‹ Le cléricalisme et l'école: la loi Falloux, mars, 1900Chapitre 33 sur 47 · LE REVE · texte numérisé non relu

LE REVE

Fidèles à Tétemelle tactique des sacristies et a Texemple de Montalembert, nos cléricaux ne cessent ; pcLs de harcelé»" de leurs diffamations l'enseignement laïque. C'er' ai le pelé, le galeux d'où nous vient tout le mal. Pas une catastrophe n'arrive, pas un crime' ne se commet en France que la faute n'en soit à cette pauvre école neutre ! A les entendre, il n'y aurait qu'un pas de cette école à la guillotine.

Ne croyez point que j'exagère. Je citerais mes auteurs !

L'année dernière, à pareille date, toute la fine fleur de l'aristocratie cléricale se trouvait assemblée à V Œuvre des petits noviciats des Frères des écoles chrétiennes, M. Costa de Beauregard, pontife acadé^ mique, officiait entre M. de Broglie et M. Thureau- Dangin.

Il en profita pour placer cette homélie lar- "^v moyante :

Messieurs, larmoyait-il, les enfants passent sans transition des bancs de l'école à ceux de la oour d'assises, depuis qu'on ne les berce plus avec la vieille chanson dont par- " c .lait M. Jaurès, et que le cléricalisme est devenu TennenU

pour ces pauvres êtres, qu*il gardait jadis de la Roquette et

M. le duc de Broglie et, après lui, M. Thureau-Dangin vous ont montré la marche sans cesse progressive de la criminalité des enfants.

Je n'ai pas eu sous les yeux des documents nécessaires pour continuer, chiffres en main, leur démonstration. Mais les causes premières subsistant, ou plutôt ne faisant que s'aggraver, il est certain, il est évident que la progression n'a pu que croître.

Le vent de révolte souffle plus violemment que jamais, dans les milieux où grandissent les enfants. Plus que jamais, les haines sociales, le mépris de toute loi, de toute morale y sont proclamés.

Et quoi encore ?

^ Voilà l'ordinaire homélie. Vous la pourriez entendre dans toutes les églises. Vous en retrouverez quotidiennement des lambeaux dans les feuilles bien pensantes. On dirait d'un mot d'ordre, et c'est un mot d'ordre, en effet. Dans ce concert d'imprécations contre Técole laïque, c'est le Saint-Père qui lui-même tient le bâton de chef d'orchestre.

Léon XIII écrivait, il y a deux ans, aux évêques Wu Canada :

Il faut, leur disait-il, fuir à tout prix, comme très funestes, les écoles où toutes les croyances sont accueillies indifféremment et traitées de pair, comme si, pour ce qui regarde , Dieu et les choses divines, il importait peu d'avoir ou non ûe saines doctrines, d'adopter la vérité ou l'erreur. Vous j êtes loin d'ignorer. Vénérables Ffères, que toute école de ce î genre a été condamnée par VEglïse parce qu'il ne se peut irien de plus pernicieux, de plus propre à ruiner l'intégrité de la foi et à détourner les Jeunes intelligences du sentier.

C'est, en effet, Rome elle-même qui, par la voix tde son auguste pontife, dénonce, dénigre, maudit •et condamne l'enseignement des écoles laïques. Sou- :vent il arrive aux gens d'Eglise de calomnier pour rien, pour le plaisir — comme Caussade a tué La Tournelle. Mais ici les bedeaux savent bien ce qu'ils font. Ce qu'ils veulent, c'est tuer par la diffamation l'enseignement rival ; c'est rester maîtres du terrain.

Montalembert s'était servi de « l'arme redoutable »

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pour discréditer renseignement officiel et Tentame? dans son droit par le discrédit. L'Eglise s'en sert toujours pour diffamer nos maîtres, pour essayer de ruiner en fait l'enseignement d'en face, l'ensei-! gnement de l'Université. Son rêve, ce serait da régner sans r^rtage, et surtout sans, entraves, suri l'éducation du pays.

Il ne faut pas oublier, en effet, que la loi de 1850 si odieuse qu'elle nous paraisse, à nous autres Répuî blicains, ne fût aux yeux des cléricaux qu'une loi transactionnelle. L'épiscopat réclamait la liberté absolue. L'exposé des motifs du projet de loi de Villemain constate ces exigences. Le plus grand nombre des catholiques s'y associaient. Lorsque Montalembert eut bien machiné le stratagème de la loi Falloux, il faillit perdre, par l'opposition le ses propres amis, tout le bénéfice de son habileté. Leur naïve intransigeance ne voyait pas si loin. Louis Veuillot trouvait ce projet « détestable ». La « liberté » de M. de Falloux lui apparaissait comme v « un faux et dangereux allégement de servitude ». ' Cette loi n'était pour l'impétueux polémiste qu'une « déception, une défaillance de la raison et de la conscience, un pacte avec le mal, une monstrueuse alliance des ministres de Satan avec ceux de Jésus- Christ ». Veuillot déclarait tout net que cette loi ne répondait « ni aux besoins des catholiques, ni à leurs espérances, ni à leurs droits ».

Des lettres anonymes injuriaient Montalembert, . lui reprochant « sa défection, son suicide ». D'autres i lettres de ses amis l'objurguaient tristement.

Les provinces, lui écrivait Guerrier de Dumast, son vieux compagnon d'armes, les provinces sont loin de ratifier cette transaction hâtive et périleuse. Sans avoir eu besoin de se concerter, elles protestent d'une manière unanime. Le corpsi des catholiques s'ébranle... Ou les symptômes observés sont) bien trompeurs ou les phalanges chrétiennes, dussent-elles; souffrir cruellement de l'absence de direction, vont se re- ^ mettre à lutter pour Ventière liberté de l'Eglise... (11 juillet ; 1849).

Montalembert se défendait, tenait ferme, distin*

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guait clairement son' but. Le 22 juillet 1849, il écrî- ' vait à M. d'Ault-Dumesnil pour lui expliquer les • avantages du projet Falloux et la nécessité des » sacrifices :

Les Jésuites, explique-t-il, sont placés sur le même pied Que tous les autres citoyens français ; ils n'ont jamais n'îcJamé autre chose. De plus, on appelle TEglise à gouverner • partiellement l'enseignement officiel. Détruire VUniversité \cût été plus simple et plus efficace, fen conviens; mais je défia le plus hardi de nos critiques d'oser faire cette proposition. Autant vaudrait proposer à ce pays, tout imbu de A t préjugé et d'habitudes rationalistes, de détruire Paris, qui ? la répandu et fait encore plus de mal, à la France que l'Uni- . 'versité...

Les concessions de l'habile homme ne devaient pas coûter cher à l'Eglise. Monlalembert s'en doutait. Le Gesu le devina :

Quand on ne peut pas obtenir tout ce qu'on voudrait écrivait le Père Rozaven à la princesse Borghèse, il faut savoir se contenter de ce qu'on peut obtenir. Je suis convaincu que, dans les circonstances présentes, il était impos- • sible d'obtenir davantage. Si nous n'avons pas tout ce que

I nous pouvions désirer, nous avons du moins autant et plus .

\ que nous n'osions espérer... Nous pouvons entreprendre avec espérance de succès ce à quoi, avant les conces- * sions de la loi, il eût été inutile de songer...

Les calculs de Montalembert ne s'étaient pas trompés ; les espérances du Père Rozaven et de sa Compagnie n'ont pas été déçues. Mais l'ambition de FEglise est-elle satisfaite? Les cléricaux renoncentils à revendiquer la pleine et entière indépendance de leur enseignement ; renoncent-ils à la mainmise sur l'éducation nationale?

Non ! Un jour c'est M. Taudière, au Congrès de V Association catholique de la Jeunesse Française

, (25 mai 1S99), qui déclare « qu'à s'en tenir aux purs . -jA principes, il pourait réclamer pour l'Eglise un droit de surveillance sur tout enseignement donné aux

■ jeîiries catholiques pour assurer l'intégrité de leur = foi religieuse ». Un 'autre jour, à l'assemblée solen- nelle tenue en 189Q par la « Société générale d'Education et d Enseignement », c'est M, Celier qui, i»-

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-vite ses auditeurs et auditrices « a obtenir, à forcé d'énergie et de persévérance, des pouvoirs publics, mieux éclairés et plus équitables, le retour vers un régime de vraie liberté » :

— Ne craignons pas de le dire, s'écriait l'orateur; ne ces- ^^., sons de le répéter: tant que nous n'aurons ni la liberté de i ..x. nos programmes, ni la liberté de nos examens, ni la faculté . de conférer les grades, comme les possèdent les Universités de tous les pays, nous serons en quelque sorte paralyséSi i .(Applaudissements).

L'an dernier, le 15 décembre 1899, cette mêmei tt Société générale de 1 Enseignement » faisait célébrer en son honneur, à Notre-Dame-des-Victoires, une messe de Tlmmaculée-Conception. Le Père Gérard de Vaucouleurs, du couvent des Franciscains, fit le prône. Il parla de l'enseignement en termes des plus catholiques ; mais voici en quels termes il parla de TËtat :

« La foi a litu par l'enseignement », dit saint Paul. Or, voila justement ce que nous avons trop oublié et ce à quoi il faut revenir, grâce à l'enseignement chrétien. Les.j. C hommes du dix-neuvième siècle ont inventé que ce qu'il y a! ' de plus élevé sur la terre, ce n'est pas l'Eglise de Dieu,, mais l'Etat; que l'Etat possède l'autorité suprême; que; ]a liberté de conscience est une fiction; que tous les' hommes doivent obéissance en toutes choses aux lois de l'Etat en dépit de toute révélation, de toute juridiction, dd toute liberté, de tous les droits de Dieu et de son Eglise.

Cette pliilosophie grossière et incohérente est la négation', . de toute loi; c'est la déification de la raison humainô! devenue l'unique source des lois.

C'est de cette philosophie si peu raisonnable qu'est sorti Tin système politique qui porte ces deux traits caractéristiques :

V La prétention de» se mêler des croyances intellectuelles et morales du genre humain ;

2* La prétention de contrôler les droits des pareats en ce. gui concerne l'éducation et la foi des enfants.

Mes bien chers frères, il me semble que votre devoir est tout tracé. Vous devez réagir contre cet abus despotique. .

L'arrière-pensée de l'Eglise est toujours la même i\ secouer le joug de l'Etat. Ce qu'il lui faut, c'est la liberté absolue de façonner à son gré le cerveau dau

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Tenfance. Ce qu'il lui faut, c'est la liberté qui planv I tait au visage de Henri IV le couteau de Jean, • ^Chatel!

L'Eglise, au surplus, est logique et conséquente 'avec ses propres doctrines. Elle se mentirait à ellemême si elle se contentait d'une liberté restreinte ou contestable. Croyez-en les catholiques eux-mêmes; Ils s'en sont assez souvent expliqués. Une fois de^ plus, laissons à leurs écrivains la parole* :

• Le christianisme, disait naguère la Revue du Monde catholique, a pour base un ensemble de dogmes, d'événe-. ments révélés, et, par conséquent, immuables. On ne peut s'allier à l'Eglise catholique sans accepter cet ensemble de dogmes, de même que cette Eglise ne saurait en renier aucun sans renier son origine divine. Dans l'ordre des -croyances religieuses l'Eglise est définie, précise, péremptoire. Elle ne peut, sur ce point, accepter aucune compromission quelconque qui aurait pour effet d'altérer le dépôt de la doctrine révélée dont elle est l'incorruptible gardienne. Il y a quelque chose de plus divin, de plus nécessaire que l'union, c'est la vérité. Veritatem tantum et jjacem dlligitc. La vérité d'abord, ensuite la paix, l'union -dans la vérité. Or, la vérité est toute d'une pièce -et n'admet ni transaction, ni changement, ni déviation. La mission : de l'Eglise est de conserver ce dépôt sacré sans la moindre altération ; elle ne peut donc, sans trahir son mandat, accepter un juste milieu trompeur entre la vérité chrétienne, intégrale et la vérité diminuée ou dénaturée par tm mélange d'erreurs. (Numéro du 1" mars 1897.)

L'Eglise ne peut rien sacrifier de ses dogmes. Doit-elle alors sacrifier quoi que ce soit de son indépendance? En pelotant partie, elle supplée par la diffamation aux lacunes, pourtant légères, de la loi scélérate ; mais son rêve c'est de conquérir la

■ liberté sans contrôle, la liberté sans limites, et le droit d'enseigner, comme il lui plaît, ce qu'il lui

; plaît

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