‹ Le cléricalisme et l'école: la loi Falloux, mars, 1900Chapitre 24 sur 47 · PAR LA CALOMNIE · texte numérisé non relu

PAR LA CALOMNIE

Montalembert n'avait pas attendu Tavènement de ifon prophète Falloux et la majorité de 1850 pour •jouer le grand air de la Calomnie ;

C'est d'abord, rumeur légère...

Dès le mois de septembre 1848, il susurrait à la tribune sa petite rumeur...

C'est à la qualité de l'enseignement qu'il s'attaquait en premier lieu. Il fallait Dien dénigrer un peu cette Universilé d'où venait tout le mal, cette gueuse qui avait eu le malheur de réchauffer dans son giron des pédagogues comme Burnouf, Villemain, Cousin, de Sacy ; ces maîtres de la parole, Michelet, Quinet, Pelletan, Emile Deschanel...

— L'instruction secondaire, Insinuait Montalembert, est moindre en quantité qu'avant 1789 ; elle est médiocre, elle est misérable en qualité ; elle ne donne qu'un certain nombre de laurt^ats, je ne dirai pas victimes, mais objets de sa sollicitude spéciale et exclusive, ou, pour mieux dire, d'un système d'entraînement qu'on peut - comparer à celui des chevaux de course destinés à faire briller l'Université dans ses concours. (Rires approbatifs). Oui, on sacrifie toute notre jeunesse à un système faux qui a pour suite la production de quelques sujets extraordinaires que TUniversitô décore de ses couronnes, mais qui donnent pour résultat général l'abâtardissement intellectuel de la race française. .{Oh ! oh 1 — Interruptions).

^ Ce dut être un assez curieux spectade que ceh^ de Tavocat des Frères îgnoraniins faisant le pr-

LE GTJET-APENS 229

'de cette Université qui avait créé de toutes pièce» renseignement du grec, restauré la philosophie dansi les collèges, inauguré renseignement scientifique et celui des langues vivantes ! Oui, ce devait être un spectacle assez rare que celui de ce clérical parlant de l'abâtardissement intellectuel de la race française au nom de cette Eglise qui avait fait peser sur le monde la longue nuit du moyen âge et sur l'esprit humain des siècles d'ignorance I Mais ceci n'était en somme que la menue monnaie de la diffamation. Nous arrivons au crescendo.

J'arrive, poursuivait Môntalembert, à renseignement primaire, et ici je crains d'exciter bien plus vos murmures.

Dans l'enseignement primaire, l'Etat s*est Jonné beaucoup de mal, il a fait de grands sacrifices, mais djes sacrifiées accompagnés de vexations, de prohibitions, de persécutions contre tous les élans du zèle individuel.

11 en est résulté (ceci va vous paraître étran^je, mais je le démontrerai lorsque nous discuterons la question de l'instruction primaire), il en est résulté que les progrès de l'instruction primaire ont été en raison inverse des sacrifices pécuniaires et des efforts qu'a fait l'Etat. (Murmures.) Vous le verrez I

Mais il y a quelque chose qui a augmenté en France avec i les progrès de l'instruction primaire, c'est la criminalité I ! Je le déplore non pas plus que vous, mais autant que vous. C'est un fait ; et ici encore vous pouvez le vérifier dans les^ statistiques officielles qui vous sont tous les ans distribuées par le ministère de la justice, lequel n'est pas, je pense, une autorité suspecte, qui vous montrent, dans une proportion effrayante, l'augmentation des crimes et délits de toute nature. (Interruptions). Comment! vous niez cela? Mais, encore une fois, je n'invoque ici que les comptes-rendus du ministère de la justice, et, en outre, les discussions de l'Académie des sciences morales et politiques imprimées dans le Moniteur. C'est là, encore une fois, que je vous renvoie et que je vous invite à puiser vos arguments pour me répondre.

C'est en l'année du Seigneur 1848 :iue Montalem-

l)ert parlait ainsi. Or, en l'année 1850, le 13 février

un membre de l'Institut, M. Giraud, =;oumettait i

TAcadémie des sciences morales et politiques des

f^cherches sur la criminalité en France, recherches

-•^nnvaient précisément sur les statistiques

230 LE cll:rtc\ltsme kt l école

offiridles du ministère de la justice pour Tannée

• Il crL juste de comparer les renseignements du doric vl paisible ncadémicien avec les allégations du pieux et batailleur gentilhomme.

— J\ii ronsnllf'\ disaifc M rilrand. les archives du minist^^^. rlfi la ju^iico. ol |n suis litMireux d'avoir î\ faire coiinaîrro h rAca(]prnip ]p rrsHlial. de mes locluTTches

Pnrmi les accusrs. on 1847, r»2 sur 100 no savaienl ni lire ni r'criro ; 3 ne savaient Jiic et nriie (lu'iniparraiteinent : 8 snr 100 avaient rcçii de rinstruehou : il n'v eu avait i»as deux ayant rec» de 1 éducanon.

Pour les condamnés, c'est, à dire pour ceux que la justice a frappés, voici les chillics positiTs relevés à la directioa des aUaires criminelles:

U y a 7,309 condamnés dans nos bagnes: sur ces 7,300, 4,331 ne savent ni lire ni écrire, 2.l!li» ne savent lire et écrire qu'imparfaitement ; 719 seulement savent lire et écrire : 120 ont de riubtrulion , 1/2 sur lUU ont une (^dncaUoa complète.

Ces chiffres repousspnt d'une manière péreinptoiro nno thèse qui m'avait semblé peu admissih'e, alors même que je n'avais pas le mov<'n de la réfuter dune manière positive, autrement que par des objections tirées de la raisoQ abstraite, de la logique morale ..

En 1847, aioutait M. Tiiraud. le nombre total des accusés a été de 8,704. Sur ce nomlue. 1,463 étaient Apes de moins do vingt et un an*?, et parmi eux K37 ne» savaient ni lire ni écrire, 400 savaient lire et écrire imp''tTfaitenHnit. 119 savaient lire et écrire courammeul. 11 seulement avaient reçu mie instruction supérieure au premier depré , A.xViH etaienl âgés de vingt et un A quarante ans. et parmi eux 2.fi4H ne savaient ni lire ni écrire. l.fiOS ne savaient lire et i^crire qu'imparfaitement. 020 savaient lire et écrire rouramment, S2 seulement avaient reçu une instruction supérieure du premier degré: enfin. 2..373 étaient Agés de quarante ans et au-dessus, et parmi eux 1,313 ne savaient ni lire ni écrire, 703 ne savaient lire et écrire qu'imparfaitement. 29H savaient bien lire et écrire. 59 seulement avaient reçu une instruction supérieure au premier degré.

De sorte que. sur le total général do 8.704. 4,79» no savaient ni lire ni écrire. 2.707 ne savaient lire et ^^cvire qu'imparfaitement. 1,037 savaient bien lire et écrire. 1G2 seulement avaient reçu une instruction supérieure du premier degré.

J'ai suivi les mômes recherches pour chaque département en particulier, et j*ai trouvé, comme on pouvait .Vy attendre, des exceptions à la proportion générale donnée par les chiffres que je viens dénoncer ; mais ces exceptions ne se propulsent que dans les grands centres de populaiion

agglomérée. Ainsi, par exemple, dans le département de la Seine, le nombre total des accusés a été de 902.

Sur ce nombre : 223 seulement ne savaient lire ni écrire; 36G savaient lire et écrire imparfaitement ; 281 savaient biea lire et écrire, et 32 seulement avaient reçu une instruclion supérieure du premier degré.

On i)9ut juger, d'après i^<; plpm?nt.s ds cett3 proportion fivr.p.nfionnelle, ce que neuvent être les autres proporlionq relevées dans les autres (U'pai tcJinc'uts les plus oopuleux et les plus industrieux. On voit qu'a vrai dire le r;*pnort de.s accusés avec le nombre des illettrés er.* dérangé, mais i<i conclusion générale est au fond la même, puisque 32 seulement sur 902 ont reçu l'instructi'^n supérieure au premier degré et que 281 seulement sijr plus Oe 900 savaient lire et écrire couramment.

Enfin, si l'on met en ligne de compte les séductions offertes (i l'esprit p'iblic par la propagation exorbitante des mauvais livres et par la licence de la presse on restera convaincu que la culture de l'esprit doit être un préservatif bien efflcace contre l'entraînement des msuvaises passions, puisque la classe des lettrés y a moins succombé que la classe des illetrés. malgré les dangers incomparablement plus grands auxquels la première a été exposée. D'autres erreurs ont affligé peut-être la classe des lettrés ou des demi-letirés; mais ici la tiièse change de natire et l'on ne peut établir aucune analogie entre l'une et l'autre de ces deux situations.

On peut donc affirmer qu'en 184/, le nombre proportionnel des accusés entièrement illetttrés s'est élevé à 55 sur 100 du nombre total. Et si l'on y joint la catégorie des accusés ne sachant lire ni écrire qu'imparfaitemant, catégorie qui renlie ti vrai dire dans celle des illetttrés, on trouve une proportion de 6,172 illetttrés sur 8,704 accusés, c'est-à-dire 77) pour ICO environ.

'J ajouterai maintenant une remarque qui est encore plus décisive en faveur de la thèse que l'instruction favorise le développement de la moralité. Cette remarque est celle-ci : le nombre proportionnel des accusés complètement illettrés s'est accru chaque année depuis qu'on relève la statistique exacte de la criminalité. Ainsi, en 1847, le nombre a été de 55 pour cent. En l'^4G, il n'était que de 52, et de 51 en 1845. Les progrès de l'instruction populaire ont donc efficacement agi sur le penchant an crime, et ont graduellement tait obstacle à son développement.

Si Ton observe chaque espèce de crime séparément, on trouve 79 accusés complètement illettrés sur 100 accus r fl'empoisonnement; 77 sur 100 accusés d'inlanticid? ; 74 sn 300 accusés de pillage de grains en cette malheureuse anu' de disette 1847 : 67 sur 100 accuses de reh3ilinn ; 02 sur r accusés de vols qualifiés ; 57 sur 100 d'attentats à la pndoi:'

Les constatations de M. Giraud étaient absc

232 iiE CLÉRICALISME. ET. L*i:COL0

ment décisives et ses conclusions édifianfes. Elles prenaient Montalembert en flagrant délit de mensonge. C'est ainsi que l'honnête homme préparait la liberté d'enseignement et le triomphe de l'Eglise. Montalembert avait d'ailleura d'autres procédéTs à son arc«

rE GUET-APENS

Page 1