‹ Le cléricalisme et l'école: la loi Falloux, mars, 1900Chapitre 34 sur 47 · L'OBSCURANTISME · texte numérisé non relu

L'OBSCURANTISME

,' L'Eglise a fait le rêve de la liberté absolue. Elle a fait surtout ce rêve d'abêtir l'esprit humain, d'émasculer la raison et d'enfermer tous les cerveaux dans le cercle étroit de ses dogmes, à l'exemple de la torture qui enserrait dans un cercle de fer les crânes hérétiques. L'idéal de l'Eglise, ce serait de' régner en maîtresse, dans la nuit de l'obscurantisme, -sur un troupeau d'âmes obscures et d'intelligences éteintes. Telle est sa pensée séculaire. Le ciel et la terre passeront ; la pensée de TEglise ne passe pas. Elle est aujourd'hui ce qu'elle était hier. Elle restera demain ce qu'elle est aujourd'hui.

Toutes les fois qu'il a pu dérober quelque chose au progrès des lumières, l'enseignement clérical l'a dérobé. Et ce n'est pas sa faute si notre éducation nationale n'est pas encore bornée aux commandements de l'Eglise I Les cléricaux ont toujours fait tout le possible pour réduire l'instruction publique à la portion congrue.

En 1844, il était question d'augmenter le nombre ■ iJes collèges royaux. L'article 33 de la loi Villemaiii spécifiait que le nombre en serait augmenté succès- 'sivement, suivant les localités.

• Le marquis de Barthélémy et Pelet de la Lozère, au nom de la droite, combattirent l'article, et ils donnèrent pour motifs que cet accroissement des ;. collèges rendrait aux établissements congréganistes tAoute concurrence impossible. L'argument pouvait

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.être sincère ; il était au moins étrange. Si la concurrence est admise comme un adjuvant de l'instruction populaire, a.uel mal y avait-il que Tinstruction populaire se développât? On 1 ignore.

En 1850, les cléricaux demandaient et obtenaient la liberté pour leurs écoles. Ils arguaient des promesses de la Constitution. La même Constitution avait promis la gratuité de l'enseignement ; quand î lil en fut question, les cléricaux firent la sourde

* oreille. Vingt ans plus tard, Mgr Dupanloup qui ^avait mené la campagne aux côtés de Montalembert, (affirmait que l'instruction obligatoire « serait un ] malheur public plus grand que tous nos désastres ».

Ce qu'il fallait à ce prélat, comme aux sourds de la Législative, c'était le droit à lïgnorance.

La majorité « scélérate » Tentendait bien de la sorte. Et, en effet, d'un trait de plume la commission de 1850 retrancha, des programmes de l'enseignement primaire supérieur, la géographie et This-

• toire de France. Si l'enseignement n'avait pas été supérieur on se demande ce qu'y auraient laissé les compagnons de Montalembert. Le Catéchisme, sans doute !

L'un d'entre eux, M. Salmon, laissa passer le bout (de son oreille obscurantiste. C'était déjà bien honnête d'obtenir que les maîtres des école,s libres eus- I sent le droit de ne rien savoir du tout ; M. Salmon demanda que les maîtres des écoles officielles fussent mis dans l'obligation de savoir le moins pos- ' Bible.

J'aime laisser la parole à ces gens. Ils nous sont,; b contrario, d'excellents avocats :

Le programme de l'enseignement dans les écoles normales, demandait M. Salmon, ce programme n'est-il pas trop élevé ? Si vous voulez que l'instituteur reste dans cette condition digne, mais humble, que lui fait l'école de la • campagne, il ne faut pas déposer dans son esprit une , science plus haute que celle dont il a besoin pour l'ensei-' gnementde ces écoles. S'il a plus da scimce QuHl n'en faut.* il sera poursuivi de vagues désirs; il verra à côté de lui des hommes moins capables que lui peut-être, qui occuperont des placés plus élevées; il sera atteint par l'aiO!-

LES DESSEINS DE,X.'KaUSE . 287.

bîUoDL, par Tenvie, par le mécontentement. (Mouvement à

gauche.) . , •* n-

Nous ne voulons pas. Messieurs, comprimer les intellieences de ceux qui veulent se livrer à la carrière de l'ensei-' gnement; mais nous demandons, au moins, qu'ils ne soient pourvus que de la science qui leur est nécessaire pour y rester.

L'humilité de l'instituteur n'était là que pour prétexte. Le dessein devait être de rétrécir l'esprit du. maître pour rétrécir d'autant l'esprit de son élève..

C'est surtout — et la chose se conçoit aisément — à l'enseignement philosophique qu'en ont les cléricaux.

Mgr Gaume le dénonçait au lendemain de la loi- Palloux :

— Le paganisme philosophique nous tue, disait-il. Sans parler des erreT!rTS"Tnonstrueuses sur Dieu, sur l'homme, sur le monde, dont il a souillé l'histoire de l'Europe depuis trois siècles, le rationalism£„ôctuei, Je. rationalisme dissolvant qui menace la société d'un retour prochain à la barbarie, n'en est que le dernier mot.

En effet, la tradition catholique rejetée comme une entrave, et l'infaillibilité de la raison posée en axiome, le moyen que le rationalisme dans toutes ses formidables applications à la religion, à la société, à la famille, à la propriété ne devienne pas un article de la foi, s'il prend fantaisie à la philosopliie de le proclamer? Jamais le* rationalisme n'afficha des prétentions plus fîères ; jamais ' la raison, émancipée de la foi, par la philosophie païenne, ne se montra plus stupidement orgueilleuse : jamais le " monde ne fut plus près de nouvelles et d'épouvantables catastrophes, inévitables châtiments de la révolte poussée » Jusqu*à l'imitation de Satan. Ce qu'il y a de plus effrayant," ce qui montre jusqu'à quelle profondeur le paganisme philosophique est entré dans les esprits, c'est que les sages ' 'du siècle souscrivent sans façon à ces prétentions hautaines.

Les cléricaux, charitables personnes, n'ont pas manqué de venir en aide à ces faiblesses des sages. Ils y viennent par un détour. Ne pouvant pas soustraire la sagesse du siècle à l'enseignement philosophique, ils ont essayé de soustraire l'enseignement,. philosophique à la sagesse du siècle. En 1844, M. le* duc d'Harcourt et M. le marquis de Boissy deman-.

daient que renseignement en fût restreint. En lîriÔ, M. de Vatismesnil, moins brutal, demandait autre chose. Il demandait simplement qu'on le châtrât. Une petite opération de» rien du tout ! La Restauration c'était pourtant contentée de mettre à la philosophie X I cette feuille de vigne : l'enseignement en latin.

• — Savez-vous, disait M. de Vatismesnil, ce que nous

avons le désir et l'intérêt de bannir de l'histoire et de la *)f " priiiosophie ?

C'est ce qui serait en opposition avec l'enseignement

.'religieux, car je ne puis pas, moi, comprendre qu'on torture

I l'enfant à ce point... Ce n'est que par hypothèse que je

raisonne ; je ne fais aucune allusion qui puisse être blés.

fiante pour qui que ce soit.

Je répète que, par hypothèse, s*îl y avait dans un établiscément d'instruction quelconque un enseignement de la philosophie ou de l'histoire qui fût destructif de l'enseignement religieux donné par les ministres des autels, je. dis que cet enseignement devrait être à l'instant réformé. Car je ne comprends pas (je reprends ce que je disais tout à I l'heure) cette torture à laquelle vous soumettez l'enfant en ' lui enseignant, un jour la semaine, les vérités les plus augustes, les vérités immortelles ; et puis, par l'enseignement qui aurait lieu dans le surplus du temps, les autres ïjours de la semaine, que vous veniez détruire ce qui est enseigné. L'enseignement doit être un et ne peut pas être en contradiction avec lui-même. (Marques d'approbation & droite ; rumeurs à gauche.)

Ainsi je comprends que le conseil de l'instruction ipublique sera éclairé de la manière la plus utile par le I clergé, pour signaler, dans l'enseignement de l'histoire et de la philosophie, ce qui serait destructif du dogme ; je comprends la mission et l'autorité du conseil supérieur éclairé, encore une fois, par les évêques qui en font partie, pour réformer,en ce point-là, l'enseignement de l'histoire. et de la philosophie.

Au prix de cette castration, la philosophie aurait eu le droit de vivre. On lui donnait du même coup le moyen de mourir I

Il semblait bien pourtant que l'enseignement de la philosophie aurait dû trou^ver grâce devant les personnes dévotes. La métaphysique n'est-elle point comme une préface à la connaissance de Dieu, une doublure de la pensée religieuse? Seulement, dans la philosophie il y a la logique. Et la logique apprend

ftjÉi îBEssEiNS DE l'Église

à raisonner. C^r, malheur sur qui raisonne ! Le ratio- ! nalisme est ii;audit de l'Eglise et la Raison est pour* le prêtre une ennemie personnelle. Les sacristies ont besoin de la torpeur intellectuelle des peuples* Aux hiboux, il faai hsi ténèbres.

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