‹ Le cléricalisme et l'école: la loi Falloux, mars, 1900Chapitre 27 sur 47 · PRIVILÈGE ET LICENCE · texte numérisé non relu

PRIVILÈGE ET LICENCE

Il est inconcevable que, trente ans après la pro- A clamation de la République, quelque chose subsiste encore de ce monument d'iniquité qui s'appelle la loi Falloux. Quelques ministres républicains ont eu le courage et l'honneur d'y porter la pioche ; j'ai nommé Jules Ferry d'abord, MM. de Freycinet et Goblet ensuite.

Jules Ferry modifia, avec la loi du 27 février 1880, | la composition du Conseil supérieur et celle des conseils académiques. « La première condition pour y prendre place est d'avoir une compétence, disait l'exposé des motifs. » La loi Falloux avait volontairement oublié ce détail. Elle appelait les évêques dans les conseils supérieurs pour leur demander des conseils sur les perfectionnements de l'instruction publique I C'est comme si Ton avait appelé des colo-, nels dans les grands séminaires pour ;y faire fleurir" la théologie. Quant aux curés qui, de leui vie, n'ont jamais passé un examen, la loi Falloux les avait introduits dans les conseils académiques pour y i faire passer aux instituteurs les examens de capacité. C'est comme si l'on chargeait des caprraux d'établir les listes d'avancement.

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M. Ferry remit toutes choses en place et décida que ces conseils devaient être exclusivement composés de professecurs élus par leurs collègues. Une autre loi que M. Ferry fît voter, celle du 16 juin 1881, spécifiait dans son article 1" que « nul ne peut exercer les fonctions d'instituteur ou d'insUtatrice titulaire, d'instituteur adjoint ou d'institutrice adjointe, chargés de cours dans une école publique ou libre^ sans être pourvus du brevet de capacité pour renseignement primaire ». Le même article abrogeait toutes les équivalences imaginées par le législateur de 1850. L'article 2, complétant l'article 1". décidait que « nulle ne peut exercer les fonctions de directrice ou de sous-directrice des salles d'asHe publiques ou libres sans être pourvue du ceiiificat d'aptitude ».

M. de Freycinet, à son tour, fit voter la loi du 28 mars 1882, qui abroge « les dispositions des articles 18 et 44 de la loi de 1850, en ce qu'elles donnent aux ministres du culte un droit d'inspection, de surveillance et de direction dans les écoles primaires publiques, privées et dans les salles d'asile ».

Enfin, M. Goblet couronna pour l'enseignement primaire la série de ces mesures, par la loi du 30 octobre 1886, qui laïcisait les écoles publiques.

La démolition de la loi scélérate avait commencé, mais elle était bâtie si savamment que les morceaux en sont bons. Ce qu'il en reste suffit pour abriter l'enseignement clérical et sa fortune.

Cv.; ; Il en reste d'abord le principe menteur. Il en reste / aussi des privilèges divers. Un des plus étonnants '' est celui des petits séminaires. ConnaissQz-vous l'histoire de ces maisons ecclésiastiques?

Leur histoire est piquante. C'est Napoléon qui par le Concordat de 1801 octroya aux évêques le droit d'organiser les petits séminaires. Quelle était dono la pensée impériale? Un écrivain compétent, M. Thiers, nous l'apprendra :

Napoléon, tout en accordant au clergé par le Concordat îa faculté de créer des séminaires, n'avait jamais voulu, dû

ÎA RAPINE

ifi. Thiers, gu'on pût établir des maisons particulières d'ins- truction secondaire, dans lesquelles on soumettrait la jeunesse destinée au sacerdoce à un régime particulier. Il voulait que l'instruction secondaire, celle qui donne l'ensemble des connaissances humaines, fût la même pour toJis, et que les prêtres sortissent de la même jeunesse qui devait fournir des savants, des magistrats, des officiers. Il croyait par là ' rendre le clergé tout à fait national. Il consentit bien à la création d'établissements particulièrement fréquentés par les jeunes clercs, mais à la condition que les chefs, les|^ e, ^♦*^ professeurs, viendraient de runiversité impériale et relc-| "" » ««^ seraient d'elle seule. (Rapport de 1845.)

Le décret auquel M. Thiers fait allusion est le 'décret du 15 novembre 1811. L'article 25 de ce décret soumet les écoles ecclésiastiques à la juridiction universitaire. « Elles ne pourront, disait le décret, être organisées que par l'Université, régies par son! autorité et renseignement ne pourra y être donné que par des membres de l'Université étant à la disposition du Grand-Maître. Dans les lieux où il y a des écoles ecclésiastiques, les élèves de ces écoles seront conduits au lycée ou au collège pour y faire leurs classes. » f

La Restauration se hâta de changer tout cela. L'or*, donnance du 5 octobre 1814 décida qu'il y aurait { dans c haque diocèse des établissements secondaires' txeîudvëmeni destinés à former des ministres du culte. v ■. • et placés sous la direction exclusive des évêques. Plus ^ de lien universitaire ! Plus la moindre surveillance !,SuiiJJ.'^

Des abus ne tardèrent pas à naître.. Cuvier s'en faisait déjà l'écho en 1816. Le ministre de l'instruction publique avait prescrit une enquête sur l'état de l'enseignement secondaire. Quand fut venu le point des maisons ecclésiastiques, Cuvier, qui était' de la commission, exprima son avis en ces termes :•

Pour éclaircir complètement cette matière, disait Cuvier, il est nécessaire de faire au conseil l'histoire des petits séminaires, institution qui, dans la généralité où elle existe I aujourd'hui, n'était nullement connue avant la Révolution. \

Lorsque l'exercice du culte fut établi en 1801, on s'aperçut* qu'une longue interruption et des persécutions cruelles avaient fort diminué le nombre des ecclésiastiques, et le

Î premier soin des évêques dut être de former des sujets pour , e saint ministère. Mais l«s opinions qui dominaient encore,

uh

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dans beaucoup de familles et l'esprit militaire qui régnait dans le pays leur firent éprouver des difficultés presque insurniontabies. Ils se virent obligés de recueillir des enfants pauvres, qu'ils firent élever ensemble et à qui ils s'elforcèrent d'inspirer une vocation que les circonstances avaient renfiue si rare; et, comme les maisons où ils les rassemblèrent avaient pour objet de les préparer à rentrer au séminaire, ils furent naturellement conduits k leur donner le nom de petits séminaires; mais la régularité de ces ' pieuses écoles inspira bientôt de la confiance à des personnes religieuses, qui y placèrent leurs enfants, quoiqu'elles . n'eussent aucun projet de les vouer à l'Eglise. Ainsi, les / peiits séminaires devinrent, petit à petit, des pensionnats 'ordinaires où l'un reçut des jeunes gens destinés à toutes sortes d'états. Lorsque l'Université fut créée et que sa surveillance s'étendit sur tontes les écoles publiques et partînilièros, elle dut comprendre dans ses attributions les petits séminaires, aussi bien (jne tous les autres pensionnats. Mais le décret d'institution avait laissé, comme il le devait, sous la direction immédiate et exclusive des évoques, les séminaires proprement dits, et les évoques profitèrent des termes values dans lesquels il étaft rédigé, et de ce nom de petits séminaires donnés À leurs pensionnats, pour retenir autant qu'ils le nurent sur ceux-ci la même autorité exclusive que sur les autres.

Il existe donc depuis deux sortes d'écoles pour Tinstruction secondaire ; les unes dirigées par l'Université, sous l'autorité du gouvernement, assujeties. à des inspections, à (kîs taxes ; les autres échappant plus ou moins à cette subordination.

On comprend que ces deux sortes d'écoles n'avaient ni ne pouvaient avoir le même esprit, et que celle différence était déjj\ pour les nn?s une grande source de faveur auprès de certaines familles. L'exemption des taxes était un appât pour le^ parents qui ne mettaient dans leur cboix aocun motif i'>()litique. Enfin, je ne crois pas trahir la vérité en disant que les écoles ercif^siastiques ont profité de toutes les circonstances pour décrier leurs rivales, en insinuant que les mœurs et la religion v étaient moins surveillées que ch:'7. elles. Test ainsi que, dans quelques villes, elles ont atîiré un grand nombre de jeunes gens qui ne se destinaient point i\ l'Eglise, bien que les personnes mêmes qui les leur confient avouent et puissent à chaque instant se convaincre que leur enseignement est beaucoup plus faible que celui des collèges royaux; et c'est ainsi que, dans quelques diocèses, la jeunesse laïque et ecclésiastique paraît avoir été confiée à des congrégations dépotirvues d'autorisations légales et dont rien ne juarantit les principes.

11 serait bien difficile de justifier la continuation d'un semblable ordio de clioses. Si le système de l'unité d'éducation pour les laïques est une fois admis, on ne permettra point qu'il suffise, pour y échapper, de prétexter une vocation dérisoire

LA rapinS 251

Pent-^tre même ne trouvera-t-on pas avantageux que les fiiiiirs ecclésiastiques soient, dès l'enfance, séquestrés du TeMe de la jeunesse, qu'ils deviennent étran??ers à leurs frères, à leurs camarades, pour être dressés, en quelque sorte, avant l'âge de raison, à un certain ordre d'idées dont le gouvernement civil ne prendrait point connaissance, il' n'en était point ainsi autrefois, et ces prélats illustres qui ont honoré l'Eglise dé France, ces curés dont les mœurs et» la cliarité sont encore en si grande vénération, avaient» étudié les lettres avec les guerriers, avec les magistrats, avec les jurisconsultes et les négociants qu'ils devaient" retrouver dans le monde. C'est ainsi que l'Eglise gallicane a toujours été liée à l'Etat, qu'elle a défendu dans tous les temps la dignité de la couronne et qu'elle a acquis le caractère de noblesse et de lumière qui en faisait l'ornement de l'Eglise universelle. Les conséquences du système contraire sont si faciles à prévoir que je ne m'arrêterai point à les détailler. Il est impossible d'imaginer une raison pour: laquelle rUniversité n'inspecterait pas des écoles qui ne» diffèrent absolument des autres que narce que une petite partie des enfants qu'on y élève prétendent avoir le désir) I de devenir un jour ecclésiastiques, t n'

Mais si Ton ne croyait pas possible de ramener les petits <5ém inaires sous la règle commune, il deviendrait indispensable de les assujettir à des règlements particuliers qui les,i empêchent d'envahir l'éducation des laïques, car celle-ci ' retomberait en grande partie dans les mains des sociétés* j Que l'on a le plus de raison de craindre, et toute la loi actuelle deviendrait à peu près inutile.

Les abus créés par Tordonnance de 1814, appelaient une réforme. Au privilège dont celle première' ordonnance gratifiait les maisons ecclésiastiques,, les ordonnances de 1828 opposèrent, comme contre-* partie, la spCcialité. Les petits séminaires conser-* vaient le caractère d'établissements publics ; ils con-/ servaient la nomination des directeurs ou supérieur-îi par Tautorité épiscopale, Fexemption de diplômcarj poyr les maîtres et quelques autres prérogatives*] C'était le lot du privilège. Mais, en retour, on décM dait que ces maisons ne pouvaient pas recevoir cn^ | bloc plus de 20,000 élèves ; qu'elles ne pourraient! pas recevoir des externes ; que les élèves à partir d^ quatorze ans devaient prendre Thabit ecclésiastique f que les jeunes gens sortis de ces écoles recevraient un diplôme spécial pour entrer dans les grandst

séminaires, mais qu'ils ne pourraient pas se présenter aux examens du baccalauréat, si ce n'est après Tordination. Cela revenait à dire que renseignement secondaire ecclésiastiqujB ne pourrait pas conduire aux carrières civiles. C'était la part de la spécialité.

On devine bien qu'un pareil état de choses devait être intolérable à l'Eglise. Les petits séminaires avaient tous les avantages du T^rivilège ; aurait-il fallu leur accorder tous les avantages de Tindépendance? En 1836, M. Guizot eut la curiosité de e savoir. Il le demanda aux évêques.

Les prélats répondirent comme un seul homme qu'il leur fallait à la fois et l'indépendance et le privilège ! Ce n'était pas manquer d'aplomb. M. Guizot en demeura stupide.

Les exigences de l'épiscopat purent estomaquer Guizot. Elles le convainquirent de la nécessité des petits séminaires.

Le 21 mai 1845, étant ministre des affaires étrangères, il monta à la tribune de la Chambre des pairs pour appuyer le projet Villemain. On va voir ce qu'il pensait de l'existence et de l'avenir des petits séminairo^ •

- coiii.iioiK ., i^crutait, demandait le ministre, com- . ment s'élevait autrefois le clergé ?

Il se recrutait dans toutes les classas de la société, dans les plus élevées comme dans les plus humbles. Il s*élevait au milieu de toutes les classes da la société, en commun, fious le même toit, respirant le même air, nourri du même lait. Il recevait une éducation aussi forte, plus forte que celle des classes laïques.

Voilà comment se recrutait et s'élevait autrefois le clergé. Comment se recrute-t-il et s'élève-t-il aujourd'hui ? > Il se recrute à peu près exclusivement dans les classes ' les plus obscures de la société : il s'élève, depuis le début jusqu'au terme de la carrière, séparément, isolément, loin de tout contact avec le reste du pays. Il n*ose pas, il ne croit pas pouvoir accepter pour sa propre éducation les garanties, les conditions, les épreuves de capacité pour l'éducation commune des classes laïques.

' Quel changement et quel déclin !

L'existence des petits séminaires, de ce recrutement un

peu factice et solitaire du clergé; est Indispensable. C'est une nécessité du temps.

Voici une autre nécessité qui n'est pas moins grave. -Cetta infériorité des conditions exigées pour Téducation ecclésiastique, cette absence, dans les petits séminaires, des . garanties intellectuelles que la loi impose à tous les .autres I établissements, cela ne peut durer. C'est un état déplorable pour le clergé lui-mêm€ comme pour la société. Il faut ^ue les conditions de l'éducation du clergé s'élèvent, qu'elles deviennent plus difficiles, et plus sévères. Il faut qu'elles s'élèvent au moins du niveau des conditions qu'on impose à tous les autres citoyens. Les faveurs qui consistent à diminuer les exigences des épreuves, des garanties de capdcjié, quana :j s agit de l'éducation des prêtres, sont 1/nc conrescion qu'on peut faire aux n<^cessités du temps, mais ne sauraient être un régime permanent pour l'Eèri.sa de France si longtemos gloileuse, et qui marchant à la tête I de la société française.

Cela ne se peut pas

Voulez-vous, maintenant, que je dise pourquoi j'approuve Te projet de loi? C'est qu'il satisfait aux nécessités présentes pour jfts petits séminaires et en mémo temps il pourvoit aux intérêts de l'avenir ; il maintient les petits séminaires et en même temps pose les bases, les règles d'après lesquelles l'éducation du clergé doit s'élever; d'après lesquelles, un jour, des conditions plus sévères, des garanties plus fortes doivent lui être imposées. C'est temporairement, seuJe- ^ ment, qu'on maintient l'état de choses actuel. Le projet du ■ gouvernement y pourvoit, et, en même temps, il ne fait pas de cet état de choses un régime permanent, éternel ; il laisse entrevoir un temps où l'éducation du clergé sera plus haute, plus complète, où l'isolem-ent qui sépare le clergé de la société, pour ainsi dire, dès l'enfance, pourra < tomber, ou sinon les mêmes écoles, du moins des écoles semblables, égales, pourront élever et les prêtres et les citoyens. Voilà ce qui f'Mt 1'^ mf-rite du projet. Voilà pourquoi jp 1^. sontion '

Nous ûumiiies bien loin aujourd'hui de la pensée de Napoléon et des souhaits de M. Guizot.

Nous possédons en France 140 petits séminaires ayant un personnel scolaire de 23,497 élèves* En outre des prérogatives que j'ai déjà indiquées, cea établissements sont affranchis des prescriptions relatives à l'ouverture et au régime des écoles libres; ils sont dispensés des déclarations exigées par les articles 57 et 58 de la loi d.u 30 octobre 1886 ; ils or ' rexemnfior» r^'imnôt^: et en même temps la cpr^r

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civile qui leur procure sur les autres établissements libres Tavantage de recevoir des donations et des legs ; ils ont l'admission de leurs élèves au bénéfice de la dispense militaire ; ils ont Foccu nation et a jouissance de locaux appartenant à TElat. lis ont bien d'autres choses encore qui leur furent octroyées dans Tespoir qu'ils favoriseraient le recrutement du sacerdoce.

Veut-on savoir comment, en retour de tant d'aubaines, les petits séminaires répondent à la pensée qui les leur fit obtenir? Veut-on savoir comment ils développent les vocations sacerdotales? Veut-on savoir à quel point l'esprit de cette institution est faussé ?

A Un de leurs supérieurs, M. Vie, directeur du petit séminaire de la Chapelle Saint-Mesmin, déposant devant M. Ribot, donnait à la commission d'enquête ce détail savoureux qu'il possédait dans son [établissement un professeur de piano, un professeur de violon, un professeur de gymnastique et un pro* fesseur d'escrime. A moins que les prêtres de nos jours s'amusent, comme le roi David, à danser deivant Tarche, je ne devine pas ce qu'ils peuvent attendre de l'apprentissage de ces sports. M. Vie a eu toutefois la bonté de nous expliquer que son école ecclésiastique n'envoie au grand séminaire qu'une: quinzaine d'élèves et que c'est plus du tiers et moins de la moitié des élèves sortants ; le reste se partage entre les diverses carrières libérales.

Il en est absolument de même dans les autres séminaires. A peine si le dixième des élèves sortants Be destine à la prêtrise. Ce sont du moins les chifîres d'une statistique qui porte sur ces vingt dernières années.

! Je prends au hasard deux petits séminaires de la région du Sud-Ouest, celui de SainirFlour et celui d'Eauze. A Saint-Flour, sur 200 élèves qui forment la population annuelle de l'établissement, un tiers seulement passe au grand séminaire. Le petit sémiïiaire d'Eauze, dans Tannée scolaire 1897-1898,^^ en-* jyoyé au grand séminaire du diocèse 6 élèvea.

sur 97. Pour Tannée 1898-1899, sur 97 élèves, il en a envoyé... un.

' En réalité, ces maisons sont des établissements i secondaires comme les autres, et elles ont la prétention de faire concurrence, du haut de leurs immunités, aux établissements secondaires laïques. Cette prétention s'est officiellement affichée au conseil général du Gers, au mois d'avril 1885. La majoïité, alors réactionnaire, déposa le vœu suivant qui, séance tenante, fut adopté :

Les conseillers généraux soussignés ;

Considérant que le petit séminaire d'Auch rend des ser- I ^ices imvortants à V enseignement libre secondaire dans le ' département du Gers,

Emettent le vœu qu'une subvention de 300 francs soit accordée au petit séminaire d'Auch. Cette somme sera prise sur le budget rectificatif.

Ce même conseil général, à la session suivante, votait, en faveur d'un élève du petit séminaire, une j bourse de 300 francs, avec cette affectation mention- ! née au procès-verbal : A .1 effet de lui jfermcitre de \ se préparer à V école de Snint-Cyr, »

11 est impossible d'affirmer plus ouvertement le caractère « d'institution libre » que revêtent aujourd'hui les petits séminaires.

Or, ce caractère « d'institutions lihres » les petits séminaires le tiennent aujourd'hui de la loi, tout en continuant à avoir le caractère d'établissements « privilégiés ». Comment s'est opéré ce joli miracle? \ Demandez-le à l'ombre de M. de Falloux.

Les petits séminaires avaient des droits ; ils avaient aussi des devoirs. II? avaient des privilèges ; ils avaient aussi des charges. Le problème que se posa M. de Falloux, c'était d'enlever aux petits séminaires toutes leurs charges en leur laissant tous les privilèges. Ce fut fait en un tour de main, et rien ^ qu'avec un article ! Aujourd hui ces établissements ' ecclésiastiques jouissent encore de toutes les préro- ■ gatives qu'ils tenaient de Louis XVllI ; ils jouissent par-dessus le marché de toute l'indépendance que leur a donné le législateur de 1850.

« Je pose miile et je retiens ma respiration «^ disait l'acteur Léonce, dans les Brigands, Ainsi fit M. de Falloux. II. posa en principe le maintien de tous les petits séminaires existants, puis il retint sa respiration. Il ne souffla mot sur les charges.

La formule dans laquelle fut enveloppée ce merveilleux tour de passe-passe est à la fois subtile et simple. Il ne fallait qu'y penser.

Art. 70. — Les écoles secondaires ecclésiastiques, actuel- I lement existantes, sont maintenues sous la seule réserve da I rester soumises à la surveillance de l'Etat.

Le jésuite qui avait trouvé cette petite rédaction n'était certainement pas un manchot. Il y a des pickpockets qui, eux aussi, opèrent dextremenU .

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