LES NAUFRAGEURS
M. Thiers nous a donné un îour cette jolie défini . tien : les bonapartistes orléanisaoles. Il aurait dû nous \ donner celle des orléanistes légitimisés. Il aurait défini ses amis et lui-même.
Tous ces hommes d'Etat de la monarchie de Juillet se consolaient mal d'une révolution qui les avait arrachés à leurs portefeuilles, dépouillés de leurs sinécures, soufflé sur leurs ambitions. Ces politiques ■■ déçus, transformés par leurs déboires en voltairieiis repentis, surpris et indignés par leur chute, en voulaient à la République. « C'est le gouvernement qui; nous divise le moins», devait dire Ivi. Thiers. C était, en effet, le gouvernement qui les avait îemieux unis. La République qu'ils naissaient avait îait la concentration de ces débris orlédiiisics et rap-t proche les égoïsmes de ces bourgeois politiciens. Ils ne devaient vraiment s'unir dans la Repuolique et en prendre leur part que le jour où la République serait devenue la République de Montalembert et de Falloux, la République cléricale de 1850. ■
Il y avait là Dupin, qui avait donné ues Jésuites sa fameuèe définition de « Tépée dont Ja poignée esc à Rome et la pointe partout »! Il y avait ut Broglie, qui avait défendu contre renseignement congréganiste la précaution du certificat d'études II y avait Passy, qui allait être le compagnon de nmistère de Falloux, ce même Passy qui, en 1844, avait lu à la tribune des citations édifiantes du père Loriquet et
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déclaré « que toute loi qui aboutirait à faire passer renseignement en totalité ou en partie dans les mains du clergé serait regrettable, qu'elle irait contre son but, et que la société française ne tarderait pas à en déplorer les conséquences »! Il y avait Odilon-Barrot, l'Odilon-Barrot de Topposition dynastique, rOdilon-Barrot qui avait fait campagne aux côtés de M. Thiers pour l'expulsion des Jésuites et qui allait, lui aussi, devenir le ministre de Louis- Napoléon, le collaborateur de Falloux ! Il y avait Saint-Marc Girardin, un universitaire qui, jadis, avait défendu l'Université et qui allait la tiahir. « Il a des enfants ! » expliquait Cousin, ironique. Enfin, il y avait M. Thiers !
Plus loin, dans son exil, il y avait aussi Guizot, ' qui, en 1844, lançait à Montalembert celte invec- • tive : «Voulez-vous que je vous dise de quel esprit vous êtes ici le représentant? Ce n'est t)as d'une espèce de liberté. C'est d'un esprit d'anarchie intellectuelle et morale... » En avril 1849, -ce même Guizot — signe des temps ! — envoyait à Montaiembert sa bénédiction huguenote : « Vous f tes, vous et vos paroles, une des consolations et des espérances qui m'arrivent de temps en temps, pas souvent, dans ma tristesse... »
Montalembert, qui avait eu la honte de raccoler Bonaparte, n'eut même pas la peine de raccoler. ceux-ci. Leur trahison vint s'offrir toute seule. Montalembert, orgueilleux à son ordinaire, devait le leur faire sentir. 11 s'expliqua, en 1850, devant la» Chambre, sur ces alliances et sur ses alliés.
— J'ai fait, disait-il, la guerre et je l'aime ; je l'ai faite plus longtemps, aussi bi^n, et peut-être mieux que la plupart^ •de ceux qui me reprochent aujourd'hui de la cesser, k
Mais je n'ai pas cru que la guerre fût le premier besoin,la première nécessité du pays. Au contraire, j'ai pensé qu'en présence du danger commun, des circonstances si graves et si menaçantes où nous sommes, et en présence' aussi (pgurquoi ne le dirais-je pas) des dispositions que je rencontrais chez des hommes que nous avions été habitués à regarder comme adversaires, le premier de nos devoirs était de répondre h ces dispositions nouvelles. Et c'est à cette pensée honorable que j'ai consacré depuis-un antoute^
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l'activité et tout le dévouement -de mon fltme. (Approbation à droite.) , ^
Je n'ai pas la prétention d'avoir pesé plus au un autre dans cette œuvre patriotique et religieuse ; je n'ai pas la prétention, pas plus que mes collaborateurs et amis, d'avoir apporté, d'avoir trouvé, d'avoir proclamé une solution souveraine et parfaite ; je suis aussi modeste que possible (Chuchotements à gauche.) dans l'appréciation de nos efforts et de nos œuvres.
Nous n'avons pas la prétention non plus d'avoir converti nos anciens adversaires ; nous n'avons pas la prétention de les avoir réduits ; nous en avons rencontré de diverses natures. Nous n'avons pas la prétention non plus d'avoir produit un effet quelconque sur quelques natures intraitables, sur ce que j'appellerai l'orgueil implacable de la fausse philosophie.
Ça c'était envoyé dans Toeil de ce pauvre Victoii
Cousin î
— Non, nous n'avons rien fait sur ceux-là ; ni nous, ni les circonstances, ni les événements, ni l'histoire du monde n'a pu les éclairer.
Mais nous en avons rencontré d'autres pour qui les leçons des événements n'avaient pas été stériles, pas plus qu'elles ne l'ont été pour nous, car tout le monde avait à apprendre et tout le monde avait à profiter. Nous avons rencontré des hommes, nos adversaires de la veille, qui nous ont tendu la main au lendemain de ce que nous regardions tous comme une catastrophe imprévue. Devions-nous repousser cette main ? Non ! ce serait le plus grand reproche que je me ferais de ma \ie, si je l'avais repoussée
Certes, ces hommes ne croient pas tout ce Sue nous croyons ; certes, ces hommes ne veulent pas tout ce que nous voulons. Non, certes, je ne leur décerna ni cet éloge ni ce qui serait, à certains yeux, cette injure; mais ils croient aujourd'hui au péril qu'ils niaient jadis et que nous sifrnalions d'avance ; ils veulent comme nous, un remède à ce péril ; ils veulent le salut de la société et ils nous ont invités à y travailler avec eux.
Eh bien ! nous avons accepté l'invitation avec le juste empressement d'un cœur dévoué à la patrie et à la société.
'Messieurs, on fait la paix le lendemain d'une victoire; on fait la paix le lendemain d'une défaite ; mais on la fait surtout, selon moi, le lendemain d'un naufrage.
Eh bien ! que l'honorable- M. Thiers me permette de le lui dire; nous avons fait naufrage, lui et moi en Février (Mouvements divers), quand nous naviguions* ensem-.bie, sur ce beau navire qu'on appelait la Monarchie constitutionnelle. (Rires ironiques à gauche. — Approbation à' droite.}
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M. le président Dupin. — Ge n'était pas un bateau pîati > (Rumeurs.)
M. de Montalembert. — Oui, quand nous vo£?uions sur ce navire qui a porté pendant trente-aûatre années avec tant d'honneur les destinées et le pavillon de la France... (A droite : très bien !) Quand nous voguions ensemnle sur o& navire, sans nous connaître, en nous connaissant à peine, nous pouvions et nous devions nous disputer sui la direction du navire. Mais la tourmente est venue à éclater ; le pilote a été jeté à la mer ; le navire a sombré dans un clin d'œil ; nous périssions si la Providence ne nous avait per- I mis de nous retrouver, lui et moi, sur le radeau... J'appelle I le gouvernement actuel un radeau... (Hilarité générale et prolongée.)
Je ne suis vers quelle plage ce radeau nous conduit, mais je déclare que, tout en regrettant le navire, je bénis le radeau... (Nouvelle hilarité.)
Eh quoi donc ! Nous nous retrouvions ensemble an lendemain du naufrage sur cette frêle planche qui nous sépare à peine de l'abîme. Fallait-il, sans nécessité impérieuse, recommencer la lutte de la veille? Fallait-il repousser la main que, tout naturellement, nous étions portés à nous offrir l'un à l'autre ? Fallait-il ressusciter toutes les récriminations, tous les ressentiments, même les plus légitimes 7 Non, je ne l'ai pas pensé, je ne l'ai pas voulu, le ne l'ai pas lait, je ne m'en repens pas. (Très bien ! très bien H
Des naufragés, sans doute ! Mais plus encore, des
nauf rageurs. C'étaient bien, en effet, des Frères '^e
j la côte, ces hommes qui hissaient sur l'œuvre cléri-
! cale les saints principes de la Révolution et qui atti-
' raient vers ce phare trompeur les esputs égarés.
Pillards ! qui allaient se partager les épaves de la
puissance publique I
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