se rapportent à Tintelii.Qence, mais adssi à la moralité des hommes, qui influent non seulement sur leur esprit, mais sur leur Ame. Il est évident qu'alors la puissance publique ne peut rester dans Tinaction; il ïaut ((u'elle agisseret surveille efficacement ces industries. (Adhésion au centre.)
M. Guizot se résignait à avoir Tair de faire pour Jéducalion des bourgeois ce que naguère il avait lait pour Tinslruclion des pauvres diables: à proclamer la liberté d'enseignennent. Mais celle fois il dosait la liberté et comptait bien que, môme ) réduite, elle ne servirait pas à grand chose.
• Enfin, ajoutait-il, je dirai que nos établissements, fi des conditions qui* j'indiquerai tout fi Theure et que je dévelopïierai dans la discussion, sont on seront mis en état do soutenir la concurrence. C'est là le point fojulamental de la loi. Il est clair que si nos établissements ne pouvaient rtre mis en état de soutenir la concurrence soit i)ar le mérite intrinsèque, soit par Ips K'^ranties cNip'ées des élal'Iissoments privés, soit par la surveillance (î.xercéo au nonit de l'Etat sur ces derniers établissements, il e-:t clair qu'il! faudrait ajourner, je n'hésite pas à le dire, Taccornpli^-ement de la promesse de la ( havle : nous no devrions i)as (ourir le risque de livrer de nouveau l'iuslruclion publi«iue4 ù toutes les chances de Tarjarchie. (Séance du 15 mars J937.) 1
M .Guizot n'en avait pas tant dit en 1833 !
Rendons lui celte justice qu'il accordait son projet h ses paroles. La loi du iG'mars 4837 sur renseigne- ; ment secondaire obligeait les niaîlres de pension à
188 LE CLÉRICALISME ET l'ÉCOLB
déposer le règlement intérieur et le programme d'é-
f tudes projeté ; ce dépôt devait être renouvelé tous
I '-^ ^' les ans. La surveillance était sérieusement organi-
;sée. L'article 14 donnait au ministre de l'instruction
I publique le pouvoir « de faire visiter et inspecter,
! toutes les fois qu'il le jugerait convenable, les insti-
; tutions et pensions ». Le dépôt du règlement inté-
' rieur et du programme d'études devait fournir un
objet à cette inspection.
Aussitôt, disait Guizot, que l'attention du ministre est' appelée sur un établissement par le programme et le règlement d'études mis sous ses yeux, il a le droit et le devoir jj le faire inspecter et visiter. Si l'inspection lui montre que, non seulement dans le plan d'études pratiqué un mois,| quinze jours, il y a des vices graves, voici ce qu'il peut faire:i Art. 16. — En cas de négligence ^rave dans les études et' de désordres constatés dans l'établissement, le chef dudit établissement pourra sur le rapport des inspecteurs être' réprimandé s'il' y a lieu... »
L'administration a donc le droit de réprimande publique.... iCe n'est pas tout... L'article 2 porte : « Tout chef d'établisse-i
«ment secondaire, toute 'personne attachée à l'enseignement et à la surveillance d'une maison d'éducation pourra, sur la poursuite d'office du ministère public ou sur la plainte
.du recteur d'académie, être traduite pour inconduite ou immoralité devant le tribunal civil de l'arrondissement et
{être interdit de sa profession ^ temps ou à toujours... »
Cet article était renouvelé du projet sur Tinsitruction primaire. En 1833, il avait passé inaperçu. On ne lui avait pas accordé d'importance. En 1837, •Ift gouvernement, la commission et la Chambre se chargèrent de lui en donner une. M. Vatout faisait "cette juste remarque, que le ministre essayerait,! mais en vain, d'appliquer l'article 14, car les inspec-' •leurs resteraient désarmés en présence de doctrines qui échappent à la compétence et à la sévérité des tribunaux. « Que signifient, disait-il, ces mots r jdésordre dans le régime de l'établissement? Est-ce ie désordre moral ou le désordre matériel ? » ! M. Amilhau, répondit au nom de la commission ^Que ce mot comprenait « le désordre moral ». Le .rapporteur, M. Saint-Marc Girardin précisa davan- |age. « Inconduite, dit-il, c'est l'individu ; immora-'
mSTORIQUlfi
lité, ce sont les doctrines. » Quant à M. Guizot, il opina du bonnet. « II ne faut pas, dit-il, procéder, ici, par une interprétation judaïque des termes de la Charte. Il est certain qu'elle a voulu fonder la liberté d'enseignement, mais on peut fort bien discuter avec quelle latitude, quelles formalités, quelles garanties pourront être attachées à l'exercipe de cette liberté... »
La Chambre l'entendait bien de cette oreille-là. Elle l'entendait si bien ainsi que, sur la proposition de M. Schauonberg, et en présence du ministre, qui ne protesta point, elle adopta, à la presque unanir mité, dit le Moniteur, cette proposition, qui nous menait un peu loin des principes de 1833 :
« Le déclarant devra prêter, entre les mains du recteur de 1 académie, serment de fidélité au Roi, d'obéissance à la Charte et aux lois et de n'appar- 1 tenir à aucune association ou corporation non autorisée... »
, C'était le coup du lapin! La mesure était arbitraire, discutable tout au moins, mais elle" n'affirmait que plus formellement les droits de la Couronne, et elle vengeait la puissance publique des abandons de la loi de 1833.
Le projet de Guizot sur l'enseignement secondaire n'arriva pas jusqu'à la Chambre des Pairs. Il eut le èort de son auteur et le suivit dans sa chute.
Il faut arriver au second ministère Villemain, en 1844, pour se trouver en présence d'un nouveau projet de loi. Mais, depuis 1837, la notion des droits de TEtat avait rattrapé, et largement, tout le terrain perdu. On pourra s'en convaincre en relisant les discours des principaux orateurs de l'époque.
Cousin, le même Cousin qui, dans son rapport ' sur la loi de 1833, déclarait que « l'autorité reli- £:ieuse devait être représentée d'office dans l'éducation de la jeunesse, tout comme l'autorité civile », Cousin s'exprimait ainsi :
— Il appartient à la société, disait-ll, d'intervenir daQfl
100 LE CLERICALISME ET l'ÊCOLB
I l'éducation et de la fair-j un peu à son image, pour qun réducalion lui rende ce que la société lui a donné; autrement, c'est la société qui sème de ses propres mains l'iii- Quiétude, le mécontiîntement, la Révolution.
. L'enseignement est une véritable fonction publique p^iir laquelle 1 liiat a le droit et le devoir d'exiger des garanfi<v^. iSi ces principes sont incont^slables à l'égard d'un individu qui prétsnd à la fcnctidu d'instituteur de la jeunesse, ils ne le sont pas moins, ils le sont en quelque sorte davantage, quand il s'agit non plus dun individu, mais de plusieurs, mais d'un grand nombre unis entre eux par le hen d'une association ; j'entends d'une association reconnue par les lois, car nulle autre n'a le droit d'exister. Le pouvoir d'enseigner devenant alors plus redoutable, l'intervention de l'Etat est d'autant plus nécessaire.
Maintenant, que cetie association se présente au nom \ sacré de la Science, ou au nom plus sacré encore de la 1 Religion, dans l'un et dans l'autre cas, le droit de rKiut I reste le même, ou plutôt il s'accroît de toute la puissance . u i la religion ou de la scicînoe. Le génie lui-même ne confère I auç.un monopole. Plus son pouvoir est grand, plus il a besoin d'être sauvé de tout égarement ; il n'y a rien dcin.=« la. société qui ne soit fait pour la société, rien par consé- \ Quent qui ne doive relever en une certaine mesure et «a? l quelque côté de la puissance sociale, c'est-à-dire de l'Etat.
A aucune époque de notre histoire et sous aucun prétexta TEtat n'abdique entre i'jts mains d'aucun individu, que', qu'il soit, ni d'aucun corps séculier ou ecclésiastique ; il eonQe quelquefois son pouvoir, il ne l'aliène jamais. Il le
Î prête à des conditions dont il demeure juge et qu'il règM sur le progrès des temps, de la raison et de la liberté pubi^- • que. (Chambre des Pairs, séance du 22 avril 1844.)
Le baron Dupin, qui, depuis... le baron Dupin . . jargonnait contre les cléricaux Tapostrophe suiva-nte :
Vous ne voulez pas de vos propres libertés, des libertés Indivises du Roi, de l'Eglise et du peuple catholique et vo as ne voulez pas les enseigner à vos élèves, et vous nous demandez d'enseignsr nos enfants au nom de la liberté î
Eh bien ! nous ne confierons It^s armes de la liberté qu'aux
mains citoyennes qui, pour premier culte, p'rofasseront •?
respect, l'amour, et le dévouement pour toutes les libertés,
même las leurs, même les nôtres.
y* Kt lorsque pour, crarantie dernière, on réclame de no»'.»
' l'enseignement d'imB société qui professe dans tous be«
'' membres la répudiation absolue cie la liberté personnelle,
l'abnégation sans réserve des volontés individuelles en
filbrORIQUB
faveur de guî 1 "d'un général étranger ; nous répondrons toujours : c'est précisément parce que longtemps nous avon» \ combattu pour, la liberté, que nous en savons tout le prtic que vous n'aurez pas la liberté de nos enfants. Faites-vous citoyens, rede,venez Français, cessez d'être étrangers, seïde;^ de rétianger, propagateurs de l'étranger, asservisseurs aa nom, au profit de l'étranger, alors nous n'aurons plus d'objections contre vous et vous ne nous ferez plus peur, » ar i vous ne serez plus Jésuites. (Chambre des Pairs, séance d|Li . 23 avril 1844.)
Rossi, lui, doctrinait, menaçait des foudres du fs ^ ^ Code la liberté d'enseignement promise et donnée à contre-cœur ! :• . . . . >
Et la liberté de l'enseignement serait illimitée ! Et l'Etat pourrait dire au premier venu : Vous êtes parfaitement libre de corrompre une génération, de lui inspirer des sentime i^s hostiles à nos institutions, à notre monarchie I Allons don 3, messieurs, cela n'est pas sérieux !
Qu'on demande à l'Eglise si elle livrerait la prêtrise ^lu premier venu ; qu'on demande à l'Etat s'il permettrait au premier venu d'exercer la médecine, de se faire avocat, et / • <ju'on nous dise ensuite comment cette pensée a pu naî«:e • chez des hommes éclairés et pieux.
invoquer les lois répressives comme suffisantes, c'est f^Juder la question. Jl faut n'avoir aucune idée du droit péial pour s'imaginer qu'^n pareille matière les lois répressives puissent être suffisantes. Pour un délit que vous pourri jz saisir, il y en aurait mille qui demeureraient impunis. Es:-i,l donc facile de saisir les caractères pour ainsi dire matéri^ili i cfui sont nécessaires pour constituer un délit proprement: dit? Comment empêcher ces désordres qui ne sont paît encore des faits, légalement parlant criminels, mais qii 6ont cependant de faits déplorables pour l'éducation publique. (Chambre des Pairs, séance du 24 avril.)
Portails approuvait :
rEn effet, il n'est pas exact de dire que chacun ait le droit «^'enseigner ce qu'il sait. Personne n'a le droit de s'ériq:;r en maître de la jeunesse, d'appeler autour de lui des élèves, de les rassembler, de les réunir en cours d'auditeurs ou de disciples, de former ainsi une réunion, un collège — c'est r l'origine du mot -— dans l'Etat. Ce dernier terme est cei.ii dont se servent les lois anciennes du droit romain. Pou: "^tes sortes de communautés qui ne peuvent subsister son-;
«l'autorisation de la puissance publique, ce n'est là ni un i^l , • dimt-ft^-luret jiLaia.diûiLiadiyidiiel : car il suppose, pour \i qu'il puisse s'exercer, le concours de plusieurs volon'Vs Dès lors, c'est un droit auéTon ne peut tenir que de la loi et
102 LE CLÉRICALISME ET l'ÉCOLB
\ âans les limites de la loi. Les droits de TEtat, en cette ma-^ , * i) tière, sont hors de cause I
. 'jj Ils sont fondés sur Fessence même des sociétés civil îSi^ |I Chaque Etat, en effet, porte en soi le droit de se conser' »r, ' de se maintenir ; chaque société civile est armée du droit \de veiller à sa. propre défense et à sa propre conservati-n.. Elle nepeut les souffrir dans son sein, sans s'enquérir de ce qui s'y passe. Elle ne peut tolérer l'existence, la formation, sans conditions et 'garanties préalables, de ces sort»=»s d'établissements, publics par leur nature, fondés par ios particuliers de leur autorité privée, où sous prétexte d'i'-.struire la jeunesse, on pourrait s'emparer des esprits, exalt«jr les passions, disposer des âmes et saper les croyances reii- I gieuses, les lois fondamentales de l'Etat. L'esprit national f I pourrait y périr et ces prétendus foyers de lumière devenu* \ \; autant de foyers d'anarchie. (Chambre des Pairs, 3 mai 184^)^
I C'est une chose triste à dire, mais nous en som-« înes aujourd'hui venus là, qu'un tel langage éton- ./ (. nerait, détonnerait presque, dans nos Parlements * / actuels.
Quant au ministre, lui, il devait assez clairementl étaler sa pensée dans l'exposé des motifs dont il allait accompagner, devant la Chambre élective, son projet de loi récemment adopté par la Chambre des Pairs.
La Chambre, messieurs, disait-il, a marqué plusieurs foie?, à*une manière expressive, combien elle est favorable aux j principes de l'autorité et de l'action de l'Etat sur l'éducation Caî I publique. Justement zélée palf* les droits de la puissanca civile, elle sait que cette puissance doit être particulièrement attentive au système d'enseignement par lequel se renouvelle et s'entretient l'esprit de la nation. Elle sait aussi que le système actuel, fondé dans l'époque la plus act va I et la plus éclairée de l'Empire, et perfectionné sous l'injfluence de la monarchie constitutionnelle, ne pourrait ê.ro détourné de son but sans dommage pour l'Etat et pour les Institutions du pays.
C'était dire fort nettement qu'on entendait toucher' le moins possible à la législation existante, et, qu'en ; supprimant le monopole, on devait tout de même = tâcher à le conserver. Le malin bossu, en effet, connaissait et savait pratiquer l'art de donner et de retenir.
La malice de Villemain consistait à rattraper sur
niSTO^RIOUK 193
le système répressif lout ce qw'il abandonnait du système préventif. 11 renonçait h rautorisation prca-| lable de TKmpire ; en retour, il maintenait tontes! les restrictions trouvées dans la loi Ouizot : Tohligation de déposer le rè,ii;lement intérieur et le pro-^ gramme de rensei,i?nement projeté; raffirmatiou bous serment qucî le futur maître de peijsion n'ap- ,' partenait à aucune cor^^régation non autorisée par la loi. II insistait aussi sur l'interprétation de son article 25 qui, à l'exemple de la loi Guizot, frappait le maître pour immoralité. « On pensa, disait Villemain, que cette expression s'appliquait à la personne et aux actes. Ici les discours sont des actes. »
A toutes ces mesures restrictives, Villemain ea ajoutait quelques autres qui n'avaient Tair de rien, mais qui devaient lout de môme gêner aux cntour-. ^ --y^ nures l'enseignement clérical : ki, certificat d'études 1 ./ , -^ et Tobligation, pour les établissements secondaires,!.^ ' \'^ d'avoir des maîtres gradués. Les surveillants de- ]^^l\/ .valent avoir leur baccalauréat. ^^ {'
Avec toutes ces restrictions on se demande quel bénéfice les cléricaux auraient pu retirer de celle liberté incomplète. Ils tenaient bien an prinripo mais davanlag(; au profit. Le clergé redoubla d'atta-i qucs. Ce fut M. Thiers qui eut l'honneur de conduire ]a défense. Son rapport à la Cfiambre des députés dénonça comme un péril renseignement des Jésuites :
Nous ne sommes pas, disait-il. anim(^s à. Innr ('cianl fTna Ipctit ospnt fie calomrue ot de persécnlion, mais leurs maxi- .Tues morales, leurs doctruios ?ur la puissarir.e spirttnnlle cl temporelle, leur vie agitée, les souvenirs qu'ils rar)pellent ; -^ tout cela suffit pour que les législateurs prudents les érar- : teut de renseignement. Il nous laut des docteurs moins ' contestés pour leur conlicr la jeunesse.
Et pour couper court à tout débat, pour avoir lo fin mot, M. Thiers imagina son interpellation conjcernant la présence des Jésuites sur le territoire français. La Chambre vota son ordre du jour ; elle exigea du président du conseil Tintégrale application des décrets et lois. Guizot se tira d'affaire ea
194 LE CLÉRJCALISME ET l'ÉCOLB
ôccrédilani à Rome une ambassade spéciale kVeïïel id obtenir du Sajnl-Père Jui-même Ja dissolution des i Jésuites. Quelques jours plus^ lard, U iJoniteur annonçait que Ja mission avait eu un heureux dénouement et que Je pape venait de donner l'ordre aux Jésuites de fermer leurs maisons et de dissoudre leur noviciat. Les cléricaux comprirent que la campagne était close. Jls devaient la reprendre plus tard.
/, En 1847, le ministère Salvandy présenta un nou- ■ jveau projet (12 avril 1847). Un passage de l'exposé {des motifs en indique l'esprit :
Celte industrie, disait l'exposé, puisqu'il nous faut pour un moment employer ce nom. agissant par les nnémes procèdes que les entreprises dont les intérêt? matériels sont le Dut. courant elle uîème les mêmes dangers, en faisant courir à la société de plus grands, doit être, au même utre, réglementée et surveillée par la loi. Elle n'a de droji, ella ne peut eu avoir que ceu.x qu elle tient de Ja Jol.
Le gouvernement du Roi pense à la relipion en instituant laJ.Uierte, et ne crami pas de le dire: mais il se préoccupe
. aussi de l Etal, de ses droits, des institutions que la France a vouUj^eril ne souffrira pas qu'aucun de ces grands intérêts son mis en i»éril En renonçant A I administration absolue de ! enseignement, en rompant le lien qui enchainaii à
'l'Université les «Mablissemenis puriiciiliers. la iionibieusa jeunesse qu ils al)rMeui. il a toujours les yeux ouverts sur
, elle ; il ne la livre pas â i esprit de faction.
M. de Salvandy enlendait si peu renoncer aux droits de 1 Etat que. renchérissant sur Villemain qui lui-même avait renchéri sur Guizot. il adoplait toutes les mesures restrictives de ses prédécesseurs et les corsait de deux autres : d abord en étendant la surveillance à « tous cas d'enseignement ou da discours qui seraient contraires aux bonnes mœurs » (art. 27). et ensuite en prescrivant que « les maîtres particuliers ne pourraient faire usage que de livres ! revêtus de l'autorisation du ministre de lintérieur.»
Encore quelques ministères, encore quelques pro- 'jets, et le régime de rautorisaiion préalable n'aurait ipas eu dé défenseurs plus féroces aue les hommes Id'Etat de la monarchie de Juillet
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Le projet Salvandy était inscrit à Tordre du jour 6u 24 février 1848. Ce fut la Révolution qui survint. M. Poirier s'attendait, en 1847, à être nommé pair de France en 1848 ; plus heureuse que M. Poirier, TEglise retrouva Torléanisme dans la seconde Repufclique.
Le Guet-Apens