UN MARCHÉ
Nous voici arrivés à la loi infâme, au guet-apens.
11 faut que la génération actuelle réapprenne cette histoire inouïe. Nous Tavons trop oubliée.
, La première fois que la liberté d'enseignement 1 ( avait pénétré dans nos lois, elle n'avait pu y pénétrer qu'à la faveur de la réaction thermidorienne.' La seconde fois elle s'y était glissée sous le couvert d une méprise, savamment exploitée par les ultra- î . ) imontains et grâce à la complicité niomière^de ^ ^ JGuizot.
Le malheur était réservé à la seconde République de nous donner la liberté mensongère qui, depuis cinquante ans, a sévi sur la France comme un fléau.
Certes, il se trouva en 1850 des rei.ublicains comme Barthélémy Saint-Hilaire, Hu.^o. Quinet, Crémieux et tant d'autres des plus vullants pour défendre ce droit de 1 Etat qui, à travers raille péripéties, avait su, depuis trois siècles, résisîcr, par la seule force des choses, aux mines et aux sapes de l'Eglise. Mais ces Républicains avaient commis une
première erreur. Esprits généreux, ils cruient qu'ils avaient à tenir les promesses de. Louis-Philippe et ils donnèrent, par ^imprudence, l'hospit^ilité de leur Constitution au prmcipe de cette liberté a'enseignement que Lafayette avait inscrite par mégarde dans la Charte de Torléanisme. Tel fut leur tort.
Cela n'eût pas suffi cependant pour assurer le triomphe de Montalembert et du cléricalisme. Il y fallut rintrigue, la calomnie, la persécution. Il y. fallut un véritable complot.
L'auteur de la loi scélérate de 1850, ce n'est pas M. de Falloux, ce n'est pas même Monlalembert.l C'est le futur empereur de Sedan.
Le criminel, le voilà !
Montalembert, l'honnête homme, ne craignit pas de prendre cet homme pour complice. Sans cette complicité, la liberté d'enseignement, qui devait tant réjouir les sacristains et les bedeaux, cette fausse liberté n'aurait peut-être jamais vu le jour...;
Les élections du 23 avril 1848, d'où sortit la Gons-» tituante, n'avaient répondu ni aux aspirations nii aux efforts de Montalembert.
En vain avait-il réuni, au lendemain de la proclamation de la République, le Comité 4ienlr<a pour la Défense religieuse fondé contre l'orléanismè. La propagande du Comité central avait été des plus vives! et elle s'était concentrée sur l'organisation d'un parti catholique. Montalembert avait fait demander aux comités départementaux : 1® de dresser une liste des hommes les plus honorables et les plus religieux de la région à quelque parti qu'ils appartinssent ; 2° de communiquer cette liste aux évêques ; 3* d offrir, à Taide de cette liste, un terrain de transaction aux autres partis. « Il serait insensé, disait Montalembert, de vouloir faire triompher une «iste exclusivement catholique, mais il le serait également de croire que les suffrages catholiques sont impuissants à modifier, à transformer, à améliorer la liste d^ autres partis. »
Montalembert écrivait en même temps aux év&jDrues une lettre confidentielle i:>our leur sisnaier, *a
LE GUET-APENà 193
point de vue de l'Eglise, rimportance des élections prochaines.
Il s'agit, leur disait-il, de consacrer la liberté d'enseigne- "s Co^p ment et le droit sacré des pères de famille. )
11 s'agit de consacrer Ja liDerté des séminaires ecclésiastiques et de l'enseignement théologique, ce droit exclusif des évêques.
11 s'agit de consacrer la liberté des Conciles et des Synodes, en même temps que la souveraine indépendance des mandements et autres actes épiscopau.x, nonobstant l'appel comme d'abus et autres usurpations analogues.
En même temps, Montalembert conseillait aux évêques : « 1* de se concerter sans peur et sans bruit... d'une part avec les curés de canion, de l'autre avec les amis de la liberté religieuse dans leurs diocèses... à Teffet de reconnaître et de désigner les hommes les plus dignes, au point de vue social et •catholique, des suffrages des honnêtes genc ; 2' d'inviter les curés à soutenir ces listes... par l'emploi de conseils confidentiels et verbaux. »
La croisade catholique ne devait pas, cette fois, aboutir. Toute l'activité du parti cléri:al, sa campagne électorale dont les rapports de pnlice de l'époque signalent l'énergie, ne réussirent à envoyer à la Constituante que 250 députés cléricaux sur 900.1 C'était une bataille perdue, une lutte à recommen-* cer.
Les sanglantes journées de Juin arrivCîrent à propos pour raviver les espérances de Montalembert. En revenant des barricades, il écrivait à labbé de Merode cette phrase : « Comme au temps des Barbares, l'Eglise va sortir triomphante et populaire de celte nouvelle épreuve. »>
C'est, en effet, dans le sang des journées de Juin, sur les ruines de la guerre civile, qua fleuri U liberté de l'Eglise. Elle devait être baptisée plus tard du sang du Deux-Décembre.
Il fallait au Cléricalisme, vaincu par les élections démocratiques d'Août, un point d'appui pour sa revanche. Montalembert le trouva.
' L'élection présidentielle, fixée ail 10 Décembre,
f 200 LE CLERICALISME ET L'iilCQLB
r approchait. Deux candidatures étaient en présence i
f celle du général Cavaignar. et celle de Louis Bona-
f parto. 11 s'agissait de lier partie avec lambition de
> Fun ou laulre <*andidat. Celait un marché à conr ciurc.
f Montalembert le proposa au général Cavaignac.
^ 11 scnriblait que. la dnro répression des Journées do
^ Juin désignât le générai à I alliance et aux suffrages
> 6u parti conserva teru'. Celait, d'ailleurs, un sincère t républicain ; c'était un très honnête homnnc auquel } Monlalombert devait plus lard, à la Iribuno. rendre y colto justice « qn apr-ès avoir géré fidèlement son f mandai il Tavait déposé loyalennent, noblement au y milieu des applaudissements de ses adversaires et f conquis la gloire la phis précieuse, celle de savoir
> abdiquer à propos... »>
/ Cavaignac repoussa les avances que M. de Cor-
^ celles lui apportait au nom du Comité catholique
'y et de Montalomberl. Sa droiture républi.'.aine enleii-
*> dail mal ces louches tractations. H refusa les pré-
f seuls de TEglise. Montalembert se retourna alors
^ vers le futur massacreur de Décembre. Le contact Jf I de cet aventurier ne répugnait qu a deaii au gen- ^ J tilhomme.
/ .Te suis stnpôfait de votre indiRnalion contre l.ouis-Rona-
/ parte, (*îcriv;ut-il h son ami Koisset. Quant à mol, il m'est
\ impossible de ressentir «à son endroit soit surprise, soit
y colère, soit même frayeur... Ce prétendant était ridicule
f il y a huit ans, aujourd'liui, H est possible et redoutable.
jt tant nous avons fait des proférés depuis Février Je conçois
^ parfaitement que la France préfère le neveu do son cmpo-
'- reur, quelque abâtardi qu'il soit, d MM. Flocoo et Caussi-
' dière, et même à M de Lamartme /
> Ainsi raisonnait la délicatesse de Montalembert. { Son excuse est sans doute qu'il avait flairô d.ma
" / Louis-Bonaparte l'homme à tout faire de lEglisc.
/ Qui sait, disait-il, si cet homme, marqué du sceau Ae
f riiumiliation, n'est pas celui que Dieu destine A châtier
^ l'orgueil de nos scribes et de nos pharisieiisî (Mémoirei
) Inédits de M. A. Chevalier.)
Cet homme maraué du sceau de rhuxuiliaûon,
LÉ guet-al'enS • 201
c'élcTîl l'homme que MontaJenr bert allait chcinr ponr être rinstrumenl des entreprises orgueircuscs do l'Eglise. Une entrevue eut lieu par rentroiaise do Boulay (de la Meurl-he). Moniaîembert en revinb satisfait. Il en a consigné dans son Journal le récit :
30 octobre — l::n4revue avec le prince Louis-Bonaparte. Ses manières et sa conversai ion me plaisent beaucoup, et le no conçois pas d où lui vient sa réputation d'incapacité. Il )ne plaît encore plus par ses opinions libérales, tout 41 o( lait cenlralisatrices, et en même lemps conciliantes. Je lui* pose une question sur la liberté d'enseignement et Ja îiherté (4*associatlo[i 11 est évident (juii ne comprend pas loijie la portée de ces questions, mais aussi qu'il n'y est .ï>nsdu tout hostile II me promet d'y réfléchir sérieusement pour son futur programme, mais en m'annonçant qu'il ne dira rien de contraire a sa pensée, fût-ce même pour obte- | nir trois millions de sulfra;j:es Nouti nous séparons en ' nous donnant la main J'emporte de cette conversation une impression favorable.
Dans cette entrevue, où Louis-Napoléon avait mimé l'innocent, personne n'était dupe et chacun trouvait son compte. Louis Napoléon n'eut pas tant besoin de réfléchir pour savoir ce qu'on lui voulait. Son manifeste du 29 novembre en est l'évidente preuve. « La protection de la religion, disait le Prince, cii-| <;!^ traîne comme conséquence la liberté d'enseigne-! nient ». Klle entraînait surtout des bulletins de vote ! 1
Uuant à Montalcrnberf, il savait bien, lui aussi, sur quelle t>erre il avait jeté sa semence, et quelle serait la récolte. « Je veux Louis-Bonaparte, écrivnit-il à Foissetle23 janvier, d'abord comme démenti iionwQ au fait de Février par la voix de la France, <>t ensuite comme le seul moyen de rendre la République, sinon acceplal)le, du moins tolérable aux honnêtes gens. \\ dégagera celte forme de gouvernement du contact impur des hommes qui l'ont fondée... »
Louis Bonaparte dégagea en effet la Rcpubliquo des républicains. Pour les honnêtes gens dont parlait Montalembert, il fit le Deux-Décembre.
La liberté d'enseignement a été la rançon du coup d Etat.
202 tiE cléricalisme;. ET fi'ÉCOLE
« Croyez-vous qu'il soit facile de faire des ce -alitions au nouveau César, enivré qu'il doit être d âr-"" river avec plusieurs millions de voix de plus que le vrai Napoléon?... Tiendra-t-il ses promesses-? Ou en est votre crédit personnel?... » écrivait à Montalembert son ami Foisset.
Ses promejL.as, le futur coupe-jarret du boulevard Montmartre devait largement les tenir. Montalembert en avait d'autres gages que la lettre où le Prince-Président le remerciait, au lendemain du 10 décembre, du concours des électeurs catholiques. Montalembertlui avait dicté cette missive à Mgr Fornari, où celui qui devait être Napoléon III, déclarait que « la souveraineté temporelle du pape était intimement liée à l'état de la religion comme à la liberté et à l'indépendance de TEglise ».* Montalembert tenait donc bien en main son instrument. . .
L'Eglise avait donné à Louis-Napoléon les voix des catholiques. Louis-Napoléon le? rendit à l'Eglise.
La Constituante avait décidé de se dissoudre. Le. scrutin pour Télection de la Législative était fixé au, 13 mai. Montalembert prit, dès le mois d'avril, ses dispositions de combat. On le trouve à ia tête de ce. fameux comité de la rue de Poitiers, où s'étaient donné rendez-vous toutes les épaves de la légitimité. et de l'orléanisme, et qui allait être le foyer de la résistance réactionnaire. « Vous avez l'^esom d'argent? dit Montal.embert, qu'à cela ne iiô.OLe ». Et en quelques semaines, il trouva plus de deux c?.it mille francs. « Vous avez besoin de comit^'S locaux?. Qua cela ne tienne. Vous m'obligeâtes autrefois à. créer partout de semblables comités pour vous combattre. Ils existent encore et sont vôtres oujourd'hui. Entrez tous dans le parti catholique pour défendre la société. Les choses ainsi n'en iront que mieux ».. {Aloiitnbmhcrt^ pa »' 'e r? '" » P'^ « ■ ^
L'offre fut acceptée. Montalembert fit la leçon aux. comités catholiques. Il leur rappela que le profit de. l'alliancç conservatrice, le trophée .de la victoire promise devait être la fameuse liberté d'enseigne^
XÊ GÙÈT-APEN» 203
ment. « Plus que jamais, écrivait-il atix comités de province, nous croyons que l'oubli des droits et des vérités du catholicisme a été, sinon la seule, du moins la principale cause de ces catastrophes. Plus que jamais, nous croyons que le remède à tous les maux, même politiques, de notre époque, est dans cette vérité catholique que nous n'avons ni inventée ni révélée, mais dont nous avons essayé d'être les humbles disciples et les loyaux soldats... S'il pouvait se trouver encore, dans les rangs du parti modéré et conservateur, de ces hommes qui s'obstinent, en présence des calamités de notre temps, à tenir la vérité captive et à empoisonner les s^airces de cette instruction publique que la Constitution a affranchie de tout monopole... s'il existait encore des hypocrites et des insensés de cette espèce, ah I certes, nous ne vous demanderions jamais d'appuyer leur candidature, et votre main devrait se sécher plutôt que d'inscrire leur nom sur votre bulletin. » (Circulaire du Comité électoral de la liberté religieuse).
Il ne s'agissait donc pas tant d'être onservateur que d'être catholique. Pour avoir la protection de la rue de Poitiers, il fallait dire : Shiboteth. Le shiholeth de la rue de Poitiers, c'était, on vient de le voir, la' liberté de l'enseignement.
Dans quelle mesure le Prince-Président paya-t-il, aux élections de 1849, la dette de reconnaissance contractée envers les catholiques? Dans quelle mesure son ministère pactisa-t-il avec la rue de Poitiers ?
Le prince marcha la main dans la main des catholiques que Montalembert menait à la bataille. Le comité de la inie de Poitiers se prévalait de cette entente. Le 9 mai 1849, il adressait à la Gazette d'Auvergne la lettre que voiGi :
Monsieur le rédacteur,
Nous apprenons à l'instant qu'un comité qui se dit bonapartiste vient de proposer une liste; cette liste nous a surtout étonnés en ce qu'elle exclut M. X..., quoi qu'il soit
204 LE CLÉRICALISME ET L^écOLB
bien reconnu que, de tous les candidats du Puy-de-T>6me, nul n'a donné plus de ^agesde diWouement àl'éludu DïK" D^oembro, et qu'aucune candidature n'est plus agréable que la sienne au président de la République.
Ce papier, d'une part, était signé des nonns les plus autorisés du comité central : des noms de Montalembert. Mole, Thiers, Barthélémy, Ferdinand Barrot, do Broglie et Bcrrycr ; il sortait, d'autre part, les signatures du général Pyat, de Larty et de Persigny, ces derniers s'intitulant officiers d'ordunnanco do M. le président de la République.
Une dépêche do la rue de Poitiers, relative aux élections multiples du Prince-Président, laissait voir la réciprocité du pacte électoral et soulignait la connivence de Louis Bonaparte.
« Les élections multiples en faveur de ce candidat, disait la dépêche, ne pourraient avoir pour effet que de venir en aide à une politique opposée a celle du gouvernement. En vous parlant ainsi, noub sommes assurés de tenir un langage conforme aux mtentions et aux désirs personnels do M. le président de la République. »
L'alliance était manifeste. Elle était pourtant hypocrite,
« Les agents du gouvernement, écrivait aux préfols le ministre de l'intérieur, ne doiveiit pas intervenir crime manicrc active^ directe, et inquiétante jnriir la llbcrtc de con^cieftee. Us ont le droit d'exprirtier leur opinion, de donner des conseils surtout dans rintérôt de la modération et de la concorde. »
On voit bien aue l'Eglise avait passé par là ! Léon Faucher ne parlait pas auLrcrnent qu'un jésuite.
Le préfet de la Haute Marne et quelques autres préfets lui donnent avis que des réunioni se préparent de membres des conseils générau;c Disposés à se constituer en comité électoral. Léon Faucher ieur écrit :
Je vois avec plaisir que dos hommes considérables et
lE OUET-APENS iXS
considérés Gomm« les membres du conseil général cherchent à réunir tous les partisans de l'ordre en vue des élections ; mais qu'ils agissent comme citoyens et sans aucua titre. Le conseil général, se constituant en comité électoral. ferait un acte aue la loi n'autorise pas et que l'esprit même de la loi repousse.
...En conséquence, monsieur le préfet, voyez les membres du conseil général, engagez-les à ne pas fournir un prétexte, par leur attitude aux partisans du- désordre; qu*ua comité se forme au ch-ef-lieu ; qu'ils en fassent partie, entourés de citoyens qui n'aient d'autre qualité pour y entrer que leur patriotisme En changeant la forme de leur Intervention, en supprimant ce que cette intervention peulavoir d'officiel, nous la rendrons salutaire...
Le 26 avril, il adresse aux préfets, écrites de fa môme encre, des instructions générales. La candidature officielle y montre le bout de Toreille.
Les élections qui se préparent, dit le ministre, vont fixer . les destinées de la France. Le gouvernement n'a pas la prétention de diriger dans cette épreuve les mouvements do l'opinion publique, mais il ne peut pas non plus l'abandonner au hasard ni à la violence des partis. Il est impartial, . il n'est pas indifférent. Le gouvernement ne peut pas peser sur les élections ; il ne vous prescrit pas d'exercer aucune action directe ni indirecte. Nous devons respecter Tinitiative des électeurs et faire respecter la liberté de leurs délibérations, ainsi que l'mdépendance de leurs votes. Mais nous sortons à peine d'une crise dans laquelle Tordre social a failli sombrer.
Il est donc naturel que les citoyens jettent les yeux sui le pouvoir et qu'ils attendent de lui, en raison de sa situation élevée et impartiale, les avis qui peuvent les éclairer. Si vous avez, comme je l'espère, obtenu la confiance de vos administrés, vous serez infailliblement consulté, et à ceux qui vous consulteront vous devez dire votre opinion et celle du gouvernement.
Le but principal vers lequel vous devez tendre, le premier conseil à donner, c'est le rapprocliement de toutes les j nuances du parti modéré vn una lisle commune. Prêchez l'union et la conciliation fi tout le monde; le parti anarchl- Que observe dans ses mouvcmenls une sévère discipline; c'est le seul exemple que le parti de l'ordre doive lui emprunter.
Surtout, pas d'exclusions, excepté pour les noms compromettants ou compromis. Eu temps de révolution, quiconque n'est pas avec nous est contre nous. J'ai foi dans l'établissement de la République , j'ai foi dans ia puissance du nom qui a rallié les esprits au 10 décembre. Et cela étant.
P. Je traite dé haut, sans les tourner, les* préoccupations polW
i tiques et les regretà que les régimes déclius peuvent avoir
i' laissés au fond des cœurs...
Les fonctionnaires de Léon Faucher .le s'y trom^ pèrent pas. Ils savaient lire entre les lignes. Ils sen-
f taient bien que leur ministre leur prônait la môme
P politique que prônait aux populations le comité ie
ï la rue de Poitiers. Le ministre se tenait prêt à
^ désavouer au besoin ses fonctionnaires ; il les
> désabusait le moins possible.
^ M. Léon Faucher, mis en cause plus tard au sujet
, de ses actes de pression électorale, se défendait à
^ peine d'avoir prêté au comité central ie concours
r du gouvernement ; il avouait ses sympathies pour la
[ rue de Poitiers. J'extrais ce qui va suivre du compte-
r rendu de la séance du 5 juin :
> Le citoyen Léon Faucher. — Un sous-préfet animé d'excel- ; lentes intentions, mais qui s'était trompé sur ses attribu-
lions légales, avait cru devoir adrebSci â uts maiieo ae3
' \ circulaires émanant d'un comité électoral établi à Paris,
• le comité de la rue de Poitiers. (Ah 1 Ah !) Assurément
, ' rœuvre que se proposait ce comité avait toutes nos sympathies. Mais j'étais le premier agent de la loi, et j*ai dûl
f rappeler le sous-préfet au respect scrupuleux de ses attri-
f butions. Voici la lettre que je lui ai adressée :
f « M. le préfet m'avait déjà rendu compte de la démarche
É Irrégulière et compromettante dont vous avez pris l'initia-
k tive, lorsque j'ai reçu votre lettre du 8 avril (c'est une lettre
[ d'explications). Vous expliquez votre conduite en disant que
^ vous n'avez pas pu douter un instant que le gouvernement
) n'approuvât l'entreprise du comité de la rue de Poitiers,
i dont le but est de combattre par des publications à bon
. marché la propagande des idées anarchiques. Le Gouver-
^ nement approuve, en effet, toutes les tentatives de cette
i nature, mais il ne les considère que comme l'expression
^ libre et spontanée de l'opinion publique, et croirait aCfaiblir l'action des partis modérés en leur imprimant Tatta-
^ che offlcielle du pouvoir...
' La formule était habile et laissait deviner aux
» agents du pouvoir la tactique du gouvernement et
> leur ligne de conduite. Quelques-uns firent voir assez brutalement qu'ils avaient su comprendre 4 demi-
tiB ^UET-ÀÏ>ENS5 207
mot. Le sous-préfet de Tonnerre faisait placarder sur les murs cette proclamation aux électeurs :
Le devoir le plus sacré de l'au-torité est d'éclairer et de rassurai' la population. Les socialistes, ce parti pour lequel^ tou5 les malheurs de' la France sont' une bonne 'fortune, viennent, pour tromper les électeurs, de placarder partout une infâme afflclie rouge sur les affaires d'Italie...
Honte à ces ambitieux de bas étage qui, pour servir leur intérêt électoral, poussent l'impudence du cynisme jusqu'à spéculer sur le sang français; tous les électeurs vraiment Français repousseront les candidats de ces hommes...
Quant au préfet de TYonne, il en prenait pour son grade 1 II s'adressait aux maires de son département :
Les hommes que nous avons vus allant organiser partout des réunions secrètes où Ton attaque... le résultat même du suffrage universel qui a porté Louis-Napoléon Bonaparte à la première dignité de l'Etat, ^ ces mômes hommes vont aujourd'hui dans les comités électoraux pour les agiter et pour y répandre leurs doctrines subversives...
Je vous recommande, monsieur le maire, do ne pas vous laisser tromper par de telles apparences... Une prétendue assemblée électorale où l'on lit des journaux socialistes. i)ù l'on distribue des imprimés socialistes, où l'on s'entretient de matières politiques et non de candidatures, est un véritable club clandestin, et non seulement vous ne devez (pa^ l'autoriser de votre présence, mais c'est môme à vous qu'il appartient de le faire fermer et de déférer la contravention aux tribunaux...
La méthode électorale que le préfet de ITonne Tecommandait ingénuement à ses mair::s, le minis- Itre de Louis Bonaparte l'appliquait dans le reste de jla France. Le Moniteur annonçait quotidiennement des émeutes écloses dans le cerveau eactionnairo ■ de M. Léon Faucher ! Sous prétexte de balai public, ' les arrestations préventives s'ajoutaient aux visites domiciliaires ! Les cours d'assises condamnaient de j)lacides citoyens pour affiliation à des sociétés se- «crètes ! Les élections de 1849 se faisaient sous un ^ V^* régime de mensonge, de pression et de terreur.
Ces élections s'accomplirent pour la plus grande
208 LE CLÉRICALISME ET L'icOlB
gloire de la rue de Poitiers. Elles envoyèrent % l'Assemblée nationale cinq cents conservateurs* L*Eglise avait fait h Louis Bonaparte son élection; présidentielle ; Louis Bonaparte fit à TEglise la ma^ )orilé gui allait lui donner la loi Falloox s:^
lE OUET-APENS